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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 09:20

L’essaim des saints

 

Saint Laurent, un type qui roulait en Golf. Sainte Adeltrude

"A la sainte Adeltrude si homme blanc couper du bois, hiver sera rude."

Proverbe Algonkin.

 

L’aigreur du jour : Et l’armistice, c’est pour les morts ?

Bon d’accord, je vous parle de l’armistice du 11 un 14 novembre. Et alors ? Dans mon village, ils ont bien mis des vieux autour du monument le 10 au soir. Probablement parce que le lendemain étant férié, la maréchaussée assurant la sécurité de cet énorme attroupement de 15 retraités de celle de 40, même pas la bonne, était en congé, le 11. Ou simplement parce qu’un jour férié, on ferme les maisons de retraite avec les vieux dedans pendant que le personnel va manger du roastbeef et un part de Vaution chez Belle-Maman. Soit.

Un comble tout de même quand on sait que c’est congé le 11 parce qu'oncle Coeme est mort (on commémore, jeux de morts hein !).

Mais que fête-t-on le 11, se disent nos rejetons enfoirés massivement par toutes les conneries qu’ils ingurgitent sur les écrans ?

Simple, le 11 novembre, c’est le jour de 1918 où un bande de croulants prégrabataires, dont certains avec des casques à pointe qu’il ne fait pas bon s’asseoir dessus quand on les oublie sur une chaise, s’est retrouvée coincée dans un train de la SNCB française, qu’on appelle là-bas, allez savoir pourquoi, SNCF. Le train était immobilisé sur le rail par la chute automnale des feuilles mortes qu’on ramassait à la pelle sur les voies, impénétrables.

Ils se sont dit : "Bon, plutôt que de se faire une crapette vitesse, si on signait la fin de bail de la boucherie, qu’on remettait le commerce de chair à canons et, tant qu’on y est, si on prenait une option ferme sur la suivante, de boucherie ?"

14-18, pour ceux qui aiment le gore, c’est le Graal intégral. Pour les Flamands, c’est une tour. Pour ceux, qui comme moi, pensent que la guerre, c’est, si pas une preuve, au moins un indice accablant que Dieu picole et que si, pour de vrai, il a créé l’homme à son image et la femme à celle d’une côte de porc, ben Dieu, c’est pas un type fréquentable, 14-18, c’est un sommet.

Un sommet du massacre organisé, que ces pauvres diables enterrés pendant 4 ans dans la boue, se faisant tuer, pour non pas un Empire, ni même la conquête d’une baronnie, mais faisant du surplace à longueur d’étripage pour les lubies d’une bande de vieux schnoques dirigeant des Grandes Puissances à l’impérialisme de très mauvais goût, à une époque où impérialisme c’était pas juste un bon mot de gauchiste.

Parce que, excusez-moi, mais les guerres du petit corse vindicatif là, ou celle de 1870, où le gros moustachu qui portait un nom de cuirassier (pas Clémenceau, ça c’est un sous-marin) voulait que les braves Alsaciens, les truculents Bavarois ou les sympathiques Rhénans parlent le vrai prussien de Prusse, ces épopées-là, pour connes qu’elles furent, n’en avaient pas moins une autre gueule. Ahhhh ! Les charges héroïques, l’uniforme rutilant et coloré, le sabre au clair, les tripes au vent !

Alors que 14-18… bon on peut lui attribuer quelques progrès techniques comme le char, l’avion de combat ou le gaz de combat… mais bon. Sans compter que cette foutue guerre aurait cristallisé les rancoeurs flamandes. Prétendument que les pauvres bidasses flamands ne comprenaient rien quand les officiers leur aboyaient des ordres en français. Oui, certes, mais d’abord, ils éructaient en français parce qu’ils étaient officiers et donc bourgeois. Et à cette époque-là, un bourgeois, qu’il fut d’Anvers ou de Liège, ça éructait en français. Mais d’un autre côté, quand on vous gueule de sortir d’une tranchée pour aller vous faire faucher par les mitrailleuses ennemies, a-t-on besoin de comprendre pour mourir ? Les soldats français, anglais, wallons ou allemands, quand on leur ordonnait de galoper guillerets parmi barbelés, obus, gaz et balles sifflantes, qu’ils pigent la langue ou pas, ça ne les empêchaient pas de crever. Ils finissaient tous aussi mort que n’importe quel martyr à posteriori de la cause flamingante.

Bref, 14-18, c’est la parangon de la boucherie gratuite, stupide et obtuse.

On n’en dira pas plus. Cependant, cette joyeuse évocation me permet quand même de préciser quelques points à deux races de cons ordinaires.

D’abord, à ceux qui sont trop jeunes pour avoir connu la guerre aux portes de leur chaumière, comme moi. Du genre de ceux pour qui la guerre, c’est un truc plutôt épicé et coloré (fun diront les plus sots d’entre eux) qu’on livre à d’improbables trolls et kobbolds d’une galaxie lointaine. Ensuite, à ceux pour qui la guerre est une suite d’images "à buzz" et d’histoires glauques télévisuelles ou livresques, certes, mais confinées aux temps pharaoniques ou à des rivages lointains (pas trop à vol d’avion pourtant) d’Irak, de Somalie ou d’Afghanistan. Qu’ils nous paraissent étrangers et fictionnels ces petits noirs orphelins et mutilés, ces Afghans enfants soldats ou ces femmes violées en Afrique. En gros, c’est triste monsieur, mais on s’en fout, y a du rôti à midi et "le mentaliste" au soir. Ou Koh-Lanta et Machin-truc elle est trop bonne.

A ceux-là, puis-je parler de mon Grand Père ? Il vivait à côté de Liège et aurait eu 105 ans en 2010. Ca peut quand même paraître ancestral à de jeunes emperlousés du smartphone. Pourtant, pour vous situer, mon Grand Papa me prenait sur ses genoux pour me raconter des histoires, faisait des frites le vendredi, des crêpes le dimanche. Surtout, il regardait avec moi le Juste Prix, la Roue de la Fortune ou Questions pour un champion. Il faisait ses courses à Cora et roulait en Lada. Rouge brique la Lada.

En août 1914, mon Grand Papa avait 9 ans. Pour des raisons obscures mais liées à l’égocentrisme, au repli sur soi, à la course au prestige, à la puissance et au fric, toutes les nations d’Europe se sont déclarées la guerre cet été là. Les Allemands pointus ont décidé de passer sur le corps de la Belgique pour attaquer la France. Le Kaiser estimait que c’était l’affaire d’une semaine, que ses troupes allaient rentrer dans le belge comme dans du beurre ramolli. Ces belges que les français traitaient avec mépris de boches du Nord. Ces Belges qui avaient déclaré : Français ou allemand, le premier qui nous passe dessus, c’est la guerre. Les petits Belges, mous et ridicules. Et voilà les Allemands qui nous traversent, le sourire conquérant, la fleur au fusil, prêts à nous écraser en quelques jours. Le petit Belge, abreuvé de patriotisme bien du siècle, attend, retranché.

Mon Grand Père habitait un hameau sur les hauteurs de Liège, Rabosée. Là, dans la nuit du 5 août je crois, une poignée de soldats belges (genre 400 soldats, une grosse poignée) se retranche et attend l’ennemi qui marche vers Liège. Les troupes allemandes comptent entre 4 et 5000 hommes. Dix fois plus.

Ils attaquent et se rendent compte un peu tard que finalement, le Belge est un peu plus dur que du beurre. La bataille va faire rage toute la nuit. Seule une poignée de Belges parviendra finalement à se replier, laissant derrière elle des montagnes de cadavres Belges mais surtout Allemands. Les 5000 Allemands se sont faits arrêter net. Ca reflue de partout, ça panique, les colonnes sont désarçonnées, désorganisées. Les petits Belges ont mis une grande claque aux troupes du Kaiser, un claque pleine de sang.

Et la bataille de Liège, qui fera des milliers de morts ne fait que commencer, enlisant les Allemands pendant des jours et laissant au reste de l’armée belge et aux Français le temps de finir leur déploiement. Ca à même valu à mon village natal, Barchon, d’avoir une rue avec son nom à Bruxelles et une autre à Paris. Chouette alors.

Les soldats allemands vont prendre la population belge en grippe, voir des terroristes partout, se venger bassement. Des centaines de civils vont être battus, violés, exécutés, massacrés, les villages pillés, incendiés.

La bataille de Rabosée, mon Grand Père l’a passée terré dans sa cave au son des batteries de canon et des mitrailleuses. Lorsqu’il émerge le lendemain, c’est pour voir son village en ruines, ses voisins, ses copains d’école, ses cousins pendus aux arbres ou affalés contre les murs, criblés de balles. Il m’a raconté ça une fois. Une seule. Je peux vous dire que ça m’a fait plus d’effet que le juste prix. Que voulez-vous, mon Grand Père m’était plus proche que les enfants palestiniens.

Et tout ça pourquoi ? Pour le motif le plus sombrement et connement humain qui soit : la guerre. Et le 11 novembre, ce n’est pas un monument qu’on vénère, tas d’abrutis de l'Ipad, mais un souvenir.

Et c’est ici que je voudrais m’adresser à un autre public, plus con encore que celui des adeptes du smartphone : les oublieux de la mémoire, les historiens séparatistes latinisant centrés sur leur cul, les persifleurs qui passent l’histoire au tamis de leur plan de carrière ou de leurs idées puantes. L’égoïsme, le repli sur soi, le rejet, la stigmatisation sont les mamelles des boucheries. En 14-18, il n’y avaient ni Flamands ni Wallons et à la fin même plus de Belges : justes des couillons qui essayaient de survivre.

Et à ceux qui écoutent ces oublieux du dimanche midi en tout genre, qu’ils se rappellent bien que l’Histoire avec une grande tache et qui n’est que la légende dorée des puissants et des nantis, s’écrit toujours avec le sang et la sueur des couillons de base. Que ces couillons soient Flamands, Wallons, Allemands, Français, Algériens, Palestiniens ou Israéliens n’y change rien. Et ce n’est pas le tas de tripes et d’os anonyme dont on ravive la flamme du souvenir chaque année qui me contredira. Pas que je m’en sente proche : moi je n’ai qu’à trouver le courage de vivre au quotidien, lui a dû trouver le courage d’aller se faire tuer pour pas grand-chose.

Mais dans ces conditions, je me crois autorisé néanmoins à dire ouvertement aux séparatistes, indépendantistes, obscurantistes de tout bord que je les emmerde !

 

Cela dit, je ne veux pas me pavaner, mais les hideux de mars risquent bien d’être trois en 2011.

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commentaires

cigalette 14/11/2010 19:32



superbe, tiens quand j'ai connu mon mari( un Liègeois aussi, il avait une Lada rouge , merci bonne soirée



le rustre 15/11/2010 09:41



merci Cigalette. C'est le pire d"faut de blogs : l'absence de commentaires. On ne sait pas si on est lu avec dédain, mépris condescendance ou plaisir. Alors un petit commentaire, ça fait toujours
plaisir.



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