Mardi 29 mai 2012 2 29 /05 /Mai /2012 07:59

 

Très édifiante et fort vénérable

Encyclopédie

Picrocholine du micro savoir.

Très richement illustrée de gravures d'époque.

 

Par le Très Estimé

Professeur Nicodème Abélard Leruth de la Motte de la Tichauvent

(Nico le Tich pour les intimes mais il y en a peu)

 

 

Avertissement : Cet article a été lu et censuré par Maître Leboutte de la Ligue des Bien-Pensants et des Mal-Comprenants (LBPMC) qui n'y a rien trouvé de grossier, vulgaire, offensant ou discriminant. La ligue a cependant inséré quelques notes de bas de pages à l'intention des mal-comprenants. Merci la Ligue !

Et comme d'habitude en introduction un extrait d'oeuvre poétique majeure du patrimoine francophone !

 

Anacoluthe

 

« C'est la fête au village

Les parents, les enfants

Ont avalé leur potage »

Les Musclés

 

 

Alphabétiquement parlant, ce mot devrait précéder anachorète, mais, je le rappelle, je t’emmerde.

Il ne faut pas confondre l’anachorète et l’anacoluthe. Bien que tous deux fassent partie de la panoplie langagière du capitaine barbu dont il ne faut pas dire le nom sans y être autorisé par les gens dont la société porte le nom d’un château imaginaire inspiré de celui de Cour-Cheverny en Sologne, ils ne recouvrent pas les mêmes réalités épistémologiques1.

Je m’explique. L’anacoluthe (ou anacoluthon) est en effet une figure stylistique qui, par une rupture voulue de la construction syntaxique, conserve non seulement le sens et la facilité de compréhension mais apporte surtout un avantage à l'expression.

Anacoluthe vient de ce bon vieux Grec antique et ne doit dès lors pas être confondu avec l’analocuthe, qui est beaucoup plus douloureuse2. Il y a dans anacoluthe un alpha privatif comme dans :

A pas de bras, a pas de chocolat.

Amoral : qui n’aime pas la moutarde

A Balmoral : quand tu as la tête dans le cul, va donc faire un tour à Spa.

Amiral : qui n’a pas de miral

Analphabète (comme ses pieds) : Qui n’a pas de phabète dans le cul2bis

Abyssinie : privé de désert…

 Et pendant ce temps, au musée...Chocolat

 

Et puis il y a akolouthos « qui suit », comme dans « l’acolyte suivait monsieur le curé dans sa chambre ». L’anacoluthe signifie « qui est sans suite » en parlant d’une figure de style évidemment, pas d’un politicien wallon.

Heureusement, les politiciens wallons (et plus généralement les politiciens, ne soyons pas stupidement racistes, et ça, ce n’est pas une anacoluthe mais un pléonasme), les politiciens donc, seraient alors tous des anacoluthes3, n’ayant que très peu de suite dans les idées en général. Quant au général, pas plus que le colonel, il n’a de suite dans les idées non plus puisque son activité principale autant que sa raison d’être, reste la guerre, activité stupide et contreproductive s’il en est4.

Ce qui n’empêche pas l’acolyte, pourtant issu lui aussi de l’akolouthos comme l’anacoluthe, d’avoir perdu son h dans l’histoire, jalonnée s’il en est de guerroyages sauvages et bestiaux à coups de hache. Vous conviendrez d’ailleurs avec moi, en parlant de haches, que ce texte a de moins en moins de tête et de plus en plus de queue, mais je ne m’aventurerai pas dans de tels parages nauséabonds. Tiens, toujours en parlant de haches, Bertrand, 19 ans, de Liège m’écrit : « J’irais bien faire un tour à Maas ». Cher Bertrand, n’oublie pas que les coffee shops sont maintenant réservés aux résidants. Ca ne me semble pas très net vis-à-vis du traité… de Maastricht, justement, mais bon, c’est toi qui vois pour le dépôt de plainte.

Cela dit, cette perte de hash n’est pas délétère pour l’acolyte puisque sniffer de l’éther ce n’est pas de son h. Bon, craignant de manquer d’air tant je pète dans la stratosphère, je vais redevenir plus terre à terre.

C’est le moment de vous servir la suite. Et donc l’anacholute n’en a pas, de suite, n’est ce pas tout bonnement la classe ? D’ailleurs ne parle t-on pas d’anacholute des classes, dans le cas d’un cancre sans avenir ? Classons ces sentences sans suite puisqu’il n’y a plus de saison5.

Au contraire, le feuilleton « Plus belle la vie » n’est pas une anacoluthe, parce qu’il y a toujours une suite et que les saisons se suivent. Quant à DSK, ce n’est pas non plus une anacoluthe parce qu’il y a toujours une bonne dans sa suite en toute saison.

P4260166

« L’anacoluthe des classes, Hollande 1-FMI 0 » Peinture au fusain sur soie d’araignée de Wilfried Tumba, chauffagiste letton, 2012. Don du Musée de la brouette népalaise, Lorgny-en-Boise. On remarquera à gauche Nicolas Sarkozy6 brandissant le bouclier fiscal.

 

Alors que l’anachorète tire une longue figure, l’anacholute en est une de style. Une figure de style que les esprits chagrins qui président aux destinées mortifères d’une langue figée voient souvent comme une erreur de syntaxe. Bande de gueux va !

Le zeugma, la tmèse, l’anastrophe sont des anacoluthes. Je vous vois déjà plus bouche bée qu’un requin baleine se remplissant la panse de plancton.

Rassurez-vous, je ne vous bassinerai pas avec la définition de chacun de ces termes. Je me contenterai de vous en donner quelques exemples bien choisis.

Cependant, je saurai gré aux amateurs de scrabble lisant cet ouvrage de bien vouloir me laisser leur obbole à la sortie.

A ce propos, savez-vous quelle est la meilleure obbole pour un comique ? L’obbole de riz bien sûr.

Et pour Mireille Mathieu? La coupe obbole évidemment.

Je dis Mireille Mathieu mais cela laissera de bois les plus jeunes d’entre vous qui ne se souviennent pas de cette dame. Mais le gag fonctionne aussi avec Jeanne d’Arc, qui est tout de même une chanteuse plus récente. Pour les jeunes crétins alpins qui me liraient, Mireille Mathieu était une chanteuse du siècle passé, très croyante. Quant à Jeanne d’Arc, c’est l’oubliable interprète de « En rouge et noir », et de « Tout feu, tout femme ». Ah non, désolé, on m’informe que « En rouge et noir », c’était Jeanne Stella7qui l’interprétait. Ou Jeanne jupe en l’air7, je ne sais plus…. Ah non Jeanne Alken Maes7…   P4260166

« Mireille Mathieu va au Delphinarium de Chinon ». Soudure à l’arc sur bûches de Dom Rémy d’Orléans.1492. Certains auteurs pensent que sur cette œuvre, Mireille n’est pucelle qu’elle était. Don du musée de l’autruche de course, Reims-la-Glotte.

 

Revenons à nos anacoluthes. Répétez cette phrase 10 fois en faisant bien les liaisons.

« Revenons Za nos Zanacoluthes. » Dix fois.

Bien.

Plus difficile.

Toujours avec les liaisons. Dix fois.

« Revenons à nos anacoluthes zentils agneaux anaux sans anneaux. »

Ceux qui auront échoué gagneront un séjour d’un week-end à Roubaix, en novembre, en compagnie d’Anne-Marie Lisin et de Michel Daerden8. Tant pis pour vos gueules.

Donc différents types d’anacoluthes…

 

Le zeugma est une rupture de la structure syntaxique.

Exemples de zeugma :

« Elle abandonna son pantalon et sa vertu. »

« Il posa sa serviette puis sa question : voudriez-vous me faire le lit et une pipe ? »

DSK, dans : « Dominique l’embrouille au sofitel », Wouane Manne chaud de 2011.

 

La Tmèse9 ou hyperbate : C’est la séparation de deux mots normalement assemblés en intercalant un ou plusieurs autres mots ou le prolongement d’une phrase par ajout d'un élément.

« Une source anonyme et humide m’avait refilé des informations et la chtouille. »

Georges Simainon dans « Maigret et l'arc-en-ciel magique de Potiron»

« Tous ces zonards chomaient, dont c’était le métier»

Edgar-Marguerite Zemmour, dans « L’œuvre des noirs10. »

« Au Val Duchesse, les conneries commencent et les pourparlers. »

Bruno Michel, neveu de Louis, en parlant de la loi de financement.

 

Quand à l’anastrophe, c’est simplement l’inversion raffinée de l’ordre usuel de mots. Non, l’anastrophe n’est pas un couplet interprété par un pétomane… Ca c’est Anal song, d’Alain Caisson, une anale strophe pour ne pas dire une cacastrophe2ter.

Par exemple si je vous dis :

« La sidérurgie liégeoise est condamnée. 3000 personnes vont se retrouver au chômage sans espoir de reconversion. Nous les actionnaires, on s’en tamponne royalement. Notre dividende n’en sera que plus juteux »

Il faut reconnaitre que c’est d’une banalité affligeante et brutale. Par contre si je vous dis :

« Condamnée est la sidérurgie liégeoise. Au chômage se retrouveront les 3000 travailleurs et de reconversion, il n’est pas question. Royalement, nous en tamponnons-nous, actionnaires heureux. Plus juteux en sera le dividende. »,

C’est vachement plus poétique et tous ces râleurs d’ouvriers prendront la nouvelle avec le sourire. Il faut savoir leur parler, à ces gens là.

P4260166

« Le métallo n’aime pas la menthe à l’eau » Peinture au spray nasal sur plaque d’acier de Decker Metabo, glacier-ébeniste. 1745. Don de l’Institut Strasbourgeois de pissadouphilie11, Lisbonne-en –Barrois.

 

Je vous remercie de votre inattention et espère ne pas avoir répondu aux questions que vous ne vous posiez pas. Dans le cas contraire, ça m’est égal.

Et tout à fait entre nous, en ce qui concerne le mois de décembre, je me suis laissé dire qu’il ne passerait pas l’année.

 

1.   Epistémologique : bien qu’il en ait lu la définition, l’auteur ne comprend pas trop ce mot. Il n’a pas vraiment sa place ici mais l’auteur s’en fout, il trouvait que ça sonnait bien.

2.   Vous remarquerez que dès qu’il en a l’occasion, l’auteur fait des calembours analogiques. C'est-à-dire qu’il place anal partout. C’est logique. En passant, il en profite pour nous servir des clichés grossiers quant aux grecs, aux analystes, aux anneaux olympiques, toutes catégories humaines supposées avoir un penchant pour l’anal. L’anal pour Douvres évidemment, comme dans, "je n’aime pas m’enfiler le train pour Londres, alors j’ai pris l’anal pour Douvres". Parce que bien sûr, selon l’auteur, les Anglais aussi aiment ça.

2bis Qu’est-ce qu’on vous disait ?

3.     L’auteur n’est décidément qu’une ordure poujadiste.

4.     Et antimilitariste en plus !

5.     Alitération prolongée provoquant des escarres de langage.

6.     Selon certaines légendes, ancien petit président du Pays des Schtroumpfs.

7.     L’abus de boissons contenant de l’alcool peut s’avérer dangereux pour la santé.

8.     L’auteur est décidément d’une cruauté inouïe.

9.    On remarquera avec étonnement que l’auteur nous épargne « Tmèse ta bère ».

10.  Celle-là, faut avouer qu’elle est dure à comprendre. M’enfin, il suffit de taper « hyperbate » sur wikipedia. On ne va pas vous obliger à lire Marguerite Yourcenar ou à écouter Zemmour.

2ter. Et hop ! Encore un coup !

11.   Pissadouphilie : marotte qui consiste à collectionner les pots de chambre. Les détours de l’âme humaine auraient du mal à tenir sur une carte Michelin.

 

Par le rustre - Publié dans : Chroniques rustiques - Communauté : Made in Belgium
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 07:00

     

Très édifiante et fort vénérable

Encyclopédie

Picrocholine du micro savoir.

Très richement illustrée de gravures d'époque. 

 

Par le Très Estimé

Professeur Nicodème Abélard Leruth de la Motte de la Tichauvent

(Nico le Tich pour les intimes mais il y en a peu)

 

Avertissement : Cet article a été lu et censuré par Maître Leboutte de la Ligue des Bien-Pensants et des Mal-Comprenants (LBPMC) qui n'y a rien trouvé de grossier, vulgaire, offensant ou discriminant. La ligue a cependant inséré quelques notes de bas de pages à l'intention des mal-comprenants. Merci la Ligue !

 

 

Anachorète.

« Il s'appelle Jacques, Jacques, Jacques Cousteau

C'est beau la vie sous l'eau

Tous les poissons sont ses amis,

Les requins, les baleines aussi. »

Plastic Roger Bertrand, 1981.

 

 

Anachorète est un mot rigolo pour commencer une encyclopédie. De plus, c’est le premier mot qui me soit venu à l’esprit pour illustrer la lettre A. Peut-être ce mot ne vous siéra-t-il pas. Sachez que je m’en fous. Du reste, convenez que pour illustrer l'entrée "A" de cette encyclopédie, anachorète est plus opportun que bathyscaphe ou carpophore, mots qui s’ils sont aussi rigolos qu’anachorète se trouvent être légèrement moins représentatifs de la lettre A.

Néanmoins, je vous concède qu’arythmique, anaphylactique ou encore André Antoine eurent convenu. Haricot ou harissa aussi, quoique nettement moins. Cependant, il appert que j’ai choisi anachorète. Et toc. Dans ta face !

Le sympathique appât du gain qui sous-tend ma passion pour l’écriture ne peut se départir d’une certaine déférence bassement calculatrice envers mon lectorat mais il ne faut tout de même pas exagérer. Anachorète, c’est très joli. Je ne vous demande pas non plus la couleur de votre chemise. Ce serait malséant. Du reste, que m’apporterait de connaitre la couleur de vos nippes achetées lors d’un déstockage massif chez WIBRA1 dans vos tentatives désespérées de rattraper au vol votre pouvoir d’achat en chute libre ? Je me fous de vos problèmes mesquins.

Corrélativement, enfin plus ou moins et plutôt moins que plus, cela fait partie des interrogations existentielles qui me tiennent éloigné du sommeil lors de nuits blanches assombries d’errements métaphysiques sans fin (ouf ti !), me tiennent éloigné du sommeil réhitéré-je, au même titre que l’incompréhension qui me gélifie le lobe occipital droit quand je songe que Lâche-Mi Mittal2n’a jamais été évoqué comme manager belge de l’année en 2011. Sans doute parce qu’il n’était pas belge. Discrimination ! Je serais lui, je ferais un procès. Mais je vous arrête, voyant bien dans quel genre de digression discursive vous voulez m’entraîner vils lecteurs.

Et j’en reviens au sujet, à savoir, qu’est-ce que ça peut te foutre, bordel à cul, petit con, que je tienne en haute estime l’anachorète au point de vouloir en discourir en entrée de cette encyclopédie ? En quoi cela regarde-t-il l’apophègme baveux qui lit ces lignes, bougre de chiottes d’attaché au cabinet ? Car enfin, me direz-vous à la fin quel préjugé barbare vous porte à la défiance de l’anachorète ?

 


 

  Kouros Anaphe BM B475 compressé

 

« Pas de bras, pas de chocolat » terre cuite de Jérôme Galère, rameur-pongiste, 1886. Don du Musée de la marelle, Gidéon-sur-Quiquette.

 


 

Au moins, vils sots, savez-vous ce qu’est un anachorète ? Non, vraiment ? Et bien, vous voyez que vous avez bien fait d’acheter ce fichu bouquin malgré son prix exorbitant !

Bien entendu, du haut du sommet inatteignable de mon infinie mansuétude, je vais consentir à éclairer vos obscures lanternes. Mais éclaircissons d’emblée un point hautement litigieux voire carrément broute-burnes.

Oui ! Anachorète est une des insultes favorites du capitaine Haddock. Oui, c’est la raison première pour laquelle ce mot m’est venu à l’esprit pour l’ouverture de cet ouvrage. Et non, je n’ai pas été voir le film, essentiellement parce que j’adore le chapeau d’Indiana Jones et qu’Harrisson Ford ne l’arbore pas dans cet épisode-là. Et enfin, non, ce n’est pas parce qu’anachorète est une insulte pour Archibald que l’utiliser dans un livre est passible de poursuites pénales, mesquines et rémunératrices, par l’autre bande de requins, là ! Pas ceux du lac, ceux du château.

Qu’est-ce donc comme animal que l’anachorète ? Pour l’expliquer de manière intelligible à vos esprits simples nourris de foot et de télé-réalité, j’ai longuement consulté les meilleurs spécialistes de l’Institut. Alors, voyons, voir… wi-ki-pe-dia. Là… Anachorète… bla bla bla… Ah oui quand même !

Bon… ménageons vos neurones… procédons par analogies. D’abord, peut-on déceler des points communs entre un anachorète, Tatayet3 et Charles Michel4 ? La réponse est clairement oui. Pour les deux derniers termes de cette comparaison en tout cas. En effet, dans le cas de Tatayet comme dans celui de Charles Michel, on voit bouger les lèvres du marionettiste derrière. C’est de la très mauvaise ventriloquie. L’anachorète, lui, est d’une toute autre trempe.

Lui, ses lèvres ne remuent qu’avec une parcimonie qui fait chaud au cœur, parce qu’il médite et qu’il les a sèches, les lèvres. C’est que l’anachorète vit dans le désert et dans l’ascèse, le bougre.

Sur l’A16 ? L’anachorète est camionneur ? Non, cela ne signifie pas qu’il vivait dans un péage autoroutier ou sur une aire d’autoroute. Pas l’A16, l’ascèse. Et non, elle n’est pas percée pour qu’il puisse faire sous lui avec aisance et sans s’emplaquer les fesses. Vous êtes un peu con quand même.

Vivre dans l’ascèse, implique que l’anachorète est un ascète. Et là non plus, il ne s’agit pas d’une autoroute. Tant que nous en sommes à mettre des points sur les Zi, Saint François d’Assise n’a rien en commun avec une quelconque autoroute non plus.

P4260166 

« J’ai vu Saint François d’Assise et pourtant il était debout ». Feutres et pastels sur peau de mérou tondue par Jean-Jacques Debout, cycliste-serrurier, 1782. Don du Musée de la bavette à l’échalotte, Crosure-lez-Pétouilles.

 

Et dans la même lignée, non, je dis non ! Si François était d’Assise, il ne l’était pas sur la çaise percée. Et François d’Assise n’était pas d’équerre, il n’y a que les blacks5qui le soient. Bon, c’est tout ? On peut continuer ?

Bref, l’anachorète est initialement un religieux qui se retire pour prier et méditer dans l’ascèse dans un lieu désert. Par extension, cela désigne un homme qui vit dans la solitude et le dénuement pour réfléchir. Je dis un homme comme j’aurais pu dire une femme, ne soyons pas mesquins, bien que je ne vois pas comment une femme pourrait survivre seule sans personne à emmerder.

De cette définition, si nous pouvons conclure que Johnny Halliday ou David Guetta ne sont pas des anachorètes, nous ne pouvons pas tirer grand-chose de plus. Et presque corrolairement, enfin si on veut, ça n’est pas parce que Chirac s’est retiré en Corrèze qu’il vit dans l’ascèse.

    Par extension, il est tentant mais illégitime d’affirmer que nous sommes dirigés par des anachorètes. Au fond, c’est nous qu’ils transforment en anachorètes, ces anacoluthes avec leur austérité à tout va. Austérité blafarde et castratrice qu’ils claironnent crânement dans un effort ultime mais misérable, alors qu’autour d’eux tout se délitte et qu’ils n’ont plus que le subterfuge de l’anachorèse budgétaire pour garder un semblant de contenance face à la rapacité pédante des faiseurs de fric sans âme6.

Mais on s’en tape… ça fait du bien quand même de traiter Di Rupo ou Reynders d’anachorètes…

Mais vais-je enfin donner à vos vilaines âmes souillées de modernité trépidante un exemple édifiant d’anachorète ?

Je vous parlerais bien de Saint Onuphre qui était anachorète en Egypte au 4ème siècle mais peut-on encore évoquer l’époque lointaine où ces terres étaient livrées aux divagations grotesques de la Chrétienté et où le prophète ne jouait même pas encore à chameau perché dans les sables d’Arabie, sans craindre pour l’intégrité de son anatomie face à l’intégrisme désintégrateur des barbus hystériques ?

 

Onuphre libre droit compressé 

« Saint Onuphre à la Gay-Pride » Icône sur peau de phoque de Yann-Arthus Jouret, designer-puisatier, 1752. L’œuvre résume l’iconographie du saint. Vivant seul dans le désert, ses vêtements s’usèrent et sa barbe et sa pilosité corporelle se développèrent par intervention divine pour cacher sa nudité répugnante d’où l’expression « finir à poil ». Et pourtant, Saint-Onuphre est patron des tisserands. Les Gardiens de la Foi sont de grands comiques. Don du musée du slip kangourou de Sydney à Poitiers.

 

Précisons tout de même que l’anachorète est au religieux ce que le ténia est aux plathelminthes7 : un solitaire. L’anachorète est le contraire du cénobite qui lui vit en groupes, mais ça devient dégueulasse et je préfère vous prévenir des dangers d’une pente qui devient savonneuse. Une citation ? 

"Arrête Anachorète, dit le cénobite qui faisait la queue dans la file à l’ascète solitaire qui récitait des vers sans queue ni tête, sans chapeau ni braguette dans le désert."

Evangile selon saints Roger et Robert

 

Le cénobite quant à lui n’est pas forcément pressé. D’ailleurs, si presse bite est rigolo quoique flou de près, presse cénobite moins. Encore une citation ?

« Bien qu’il fut cénobite, il en avait une toute petite. »

Roger Lenain dans « J’ai bien connu Passe-Partout ».

 

Le cénobite désigne un moine qui vit dans la promiscuité, chaste en théorie, mais promiscuité quand même, de ses semblables froqués et libidineux bien que tonsurés.

D’ailleurs n’est ce pas pour cela que le cénobite l’a toute petite parce que libidineux. Oui, comme dans « Ach ! Zo ! Z’est ein doude bidide Nœud ! »

Il n’aura pas échappé à votre sagacité, comme je ne me suis pas privé de ne pas vous le servir grassement et avec insistance8, que dans cénobite, il y a bite. Alors que de l’anachorète, on ne voit pas la queue. Forcément puisqu’elle pend dans l’ascèse percée. Comme quoi… Tout se tient. N’y-aurait-il pas là la marque d’un dessein supérieur et intelligent ?

Et pour conclure et parfaire votre érudition, les côtes austères de la finitude n’étant que rivages lointains sur l’océan sans limite de la Belle Langue, saviez-vous que le français a un mot spécifique et usité pour les gens qui aiment les moines ? Le cénobitophile étant l’ami des moines, s’il a plus de 18 ans et s’il est consentant bien entendu.

Jugez plutôt des lettres élégantes de Gustave Jouret, alias Bakélite Bertrand, chansonnier de l’immédiat après-guerre.  

«          Il aimait tant les moniales, cénobitophile,

Priapique, sans cérémonial, il les enfile. »

Bakélite9Bertrand dans « Tout petit, tout petit la zézette »

 

Et c’est sur ces vers qui ne dépareilleraient pas le phare cher à Claude François puisqu’à douze reprises ils prennent leur pied (si, si, comptez !), que je désirerais vous quitter. En espérant ardemment ne pas avoir répondu aux questions que vous ne vous posiez pas, je ne passerai cependant pas au prochain article sans vous faire remarquer qu’il n’est pas d’horizon plus optimiste que de voir 31 jours au mois de novembre.

 

      P4260166

« Saint François d’Assise jouait du piano debout » détail (pour vous) d’une fresque sur porte de toilette de France Ecosse, artiste-charcutière, 1515. Don du musée de la marinade à Marignan.

 

1.       Wibra : chaîne de magasin pour personnes de condition modeste.

2.       Lâche-Mi Mittal : Visionnaire Indou qui comprit en 2011 que la sidérurgie liégeoise rouillait un peu.

3.       Politicien belge à la pilosité hypertrophiée.

4.       Humoriste belge à la pilosité hypertrophiée.

5.       On notera la vision passéiste et hautement discriminante que l’auteur a de certaines notions. Ainsi, il emploie le mot « black » plutôt « qu’histoire drôle ». La graphie de black reste sujette à controverse. Les spécialistes de l’Université de Liège penchent pour « une blââââck » et de même conseillent de ne pas dire un « néééég » mais un « oiseau de couleur ».

6.       On ne s’étonnera pas des envolées souvent gauchisantes de l’auteur qui ne dénotent pas avec sa vulgarité et son univers passéiste.

7.       Les plathelminthes sont des vers plats qui ne méritent pas d’être fustigés ni maltraités. La LBPMC reste particulièrement vigilante quant aux repects des droits de l’animal dans cet ouvrage.

8.       Nous ne sommes pas sûrs que l’auteur lui-même comprenne tout ce qu’il écrit.

9.       Bakélite : sorte d’ancêtre du plastique.

 

Par le rustre - Publié dans : Chroniques rustiques - Communauté : Made in Belgium
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 31 décembre 2011 6 31 /12 /Déc /2011 06:08

-Mesdames, messieurs, bonjour et bienvenue sur Radio-Couillon. Vous pensiez avoir touché le fond ? Radio Couillon c’est encore plus profond !

-Bonjour Jean-Phil les mouches !

-Bonjour Francis, vous me parûtes bien primesautier alors que je vous croisai ce matin dans nos couloirs ?

-On a oublié le trader sur son fil à linge la nuit passée. Et il a gelé. Il est un peu dur ! Cela me réjoui en diable au point de me faire frétiller la rondelle mon cher Jean-Anal.

-Ah, certes, mais sans plus attendre et avant que Francis ne recommence son delirium très mince, un groupe magnifique Jean-Pierre…

-Et bien oui Jean-Louis. Il s’agit du groupe de death fucking fouchtra metal hurlant « Slip-culotte », groupe très apprécié en Ukraine, ce qui ne m’étonne guère ; tant il n’y a rien de bon chez l’Ukrainien. Non, de ses centrales irradiantes à ses mornes plaines habitées d’Œdicnèmes criards votant Le Pen à la moindre occasion d’exprimer leur poujadisme latent, rien n’est bon chez l’Ukrainien contrairement au cochon pourvu qu’il ne provienne pas de Tchernobyl. Voici donc l’Ukraine, avec des masques, une chanson violente, des étincelles et de la poudre aux yeux : une bonne tête de tube quoi…

-En même temps, à la radio, surtout quand elle est écrite sur le web, est-ce que ça passera bien ?

-Ben oui mais n’oubliez pas que nous sommes une émission transmédiatique favorisant le transit intestinal et donc, demain, en achetant le journal « Votre dernière heure », les auditeurs pourront voir la vidéo. Vous pigez ?

-Hé bé… c’est subtil.

 

 

 

-Ouaw Jean-Pierre, m’ont chauffé comme la braise, comme une friteuse. Ce serait pas plutôt Frit-Kot le nom du groupe ?

-Et bien Jean-Renard, laissez-moi dégoupiller (renard, goupil, ouh là là...) la grenade de mon humour féroce.

-Ta gueule Francis. On n’a pas le temps. Et puis on va essayer de racoler du public en mettant du rythme. Ca va scander ! Et donc sans plus tarder, un groupe issu de Biélaruskofie « the zizi singers », issu du concours « The voice of anal wind ». De l’art très proche du lard.

 

 

 

-Je trouve ces artistes désolant de vulgarité et de platitude. Je m’ennuie un peu mon bon Jean-Pascal. Hé mais… c’est bien sûr. Ecoutez ça ! Je suis un radiateur, un… ventilateur, un… aspirateur, un… vélomoteur, Je suis un pot de fleurs… Vous vous souvenez, Jean-Marcel ?

-Je me souviens mais j’ai un doute sur les paroles Francis. Il me semble que la bouteille de prunelle est vachement entamée.

-Mais non Jean-Cacahuète… ce sont toutes les ritournelles de mon enfance qui remontent en surface. Un …horodateur, Une … baratte à beurre, I am un vrai trou de balle, my name is Hannibal.

-De votre enfance ? Vous ne me ferez pas croire que vous étiez enfant du vivant de Jean-Pascal. C’était à peine il y a…. je sais plus, tiens. C’est qui d’abord Jean-Pascal ?

-Mais c’est le principe de la ritournelle calquée sur une chanson connue. Ecoutez, sur l’air de violette…

1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 Anderlecht, Anderlecht.

1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 Anderlecht va aux toilettes.

On chantait tous ça, dans les environs de Sclessin en tout cas.

Ou encore : qui a pété ? Ca sent la chicorée. 1 2 3 ce sera toi !

Et même… L’araigneï a péteï et ça sent la chicoreï. Dans sa toile, il y a des millions de femmes à poil.

-Francis, je vous demande de vous arrêter. On perd de l’audience là. Ca s’essouffle.

-Mais non, Jean-Imogène, prenons du plaisir. Celle-là, vous l’avez connue ?

C’est la dance des canards, ferme ta gueule et va t’asseoir, c’est m’sieur l’curé qui l’a dit, poil au zizi…

-Oh seigneur Jean-Louis, faites quelque chose. Arrêtez le massacre… J’entends des auditeurs qui podcastent la messe dominicale tellement ils trouvent ça navrant, pire il me semble voir des clics pour mon émission du matin, c’est dire le désespoir. Si ça continue, ils vont se convertir à "on n’est pas rentréS."

-Z’inquiétez pô mon Jipé des boîtes, j’ai l’arme imparable ! C’est simplement de dire : le taon qui touche à nos parties mange à sa faim.

A vous le point G, et un coup de Cognac. A la semaine prochaine. Hips ! Allez hop… Jean-Pascal après son terrible accident de coucougnettes…

 

 

Par le rustre - Publié dans : Chroniques rustiques - Communauté : Made in Belgium
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 26 octobre 2011 3 26 /10 /Oct /2011 05:58

 

 

De lourds rouleaux d’un gris d’étain roulent en troupes pressées sur la vallée poussiéreuse au teint éteint des noires cendrées crachées par les usines tonitruant rageusement du travail des forges dans la nuit.

Et les tours de refroidissement noirâtres lancent sans fin de leurs veilleuses rouges des SOS que personne ne comprend dans le ciel amoindri. Assis seul dans la poussière d’un terril, je pleure sur mes rêves de savanes et de fauves au pelage ruisselant de sueur dans les ors du crépuscule du pays des matins du monde.

C’est une torture de l’admettre, mais je n’ai pas été suffisamment vigilant. Ils m’ont pris. Alors même que je m’apprêtais à poursuivre ma geste héroïque sous des cieux d’azur ayant vu la naissance même de cette humanité si désinvolte, ils sont venus. Et je n’ai toujours pas compris pourquoi. Ni comment ils ont su.

Mon procès fut rondement mené. Je fus très déçu. S’il y a une seule chose que j’aime sur ces écrans vomissant sans cesse médiocrité intellectuelle et promiscuité des sexes et des laides âmes, ce sont les feuilletons judiciaires américains. Je jouis de la roublardise, de la verve et de l’aplomb de ces avocats américains qui s’asseyent avec une outrecuidance magnifique sur la morale emperlousée propre aux banlieusards étroits d’esprits que j’abhorre.

Autant vous dire que la justice belge est loin, très loin, de cette magnificence. Imaginez des palais de justice ringards, sombres et poussiéreux, encombrés de boiseries et de velours d’un autre âge. Sales, passéistes, crotteux en vérité. Et des hommes de loi trainant de lourds accents rustauds, des strabismes divergents, des zézaiements convergents. Une bien piètre vision de la petitesse d’un pays qui regarde les pétales de pâquerettes par le dessous.

Un pâle personnage portant nom saugrenu à la fragrance délicatement métallique du couperet dégoulinant de sang bleu et chaud dans le petit matin, Monsieur Charles-Henri de La Pichardière, a instruit mon cas. Car en Belgique, il revient à l’instituteur du roi de rassembler les preuves contre et en votre faveur. Le roi doit être bien inculte avec des instituteurs de cet acabit. C’est qu’en terme d’instruction, il fit les choses au pas de charge et en fouillant les décharges, le nobliau du barreau. Mais il parait que c’est ainsi en droit belge. Comment parler de droit dans un pays où tout va de travers je vous le demande.

Bref. Je ne sais trop comment notre fin de race procédurière a mené son affaire mais les faits sont là. A peine arrêté et mon magnifique jardin retourné par des troupes de barbares assermentés, je me retrouvais avec sur les bras 32 assassinats d’adolescents fugueurs, 12 meurtres vénaux de vieux en mal d’héritiers et avec en sus les étiquettes un peu simplificatrices et infâmantes de psychopathe, tueur en série et cannibale. J’avais le cœur meurtri, l’âme ravagée, les tripes en ébullition. Ma haie de cornouillers mâles, mon Vilburnus variegata, ma serre, ses aubergines et ses tomates, ma collection de marjolaines et de menthes… tout saccagé par ces Javerts de pacotille.

Et comble du comble, ils trouvèrent des restes de chats et même de chatons en plus des morceaux humains dans mon congélateur. Autant vous dire qu’ils n’entendirent que très peu mon argumentation gastronomique.

Le procès s’est passé de façon aussi grotesque que scandaleuse. Et notre aristocrate pénal très pénible de se pavaner tel un paon qui ne verrait pas qu’il n’a plus de plumes au cul. Mais tout malheur a son revers. Ce procès m’a permis de rencontrer un homme d’un goût exquis : mon avocat, maître Molucarême. Une affable personne dont le seul tort était d’avoir des idées ancrées franchement à droite, ce qui n’est pas pour me plaire, moi qui ait les idées généreuses et progressistes et qui ne porte dans mon cœur ni les nantis ni les parvenus. Par contre l’homme présentait l’avantage non négligeable d’être prêt à tout moyennant des émoluments copieux. Comme tous les avocats et les libéraux me direz-vous, mais lui l’acceptait avec un enthousiasme réjouissant qui me fait subodorer que sous son vernis bourgeois, cet homme-là avait une âme de prédateur semblable à la mienne.

Néanmoins, je suis fort abattu par le résultat du procès. En effet, si je sors blanchi de presque tous les chefs d’accusation qui pesaient sur moi, il n’en reste pas moins que j’ai été condamné pour maltraitance envers des animaux.

Dés lors, on peut encager tous les chasseurs et les employés d’abattoir de ce pays parce que tudieu, s’il y a bien un homme qui a toujours eu à cœur de faire son travail proprement et sans souffrances inutiles pour les chairs sur pattes que je convoitais, c’est moi. Mais voilà, dès qu’il s’agit de chattes et de chiens à leur mémère, les gens sont sottement mièvres et prompts à l’apitoiement visqueux sur le sort des pauvres choux. J’ai donc été condamné pour tout solde de mes prétendus crimes à 215 heures de travaux d’intérêt général.

Et me voilà sur les hauteurs d’Ougrée, bien loin des mes savanes à contempler la misère métallique et charbonneuse que l’homme a étendue au cœur de cette vallée mosane qui devait être si verte et riante autrefois. Au moins puis-je deviner les hauteurs du Sart-Tilman dont les forêts commencent à se teinter de pourpre à travers les brumes méphitiques de ce val de tristesse. Je vais me lever et redescendre vers la ville, vers Seraing, vers le centre d’accueil où je vais servir un brouet noir sans saveur à une clique avachie et claudicante de sans-abris malodorants, de vieilles putes amochées, de pochtrons décatis. Pire que les nantis, je hais ces pauvres qui trainent leur misère et leur inconséquence comme les médailles de bronze d’un concours mondial éternel de la lie humaine. J’aurais pu choisir un endroit plus sympathique et cossu pour payer ma prétendue dette à la société. Cependant, je pensais devoir me punir pour mon inconséquence et l’amateurisme crasse qui m’avaient conduit devant les tribunaux. Amateurisme qui m’aurait valu une solide bastonnade si mon père ne pourrissait pas dans un cimetière.

Me voici donc à déambuler dans ce triste enchevêtrement de laideur et de misère imbécile qu’est Seraing, furoncle disgracieux sur le corps pourrissant de l’horrible et sale ville de Liège, foutoir approximatif de béton plus vaste encore. Me voici à longer ces quais où furent tournées par les frères Dardenne les poursuites les plus mémorables de Taxi 6, artères goudronnées bouchonnées d’un cholestérol humain et automobile où il aurait été plus à propos de tourner un de ces films d’auteurs tristes et soporifiques qui font frétiller pire qu’un tas de gardons en pleine copulation frénétique une quinzaine de réalisateurs Cannoise, repère d’esthètes à la dérive et d’autres intellos branleurs.

Me voici donc à slalomer entre les présents canins aux dieux camés des trottoirs crevassés pour rejoindre mon centre d’accueil, sa soupe populaire, son environnement chiatique d’entrepôts crevés et d’usines agonisantes. Le ciel est vert et les gens du coin, comme à leur habitude sont bleus ou oranges. Pas un blanc dans le coin. Parfois, des cloportes géants, infects tas de chitine gros comme des labradors bien gras, sortent des poubelles dans les impasses et s’accouplent bruyamment au milieu de la rue. Cela ne semble offusquer personne. Et me voici à préparer le café pour ces rebus que je déteste. Ma santé décline ici dans les remugles toxiques et les nuages aveuglant de particules fines. Sans cesse mon nez est encombré de morves gastéropodiennes, purulentes et malodorantes. Alors tous les matins au lever, je recueille soigneusement toutes mes glaires et mes crottes de nez pour les ranger précieusement dans un petit Tupperware. Et je les mélange au café de mes parasites. Ce n’est pas grand-chose mais cela fait partie de toutes ces petites gouttes qui remplissent l’océan du Bonheur.

Et puis il y a Isabelle. Ah ! Isabelle ! Une charmante quadragénaire pleine de bons sentiments et de prétextes au meurtre : chrétienne, concernée, engagée, végétarienne. Et célibataire ex-cocue depuis peu. C’est fou ce que c’est influençable une blonde délaissée.

Attention, je ne vous parle pas ici de coucherie ou de sexualité gluante. A 40 ans je suis encore pur et je ne me commettrai pas dans la dépravation. Je hais les enchevêtrements de cuisses et de bassins. Non, je vous parle de communion des âmes, d’abandon des sens. Surtout le bon, de sens. Figurez-vous qu’Isabelle est technicienne dans un laboratoire de biologie végétale sur le campus du Sart-Tilman et qu’elle y manipule toutes sortes de radioéléments amusants. Des produits peu rayonnants certes, qui rendent la sécurité du labo assez embryonnaire, mais qui versés dans un café pourraient avoir des effets très intéressants sur un organisme.

Je vous vois venir. Mais non, je n’ai aucun projet d’empoisonnement pour mes pauvres âmes en perdition. Sots que vous êtes.

Une fois mon café servi, je me suis rendu dans un des entrepôts désaffectés qui jouxtent mon centre d’accueil. J’y ai vérifié les liens d’Isabelle et la tension de ses muscles. Elle est restée debout une partie de la nuit, attachée à un poteau. Maintenant, je vais l’installer en équilibre sur une chaise, les pieds reliés à une corde qui actionne ingénieusement le déclencheur qui enflammera les 150 kilos de plastic répartis dans le hangar, de quoi évaporer Isabelle, le corps putréfié de maître Molucarême délesté de son foie, le hangar, le centre d’accueil, tout le quartier et une partie des quais serésiens si cinématographiques. Dès qu’Isabelle sera vaincue par la fatigue, ses pieds choieront sottement, tirant sur le déclencheur.

C’est d’une facilité de se procurer des explosifs à Liège ! Il m’a suffit d’accoster un type patibulaire sur cette vaste esplanade à drogués qui s’étale aux pieds mêmes du palais de justice. Il m’a indiqué une officine tenue par une langouste un peu inquiétante mais fort professionnelle ou j’ai pu me procurer tout ce dont j’avais besoin. Après lui avoir serré la pince (humour !), je l’ai tuée pour la dévorer. J’adore les langoustes.

Pour l’avocat, vous me comprendrez : il se tapait des single malts d’une rareté et d’une finesse folles. Je brûlais de savoir si cela avait une incidence sur le goût de son foie : et bien oui ! Et puis ça lui apprendra à ne pas avoir été foutu de me faire acquitter, purement et simplement.

Isabelle me paraît fort vindicative. Je ne puis pourtant la tuer de mes propres mains, ça ruinerait mon plan. Je prends soin de remettre dans son portefeuille sa carte d’accès au laboratoire où j’ai été me procurer un peu de phosphore 32 cette nuit. J’installe ma cocue et je m’éclipse en vitesse ne tenant que moyennement à assister à l’explosion du quartier de trop près.

Et puis, je dois encore passer à l’appartement récupérer mes affaires, surtout mes faux papiers, mon billet pour Athènes et les papiers qui me font propriétaire d’un compte dans une banque lointaine hébergée sur de sympathiques îles tropicales au nom crocodilien, comptes où j’ai placé sur les conseils avisés de Maître Molucarême les économies que j’ai engrangées à force d’abréger les vies déclinantes de vieux esseulés.

Et enfin, avant de me rendre à l’aéroport de Bierset, je passerai au bureau de mon Instituteur du Roi préféré. J’ai, parait-il, des révélations à lui faire. En fait, des broutilles à propos de la prétendue réhabilitation de mon terrain suite au gâchis perpétré par ses limiers. Comme lors de toutes nos conversations orageuses, ce grand nerveux amateur de café, s’en ira contempler la ville par la fenêtre de son bureau, me tournant grossièrement le dos. Tout ça pour éviter la fulgurance de mon regard inquisiteur, misérable lâche. J’en profiterai pour verser le phosphore dans son café. Voilà enfin un traitement qui rendra ce pâle type brillant ! Imaginez-vous l’avilissement de ce pauvre blaireau : il ne boit son café que froid ! Comble du mauvais goût.

Et puis ce sera l’oubli sur les eaux mauves de l’Egée éternelle. Je me réjouis de découvrir le yacht scandaleusement laissé à l’abandon par un petit vieux qui ne gouttait pas assez la fortune d’être riche. Alors, ce seront les enchantements des îles grecques et de leur gastronomie. Quand j’aurai épuisé le sujet, enfin, je mettrai le cap sur la terre ancestrale de l’homme et enfin je trouverai un terrain de chasse à ma mesure. J’espère qu’on peut trouver des crus bourguignons en Afrique !

Par le rustre - Publié dans : Les bonnes histoires de l'oncle rustre - Communauté : Made in Belgium
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 24 octobre 2011 1 24 /10 /Oct /2011 06:22

Meeeeesdames, messieurs, bonjour et bienvenue sur Radio-Couillon. Vous pensiez avoir touché le fond ? Radio Couillon c’est encore plus profond ! En compagnie de nos gros niqueurs habituels et d’un invité de marque…

-Ah, non, pas Marc… c’est moi qui l’a invitérz !

-Jipé, abstenez-vous, je vous prie. Et essayez de ne pas faire de fautes si grossières en parlant par écrit ! Un invité qui n’est autre que Alessio Rastani, trader d’opérette bien connu. Alors Alessio, content ?

-Bonne journée, Jean-Louis. J’ai fait pas mal de pognon en vendant des titres bien pourraves à des orphelinats grecs. Et en plus j’ai ruiné deux associations qui venaient de recevoir des fonds de Cap 48. C’est vous dire si c’est une chouette journée. Pour fêter ça, en venant ici au volant de ma Porsche Cayenne, j’ai écrasé une vieille sur un passage piéton… après avoir fait mine de ralentir en l’invitant d’un geste avenant à traverser. Et j’ai aussi écrabouillé un chiot sur un trottoir en présence de sa petite maitresse de 5-6 ans. Comme dans du beurre quoi !

-Jean-Valjean, vous pourriez nous mettre un peu de musique ? Je dois aller dégueuler les deux morceaux de tarte au riz que je viens de m’enfiler…

 

Attention, le contenu textuel de cette chanson pourrait heurter les âmes sensibles. Les paroles sont d'une vulgarité confinant à un discours politique tentant de nous faire croire qu'il faut être gentil avec les banques et que NOUS allons devoir être courageux pour faire face à la crise !

 

-Ca va mieux Francis ?

-Oui. Mais laissez-moi dire à Monsieur Rastani qu’il est de ces lies fangeuses où s’embourbe la Civilisation. Vous me dégoûtez Môssieur. Vous pouvez vous brosser pour avoir un morceau de tarte.

-Monsieur Rastani, quels sont vos plus beaux coups en bourse ?

-Ah monsieur Hautain, il y en a tellement. Ce que j’adore, ce sont les entreprises pharmaceutiques. On a toujours vent des sorties de médicament un peu précipitées. Vous pouvez toujours être sûrs qu’il y a anguille sous roche et qu’il y a bien un malin qui a planqué une étude critique sous la table. Un jour ou l’autre des gens vont crever ou développer des cancers bien gras. Le con blessé dans sa chair étant procédurier, en général c’est la valse des procès. Dans ces moments là, les actions se mettent à jouer au yo-yo. Il faut être là au bon moment pour sucer un max de pognon. C’est encore mieux quand ça touche des enfants… Mais enfin je prends beaucoup de plaisir dans la vie en général, pas seulement dans le boulot. Il y a tant de choses drôles et gratifiantes à faire. Par exemple, j’ai toujours en poche un petit sac rempli de crottes de lapins que j’offre aux enfants en leur disant que ce sont des bonbons. Saviez-vous d’autre part que 10 ml d’urine dans 250 ml de jus de pomme, ça ne se remarque pas du tout. Et sincèrement dans les distributions genre soupe populaire… ils s’en foutent que l’opercule de la bouteille soit brisé. Et puis on peut injecter la pisse à la seringue aussi mais c’est fastidieux. Faut pas se biler, un pauvre affamé, c’est peu regardant. J’adore voir tous ces fainéants de crève-misère boire ma pisse.

-Jean-Paulette, faites le taire. Il est immonde.

-Attendez, je n’ai pas fini. J’en ai plein d’autres. Vous savez que je me fais régulièrement des plus-values faramineuses en faisant des paris avec mes copains traders ? J'ai le nez fin pour ça vous savez. Chaque fois qu’on fait un bon coup, on prend les paris sur le nombre de suicidés qui en découlera. Sur la Grèce, je les ai tous bluffés. J’ai eu le pourcentage d’augmentation des suicides suite à la crise à l’unité près. Génial non ? Mais le plus fun, c’est les agriculteurs. Ca fait des années qu’on les presse. On a fait un vrai travail de fond vous savez sur ce coup là. Histoire d’instiller une bonne ambiance. Maintenant on récolte enfin les fruits de notre travail. Non seulement, on se fait un max de blé (de blé, en parlant d’agris ! Ouarf arf arf !) sur leur dos grâce aux multinationales agro-alimentaires, non seulement, tous ces suicides ça engendre du trafic juteux sur le plan foncier mais en plus avec les potes, on a nos paris sur les suicidés mensuels. Et ça va loin dans la finesse vous savez, parce qu’on peut tenir des statistiques par pays, par région, par filière agricole. C’est extrêmement divertissant.

-Vous êtes un chancre monsieur. Un mildiou rampant. Une grosse saloperie.

-Je vous le répète, monsieur Ballast. C’est le boulot. Je suis juste un professionnel. Mais j’ai aussi une vie, des loisirs. Vous aimez le tennis ? Le squash ? Perso, je kiffe à mort ! Avec les potes, pour pimenter un peu, on joue avec des hamsters.

-Des hamsters ?

-Ben oui, le hamster-tennis et le hamster-squash c’est comme le tennis ou le squash mais avec un hamster à la place de la balle. C’est drôle vous savez. Et quand on utilise un de ces amusants canons pour nous servir les hamsters, ça devient désopilant. Surtout contre un mur. Ca tourne au paint ball. On peut parvenir à des résultats franchement créatifs vous savez.

-Vous permettez que je reprenne un morceau de tarte, Francis ?

-Serge, ce n’est pas le moment. Je fulmine !

-Bien sûr que si… Mmmmhhh, excellente. Très crémeuse. RRRRRRRRRR… SPRLATCH ! Voilà un bon gros glaviot à la tarte au riz dans ta gueule, connard. Quand Lama fâché, lui faire toujours ainsi.

-Un peu de musique en attendant de repêcher monsieur Rastani au milieu de l’étang de bave andine dans lequel il baigne. Vous voulez une bouée Monsieur Rastani ?

 

 

-Voilà, nous devrons malheureusement nous passer des lumières de monsieur Rastani que nous avons mis à sécher avec le linge de madame Laroupette, la concierge du studio.

-En espérant qu’il n’ait pas rétréci au lavage Jean-Louis.

-J’avoue que je m’en fous un peu Serge. Je regrette juste de ne pas avoir fait un nœud dedans pour voir si les taches, elles allaient vraiment partir.

Et le temps de toucher nos parties arrive à mes mains, à bientôt les couillons !

Par le rustre - Publié dans : Chroniques rustiques - Communauté : Made in Belgium
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Présentation

Recherche

plus de couleur

  • Jonquille
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés