Chroniques rustiques

Vendredi 9 juillet 5 09 /07 /Juil 00:02

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Le soleil s’est lentement couché, emportant avec lui la canicule pour laisser place à une tiédeur moite, agréable. Quelques nuages ont eu le bon goût de se joindre à sa majesté du Cagnard pour me démontrer que les couleurs, les ors, les roses et les ocres de Dame nature, c’est quand même quelque chose mon bon monsieur.

Les bruits épars de voitures de plus en plus lointains se fondent dans le cri de quelques vaches en mal de sensations. La noirceur s’empare doucement du jardin.

Ma femme et mon fils ne sont pas là, ma fille dort du sommeil du juste. Moi, je viens de terminer mon repas favori. Un carpaccio "généreux".

300 gr de viande de bœuf tendre à souhait, des champignons blonds et blancs, du basilic, de l’huile d’olive parfumée à la truffe blanche, du vinaigre balsamique, du sel de Guérande, du poivre noir, de gros copeaux généreux et épais d’un vieux bout de parmesan de fond de tiroir et surtout du basilic tout frais que je viens de cueillir au pied de mes tomates. Avec ça quelques feuilles d’une Lolo rossa fraichement arrachée, et un petit mélange tomates/basilic/ olives noires et mozzarella de bufflonne. De la vraie quoi, pas la merde juteuse et fade de Galbani.

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Je suis donc seul et comble du politiquement incorrect, je bois. Seul.

Ah oui, je sais, c’est loin de la notion de partage et de générosité qui peut servir de prétexte chez les alcooliques mondains. Mais être seul avec un vin, le calme, la nuit qui vient et ces saloperies de moustiques qui essaient de me bouffer, finalement, il ne manque que les vuvusellas pour mettre un peu d’ambiance non ?

Pour m’accompagner ce soir, j’ai choisi un chinon. Pas n’importe lequel. L’huisserie 2006 de Philippe Alliet. Il fallait bien quelqu’un avec de la présence pour remplacer la chaleur. C’est qu’on se sent seul quand on est enfin débarrassé de quelqu’un de trop pesant mais auquel on s’est presque habitué.

Je ne vous le décrirai pas ce Chinon. Ce n’est pas le propos. Ce sera plus tard, à la fin de l’automne quand tous mes rouges de Loire seront dégustés et digérés. De toute façon que dire ?

Cassis et poivrons si Ligériens ? Bien sûr oui. Les yeux fermés on reconnaitrait un cabernet franc des bords de Loire. Mais ce vin a une finesse, une présence, une justesse… qui signent probablement ces grands vins dont la perfection tranquille va au-delà de nos mots, des miens en tout cas. Un vin qui va parfaitement avec cette soirée, un peu moins avec le plat, mais le bonheur serait fade si il était parfait non ?

Ne m’emmerdez pas avec cette sempiternelle madeleine de Proust, ce ne sera que pour mes vieux jours. Les nuits d’été sont éternelles. De mon enfance à aujourd’hui, en passant par les moiteurs estivales de mon adolescence, ce sont les mêmes, peuplées de lièvres et de renards observés dans des champs de blés écrasés de chaleur languissante et de bestioles mal intentionnées et affamées, de lucioles divaguant dans les sous bois, de bruissements feutrés de feuilles, de grésillements de criquets… de serments échangés et de peines solitaires.

En attendant, le soir s’installe. Des criquets crissent. Une ou deux chauve-souris cabriolent entre les pruniers. Quelques lucioles sortent de l’ombre des buissons, vivantes enseignes de lupanars à six pattes. Soudain, le bruit caractéristique de piquants durs contre les herbes sèches se faufile le long de la haie.

Le gros hérisson ne me sent même pas. Il passe, afféré, à quelques centimètres de mes pieds.

Moi je reprends un verre de Chinon. Le ciel de velours se pique de quelques étoiles plus courageuses que les autres, au point que des formes deviennent reconnaissables. La queue de la poêle, que contrairement aux canadiens qui sont intelligents, nous nommons Grande Ourse, trône maintenant au-dessus de ma tête. 

Aux parfums délicats du vin se mêlent et contrastent la senteur lourde autant que vespérale du chèvrefeuille, l’arôme des framboises cuites par le soleil et même, plus fine et légère, la senteur de terre humide qui vient du potager que je viens d’arroser. Le crépuscule, le Chinon et moi, nous nous enfonçons plus profondément dans la nuit si silencieuse et pourtant vibrante de vie comme toutes les nuits des vraies campagnes.

J’ai encore des choses à ressentir et la vie est trop courte pour la diluer dans le sommeil…

 

Bonsoir à tous…

Par le rustre - Publié dans : Chroniques rustiques
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Mercredi 30 juin 3 30 /06 /Juin 07:30

 

En Belgique, la place des produits du terroir dans l’identité régionale et l’imaginaire collectif n’est pas la même qu’en France : moins de produits, quasi pas d’AOC.

 

Soit que ce ne fut jamais le cas, soit que, plus probablement, ils aient disparu avec le temps. Dans le Pays de Herve d’où je suis originaire par exemple, on ne connaît plus que le célèbre fromage odorant appelé "remoudou". Pourtant encore au début du siècle précédent, il y avait d’autres fromages typiques dans le Pays de Herve, il y avait le célèbre "puant" dont le remoudou n’était qu’une variante mais aussi des fromages à pâte dure (notamment parfumés aux herbes).

 

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Traite des vache à Tchernobyl. "Tu vas voir, mon remoudou va illuminer tes nuits"

 

 

Malgré tout, quand j’étais gosse, il y avait encore de nombreuses fermes qui produisaient et vendaient directement au passant leur Herve, leur maquée (fromage frais), leur beurre et puis les œufs, le lait. Je me souviens encore de ces visites à la ferme Cloose avec ma grand-mère (vous ai-je déjà parler de ma grand-mère ?) qui habitait à l’autre bout de mon village. Mes grands-parents étaient nés au début du siècle précédent et avaient été fermiers. Par contre mes parents, natifs des années 30, n’avaient déjà plus cette habitude d’aller à la ferme. Par contre comme beaucoup de villageois, ils "faisaient" encore leurs propres poulets, qu’on abattait et plumait à la maison et à l’occasion, le sirop de Liège, obtenu après longue cuisson d’un jus de pommes et de poires.

 

Je vous parle d’un temps pas si lointain, les années 1980. Si si, les mêmes années que Jeanne Mas, village people, U2 du temps de leur splendeur etc… Mais petit à petit, ces choses là ont disparu ou sont devenues anecdotiques. Ce n’était pas une source de revenu énorme pour les fermiers qui au long des années, entre 1950 et aujourd'hui, se tournaient vers toujours plus de productivisme, plus d’Ha, plus de grosses machines, plus de bêtes.

 

On n’avait plus le temps de faire de la maquée. Tout partait vers la laiterie, avec toujours moins de laiteries mais plus grosses et plus lointaines. Rendement et efficacité obligent, d’intermédiaire en intermédiaire, les centrales d’achat naissaient. On en est arrivé aujourd’hui à une situation extrême où la chaîne qui relie le producteur au consommateur n'est plus une chaîne mais un sablier. Aux deux extrémités larges, il y a les consommateurs et les producteurs. Entre les deux, une ribambelle d’intermédiaires et au point le plus étroit du sablier, il y a quelques centrales d’achats et grands distributeurs (une vingtaine en Europe).

 

Les producteurs sont coincés par des prix payés de plus en plus bas alors que le prix de revient, lui, ne peut pas être diminué éternellement. Et puis, il y a autre chose : le producteur ne produit pas pour produire mais pour faire vivre sa famille.

 

L’autre grande "évolution" fut celle de l’hygiénisme, de la recherche mythique du risque zéro, du principe de précaution. Avec les grands scandales de la dioxine dans les poulets, de la vache à prions, la Belgique, un peu secouée politiquement (c'est un euphémisme volontaire, les remous furent tellement importants surtout en Flandre pour le CVP, que les vagues de cette affaires mouillent encore nos problèmes politiques actuels), a décidé de réagir, comme d’autres pays. Elle a créé l’AFSCA.

 

 Ouahhhh, l’Agence Fédérale de Sécurité de la Chaîne Alimentaire. Pas de doute, avec un nom pareil, on fait dans le sérieux, dans le Scully/Mulder de la rillette tradition ou bien dans une version campagnarde des experts à New-York, les experts au Pays du Boudin/camembert. Un membre de cette belle agence me confia un jour : "on fait juste notre boulot, mais je dois dire que j’ai des collègues un peu gestapo sur les bords..."

 

P4260166Les agents de l'AFSCA surprennent Raoul l'Hagard d'Erre en train d'uriner dans sa baratte à beurre. "Oui mais c'est ça qui donne le goût" réplique Raoul. (in  : Anne de Joyeuse qui aimait les valseuses dépasse les burnes, Edition des Barakis réunis).

 

 

Très vite, l’AFSCA est devenue la bête noire des petits producteurs. Au début, essentiellement parce que l’agence répondait à des problèmes surgissant dans ce qu’il convient d’appeler l’agriculture industrielle et pas de petits producteurs de terroir. L’aspect tatillon et bureaucratique des législations et l’aspect "on sait que vous mentez et que vous êtes un vilain tricheur" des inspections créaient la panique chez les producteurs de produits du terroir. On imposait aux producteurs, quelle que soit la taille de leur exploitation, les mêmes règlementations basées sur les moyens à mettre en œuvre.

 

Travaillez à telle température. Nettoyez avec tel produit. Utilisez tel carrelage et tel joint étanche… Pire, la marque du carrelage changeait tous les deux ans… Bon, j’exagère, mais à peine (en fait je rapporte des propos de producteurs). En 2006, l’AFSCA a assoupli les règles concernant le petits producteurs qui désormais, ont une obligation de résultats et plus de moyens.

 

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"Nous afons les moyens de fous faire parler Tocteur Jones... Fotre étiquettage est-il Hô Normes ? " extrait de Indianna Jones contre l'AFSCA, 2008.

 

Mais il était fort tard : non seulement, de nombreux petits producteurs qui pratiquaient encore la vente directe avaient mis la clé sous le paillasson, les investissements n’étant pas justifiés par la rentabilité de la vente directe, mais en plus, le réputation de l’AFSCA était gravée dans l’airain de l’esprit fermier parfois, il est vrai, un peu buté. Pourtant, je me demande si on n’atteint pas petit à petit un équilibre entre le besoin légitime d’hygiène minimale et de traçabilité et le droit à l’existence des produits qui ont la gueule de l’endroit où ils sont nés. Il y a encore du boulot, mais il faut être optimiste.

 

Ces deux phénomènes touchant les producteurs n’étaient finalement que deux facettes de mutations plus importantes qui touchaient la société. Après la seconde guerre mondiale, un des buts majeurs des civilisations occidentales a été d’assurer l’abondance alimentaire à leurs citoyens (les leurs, hein, des blancs d’Europe ou d’Amérique quoi, parce que les autres hein… bon déjà qu’ils ont eu le toupet de se décoloniser, tu voudrais pas en plus qu’ils mangent à leur faim ?).

 

Et on y est arrivé. Enfin presque… Disons qu’on produit assez pour nourrir tous les occidentaux. De là à dire que tous les occidentaux mangent à leur faim… Bon il y en a quelques uns dans la rue, sur des bancs... je sais pas mais enfin, sinon, quand même, en Europe on bouffe à sa faim, même les pauvres. Ils mangent, mal, mais ils mangent.

 

Mais bon, quand même, ces salauds de pauvres, ils le veulent aussi hein… Quand tu vois les saloperies que ça avale un pauvre et le pinard à 30 cts que ça ingurgite… tu le crois pas. C’est qu’ils sont paresseux les bougres, ça doit être pour ça qu’ils sont pauvres d’ailleurs.

 

Hein ? C’est pas forcément de leur faute ? Ah bon ? Ben non, je ne vois pas, non …

 

Non, je dis que les pauvres ils mangent mal parce qu’ils ne font qu’aller à la facilité et pis c’est tout. Quand je les vois siphonner des pizzas surgelées, des frites congelées, des zamburgers gras, des carapils, de la Villageoise par hectolitres (ah ben oui, parce qu’un pauvre ça ne taste pas monsieur, ça picole !) et des fricandelles que tu sais même pas ce qu’il y a dedans (enfin si on sait, mais on le dit pas hein…), et ben ça me débecte…

 

Ah les salauds ! pourraient faire un effort et faire vivre nos terroirs les pauvres, merde ! Faut pas rigoler quand même, une omelette aux truffes, ça prend quand même pas plus de temps à faire que réchauffer une pizza. Et tartiner du pâté d’abats de yack putréfié, ça ne foule pas plus le coude que de se faire un sandwich rillettes/foie gras. Faut pas déconner quand même…

 

Non, j’en parlais encore avec des potes de gauche amateurs de vin l’autre jour, les pauvres ont mauvais goût et voilà tout. Tu ne réussiras jamais à leur mettre en tête que les bibines qu’ils s’envoient sont trop chères par rapport à ce qu’elles sont dégueulasses et qu’ils feraient mieux, quitte à boire des jaja du Languedoc, d’opter pour une bonne Grange des pères ou une bouteille de Montcalmes… Fermons la parenthèse…

 

Et donc, l’Occident produit suffisamment pour ne plus jamais crever de faim et ce qu’il ne produit pas sur ses terres, il le produit sur les terres des autres et/ou le pique (enfin l’achète une misère on va dire).

 

Les autres, dans ce cas, étant ces salauds de pauvres du tiers-monde. Ces mecs-là voudraient nous faire croire qu’ils sont pas bien dans leur peau, parce que soit disant, ils l’ont plus souvent sur les os qu’à leur tour... la peau. Hé faut arrêter les mecs hein!  Je le vois bien moi que les bananes, le café, le tabac, les beaux meubles de mon jardin, le chocolat, mes supers maillots moule-burnes pour avoir bien chaud en hiver et tous ces autres produits de première nécessité qui grèvent honteusement mon maigre budget, ça vient de chez vous… Alors me dites pas que…

 

Comment ça je suis à côté de la plaque ? Ah bon…

 

Et donc, l’occident a inventé l’agro-industrie alimentaire (foin de parenthèses, allons droit au but mes gens, à moins que ce ne soit l'industrie agro-alimentaire ou agri-élémentaire, ou agri et les menteurs ?). Là.

 

A quel prix ? on s’en fout.

 

Enfin, non, mais oui quand même.

 

Bon les bretons n’ont plus besoin d’acheter des petites boules roses d’engrais pour le potager, il leur suffit d’arroser avec l’eau de leur puits. Des tomates de 20 kg qu’ils obtiennent. Bon, problème, il faut une échelle pour cueillir les artichauts, mais bon… Ah oui quand même… Une échelle mon bon monsieur ! Et je ne vous parle pas des asperges. Les arbres sont tellement hauts que les bocaux cassent quand il y a du vent...

 

Bon, les poulets refilent leur grippe aux éleveurs et aux cochons d’Inde à moins que ce ne soit aux Gerbilles sauteuses mexicaines.. Mais bon… Suffit de canarder les oiseaux migrateurs qui viennent de tous ces pays de sauvages hein, au moins ça canalisera l’agressivité de tous les cons armés à casquette.

 

En Belgique, les agents de l’AFSCA ont eu le plaisir de faire fermer les poulaillers des particuliers et des pros, fini les parcours en plein air, dans ta cagette poulette, les silos, les granges, de faire arracher les nids d’hirondelles des étables (cas véridiques même si pas tous aboutis, faut pas pousser bobonne dans les orties).

 

Hé, parce qu’on a frôlé la catastrophe hein avec la grippe aviaire ! Pan ! des mies de pain oui…

 

Hé mais t’imagines toi, tous les oiseaux migrateurs (berk, migrateurs en plus. Z’ont une carte de séjour ?) qui te ramèneraient la grippe aviaire asiatique d’Afrique ?

 

Bon, peu de gens ont lu l’avertissement diffusé par NATAGORA, à moins que ce ne fût la LRBPO, je ne sais plus, qui expliquait que effectivement des palmipèdes sauvages avaient été contaminés sur des lacs en Afrique… Bon des lacs où on pratiquait la pisciculture et où on nourrissait les poissons avec de la farine… de poulets chinois… Mais bon, on va pas s’arrêter aux détails hein.

 

Flinguez les moineaux, virez les noirs et les sans-papiers, achetez des marques, c’est la sûreté, rentrez chez vous et allumez la téloche et surtout, faites vous vacciner contre la grippe cet automne nom d’un chien. On vous les fera au rab, on a des stocks…

 

Bref, on mange à notre faim mais on a peur, dangereusement peur. Les gosses d’agriculteurs ont une fâcheuse tendance avec l’âge à choper des gesticules comme des ballons de foot, les abeilles et les papillons, ben y a plus, faut aller au parc Paradisio pour en voir. Faut manger 5 légumes par jour, mais bon pas trop de chaque hein, sinon toi aussi tu deviendras fournisseur officiel de la Coupe du Monde avec tes valseuses. Bonne nouvelle par contre, on va sauver la sécurité sociale. Plus besoin de médocs (c’est le négoce bordelais qui va pas rigoler), il suffit de manger du bœuf, du porc et du poulet et pan, plus jamais malade. Il paraît même de Glaxo Smith Kline va remplacer ses labos par des élevages de poulets, c’est dire…

 

Le pire, c’est que des infos comme ça, on ne peut pas faire un mois sans s’en prendre une dans la gueule. Mais chacun le sait, tout ça c’est de la désinformation, du raccourci facile, du poujadisme. C’est rien que de faire le lit des lobbys écolos avec du foin. Hé gars, la Lysteria c’est dans les munsters au lait cru qu’il faut la rechercher, jamais au grand jamais on en a trouvé dans des usines toutes prop’ bien plus blanc que blanc de grandes marques de yaourts très connues hein…

 

Et puis, l’alimentaire, on y pense et puis on oublie. Un peu comme Haïti, le tiers-monde, le SIDA… C’est vrai qu’on est noyé d’informations à la télé, sur le net. Le Tour va chasser la Coupe, l’écran plat n’est plus assez grand, des débats d’idées passionnants et primordiaux s’offrent chaque jour à notre sagacité : Comment va finir Lost ? Freud était-il vraiment un gros dégueulasse ? Anelka va-t-il épouser Roselyne ? Qui va être « clashé » samedi prochain sur France 2 ?

 

Le monde de ceux qui disent qu’ils pensent a quand même du pain sur la planche

 

Vous voulez un scoop ? En Bretagne, les coureurs du tour de France ne carbureront qu’à l’eau, une fois n’est pas coutume, mais à l’eau de source seulement hein. 20 kg les tomates… 20 kg…

 

En attendant, dégât collatéral, cultiver ça coûte cher. Et en plus c’est pour nourrir soit des pauvres soit des gens qui se foutent de ce qu’il y a dans leur assiette tant que c’est pas cher. Gênant dès lors que cela coûte cher à produire, en engrais, en phytosanitaires, en carburant et en machines. En plus, de un, cultiver ça prend du temps, de deux les gens sont des pourris qui travaillent trop, alors peler leurs patates, laver leur salade, ils n’ont plus le temps. Alors il faut valoriser les produits, les manufacturer et ça l’agri, il n’a ni le temps ni les moyens, déjà qu’il n’a pas le temps d’aller chercher des clients. Et qu'en plus, tout ça, ça n'est pas son métier, enfin ça ne l'est plus.

 

Alors on confie ces métiers-là à d’autres qui transforment et qui vendent. Des intermédiaires qui ne font pas ça pour les beaux yeux de Germaine mais pour les pépettes. Et les pépettes, c’est l’affaire des trafiquants de fric, pas des producteurs ni même des industriels. Et les trafiquants de fric, ça concentre, ça délocalise, ça rentabilise, ça te travaille les marges, bref ça trafique le fric. Comme les prix consommateurs ne sont pas près de doubler, que les intermédiaires ne sont pas près de lâcher leur profit et que le producteur, c’est jamais qu’un paysan, c’est-à-dire, pour le consommateur moyen qui se nourrit de sa sueur (celle du paysan), même pas pour de rire, un suceur de subventions, un pollueur, un emmerdeur qui roule à moins de trente et qui ne craint personne en Massey-Fergusson, ben tout le monde, ou presque s’en fout et s’il y en a bien un qui doit pas moufter et être bien content qu’on le paie encore, c’est le producteur.

 

On chiale bien un peu quand il y en a un qui vient nous émouvoir l’Ardisson cynique, mais bon, c’est comme tout hein : passager.

 

Parce que qu’est ce qui est important après tout ? Ooooooh meeeerrrrde, suivez un peu, on vous l’a déjà dit : Lost, la dernière Wii, la dernière jupette de la blondasse qui a un nom de chaine d’hôtels pour trafiquants de fric…

 

Et donc que fait l’agriculteur ? S’il ne peut que difficilement rogner ses frais et charges et qu’il ne peut pas augmenter son prix ? Ben il augmente ses surfaces. Et il prend de plus grosses machines, des intrants plus efficaces ou en plus grosse quantité (mais au niveau légal, les quantités ça devient de plus en plus serré) et il s’endette. Et puis à un moment, il loue ses machines, et puis un jour, il devient un salarié, celui d’une entreprise agro-alimentaire. Du coup, il n’est plus un paysan. Tant pis pour lui, ses rêves, l’environnement, les paysages… Parce que là, ça commence juste à devenir rigolo mais on y reviendra dans un autre billet.

 

En attendant, ben comme tout le monde sait que de la merde, on en a jusqu’au cou, les politiques compris, ben l’agriculteur, pour vivre, il a des subventions. Des subventions pour tout, même pour planter des haies et creuser des mares, et laisser des jachères, pratiques que l’agriculteur dans son ancienne vie faisait volontiers parce qu’il y trouvait un intérêt économique mais qui sont devenues désuettes (mais malheureusement utiles à l’environnement) du fait des modes de production de maintenant, donc subsides…

 

Des subventions pour compenser ce qu’il gagnerait en plus s’il vendait directement ses produits à des clients qui paieraient plus chers… Mais le client, on l’a déjà dit, n’aime pas payer cher. Sans doute préfère-t-il payer des impôts pour subventionner la production des produits qu’il paie moins cher…

 

Nous mangeons de la merde à notre faim, et à pas cher. Mais il y a un prix à payer. On l’accepte ou pas. Il y a un prix pour la santé, un prix environnemental, un prix sociétal et pas des moindres. On se retrouve avec des campagnes où les blaireaux pelouse/clôture/round-up dont nous avons déjà parler pestent contre ces salauds de bourrins qui ont des bêtes qui puent.

 

Comment est-ce admis ? C’est quoi ces fermiers qui viennent encombrer nos routes dans nos campagnes en abreuvant leurs sillons, qui nous emmerdent avec leurs bruits et leurs odeurs disgracieuses ?

 

On se retrouve avec des gosses qui croient que les boîtes de lait poussent sur des arbres appelés rayonnages dans les super marchés mais qu’est-ce qu’on s’en fout. Ce n’est pas ça qui augmentera leur score sur la Wii… euh, je veux dire leur moyenne scolaire.

 

En mettant des intermédiaires entre le producteur et le consommateur, on brise un lien. Un lien important. Le lien à la terre. Le lien qui faisait que, étant donné le fait qu’on est un peu ce qu’on mange, on avait un peu la gueule de l’endroit où on vivait.

 

On en arrive à une situation tellement banale : alors qu’on cultive des patates dans les champs à côté de chez soi, les patates qu’on achète dans son carrouf préféré viennent de Pologne ou d’Ukraine…

 

Une fois ce lien brisé, une fois qu’on ne sait plus d’où vient ce qu’on mange, on est mal. Enfin, en vrai on le sait toujours d'où vient ce que l'on mange : du supermarché pardi ! On s’en fout que les légumes n’aient plus de goût. D’abord t’en connais toi des tomates qui ont du goût ? Ah bon ? ça a un goût une tomate ? Et des fraises en hiver ? J’en veux. Comment ça elles n'ont pas de goût ? M’en fous du goût, j’en veux. Toute façon, elles n’ont plus de goût en été non plus. Si tu veux un bon goût de fraise, achète des haribo, ou limite du "bojo nouvô". Hé la poire elle a une tache tonton ! Oui c’est pas grave, elle est bonne tu sais. Ah ben non alors, il est con le tonton, moi les poires de mon supermarché, elles sont tout’ prop’, sans taches. Oui mais les miennes, sont plus bio que bio, alors elles ont des taches… Rien à fout’, je veux pas de taches…

 

Et puis on en revient toujours au même point. On s’en fout que le poulet ait un goût de poulet ou un goût de brosse à chiottes ou un goût de cirage à pompes. Toute façon plus personne ou presque ne sait ce que ça goûte vraiment un poulet. L’important, c’est … 5 min au micro-ondes et pfiouuuu… La nouvelle star sur M6, hop !

 

Ca va encore plus loin à mon avis… Mais il n’engage que moi. En perdant ce lien alimentaire à notre sol, à nos racines, on perd le respect pour ce sol, pour ces racines. Et on se fout de ce qui peut lui arriver, tant que la prochaine porcherie industrielle n’est pas sous le vent, tant que c’est pas une discothèque qu’on bâti à côté de chez moi, vous pouvez bien pulvériser ce que vous voulez, abattre ce que vous voulez, construire ce que vous voulez tant qu’il n’y a pas de morceaux qui tombent sur mes pompes, on s’en fout, ce soir, on regarde les experts à la télé.

 

On s’éloigne d’un tas de choses, pas seulement des agriculteurs du coin et de leurs champs d’asperges. Mais aussi de ce qui faisait notre identité, à nous et rien qu’à nous. On a pris une autre identité, mais qui n’est pas vraiment nôtre et ça crée un vide. Et aura beau faire des "apéros saucisson-pinard" laïcs ou ce qu’on voudra, c’est pas ce qui nous rendra notre identité. Et évidemment, pâles copies de nous même autrefois, quand on croise des gens qui eux ont encore des valeurs (et peu importe la valeur de ces valeurs), une culture et qui le montrent avec fierté… ben on a un peu peur.

 

La preuve que ce lien à la terre qu'on nous a enlevé et que nous nous sommes volontiers laissé enlever nous est primordial ? C'est que quand vous avez du fric ou de la culture ou les deux, vous faites une cible marketing idéal (entre autres en matière de vin, mais pas seulement, loin de là), pour tous ceux qui vendent du terroir, de la minéralité, du bio, du nature, du "belgorigine", du lien aux pratiques bien connues des anciens comme les calendriers à Maria Thun et les ondes vibratoires des vins positivistes... Bon , j'avoue, je suis un peu de mauvaise foi. 

 

La moralité de cette histoire bien tristounette, pour cette fois en tout cas (les nombreux points de suspension montrent que je n'ai pas dis tout ce que j'avais sur le coeur), parce que j’en ai marre de scribouiller (il y a coupe du monde ce soir), je la tirerai du célèbre recueil poétal du philosophe orientique Ben Idn Ouiwii "Ouvre les yeux et écoute moi" :

 

"Le serpent qui se mord la queue ne doit pas s’étonner de se retrouver avec la tête dans le cul !"

 

 

Par le rustre - Publié dans : Chroniques rustiques
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Mardi 22 juin 2 22 /06 /Juin 00:00

Dommage que le soleil ne soit pas de la partie pour cette coupe du monde 2010. Je pourrais profiter de la tiédeur des couchers de soleil sur ma terrasse ou dans mon jardin. Je ne reçois que les chaines nationales belges francophones, je ne suis pas particulièrement branché feuilletons français à scénarii boiteux en redifs éternelles (la grande spécialité de nos chaines belges) et surtout je HAIS LE FOOT et les FOOTEUX. Alors, c'est bonnard, même crevé par ma journée, les enfants et tout le toutim, je retrouve le courage de lever mes grosses fesses le soir au lieu de m’affaler dans le divan. Je vais jardiner.

Photo22 (2) - Copie

J’ai bien regardé un peu la coupe pour tester l’effet irritant des fameuses vuvusellas mais las, j'en ai eu marre du match avant d’en avoir soupé des trompettes africaines. A la limite, je trouve un intérêt collatéral à l’émission de footeux d'après match de la RTBF. Essentiellement pour découvrir l'attentat vestimentaire quotidien du chroniqueur Stéphane Pauwels ou pour savoir dans quel sens la langue de la vache gomineuse a travaillé les cheveux du présentateur ce soir.

Aïe… je suppose que je vis les derniers instants de mon blog, que mon Blog Rank va lamentablement et définitivement stagner à zéro, aussi désespérément plat que l’électroencéphalogramme d’un fan de foot qui apprendrait que la finale de la coupe de Belgique entre Anderlecht et le Standard est remplacée en dernière minute par un épisode inédit de "Joséphine, Ange gardien". J’ai fait mon coming out. Je l’ai dit. Le foot et surtout la ferveur religieuse dont ses adorateurs l'entourent me gonflent au plus haut point.

La coupe du monde est un moment difficile pour moi. Comment vous décrire le regard d’incompréhension de mes collègues quand immanquablement le matin, ils me demandent "et alors, t’as vu le match d’hier soir" ? Quand je réponds, "ben non, tu sais moi le foot...", je vois bien aux puits sans fonds que deviennent leurs yeux, se voilant d’un rideau soyeux de mépris et d’incompréhension, qu’une fracture se produit, une faille infranchissable entre moi et eux, entre les gens normaux et les associaux intello sportiphobes comme moi. Des drôles même pas drôles qui en s’excluant du foot, s’excluent en même temps de l’humanité et de la connivence confraternelle virile des mâles qui savent pourquoi. Moi, non , je ne sais pas pourquoi et je ne l’ai jamais su.

Tout petit déjà… Le problème vient du fait que je n’ai jamais trouvé le moindre intérêt à courir derrière une balle avec 10 autres morveux, pour la taper dans le but des onze autres tafioles. Comme dirait mon fils de 4 ans : "ben, prends-le dans tes mains hein, le ballon, c'est plus facile". Le malheur est que dans une cour de récré, quand toute la marmaille mâle, ou en passe de le devenir, décide de tâter du ballon, t’as pas le choix. Soit tu déclines et tu te retrouves à jouer seul ou pire avec les filles, soit tu intègres une équipe. Mais bien sûr, ne ressentant aucun intérêt pour la chose, la course à la baballe, tu t’y appliques pas et très vite tu te retrouves avec l’étiquette désagréable de celui qu’est choisi en dernier dans l’équipe et que quitte à jouer à 10 contre 12 on aurait mieux aimé qu’il soit dans l'autre d’équipe…

Bref, le foot pour moi, dès le début, est relié à des sentiments désagréables d'exclusion et de regards en coin.

Pourtant, je le promets. J'ai fait des efforts. J'ai regardé des matches à la télé avec mon frangin. Si si… sérieux et tout. En tenant pour une équipe et en gueulant ouwaiiiiiiiisss goooooooooaaaaaaaallllll quand ils marquaient, en éructant contre l’arbitre ou la faute de Bouboulovitch dans le rectangle, comme mon frère.

Pile poil tout pareil.

Mais ça ne prenait pas. Je ne comprends pas. Bon… Il faut dire que m'emmerdant un peu, j’en remettais une couche questions beuglements et insultes. Une grosse couche même. "A poil l'arbitre" une fois ça va, mais 137 fois en 10 minutes ça peut énerver. Quand tu hurles "ouais goal !" à tout bout de champ, même quand il ne se passe rien, même pendant les pubs ça commence à lasser le voisin de soirée!

Puis quand tu commences avec des

"Meurs, vil félon",

"Fluctuat mec, vergetures !",

"J'vais t’épiler le fion avec les dents moi, espèce di magneu d’savion", (1, voir note en bas de page)

"Vasse tchir ê mouss, on vêreut’t’ cou !",  (2, idem)

c'est clair, tu t’exclus toi-même de la lutte, ta dialectique ne te permettant plus de rester en contact avec la base. Mais ce qui énervait le plus mon frère je crois, c'est que je changeais continuellement de camp au cours du match, à la faveur des retournements de situation, je retournais ma veste pour porter aux nues le club dominant, conspuer l'autre de mes harangues, productrices de mots disgracieux autant que de postillons épais. Je me suis donc vite fait interdire de match à la maison paternelle.

Dommage, on buvait des bières, on mangeait des chips et on se grattait les couilles. Moi j'aime bien de manger des bières, boire des chips et raconter des couilles, si pas pire.

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"L'affaire Anelka", photo fournie par le journal l'Equipée Sauvage.

Légende : "Va te faire zigounettopiloupiler rétroactivement par l'astragale, espèce de phylactère !" "Hé, c'est çui ki dit ki est. Arrête de dire ou Saint Nicolas ne passera pas !" Avec de gauche à droite : Raymond Domenech, Franck Ribery, Nicolas Anelka (on voit bien sa colerette et ses cornes), Roselyne bachelot (cachée en partie) et Nicolas Sarkozy (le playmobil de droite).

 

Alors aller au stade… ne m'en parlez pas. Je pense que je serais le premier humain à atteindre Mars à coups de pied au cul. Mais là aussi, ça me plairait bien (d'aller au stade, pas sur Mars le derrière en feu). 

Ca à l’air festif. C'est mon truc ça, les holàs, les perruques rigolotes de toutes les couleurs, les chansons débiles et les instruments bruyants. Le stade, c'est vraiment un haut lieu de créativité artistique dissidente. Si si. Imaginez ce qu’on peut faire avec des vuvusellas. Osons !

Osons les chorales de pétomanes maniant de haut vol, l’air de rien, la vuvusella. Oublions le mystère des voix bulgares. Vive l’atmosphère des voies bizarres ! Un vent nouveau soufflera sur les stades ! Bon… mais là aussi, je doute d'être suivi. Pffff…frilosité du conformisme !

Donc, de par mon aversion pour le ballon rond me voici condamné à la solitude et au sobriquet peu flatteur "d'intello" durant toute mon enfance et mon adolescence (t'aimes pas le foot ? Alors t'es un intello). Mais cela n'explique pas, je le crains, toute mon aversion pour ce sport.

Mon frère, et des années plus tard mon neveu, se sont pris de passion pour ce sport si populaire (par populaire, j'entends qui séduit tout le monde, de l'ouvrier d'aciérie au prof d'unif, en passant par les riches, les pauvres, les vieux, tout le monde, sauf moi).

Ils ont intégré des équipes locales de bouts de choux et de façon assez rigolote pour une pratique qui l'est moins, il leur est arrivé la même mésaventure. Intégrés un peu sur un coup de tête dans un club sans leurs amis, ils n'y prospéraient pas, d’autant plus que durant un an, la plupart de leurs temps de match se passaient sur un banc.

On a beau dire, mais c'est assez frustrant pour le gamin et surtout pour les parents qui ont  casqué pour l'inscription au club , pour l'équipement et les assurances.

Payer une assurance en cas de rupture du banc sous le poids de l'ennui voilà qui défriserait le cigare à moustache du plus placide des citoyens.

Il se fait que pour mon frère comme pour mon neveu, les hasards scolaires et footbalistiques (hasards dont la traduction en terme de lois mathématiques ficherait des migraines au fils naturel d'Einstein et de Planck) ont fait que les potes des deux zigues se sont retrouvés dans une autre club que le leur. Mon frère ou mon neveu (je signale pour la généralisation de l'exemple que les deux anecdotes sont distantes d'une vingtaine d’années et de 200 km), qui dans leur club d’origine ne se sentaient pas vraiment indispensables, hormis au polissage du vernis des bancs de touche donc, ont demandé à changer de club pour rejoindre leurs potes. Et c'est là que l’anecdote devient merveilleuse et me donne une furieuse envie de débouler dans un stade armé d’une sulfateuse.

Pour changer de club, mes parents comme ma belle-sœur ont du racheter leur gosse au club d'origine. En plus de l'inscription et de tout ce que coûte déjà ce sport de cons. Bon, ils appellent ça autrement hein dans les clubs, je pense. Un transfert qu'ils appellent ça. Transfert ? Avec des gosses qui s'amusent lors d'un hobby ? Transfert ? Celui de la psychiatrie ou celui d'Actarus juste avant la métamorphose ?

Non, On ne dit pas "ben, va falloir que vous nous rachetiez votre gosse hein, m'sieur si vous voulez qu'il aille jouer ailleurs". Mais bon, l'esprit est là. Dieu me garde que mon fils s'entiche un jour de rentrer dans un club. Je ne sais pas pourquoi, mais si la traite des êtres humains est un sujet qui me rend morose, quand elle est appliquée à mon fils elle réveille en moi l'instinct ancestral du Celte amateur de démonstrations vulgaires et voyantes et je me dis que le crâne poli et rutilant d’un président de club de foot villageois sur la calandre de mon peugeot partner ferait de moi un chef de tribu respecté.

Vous voyez ? Je parle de foot pendant 10 minutes et déjà, mes écrits deviennent inaudibles, noyés sous une déferlante brutale de haine et de violence aveugles. Ca, c'est l'autre aspect du foot qui me donne des éruptions cutanées au niveau du fondement.

Je pense qu'un de ces matchs devant lesquels j'exerçais ma virilité sportive durant mon adolescence m'a fait définitivement basculé du côté obscur de la force. Je n'avais jamais vu autant de connerie brutale concentrée en si peu de place ni en si peu de temps. Bon, j'avais quatorze ans aussi. On s'emballe pour un rien, idéaliste qu'on est. C'est qu’on défend encore des principes et qu'on est encore bercé d'illusions et de combats à mener à cet âge là , même au milieu des années 80. C'était un chouette match.

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"Michel, il est content !", Aquarelle sur pneu de Eric Cantonna, artiste nihiliste.

 

D'ailleurs Platini était très très content à la fin. Le match opposait des Italiens et des Anglais et se déroulait au Heysel. C'est bizarre, mais après, je n’ai plus eu honte de dire ce que je pensais des footeux. Quand je pense que ces cons surpayés ont fait roulé leur foutu ballon sur le cadavre d'une quarantaine de personnes. Soi disant parce que les supporters n'auraient pas été contents et que ça serait devenu pire encore s'ils n'avaient pas joué. Peut-être aussi que sans match, il y aurait eu des problèmes de sponsors. Je le reconnais, je n'en sais rien, c'est une affirmation gratuite. N'empêche que l'excuse du tifosi italien déchainé pour continuer le match…

Donc voilà, les mecs se bousculent et se piétinent, il y en a plusieurs dizaines au tapis mais bon, si on ne joue pas y vont finir par se fâcher vous savez… alors on joue. Toute façon , on savait pas qu'y z'étaient mort hein les cadavres au sol…

Et donc voilà un sport qui vaut la peine qu'on meure pour lui, pas parce qu'on y joue, mais parce qu'on regarde. Alors évidemment, on m'accusera de poujadisme. On me dira qu'il faut séparer la beauté du sport des épiphénomènes sociologiques qui l'entourent, que la violence autour et dans les stades sont le fait d'une minorité…

Certes, mais bon, il y en a beaucoup de sports où, aussi souvent, ça crie comme des singes dans les tribunes quand un joueur noir entre sur le terrain ? 

Où on organise des batailles rangées après les matchs pour se la refaire un peu plus saignante ?

Où les gloires, exemples de la jeunesse, claquent un coup de boule à l'adversaire à moins qu'ils ne traitent leur entraineur de tous les noms ?

Au moins au hockey sur glace ou à la boxe, c'est sur la piste ou le ring que ça se met sur la tronche. Et les coups y sont beaucoup plus francs et décomplexés que les tacles vicieux des joueurs de foot. Soit dit en passant, je ne connais pas beaucoup de sport où quand les joueurs sont pris en flagrant délit de tricherie ou de conduite limite malhonnête (tacle, tirage de maillot, coup du "je tombe tout seul et je hurle comme un veau à l’abattoir" etc…), ils te la jouent genre môme pris la main dans le sac qui dit "ben non m'dam, c’est pas moi, j'ai rien fait, je le jure, m'dam, sur la tête de ma mère m'dam"…

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Championnat du monde de curling, Styghrtdthchnun, Pays de Galles, 2010. Au centre, on reconnait Tony Hayward, patron de BP, qui après une bonne tranche de régate, s'éclate au curling. Il est content, il s'en fout lui, Tony, c'est pas dans son jardin qu'il y a du pétrole qui coule... (derrière lui, cachée, Roselyne Bachelot). A droite, on saluera la présence du commisaire Bourrel, venu résoudre l'affaire Anelka. Il s'est visiblement trompé de plateau. Il aurait pourtant déclaré "Bon Dieu mais c'est bien sûr" !

 

Ouais, bref, n'empêche que c'est pas aux championnats mondiaux de curling que les mecs se savatent la gueule comme des gueux. Je ne sais pas moi, il y a un contexte tout de même. Quand je vois mon innocent rejeton de 4 ans revenir de l'école ou de chez mon neveu (le footeux dont il était question plus haut) et me sortir « Anderlecht, champion, Standard c'est des couillons » ou autres tirades poétiques dont seuls les footeux ont le secret (la poésie footballistique étant à la culture ce que la pétomanie est à la musique, un truc rigolo mais un peu con-con sur les bords au milieu), quand je vois mon fils me chanter des conneries pareilles et me dire "dis, je pourrais aller dans un club ? ", j'ai peur.

J'ai néanmoins des raisons d'espérer. Samedi, au match en cours, il a préféré sur la Une le mariage de la princesse machin chose de Suède. Pas pour longtemps, il est vite reparti dessiner. Faut pas déconner quand même, je ne vais pas lui faire prendre goût aux rois et aux princesses dans un pays qui va être dirigé par Bart De Wever.

Pas violent le foot ? Va un peu voir un match dans une équipe amateur du village le plus reculé des Ardennes, tu verras si ça se la joue toujours "respect de la beauté du sport". "Allez vas-y René, tacles-y sa gueule, fais lui bouffer la pelouse !", "Allez hein, gamin, cours hein, te laisse pas faire, donnes-y un coup de coude…"

Non, le foot est le seul sport qui déclenche autant la folie meurtrière. Il n'y aurait que l'écoute en boucle, 6 fois de suite, des œuvres complètes de Francis Lalanne qui atteindrait un effet similaire. Mais bon ça compte pas, c'est pas un sport (quoi que) et pis personne n'est jamais parvenu au bout de l’expérience, vivant, ou encore capable de raisonnements intellectuels plus profonds que "Est-ce qu’on ne se ferait pas encore une bière ? "

Oui, j'ai du mal avec le foot.

Du mal.

Du mal avec les mecs vautrés dans des canapés enfournant les pizzas et les cannettes de jupiler ou de carapils, vêtus de bobs et d'écharpes aux couleurs et à la symbolique criardes, se grattant mollement les burnes entre deux goals où ils se lèvent en hurlant et soi-dit en passant, en maculant irrémédiablement la moquette de maman de taches rougeâtres de quatre-saisons grasses ou de "hawaïennes" sucraillones mélangées de bière, du mal donc à comprendre que des gars comme ça puissent se lever à la fin et déclarer, sérieux comme des papes qui croiraient à leurs propres mensonges, ON a gagné ou ON a perdu… Les mecs en short sur le terrain, je veux bien, c’est quand même eux qui poussaient la balle, mais les supporters ?

Du mal avec la bonne trentaine de puits creusés en Afrique tous les mois qu'on pourrait se payer avec un seul salaire mensuel d'Anelka. Je n'ai aucune idée du nombre de vaccins ou simplement de rations alimentaires quotidiennes que représentent les bons 500 000 euros annoncés pour le susdit salaire. Un paquet sûrement.

Du mal avec ces troisièmes mi-temps télévisuelles où le match est disséqué, rejoué, les joueurs interviewés, avec toujours les mêmes répliques du style "je crois que si on n'avait pas perdu, ben je pense qu'on aurait pu gagner".

J'ai du mal avec le foot. Et 10 posts comme celui-ci n'arriveraient pas encore à vider l'abcès.

Du mal.

Mais ce n’est pas grave, ce sera bientôt fini. Et grâce à la RTBF, je pourrais de nouveau m'affaler devant la 6ème diffusion en deux ans des trois mêmes épisodes de Julie Lescaut, de Joséphine ou, fin du fin de la production française de qualité répondant aux normes de l’exception culturelle… Père et Maire…

 

Défrisant non ?

 

(1) : Wallon de l'Est du Pays de Herve : mangeur de sable : habitant de la Campine, par extension, flamand. 

(2) Insulte en Wallon de Liège : Traduction : va, donc hé, banane ! Traduction littérale : Je vous saurais gré d'aller déféquer dans la Meuse mon Brave. Cela nous permettra d'admirer votre séant.

Par le rustre - Publié dans : Chroniques rustiques - Communauté : Vive le désordre !
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Mercredi 14 avril 3 14 /04 /Avr 14:40

Amis jardiniers, amoureux du potager, adeptes du semis, lunaire ou pas, bonjour ou bonsoir, c’est selon.

Vous le savez tous, une des plaies majeures de nos plates-bandes, des pelouses où s’ébattent nos bambins pleins de vie et d’espoir en des jours meilleurs qui pourtant ne viendront peut-être pas, un des fléaux principaux de nos semis fraichement effectués dans la terre nourricière enfin rendue amoureuse par les ardents rayons de l’astre du jour, dans la douce poésie d’un matin printanier bruissant de la ferveur aviaire, du mélodieux hymne à la vie de nos délicats amis à plumes…

Une des causes principales du juste courroux du jardinier amateur meurtri dans sa chair… ce sont ces saloperies de chats, ces foutus immondices velus qui chient partout, empuantent nos légumes de leurs projections nauséabondes, retournent nos semis de leurs griffes et de leur panse paresseuse de pourris parasites de l’humanité. Sus mes preux, taillons dans la viande, brisons les os, fendons les crânes, éviscérons gaiement. La gent féline doit payer.

Hum… excusez mon emportement soudain. Cela ne sied pas à un texte qui se veut purement didactique. Reprenons le propos, si vous le voulez bien, sur le ton docte et serein qui convient.

Je vais vous expliquer aujourd’hui une solution miraculeuse, quasi divine, pour éloigner de nos jardins efficacement, à peu de frais, sans dommages collatéraux ni folie meurtrière de nos chers amis félins. Il s’agit de la TREMPE !

Cette méthode demande juste l’obtention d’un piège à fouine (voir photo) muni de poignées, d’un peu de kit et kat (ou de sheba pour les chats gourmets), de gants en cuir épais, d’un poste de radio-diffusion mobile et muni de piles (chargées), d’un peu de musique violente et tonitruante, de vêtements voyants, d’un sabre et, le plus important…

D’une bassine d’eau…

Plus grande que le piège….

Pardon ? Mais non voyons, je ne suis pas un « sadique ».

 

fouine-pliant

Reprenons.

Le déroulement des opérations est d’une simplicité confinant au flamingantisme, d’une sobriété approchant le carrément désertique, voire le dépouillé.

Après avoir repéré un lieu de passage préférentiel d’un de nos amis de la gent féline (un gros crapuleux marcou de préférence), déposez à cet endroit le piège, garni de kit et kat (ou même de whiskas, ne soyons pas sectaires que diable mes preux).

Tapissez vous, tel le fauve guettant sa proie, au coucher du soleil, qui darde de ses rayons pourpres le point d’eau perdu au milieu des hautes herbes ocres d’une savane africaine et néanmoins riche et joyeuse. Putain qu’c’est beau Germaine. Bref…

Le chat approche, renifle la nourriture offerte à ses désirs et, cédant à sa veulerie toute féline, pénètre dans le piège qui, brusquement autant qu’inexorablement, se referme sur sa misérable carcasse de fienteur pelé. Le sort se referme sur lui, il est fait comme un rat, ce qui pour un chat est déjà un beau châtiment. S’en est fait de sa rouerie, le fourbe.

C’est alors que vous surgissez de votre retraite, arborant un rictus dément, hurlant comme une bête. Tel Stéphanie de Monaco ou un ouragan, vous fondez sur votre proie.

Suspens, car c’est ici qu’une importante parenthèse doit être ouverte. Préalablement à votre machination, vous aurez pris soin de disposer à portée raisonnable votre appareil de diffusion musicale sur piles. Au moment même où le piège se referme sur l’ennemi, ayant pris soin de tourner le curseur de volume sur la position « à fond », vous lancez la musique. Pas n’importe laquelle. Quelque chose de raffiné. Du Sepultura ou « thunderstruck » du groupe AC/DC peuvent convenir. Personnellement j’ai un penchant dans ce genre de situation (mais dans ce genre là uniquement) pour la musique teutonne incitant au massacre aveugle mais salvateur. La Charge des Walkyries est une sorte de maître achat pour la circonstance.

Autre parenthèse, vous aurez également pris soin de revêtir pour l’occasion ce qu’il est convenu d’appeler votre habit de lumière. Un déguisement de superman, un uniforme de la SS peuvent convenir, une tenue de danseur de la troupe à Béjart aussi, mais moins. Là aussi, mon penchant personnel me pousse vers un uniforme de la cavalerie états-unienne de la guerre de sécession avec le grand chapeau, le sabre brillant et tout le toutim ou bien celui d’un cuirassier napoléonien, ça a beaucoup d’effet, mais pour la planque dans la savane, le casque, c’est un peu chaud.

Revenons à nos moutons, enfin à nos chats (vous soulignerez la finesse de mon humour) et résumons-nous mes braves. La veule créature prise au piège, vous balancez la sauce à fond, vous surgissez dans votre habit de lumière en roulant des yeux et

Soit en poussant des hurlements rauques et gutturaux

Soit en éructant un truc bien senti du genre « ça va être ta fête enculé », « Montjoie, Saint Denis » ou encore « Morts aux Flamands »

Soit en faisant les deux

Vous fondez sur l’animal telle la justice divine sur le peuple égyptien.

Tout en continuant à gueuler comme un forcené, les yeux injectés de folie et de sang, vous attrapez le piège et vous le trempez dans la bassine d’eau. Attention ! des trempages courts et répétés doivent être préférés à une seule plongée de dix minutes. Il ne s’agit pas d’être taxé de barbarie par les chochotes de Gaïa ou l’engeance végétalienne de PETA mais juste de donner une leçon méritée et définitive à l’ennemi, leçon assénée avec pédagogie, calme et dignité. M’enfin, c’est vous qui voyez après tout. Si par malheur, dans la générosité de votre élan civilisateur et purificateur, il arrivait un accident, le chat, après séchage, s’accommode bien, paraît-il, d’une sauce chasseur. Un vin puissant mais fin (un cru de Gevrey par exemple) accompagnera parfaitement ce met longuement mijoté. Invitez vos voisins ou les propriétaires de l’animal (le papa et la maman de la bête) au festin, ils n’en feront que plus facilement leur deuil.

Cependant, si tout se passe bien, après cinq à dix minutes de bains répétés, coupez la musique. Si possible, arrêtez de hurler comme un dingue et déposez le piège à la sortie de votre propriété. Libérez le matou. Il fuira sans demander son reste, le couard. S’il se rebellait ou même s’il ne fuyait pas assez vite, prenez soin d’avoir à disposition une bonne pelle. Un grand coup sur la gueule de ce prétentieux récalcitrant et le tour est joué. La sauce chasseur l’attend !

Normalement, après la capture de quelques chats, vous pourrez ranger votre piège. La simple diffusion, dans les 100-120 dB de votre « musique rituelle » (Wagner dans mon cas) de façon aléatoire, de nuit ou au petit matin suffira à faire fuir les félins. Pour renforcer encore plus le réflexe d’évitement des chats, vous ferez régulièrement le tour de votre jardin dans votre tenue de combat, le sabre au clair, en criant à tue-tête votre « cri de guerre ». Vous pouvez reprendre en même temps a capella votre musique fétiche.

Cette méthode, terriblement efficace, comporte cependant quelques inconvénients que je me dois d’aborder. Tout d’abord, un grand jardin entouré de haies hautes est préférable pour exercer ce processus à un jardinet clôturé et visible de la rue. Allez savoir pourquoi. La diffusion régulière, à fond les manettes de la charge des Walkyries à pas d’heure dans votre jardin, le fait de vous y voir déambuler en uniforme de cavalerie nordiste, brandissant un sabre et chantant à tue-tête

« ta ta ta taaaa taaa ta   ta ta ta taaa taaa ta» (1) « Montjoie, Saint Denis » risque bien d’incommoder légèrement votre voisinage bourgeois, bien-pensant et un peu serré du cul, il faut le dire.

Rassurez-vous, je vous donnerai bientôt des recettes tout aussi simples et efficaces pour vous débarrasser de deux autres plaies de notre temps : les psy et les voisins !

 

FIN

 

GENERIQUE (les Walkyries évidemment)

AVERTISSEMENT : Lors de la réalisation de ce petit sketche aucun animal ni aucune conserve pour chats n’ont été maltraitées. Toutes les scènes d’action ont été réalisées en images de synthèse. Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé ne serait que fort cuite. C’est de l’humour. J’aime les chats. Seigneur soyez bon. La consommation d’alcool est dangereuse pour la santé. Boire nuit. Picolez donc de jour… Ca va j’ai rien oublié ? Ah si ! Ceci est une fiction, nous déconseillons formellement aux petits et grands enfants de tenter la même expérience chez eux.

L'auteur tient à remercier pour leur influence le docteur G, P. Desproges et Bouli Lanners (pour la tenue de danse)...

Et pour ceux qui voudraient quelque chose de pire encore, retrouvez la suite des aventures de l'ignoble chasseur de chats ici :

http://lerustre.over-blog.com/article-une-methode-inedite-pour-chasser-les-chats-des-potagers-raminagrobis-contre-attaque-66866647.html

 

(1) : Le visionnement de ce moment d'anthologie me fait penser que l'utilisation d'un clairon pourrait améliorer la méthode... l'hélico par contre...

Par le rustre - Publié dans : Chroniques rustiques
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Mercredi 17 mars 3 17 /03 /Mars 13:34

Bonjour,

Comme promis je prends la plume, enfin le clavier, ou la souris, pour préciser deux points de mon post de la semaine passée, intitulé avec beaucoup d'esprit et de finesse (si, si, inutile de rigoler sous cape) "Rouges de fruit, the sequel".

Mais avant, je voudrais attirer votre attention sur mes facultés de divination hors du commun, mes facultés de réflexion exceptionnelles et ma science climatologique admirable qui renvoient pêle-mêle Albert Einstein et Alain Gillot-Pétré au bac à sable, s'amuser au docteur non conventionné avec Marie Curie et Caroline Dossogne1, pêle-mêle aussi (normal quand on joue au docteur).

Je le répète depuis des semaines : le printemps arrive. Et ça y est, manifestement, il est là. Je sentais bien que ce serait pour la troisième semaine de mars, mais je ne voulais pas trop impressionner le lecteur, comme ça, d'un coup. Je n'aime pas donner le vertige aux gens.

Bon, revenons à nos moutons. La VVB, qu'est-ce donc ? Là aussi, c'est une manifestation lumineuse de la supériorité écrasante de mon intellect. C'est enfin une mesure scientifique, efficace, reproductible, imparable de la qualité réelle d'un vin. Exit gourous, prescripteurs, chantres de Hervé Effe et autres scribes vineux. Trompettes 2 !

Il s'agit de la VITESSE DE VIDANGE de la BOUTEILLE.

Exprimant le temps de descente (en heure) en fonction du nombre de convives qui se jettent dessus, elle peut se traduire par une fraction. 1/2 : une heure à deux ; 2/3 : deux heures à trois etc...

Bon, je déconne encore évidemment. Chassez le clown, il revient en trébuchant. Patatras !

Il n'empêche qu'à y regarder de plus près, c'est moins idiot et plus porteur de sens qu'il n'y paraît (enfin c'est moi qui le dit).

Quand je déguste, je m'attache à noter plein de détails : les arômes, l'équilibre, la matière... Quand je relis mes notes, je suis parfois surpris. Ces vins notés, je les déguste tranquillement chez moi dans le cadre familial. Comme mon épouse ne m'accompagne que très peu, autant dire que je siffle la bouteille "seul". Je commence le week-end et je termine gentiment, lentement, au cours de la semaine.

Il y a des vins, qui au bout d'un verre démontrent des qualités subjugantes, remarquables. Ils m'amènent à noircir des lignes et des lignes d'éloges, bien poussives à la manière d'un rustre. Pourtant, parfois (parce que rien n'est absolu en matière de vin),  ces vins remarquables restent dans mon frigo plusieurs jours voire jusqu'au week-end suivant. Rarement, ils terminent en sauce.

Et puis, il y a d'autres vins que je trouve bons, certes, mais pour lesquels, face à mon cahier de notes, j'ai du mal à trouver des qualificatifs. Et parfois (parce que rien n'est absolu en la matière), ce sont ces bouteilles là qui ont la VVB la plus élevée. En fait, elles se vident comme si elles étaient trouées par ailleurs que le goulot. Et quand j'en présente une à des invités, je remarque qu'elle subit un sort semblable.

Il y a des vins qui ne s'adressent ni à notre intellect ni même à nos perceptions. Ces vins-là nous percutent directement au coeur ou à l'âme, là en tout cas où résident aussi nos amitiés, nos moments privilégiers, nos plus beaux crépuscules. S'ils ravissent nos sens, ils échappent aux mots, aux descriptions, à la catégorisation, à la dissection. Ces vins-là dialoguent directement avec ce que nous sommes profondément. Ces vins-là échappent à l'absolu parce qu'ils tiennent une partie de leur magie de la valeur du moment, du temps qu'il fait, des gens autour de la table ou encore, simplement, de l'état de bonheur du dégustateur. Ces éléments-là, ces vins s'y glissent, en jouent, s'y déploient, sans qu'on sache pourquoi la mayonnaise prend.

Photo33

Et la daube caussenarde me direz-vous (Admirez mon art consommé de la transition) ?

Les gens du sud peuvent partir. Les ch'tis et les belges aussi, sauf s'ils ne connaissent pas. C'est une recette que j'ai goûtée pour la première fois aux Prunets, sur le Causse Méjean, non loin de Sainte-Enimie.

En gros il faut, comme vous le sentez, parce que cuisiner, c'est surtout s'écouter :

De la viande à daube. Bon belge, je prends des carbonnades de boeuf, mais ça doit être bon avec de l'agneau, et drôlement montagnard avec du sanglier. Je grille avec de l'huile d'olive, des oignons, des lardons, des champignons, de l'ail. Pour les champignons, c'est selon la saison. Sans aller jusqu'à la morille, ca peut passer par le champi de paris et le bolet bien ferme. Quand c'est bien doré, je mouille au vin blanc, copieusement. Là aussi cher lecteur, consulte tes goûts et tes envies mais moi, je carbure assez sylvaner/riesling, à cause de la fraîcheur apportée au plat. Ensuite, on y va généreusement sur le thym et les baies de genévrier. Poivre et sel, hop, je crois que c'est tout. Peut-être lier la sauce mais je ne trouve pas ça nécessaire.

Si tu trouves, ami gourmand, de la farine de châtaignes sur ton chemin, c'est idéal. Tu la transformes en une polenta grillée en quartiers dans une poêle et c'est le bonheur. Sinon, une polenta normale ou des bonnes vraies nouilles débordant d'oeufs et de beurre, c'est tout de même propre à réjouir la panse d'un honnête rustre.

Et pour boire avec ça ? Un peu de tout en fonction des ingrédients que tu y mettras. C'est sûr qu'avec la variante sanglier/cèpe/polenta à la châtaigne (the full monty quoi), un bojo nouveau va un peu dénoter.

Par contre avec quelques vins bourrés de fruit, de classe et d'épices provenant des pays où les cigales et les touristes nordistes te cassent les castagnettes, ça va onduler ferme.

Mais pour t'en faire décrire quelques-uns, cher lecteur, attendre la semaine prochaine tu devras.

Vive le printemps !


(1) : C'est grave ce qu'on trouve sur le net, non ?
(2) : pour les fins mélomanes bien sûr.

Par le rustre - Publié dans : Chroniques rustiques
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