Mercredi 12 octobre 3 12 /10 /Oct 07:01

Dans une aube rose et crème, le soleil pointait à peine ses rayons, caressant la nature assoupie au sortir de l’hiver. Des peupliers pelés, lovés dans quelque étole de brume diaphane, attendaient frileusement le vrai printemps qui les sortirait enfin de la torpeur. Dans le petit monde secret des bosquets et des buissons, une mésange zinzinulait tout en s’afférant à débusquer quelque vermisseau tapis dans l’entrelacs de branches dénudées. Lointain, on entendait un pic pleupleutant entre deux séances frénétiques de martelage d’une souche morte.

Soudain, mâle et rauque, retentit un « Montjoie, Saint Denis ! » qui stoppa net les divagations poétiques de toute cette création grotesque.

Non mais merde quoi ! J’t’en donnerais moi des zinzinulations gratuites… A coups de crosse ouais, la mésange délicate ! A ma botte, je veux les voir tous ces emplumés. A ma pogne les gazouilleurs édentés des haies.

Non mais, z’ont rien d’autre à cogner ces fainéants ? On dit que la nature va mal, mais ils le cherchent aussi. Ca se lève tôt, mais ça ne bosse pas ! Et ben non, ils zinzinulent et ils pleupleutent, les fâcheux ! Moi, je dis qu'il y a de la chevrotine qui se perd !

Soit. Reprenons.

Le sabre au clair, le casque rutilant, le tutu rose frémissant au vent, il est là, l’Homme, le Héros, le Sauveur. Ecce homo, et pas qu’un peu.

Les traits fichtrement burinés, les intentions sévèrement burnées.

Comme à l’accoutumée par petit matin, je faisais le tour de mes terres, les cheveux fous, le regard au vent sur mon fier coursier, étalon de noble race arabe. Et pas arable. C'est pas un cheval de trait non plus.

Vous qui n’avez aucune imagination, vous n’auriez vu qu’un type bizarrement vêtu, enfourchant un vieux manche à balai muni d’une tête de cheval en carton et faisant cataclop cataclop pour faire comme si pour de vrai. Mais vous n’êtes que d’infâmes rustauds dénués de la moindre parcelle de poésie enfantine. Que dis-je ? D’ignobles réactionnaires urbains assoiffés d’émissions d’une télé grabataire qu’on dit ré-alitée. Des suppôts du grand capital spoliateur globalisé.

Fouchtra ! Arrières monstrueux pensionnaires d’un fort-Boyard de pacotille offert aux affres des pensées lubriques de technocrates avilis…

Pédés du cul !

Seul contre tous les chacals, je montais la garde, immuable dans mon habit de lumière.

Le sabre, la cuirasse et le casque surmonté d’une fière crinière jaune striée de bleu, le tutu rose et les collants noirs à pois multicolores : fuchsia, vert bouteille, ocre pâle.

M’entourant de ses oriflammes guerrières, la musique sauvage de Wagner rugissait dans tout le voisinage.

Quelque malotru traitreux vendu à la solde de l’engeance féline me vitupérait, bien planqué, le lâche, derrière la fenêtre de sa chambre, m’enjoignant, dans la langue vulgaire qui est celle des sots et des vilains, de « fermer ma gueule de cinglé et de cesser ce boucan » non sans ponctuer sa vile diatribe d’un «connard, gros enculé » du plus mauvais aloi. Rustaud !

«Descends donc de ton donjon, baltringue, et viens tâter de ma lame dans tes fesses molles » lui rétorquais-je avec véhémence.

Non mais vous vous rendez-compte de la fainéantise de ces bouseux qui se targuent d’être des citoyens, d’avoir des droits, mais qui trainent encore leur savate en pyjama… à cinq heures du matin !

Ah j’vous jure ! Pas coopératifs les voisins pour ce qui est de l’élan purificateur de ma croisade sacrée contre les grippeminauds à l’air sournois. C’est que l’ennemi est veule et peu avare de ses ressources. Il s’adapte, il louvoie, il contourne. Salopiaud !

Ah souvenirs délicieux ! Pour l’heure me voici à vaquer à des tâches domestiques peu enrichissantes mais nécessaires. Mon esprit ressasse et mâchonne.

J’avais remarqué une inquiétante perte d'efficacité de la Trempe ces derniers temps. Réagissant en bon stratège, j’ai entamé une escalade vertigineuse dans la taille des pièges et du bac d’eau, la vigueur des paillettes de mon habit de scène (passant d’une sobre tenue de capitaine nordiste à la tenue légèrement rococo décrite plus haut). Escalade jusque dans le volume sonore des vociférations wagnériennes, que Bayreuth à côté c’est un récital en sourdine de Charlotte Gainsbourg et Etienne Daho accompagnant une première Dame de France aphone !

Nonobstant cette course frénétique à l’armement, j’ai du me rendre à l’évidence : les veules mistigris me narguaient. La trempe avait cessé de fonctionner. Il fallait réagir.

On sonne à l’huis, interrompant le fil de mes cogitations.

Une petite morveuse de cinq ans vient gémir à ma porte pour savoir si je n’ai pas vu « Hector ». Dieu qu’elle est laide cette gamine. On dirait un furoncle avec des dents et une couette !

« Je suppose, petite gourde, que par « Hector » tu veux parler de ce tas de poils hirsutes qui se plaisait à pisser sur mes poireaux et à faire ses griffes sur le tronc de mon Vilburnus variegata ? Et bien sache qu’il peut se vanter d’avoir fait progresser la science, ta sale bête. Grâce à lui, j’ai pu tester ma nouvelle sarbacane. Une vraie merveille. Je fabrique les fléchettes moi-même avec des piques à brochettes crantées à l’opposé de la pointe pour enrouler un fil d’ouate et composer la boule qui offrira la résistance voulue à mon souffle puissant, résistance qui par réaction et défiant les forces de frottement du tube, propulsera le projectile dans les chairs de l’ennemi. Mais, je suppose petite gourde que tu n’y entends rien. On ne donne probablement pas de cours de physique dans les écoles maternelles. On devrait. Et puis des cours de pharmacologie aussi tiens. Tu comprendrais alors la redoutable efficacité de la macération d’Aconit napel, et de Digitale pourpre dont j’enduis mes flèches. J’ai essayé avec le clébard des Lequeu. Radical. »

Si vous me permettez un petit aparté, laissez-moi vous entretenir des Lequeu qui habitent à trois jardins du mien. Figurez-vous que leur labrador respirait très bruyamment, la langue pendante. Des heures durant en plus. Je m’en suis plaint.

Des gens vulgaires et grossiers ces Lequeu. Des nouveaux riches.

Ils m’ont répondu :  « z’êtes con ou quoi ? Il n’aboie jamais. Il a eu un cancer du larynx. On a du lui enlever les cordes vocales. C’est pour ça qu’il respire bruyamment, ça cicatrise. Vous allez pas me dire que ça vous emmerde à 150 mètres non ? »

« Et bien si, Môssieur le Bourgeois ! Il m’hôte les fulgurances de l’esprit, votre clébard emphysémateux… »

J’ai traqué ma proie à la tombée du jour, tel le fauve au muscle tressaillant qui rampe vers son repas dans la savane. Ce fut facile, l’animal convalescent ne bougeait guère. Mais foutre gras me fut de laisser là pareille pièce de viande. Mais vu la dose de poison dont j’avais enduit les flèches…

J’épargnai le récit de cette geste canine à la jeune écervelée qui minaudait à la recherche de son patte-pelu, toute tremblante devant mon courroux… ou bien était-ce devant l’accoutrement pourtant fort sobre que je revêt pour faire la vaisselle ? Un ensemble seyant composé d’un cycliste très moulant de couleur vert pomme, d’une bouée « petit canard » avec deux amusants grelots en guise d’yeux, sans oublier bien sûr, le masque, le tuba et les palmes. C’est que, voyez-vous, j’ai une sainte horreur de l’eau. Alors petit évier ou pas, pour la vaisselle, je prends mes précautions.

Je m’empressai de rassurer la gamine sur le sort de son minet.

«Ne t’en fais pas. Je n’ai pas empoisonné ton chat. C’est qu’il me fallait regarnir mon congélateur. Alors je l’ai chopé quand il est venu se tailler les griffes contre mes arbrisseaux. Deux fléchettes sans poison. Une dans le ventre et l’autre dans le cou. Un tir admirable. Il n’a presque pas souffert.

Enfin, pas longtemps.

Plus après trois bons coups de pelle dans la gueule en tout cas. Mais ne pleure donc pas petite imbécile. Tiens, si tu veux lui dire un dernier adieu, il doit m’en rester une cuisse qui traîne dans le congélateur… »

Figurez-vous que l’ingrate s’en est allée en hurlant. Quelle dinde cette gamine ! Et pour vous dire l’esprit procédurier des gens, ses parents m’ont envoyé la maréchaussée. Je me demande si c’est tendre de la cuisse de voisin ?

Par le rustre - Publié dans : Les bonnes histoires de l'oncle rustre - Communauté : Made in Belgium
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Lundi 10 octobre 1 10 /10 /Oct 06:55

Chers amis et voisins, Mesdames et messieurs, Mesdemoiselles les emmerdeuses féministes, boulangers et michetonneuses, cher Alessio. Et aux autres grosses merdes avachies de traders de mes deux.

Quand je suis arrivé au bistrot ce matin, il y avait un drôle de truc qui flottait dans l’air, dans le genre palpable comme un nichon de Scarlett Johansson. C’était la fragrance envoutante du pavé dans la gueule. Un doux parfum de ras-le-bol et de révolution. Le Grand Tour de Copernic. Vas-y, Saturne en rond ! Montre moi ton orbite histoire de faire grimper le mercure au mois de mars. L’orbite, j’ai dit, pas l’Uranus ! Jupiler, Pluto et Venise, c’est le système scolaire. Bon et pour Neptune, j’ai rien trouvé. Pour mieux, vous n’avez qu’à demander à des rigolos salariés. Y en a plein les radios qui sont payés à lire le journal en buvant un café avec des potes et à répéter 100 fois que Maurane a écrit « va te faire enculer » sur twitter. Tu vas voir si moi je ne sais pas dire « enculé ».

Ca va ? Vous la sentez là ma mauvaise humeur bande d’enculés ?

La porte de la « Renaissance » à peine poussée, j’avais senti mon Roger chaud boulette comme pas permis.

Arc-boutés sur le comptoir, manifestement bien décidés à freiner le mouvement du globe terrestre de leur masse inerte, les trois plus beaux spécimens parmi les habitués du bistrot faisaient tourner le monde brassicole brésilien et la Sainte obédience monastique brassicole. T’avais Maurice, Robert et Bernard. Les mousquetaires de la bibine. Le triumverrat de la roteuse.

Maurice avec sa casquette Aldi vissée éternellement sur sa tête, de peur que ses rares idées s’envolent peut-être.

Une casquette cependant moins éternelle que sa doudoune, portée été comme hiver, fermée jusqu’au cou, même après 15 chopes en milieu d’après-midi. Maurice avec son air éteint de bougie soufflée. Maurice et sa perruque sur la langue. Maurice qu’avait été un type qui avait tout fait, tout vu, tout vécu, dans un autre temps ou une autre dimension, on sait pas, mais qui prenait un repos bien mérité, depuis 20 ans au moins, à regarder la vie passer sans l’atteindre. Maurice seul comme un mort dans l’existence, célibataire pour toujours. Tu m’étonnes John.

Robert, le gros Robert, avec sa pupille grise délavée vissée au fond de son regard vicieux de verrat affamé. Un regard effrayant, fou, à te chier dessus quand tu le croisais au soir d’une kermesse à pisser à la lune. Il y avait toujours une lueur de présence humaine à un moment de la journée chez cet homme-là. Mais Robert, y te carburait à la Chimay blanche et à la Rochefort 10°, alors au plus son verre se remplissait, au plus son regard se vidait.

Robert, chauve, adipeux, tout plissé, qui gardait son verre comme un Moai qui veille sur les côtes de l’île de Pâques. Hiératique, silencieux.

Après ses dix verres (ce qui correspond tout de même, mazette, à trois litres de bière à 8-10°) il commençait à te faire chier avec ses histoires de foot, ses airs d’importance, sa légende dorée, répétée quasi chaque jour, avariée depuis dix ans. Robert « tenait » une pute à Charleroi. Robert était un homme influent. Robert tenait la commune, les échevins, le bourgmestre à sa pogne, le roi, le pape aussi. Bart De Wever lui-même chiait dans son froc au point de vouloir apprendre le Wallon et militer au FDF quand il entendait parler de Robert. A ce moment là, tu devais songer à renvoyer doucement Robert vers la sortie, parce qu’à 15 verres généralement, il s’écroulait, comme ça, d’un coup, comme une grosse fiente sur le pavé du bistrot et t’étais bon pour nettoyer le sang après parce que ce con là se débrouillait toujours pour s’ouvrir le crâne. Alors, tu devais téléphoner aux flics ou pire, à sa pauvre vieille mère qui rappliquait en chialant pour le raccompagner.

Et puis tu avais Bernard, Alias Boubiet-mopette ou encore l’ewaré avou s’ mobylette. Vous le connaissez surement, sous un autre nom peut-être, mais vous le connaissez, sûr !

Avec son jogging qui lui reste enfoncé dans la raie quand il se gratte le cul et surtout son casque de mobylette, une boule rouge crasseuse avec une visière comme sur un képi. Inamovible le casque, qu’il boive un coup, fasse ses courses, ou regarde la prestation des « vî pétés coyons » en concert à la kermesse de Saint Roch en plein mois d’août, sous chapiteau et par 40° à l’ombre.

Bernard, sans âge mais fripé comme une mandarine oubliée dans le fruitier depuis la disparition d’Homo erectus. Bernard, tellement petit derrière le comptoir, tellement maigre que son casque en paraitrait même plus gros. Bernard, aigre comme un cornichon, en rébellion contre tout, surtout contre le temps et les saisons qu’existaient plus, les salauds de politicards qui faisaient des études pour être aussi pourris, les cons du journal qu’étaient tellement vendus ,que même aux soldes chez MAKRO, ils n’en avaient plus.

Trois pièces d’hommes ces gars-là. Roger, mon cousin qui tient le troquet, il les appelle ses chèques vacances, vu ce qu’ils claquent en pognon chaque année.

P8140249Accoudés au comptoir, les mecs ne commandaient jamais de café noir...

 

Sincèrement, j’aime bien aller voir les potes au bistrot. Mais quand je vois ces trois lascars accrochés à leur chope comme des patelles à un rocher à marée basse, ma journée se termine sans commencer. Tu peux être sûr que terminée leur phase initiale de recueillement, quelle que soit la conversation, ils vont finir par intervenir et te sortir des conneries à la chaine, sans aucun espoir de délocalisation de la chaine de montage en Europe de l’Est.

Tu as le gros Robert qui va te faire chier avec ses putes et son foot. Tu as le boubiet qui croit réellement que l’homme fouille l’espace intersidéral pour explorer un jour une grosse bouteille de Jupiler ou fouler du pied une barre chocolatée. Et puis tu as Maurice évidemment qui finira invariablement par répéter 100 fois en rotant de la bière qu’il l’avait bien dit. Dit Quoi ? Personne n’en sait jamais rien, lui le premier. Entre ces trois là, je perds espoir en nos capacités d’affronter les défis du futur en tant que civilisation. J’ai bien essayé de motiver leurs parents. Je me suis renseigné un peu partout. Le code pénal est formel : vu que ces gars là tournent autour des cinquante piges, c’est mal barré pour envisager l’avortement.

Ces trois là, on les aurait mis sur le coup des mineurs Chiliens, les mecs étaient toujours à creuser du côté de Pékin aujourd’hui. Cons comme eux, c’est plus une tare, c’est une attraction.

Malgré les recherches récentes, j’ai encore des doutes sur la réalité d’un croisement entre Homo sapiens et Néanderthal. Entre l’homme et le demi-kilo d’américain préparé par contre, je suis convaincu.

Puis tu avais Manu, la serveuse. Une vraie blonde, Manu, enfin, si tu ne tiens pas compte des 15 cm de cheveux noirs sous le fantôme de sa dernière colo. Puis tu avais aussi Monsieur Lequeu, retraité de l’administration, ex Haut fonctionnaire pas si haut que ça mais qui en savait quand même un brin sur les signes avant-coureurs de la fin du monde qui ne manquaient pas de marquer notre civilisation en perdition.

Et puis, il y avait moi. De très méchante humeur. Très très méchante même. Pour vous dire, rien qu’en voyant la gueule sidérale du Gros Robert, j’avais des envies de la lui éclater sur le comptoir s’il commençait à me casser les couilles avec ses histoires d’homme influent des cercles fermés des arcanes du pouvoir occulte. Enculé celui-là ! Hé, tu vois, je sais le dire hein enculé ! A sec, sans élan et avec une pomme d’épicéa bien ouverte si ça te plait.

Soupirant profondément, j’adressai un « ça va les gars » à la cantonade. Les trois mousquetaires n’étaient pas encore mûrs, il n’y eut que du silence pour monter de leur trio d’enculés (et hop, encore une fois !)

Avisant Roger, je lui lançai un viril « Tu me mets un Orval mon gros ? ».

La réponse cingla comme une taloche dans la gueule, verte et pourtant bien mûre : « Dix Miyaaaarrrrrds ! »

-Hein ?

-Dix miyards ! C’est ce que le gouvernement qu’existe même pas encore doit économiser l’année prochaine. Et devine c’est dans les poches de qui qu’on va encore aller chercher ? Hein ?

-Certes, mais…

-Teu teu teu… Tu vas encore dire que je suis un poujadisss. Mais y en a marre de donner des miyââârrrrrrs, tout ça pour que les gros des banques et les pourris spéculateurs et les salopards d’actionnaires et toute cette clique de suceurs de mes deux s’en foutent plein les fouilles ! Non mais, t’as vu le trader sur la BBC là ? C’t’enculé qui avoue froidement que tout ce qui l’intéresse, c’est le pognon ? Et t’inquiètes pas, les actionnaires, c’est pas demain qu’ils auront des fins de mois difficiles. Et les salopards sans âme qui travaillent dans les agences de notation ? Tu crois qu’ils dorment la nuit après avoir gentiment dévaluer la note d’un pays en foutant le peuple dans la merde ? Tu le crois ?

-Ben, ne pas avoir d’âme doit les aider à dormir, en effet.

- Et l’autre parvenu là, le Reynders qui nous a retourné les poches pour sauver les banques belges, les banques hein, pas les gens. Et qui revient 3 ans après pour re-sauver Dexia encore un coup . Et tu crois qu’il va falloir les sauver combien de fois les banques ? Tout ça avec le fric qu’on me pompe pour pas que je puisse investir dans le lieu de perdition où tu viens boire ta chope ! Et ils parlent seulement de réfléchir à des mesures d’austérité. Ben mon gars, qu’est-ce qu’on va prendre dans la gueule ! Ces cons-là, ça fait des années qu’ils nous mettent plus bas que terre pour soi-disant sauver l’économie, les petits épargnants, les emplois. Mon cul oui ! Et ça fait des années qu’ils se touchent leurs petits zizis en se demandant si peut-être on ne devrait pas faire quelque chose pour taxer les spéculateurs, les mecs qui se tapent des hausses de salaire de 500 % alors que l’ouvrier ou l’employé belge, s’il voit une indexation de 0,3 %, il peut s’estimer heureux. Bande de pourris ! C’est todi les pu p’tits qu’on spratch !

-Oui Roger mais… euh… Manu, tu pourrais pas nous mettre le juke-box ? Un truc épique tu vois ? Un truc qui irait bien sur un discours historique, Genre Moïse qui parle à son peuple ou De Gaulle qui cause à ses veaux…

-OK… Ca ?

« Debout, les damnés de la teeeerreuh… »

-Euh… Manu, peut-être pas à ce point là. Je voyais plutôt un homme, un héros debout, les cheveux aux vents dans la lande qui harangue une multitude fière et dressée, tu vois…

 

-Euh… oui, si on veut, ça ira. Bon les gens, vous écoutez Michel pendant que j’cause OK ?

Roger, ton indignation est digne et justifiée, et ceux qui la diront poujadiste feraient bien de travailler leur souplesse pour aller s’examiner le trou du cul mais…

L’homme est un loup pour l’homme. C’est dans sa nature te diront les plus hypocrites des réactionnaires conservateurs (si si c’est possible !) qui prétendent incarner la pensée nouvelle. Et ton discours sera qualifié de niais, gauchiste.

On te dira que le capitalisme et son cousin le libéralisme qui lui permet de s’exprimer… Surtout ne va pas les confondre ces deux là. Ouh là là, tu irais à la fâcherie avec Charles Michel. Et il aurait raison : pour qu’une bande de malfrats soit efficace, il faut des crapules aux profils complémentaires. On te dira que le capitalisme est le seul système qui marche, qu’il est naturel à l’homme depuis la nuit des temps. Et ces « on » auront raison. Depuis le néolithique, depuis que l’homme produit des biens et les accumule, la soif de puissance et de richesses qui sont les mamelles de l’inégalité sociale dirigent la civilisation. Et au travers des âges, cette soif a mené le monde entrainant certes des progrès dans le bien-être, mais surtout asseyant définitivement le clivage entre riches et pauvres, entre nantis et sans le sou. Si tu parles à ces gens-là d’alternatives qu’auras-tu à leur opposer ? L’anarchie, la religion ? Pire : le communisme ? Ils te riront au nez et te marqueront du sceau inique de la pensée unique, arguant des réussites très mitigées du point de vue des égalités et du bonheur des peuples de Staline, Mao, Castro, Elio. Ils auront beau jeu de te faire remarquer que la nature profonde de l’homme a dévoyé les idées généreuses tant de Jésus que de Karl. Et qu’au final, on en revient au seul système économique viable : le capitalisme avec son cortège d’inégalités. Et je ne pourrai que les approuver : une révolution n’est jamais qu’un tour de manège qui te ramène à ton point de départ. Simplement, pendant le tour, des têtes sont tombées et d’autres ont pris pouvoir et richesses.

A cela Roger, je rétorquerai, fier et véhément, que nous sommes au 21ème siècle, que depuis le néolithique, cela fait plus de dix mille ans que nous nous tapons joyeusement sur la gueule pour toujours en revenir à notre point de départ : il y aura des faibles et des puissants et si tu es dans le premier lot, ferme ta gueule. Ne serait-il pas temps de s’asseoir et de réfléchir au moyen de trouver une autre voie ? Peut-être pas tellement différente mais comment dire… un peu moins hystérique et moins fondamentalement égoïste ? Ne serait-il pas temps de nous dire enfin homme et non plus animal ?

Sardou se tut et je pris une large rasade d’Orval. Même les mouches ne volaient plus, occupées à chier sur les murs. Manu et Roger faisaient semblant d’astiquer le zinc. Je regardai les trois lascars. Ils me fixaient d’un air absent. Maurice, bouche bée, laissait échapper un filet jaunâtre et gluant de bave mêlée de bière.

C’est le boubiet qui interrompit en premier le silence :

-Vous savez ce qui sera le plus dur quand y ziront sur mars ? D’enlever l’emballage pour marcher direct sur le chocolat.

Je me retournai vers Roger et prit un second Orval. Parce que vous savez le pire ? C’est que les négociateurs ne peuvent se décider à mettre le mois de juillet en septembre parce qu’il fait meilleur. Mais que fait, palsambleu, le gouvernement ?

Par le rustre - Publié dans : Chroniques rustiques - Communauté : Made in Belgium
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Mercredi 5 octobre 3 05 /10 /Oct 10:43

Bonjour à tous.

  

A partir de ce mercredi et durant les semaines suivantes, je voudrais vous emmener sur les pas d'un monsieur très sympathique. Sympathique en diable même puisqu'il mange les chats, tue les chiens des vieux esseulés, déteste les enfants et plus largement l'humanité. Oh, je sais, vous le connaissez déjà puisque ses méthodes barbares mais jouissives furent décrites ici et . Ces deux prochaines semaines, vous relirez les deux premiers épisodes de la saga condensés, réécrits en partie pour qu'ils fassent plus "nouvelle". Et ensuite, durant plusieurs semaines notre personnage vous emmènera plus profond, encore et toujours, dans les arcanes de son univers... comment dire... Un peu à côté de la plaque. Entre nous, faites gaffe. Il habite peut-être votre rue.

  

Pour vous donner une idée de ce qui vous attend, les titres des prochains épisodes :

  

La Trempe, Sarbacane, Les Objectifs ou rédemption, Liège gourmande, Régime crétois et langoustines, Comme un fauve dans la savane.

 

 

Episode 1 : la trempe.

Amis jardiniers, amoureux du potager, adeptes du poireau, bio ou pas, bonjour ou bonsoir, c’est selon.

Je voudrais vous entretenir d’une des plaies majeures de nos plates-bandes et des pelouses verdoyantes où s’ébattent nos bambins pleins de vie et d’espoir en des jours meilleurs qui pourtant ne viendront peut-être pas. Je voudrais éveiller votre vigilance face à un des fléaux principaux de nos semis fraichement effectués dans la terre nourricière, terre enfin rendue amoureuse par les ardents rayons de l’astre du jour qui s’offre à la douce poésie d’un matin printanier bruissant de la ferveur aviaire.

Je veux bien sûr parler d’une cause légitime de juste courroux du jardinier amateur meurtri dans sa chair…

Ce sont ces saloperies de chats, ces foutus immondices velus qui chient partout, empuantissent nos légumes de leurs projections nauséabondes, retournent nos semis de leurs griffes et de leur panse paresseuse de pourris parasites de l’humanité. Sus mes preux, taillons dans la viande, brisons les os, fendons les crânes, éviscérons gaiement. La gent féline doit payer.

Hum… excusez mon emportement soudain. Cela ne sied pas à un texte qui se veut purement didactique. Reprenons le propos, si vous le voulez bien, sur le ton docte et serein qui convient.

Je vais vous exposer aujourd’hui une solution miraculeuse pour éloigner nos chers amis félins de nos jardins, efficacement, à peu de frais, sans dommages collatéraux ni folie meurtrière (ou si peu). Il s’agit de la TREMPE !

Cette méthode demande juste l’obtention d’un piège à fouine (une cage munie d’une trappe à sens unique) muni de poignées, d’un peu de kit et kat (ou de sheba pour les chats gourmets), de gants en cuir épais, d’un poste de radiodiffusion mobile et muni de piles (rechargeables si la fibre écologique vous habite et chargées, c’est mieux), d’un peu de musique violente et tonitruante, de vêtements voyants, d’un sabre et, le plus important…

D’une bassine d’eau…

Plus grande que le piège….

Pardon ? Mais non voyons, je ne suis pas un « sadique ».

Reprenons.

Le déroulement des opérations est d’une sobriété approchant le carrément désertique, voire le dépouillé.

Après avoir repéré le lieu de passage préférentiel d’un de nos amis de la gent féline (un gros crapuleux marcou de préférence), déposez à cet endroit le piège, garni de kit et kat (ou même de whiskas, ne soyons pas sectaires que diable mes preux).

Tapissez vous, tel le fauve guettant sa proie au coucher du soleil, qui darde de ses rayons pourpres le point d’eau perdu au milieu des hautes herbes ocres d’une savane africaine riche et joyeuse alors même que meurent, les enfants d’Afrique oubliés par le train de la civilisation. Putain que c’est beau Germaine.

Bref…

Le chat approche, renifle la nourriture offerte à ses désirs et, cédant à sa veulerie toute féline, pénètre dans le piège qui, brusquement autant qu’inexorablement, se referme sur sa misérable carcasse de fienteur pelé.

Il est fait comme un rat, ce qui pour un chat est déjà un beau châtiment. S’en est fait de sa rouerie, le fourbe.

C’est alors que vous surgissez de votre retraite, arborant un rictus dément, hurlant comme une bête. Tel un ouragan monégasque, vous fondez sur votre proie.

Suspens, car c’est ici qu’une importante parenthèse se doit d’être ouverte. Préalablement à votre machination, vous aurez pris soin de disposer votre appareil de diffusion musicale sur piles à portée raisonnable. Au moment même où le piège se referme sur l’ennemi, ayant positionné le curseur de volume sur « à fond », vous lancez la musique. Pas n’importe laquelle. Quelque chose de raffiné. Du Sepultura ou « thunderstruck » du groupe AC/DC peuvent convenir. Personnellement, j’ai un penchant dans ce genre de situation (mais dans ce genre là uniquement) pour la musique teutonne incitant au massacre aveugle mais salvateur. La Charge des Walkyries est une sorte de maître achat pour la circonstance. Maître à chats. Décidément, la finesse de mon humour navigue dans des sphères stratosphériques.

Autre parenthèse, vous aurez également pris soin de revêtir pour l’occasion ce qu’il est convenu d’appeler votre habit de lumière.

Un déguisement de superman, un uniforme de la SS peuvent convenir. Une tenue de danseur de la troupe à Béjart aussi, mais moins.

Là aussi, je suis enclin à suivre mes intimes inclinaisons. Et mon penchant personnel me pousse vers un uniforme de la cavalerie états-unienne de la guerre de sécession avec le grand chapeau, le sabre brillant et tout le toutim ou bien celui d’un cuirassier napoléonien. Ca a beaucoup de gueule mais pour la planque dans la savane, le casque, c’est un peu chaud.

Revenons à nos moutons, enfin à nos chats (et vous vous esbaudirez encore à la finesse de mon humour) et résumons-nous mes braves. La veule créature prise au piège, vous balancez la sauce à fond, vous surgissez dans votre habit de lumière en roulant des yeux et alors…

Soit en poussant des hurlements rauques et gutturaux,

soit en éructant un truc bien senti du genre « ça va être ta fête, enculé », « Montjoie, Saint Denis » ou encore « Morts aux Flamands »,

soit en faisant les deux,

vous fondez sur l’animal telle la justice divine sur le peuple égyptien.

Tout en continuant à gueuler comme un forcené, les yeux injectés de folie et de sang, vous attrapez le piège et vous le trempez dans la bassine d’eau.

Attention ! Des trempages courts et répétés doivent être préférés à une seule plongée de dix minutes. Il ne s’agit pas d’être taxé de barbarie par les chochotes de Gaïa ou l’engeance végétalienne de PETA mais juste de donner une leçon méritée et définitive à l’ennemi, leçon assénée avec pédagogie, calme et dignité.

Mais enfin, c’est vous qui voyez après tout. Si par malheur, dans la générosité de votre élan civilisateur et purificateur, il arrivait un accident, le chat, après séchage, s’accommode bien, paraît-il, d’une sauce chasseur. Un vin puissant mais fin (un cru de Gevrey par exemple) accompagnera parfaitement ce met longuement mijoté. Invitez les propriétaires de l’animal (le papa et la maman de la bête) au festin, ils n’en feront que plus facilement leur deuil.

Cependant, si tout se passe bien, après cinq à dix minutes de bains répétés, coupez la musique. Si possible, arrêtez de hurler comme un dingue et déposez le piège à la sortie de votre propriété. Libérez le matou. Il fuira sans demander son reste, le couard. S’il se rebellait ou même s’il ne fuyait pas assez vite, prenez soin d’avoir à disposition une bonne pelle. Un grand coup sur la gueule de ce prétentieux récalcitrant et le tour est joué. La sauce chasseur l’attend !

Normalement, après la capture de quelques chats, vous pourrez ranger votre piège. La diffusion régulière, dans les cent-vingt dB de votre musique rituelle (Wagner dans mon cas), de nuit ou au petit matin, suffira à faire fuir les félins. Pour renforcer encore plus le réflexe d’évitement des chats, vous ferez régulièrement le tour de votre jardin dans votre tenue de combat, le sabre au clair, en criant à tue-tête votre « cri de guerre ». Vous pouvez aussi reprendre votre musique a capella.

Cette méthode, terriblement efficace, risque cependant d’indisposer plus que de raison votre voisinage bourgeois, bien-pensant et un peu serré du cul, il faut le dire. Allez savoir pourquoi.

Est-ce la diffusion régulière de la charge des Walkyries à pas d’heure dans votre jardin, le fait de vous y voir déambuler en uniforme de cavalerie nordiste, brandissant un sabre et chantant à tue-tête : « ta ta ta taaaa taaa ta, ta ta ta taaa taaa ta (1), Montjoie, Saint Denis » qui incommode ? Ou est-ce plus simplement l’étroitesse d’esprit du beauf campagnard ?

Qu’importe, j’ai des recettes tout aussi simples et efficaces pour se débarrasser de deux autres plaies de notre temps : les psy et les voisins !

(1)  : Vous n’aviez pas reconnu ? Je ne félicite pas votre incompétence crasse et l’absence totale de musicalité de votre âme blafarde. C’est l’air des Walkyries évidemment.

Par le rustre - Publié dans : Les bonnes histoires de l'oncle rustre - Communauté : Made in Belgium
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Mercredi 28 septembre 3 28 /09 /Sep 07:04

« En Syrie, quand c’est jour de piscine, on voit tout Damas qui nage. »

Le Rustre en personne…

 

damasquinage de Tolède José luis GalvezSource : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Damasquinado.jpg  Auteur : Josè Luis Galvez

 

Chers amis et voisins, Liégeois, Liégeoises, bucherons et bûches rondes, cher Dominique. Permettez-moi d’évoquer aujourd’hui la souvenance à vos mémoires oublieuses d’une belle âme Chrétienne, de celles qu’on préfèrerait rencontrer plus souvent dans les bistrots, en la personne d’Armand Chamelle, décédé inopinément (et ce n’est pas sale) en cet été décidément merdique de 2011.

Armand Chamelle est né pas très loin d’ici, à Tchoule-en-Oingt. Très tôt, Armand est touché par la grâce divine… et par son curé dans le confessionnal aussi, mais c’est une autre histoire qu’une stricte éducation catholique me poussant à l’hypocrisie m’empêche de vous conter ici. Il entre dans les ordres à 24 ans, à l’abbaye Notre-Dame-en-pleurs d’Oingt, dans la vallée de l’Oingt, juste à côté pourtant.

Ordonné et oint par le Père Alain de l’Oingt, Armand trouvera cependant sa véritable vocation à 32 ans, lorsqu’il décida d’aller porter la bonne parole dans les sables du Proche-Orient où décidément trop d’âmes s’égaraient sur les méandres tourmentés des fleuves sans porcs de l’Islam. Et donc voici l’Abbé Chamelle dans le désert parmi les Berbères. Ceux-ci reconnurent en Armand un frère, puisqu’ils l’appelurent l’Abbé d’Oingt. Ceci ne plut guère (normal dans le désert) aux imams qui n’appréciaient pas que les Bédouins reconnurent de porc parce que c’est interdit par la religion.

Les années passurent et l’Abbé Chamelle roulit sa bosse dans le désert, sans être entendu. Et c’est vrai : en deux chevaux comme en trois dromadaires, ça donne le mal de mer (roulis, mal de mer, tout ça…). Je passe au présent parce que le passé simple, c’est imparfait et ça me décompose.

L’Abbé Chamelle, on le déblatère sans cesse. On se méfie de lui et de ses idées. Il faut dire que le missionnaire campe sur ses positions. Il n’en veut pas aux Musulmans mais pourtant, il se met martel en tête. Il veut leur faire connaitre le Christ absolument, c’est qu’il est venu de l’Oingt pour ça.

En Egypte, il tombe malade en attrapant la pire amibe qu’on ait vu. Il part sur les pistes inconfortables et quand il reste sur la route toute la sainte journée, c’est tout en camion.

 

P7210053L'abbé Chamelle, devant le yaourt qu'il habitait dans le désert, dégobille.

Alors il part en Syrie où il fait feu de tout bois. En Syrie, il prêche chez les marins car il aime faire des phrases. Les vieux marins Syriens n’en ont rien à cirer de ses sermons, même par fortes pluies. Il a plus de succès chez les moussaillons qui ne restent pas de bois devant les paroles de l’homme de Dieu. Ces mousses employés sur les galères du Sultan Syrien sont ses serfs. Ils vivent dans des conditions innommables, que je vais pourtant vous décrire : travaillant toute la journée, ils ne mangent que des crottes de nez, ils boivent du pus tiède et ils dorment sur des chutes de bois, normal pour des serfs. D’ailleurs l’Abbé Chamelle est heureux de prêcher les pieds dans la sciure de mousse. Et question sciure, il y avait du bouleau.

Mais les potentats de Syrie, voient d’un mauvais œil la mission de l’abbé. La prêche à la ligne dans le désert, ils en ont marre, alors même que les formulaires ont été rempli dans l’étang. Pour punition, l’abbé sera privé de désert. Et il pourra pleurer des rivières, à quoi ça sert, horticole ?

Car en ce temps là, il faut le dire, la Syrie était une dictature infréquentable, pas comme maintenant, dirigée par l’horrible Cheik Hen-Bhlanh et son infâme vizir Omar De Wever, dit le Gros Vizir. Ces deux là étaient arrivés en Syrie quelques années plus tôt, brûlant les planches dans leur spectacle "La Flandre est un plezier, godverdoem !". Yves et Bart, mieux connus sous le nom des Frères Baloches, faisaient rire à bon marché les peuplades sensées en leur racontant pour de vrai ce qui se passait en Belgique. De jeux télévisés en slogans faciles du genre "il ne nous faudra que 5 minutes de courage politique pour vous débarrasser des Vengeurs du Désert", ils avaient conquis le pouvoir.

 

montage benny

L'infâme Cheik Hen-Bhlan, alias Yves Leterme Minus, mieux connu sous le nom d'Yves l'Inusable, Yves Duracell sed cell, Leterme aux piles. 

 

Un complot se ourdit (un plan en bêton). Il y a sur la place de Damas un dattier creux qui ne donne ni l’heure ni le jour mais qui sert de tocsin pour rameuter la populace pour les lynchages ludiques voire pour des décapitations à l’arrachée sur billots improvisés. Ce dattier n'a pas des blagues collées au cul. Sauf évidemment, celle de l’égorgé qui riait à gorge déployée et celle du lapidé qui avait un caillou dans la chaussure.

A Damas on redoute encore le son du dattier, car quand le tronc sonne, la hache n’est jamais loin. On le craint encore plus que les guitares des Vengeurs du désert, mystérieuse faction rebelle qui signe toujours ses actes d’un "aï aï aï ah aïïïïe" sinistre.

C’est un jeudi, jour de piscine en Syrie, que le Sultan donne l’hallal, Ali. Alors que Damas qui nage n’amasse pas mousse (dans la sciure sus-évoquée), on se demande il est houx, l’abbé, qu’on l’en chêne ? Et c’est vrai ! Depuis quand ne l’ai-je plus vu, j’ai l’impression que c’était lierre. Rien ne frêne plus la vindicte populaire. 

-Stop. Arrêtez tout. Cet homme a le droit fondamental d’avoir un procès équitable s’il a les moyens de me payer très grassement. Je me présente : maître Modricamel, et je ne suis pas une gauloise. Laissez moi voir le dossier… Mouais. Ben, c’est plié mon ami, vous êtes sauvé ! Si on parlait avant tout de mes émoluments ? Chhhttt Chhhttt Chhht (chuchotements de conciliabule secret, je fais bien les chuchotements hein ?).

-Cht cht cht cht

-Ah bon mon ami ? Un ordre mendiant, vraiment ? Ca existe ça ? Et bé… Désolé. Sultan Cheik, l’accusé est coupable, vous pouvez exécuter la sentence.

La foule surexcitée hurle alors sa joie. "C'est la fête au villageuh, les parents, les enfants vont te massacrer avec courageuh..." chantent-ils gaiement.

Pourtant l’abbé cancane, l’abbé rit. Je ricane disait-il au taxi pour que je te broute, ça me retourne les sens. Erreur fatale. Il connaissait pourtant un moine girondin à qui le rire avait fait perdre la tête. A l’instar de Diogène, pour ne pas céder au plaisir, ce Bordelais reposait en barriques. Il était donc très futé et riait de tout. Pourtant, en Syrie, quand les boisés rient, ils finissent souvent entre 4 planches. Ce qui est idiot comme expression vu que souvent, il y en a six. Sinon, les vers ont trop de facilité à vous rentrer dans le cul. Mais ne nous leurrons pas, ce n’est que partie remise.

L’abbé Chamelle voit la foule le presser de quolibets. Malgré sa foi, il tremble de tout son hêtre. Il aurait préféré être à Charme-el-Cheik qu’à Damas.

Mais il est trop tard, la foule complètement beurrée (étonnant pour des Musulmans) fond sur lui et le roule dans la farine, c’est lait. Mais bon, il faut touiller énergiquement hein, sinon il y aura des grumeaux. C’est le problème avec la Béchamel. Mais de grumeaux en grumes, retournons à la Syrie.

L’abbé, alors qu’il n’a jamais fumé, se fait passer à tabac, il se prend des pins, des marrons. Est-ce toi l’abbé ? Oui, répond-il. Il ne peut pas l’ mier, avec sa soutane, il est dans les n’ormes. Il se débat, se défend jusqu’au bout. Dieu saura le reconnaitre. Il peut plier alors il cèdre.

Bref, on le dénude, on l’effeuille et on le met sur le billot. C’est alors que se produit un miracle.

-Baila, Baila, Baila… Baila Baila me !

-Tudieu, par Saint-Henri, par Saint Omar je veux dire. Les Vengeurs du désert, mit le Cheik. Dit le Cheik, je veux dire. 

Ils surgissent de la dune et l’infâme Cheik Hen-Blhanh se raidit. Son heure a sonné !

Ding-dong !

-Oui ?

-Maître Modricamel à votre service, et je ne suis pas un fumeur de gitanes.

-Cass' toi pov con.

-Ah non, vous vous êtes encore trompé d'hymne, ça c'est Français comme phrase historique.

Mais le Cheik n'en à cure (Robert Smith et tout ça, mais je l'ai déjà faite). 

-Que voulez-vous, les défie-t-il ?

-Djobi, djoba, djobi djobi djoba.

-Foert, réplique le Gros Vizir, c’est du Wallon. Nous sommes faits. On va nous transférer nos compétences !

-Je dirais même plus Vizir, we are made like some french speaker rats dit Yves le Cheik. Je pense qu’il va falloir en référer aux collègues et qu’on verra le moment venu !

Alors, la musique sonne, sonne sonne et DSK saute la bonne bonne bonne et le dattier s’effondre tandis que Goldorak viole Amy Winehouse pas très fraiche dans les geôles puantes de Verviers.

Alors les Vengeurs Masqués se dévoilent parce que c’est la loi et partent avec l’abbé Chamelle dans le désert pour épouser une Béarnaise riche en criant "Samouraï". Alors la morale de cette histoire s’effrite en cornet acoustique. Et une Andalouse à son tour chante "aï aï aï ah aïïïïe" parce que ses hémorroïdes la font souffrir.

Tout le monde se fait des bisous avec la langue et eurent des enfant et furent teureux.

Yves Leterme tomba amoureux d’un dromadaire et partit avec elle sur une moto dans le désert. Bart de Wever partit en courant à côté d’une jument qui ne voulait pas avoir un deuxième trou du cul sur le dos, un seul lui suffisant.

Vous ne me croyez pas ? Ben regardez le clip alors !

Musique !

 

 

 

Et voilà mes biens chers frères et sœurs. J’espère que ce texte aura œuvré à l’édification de vos âmes. Et tandis que retentissent les notes cantabriques des rois gitans, je me permets de vous rappeler que cette année encore, trop de feuilles vont mourir le long de nos routes. Préservez leur vie et ralentissez. Je sais que l’automne est la saison des champignons, mais quand même. Car en vérité je vous le demande, que fait le gouvernement ?

Par le rustre - Publié dans : Chroniques rustiques - Communauté : Made in Belgium
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Lundi 26 septembre 1 26 /09 /Sep 13:09

P2070020

C’était un petit val de verdure où chantait un ru d’argent. Il s’ébrouait en glissant sur de gros blocs de quartzite faisant le dos rond au long travail de sape de l’eau.

Etendu sous les nues, la douceur du polytric épais lui caressant la nuque, Georges regardait les grands pins ployer sous la brise. Il écoutait leur plainte apaisante, le souffle tempétueux qui lui rappelait son enfance, les harmoniques de la bise prise dans les pins, son à nul autre pareil qui extirpe de la chair les douleurs les plus terribles.

La douleur lancinante le quittait enfin et ne demeurait que le rire enfantin de sa femme, sautant de rocher en souche, s’éloignant de lui. Georges souriait tant il était bien, tant le sifflement des pouillots et la plainte tiède des pins l’apaisaient. Georges enfin, lui d’ordinaire si stressé, fâché avec la vie et avec le repos, goutait au plaisir de s’arrêter et d’observer. Il sentait la mousse caressante et humide. Il entendait les oiseaux, il sentait le jeu du soleil et des ombres sur sa peau. Le soir tombait, enrobant doucement toute chose d’obscurité.

Parfois la douleur revenait, irradiante et insupportable. Parfois, Georges sentait encore un peu de la chaleur de son sang qui s’échappait de ses plaies. Parfois, la conscience de ses membres disloqués lui revenait. Mais jamais trop longtemps parce que ce val moussant de rayons obscurs était félicité.

Les grands rochers de quartzite qui dominaient le vallon ne cessaient de prendre des formes étranges et rigolotes. Le rire de sa femme s’était tu. Elle qui l’avait poussé du haut des rochers rigolards. Elle qui lui avait dit de bien profiter du paysage avant de s’éloigner en riant comme une folle. Son frère et sa femme. Jamais il n’aurait imaginé. Son frère qui avait déjà presque tout pour lui, leur père ayant fait tout ce qui était légal à sa mort pour que Georges ait le moins possible et son frère la plus grosse part de la fortune familiale. Il ne restait même plus à Georges sa jolie épouse à présent.

Mais Georges souriait parce que la quiétude et l’obscurité gagnaient maintenant. Et sous la danse au vent des pins, l’oubli.

Il fallut du temps pour que Georges reprenne conscience de lui. Plus encore pour qu’il se rappelle des autres et du vallon moussu. Il y eut l’obscurité, la lumière crue d’une grande salle blanche, les voix, beaucoup de voix, le brouillard et puis maintenant l’obscurité à nouveau.

Une obscurité à peine perturbée par un fin croissant de lune qui émergeait parfois de nuages furieux. Georges remontait en silence l’allée de gravillons qui conduisait à la demeure de son frère.

Georges se souvenait plus ou moins de tout : la surprise, le choc, le rire de sa femme, la douleur atroce mais plus encore, dominant tout le reste, le son des pins ployant au vent. Il n’éprouvait pas de colère, à peine de la rancœur. Georges goutait enfin aux joies des sentiments simples et apaisés, aux idées émergeantes et jamais achevées. Lui qui durant toute sa vie avait été la victime d’un caractère orageux et torturé. Lui qui dans des crises incontrôlables de rage avait battu comme plâtre son vieux père puis sa femme si charmante.

Et maintenant toute cette quiétude. Sa sieste sous les pins lui avait fait du bien. Depuis « l’accident », Georges n’avait plus qu’une conscience lointaine et parsemée d’absences. Juste un vase brisé avec des images éparses dans le cristal. Par exemple, il ne savait pas comment il était revenu ici. Par contre, il savait qu’il allait rentrer dans la maison, qu’il allait s’y installer et vivre avec celle qui fut son épouse et celui qui était encore son frère. Pendant un temps au moins.

Il savait que son frère avait le cœur fragile et sa femme l’esprit au bord du gouffre depuis longtemps. Georges passa sous les caméras de l’énorme grille en fer qui fermait la propriété pour la nuit. Il savait qu’il y avait un système d’alarme mais Georges n’avait que faire des caméras et des systèmes d’alarme.

Il arriva face à la porte d’entrée en chêne massif. Avec son aspect ancien et cossu, elle disait à elle seule la débauche de fric dans laquelle baignait son frère et pas lui. Elle était fermée à clé et sous alarme elle aussi. Mais Georges n’en avait cure, ni des sirènes ni des serrures.

Il entra et décida d’aller voir directement les deux amants qui devaient dormir dans la chambre au-dessus du salon. Pour cela, Georges aurait du emprunter le corridor puis l’interminable escalier puis encore un corridor sans fin. Et Georges était fatigué. Heureusement, Georges se foutait royalement des corridors, des escaliers et des étages comme des murs et des plafonds. Il monta directement. Il les vit. Il eut à ce moment là une bouffée, une seule, de haine sauvage comme au bon vieux temps. Une envie de cogner qui le fit se sentir vivant comme jamais auparavant.

Puis il se ravisa. Sa colère à peine née partait vers l'oubli balayée par le vent dans les arbres. Il ne pouvait pas frapper, ni étouffer, ni poignarder. Même si l’envie l'en avait dévoré. Georges le savait, il était dans un état confinant à la paralysie complète. Peut-être était-ce la mélodie des pins qui l’avait anesthésié ?

Après la sieste sous les pins, il y avait eu la salle blanche et les voix. Puis le brouillard et de nouveau l’obscurité, une obscurité rougeoyante. Et d’autres voix qu’il avait envie d’écouter, des voix aux conseils avisés. Bribes. Eclats de souvenirs. Le vent dans les pins.

Georges ne pouvait pas les frapper et les voir se vider de leur sang dans le lit. Mais il allait rester auprès d’eux, chaque instant du jour et de la nuit. Surtout de la nuit. Et il ferait les choses dont les voix rouges lui avaient parlé. Des bruits. Des coups. Des souffles. Des chuchotements à la fin d’un CD de Dido. Et puis parfois, pas trop souvent parce que ça le consumerait, ils pourraient le voir, fugitif dans un miroir, éclair sur l’écran de la télé.

Faire crever le premier de trouille. Rendre l’autre poufiasse folle de terreur, de chagrin et de remords. Qui sait ? Jusqu’au suicide peut-être ?

Georges ne pouvait pas cogner mais il allait prendre du plaisir. Encore un peu de plaisir en ce bas monde avant de rejoindre les ombres rougeoyantes où ne le bercerait plus jamais la mélodie du vent dans les pins.

 

PS : merci Arthur, merci le vent, merci les pins !

Par le rustre - Publié dans : Les bonnes histoires de l'oncle rustre - Communauté : Made in Belgium
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