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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 14:30

Ce post est dédié à un grand monsieur de la toile vinique, officiant sur la Passion du Vin, le plus festif, instructif, grouillant parfois bordélique… joyeusement humain, des lieux de dicussion sur le vin en langue française, même en période de primeurs… Un post dédié à MONSIEUR "OLIV". Il comprendra pourquoi…

Ce post est une imposture de plus… qu’à cela ne tienne, si vous ne comprenez rien aux vins décrits, cela me permettra demain de refaire le même post en langage clair et avec des photos… et hop, voilà comment le rustre y te fait deux post pour le prix d’un… Tu voudrais pas que je me creuse en pleine canicule non plus !

Au début, j’écrivais juste un post anodin, rempli de calembours douteux et de blagounettes à cinq cents. Et puis, face à ce déluge de vins pas mauvais, mais pas dépotant non plus, je m’ennuyai. Suite à un post de Jacques Berthomeau… je m’interrogeais. Comment écrire un bon CR de vins ?

On tombe facilement dans la dichotomie entre le sans imagination, froid, analytique et bien sûr dépourvu d’âme, voire pas du tout humain et le poétique pompeux, la logorrhée littéraire grandiloquente, savante et assez hermétique pour le rustre que je suis.

N’aimant pas les dichotomies manichéennes doubles, je me dis quand même qu’on peut trouver un juste milieu… Peut-être traduire en mots simples ce que le vin fait dans nos cœurs et nos âmes… Bof peut-être, mais alors je suis loin du compte.

Mais réfléchissant et n’en ayant pas l’habitude, je me suis perdu en route.

J’ai mis des mots sur des trucs qui m’énervent un peu beaucoup : le compliqué abusif, la grandiloquence pédante, l’érudition sotte, l’intellectualisme d’opérette voire la sollicitude pontifiante. Pas que je veuille mener une croisade contre quiconque ni quoi que ce soit, mais sûr qu’il vaut mieux en rire… et à la relecture, je me rends compte que je me moque aussi de moi-même. C’est un juste retour des choses.

Dans un bon esprit Pompon et Rémy Bricka, dans la plus pure tradition du ZZ top’s lifestyle, dans la grande continuité de philosophes irremplaçables comme Bézu, Francky Vincent sans oublier le grand Stupallacci, je vous effeuille quelques bribes de rencontres avec des vins de Bordeaux.

Ce sont des noms pas très connus sur la toile, dont le prix oscille entre 9 et une quinzaine d’euros (exception faite pour le Pauillac qui culmine à 23 €), qui procurent non pas des extases vaporeuses appelant la littérature rose et ampoulée, mais d’honnêtes petits plaisirs besogneux appelant une écriture simple, descriptive mais joyeuse.

Comme quoi, il n’y a pas besoin d’être dans une case avec d’autres casanier de la poésie mirlitontesque et hermétique voire émétique, ou dans une autre avec des matheux froids comme des lames de Tolède et fins comme des guibolles d’ascètes vinaigrette. On peut faire un peu l’un , un peu l’autre. Peut-être pas très finement ni très juste mais avec ses tripes et c’est déjà ça de pris.

Mais ça, ce sera pour demain, parce qu’en attendant, on peut varier le style si vous voulez… et finalement dire tout et n’importe quoi et même peut-être exprimer le contraire de ce que l’on veut dire, pire le contraire de ce que le vin veut dire…

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Pfff... qu'il est con le rustre !

 

Analytique… et froid :

 

Bordeaux supérieur

Château Lafite-Monteil 2006

 

Robe : foncée, mais peu pour un bordeaux :  Rubis translucide, peu brillant. Larmes peu nombreuses et peu tenaces.               

Nez : Expressif dès l'ouverture : fruits mûrs mais acidulés. Comme des fruits dans un yaourt. Fraise cultivée, alcool, bois, vanille, boîte à cigares.

Bouche : Expressive, sur les mêmes notes de fraise un peu acidulée. Boisé assez amer, de la vanille, de la réglisse en finale. Assez écoeurant au bout d'un moment. Pourtant, c'est frais, juteux, avec des tannins serrés mais discrets. Finale assez longue mais dominée par une finale structurelle amère et acidulée.

Le lendemain : Les notes sont moins franches mais cela reste fruité, frais, assez démonstratif mais moins écoeurant, plus agréable.

Impression générale : Malgré un côté tape-à-l'œil, ça reste pas mal pour l'appellation.

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Ce genre de prose me glace... Ca me laisse froid. Les bras m'en tombent, enfin, au moins un !

 

 Plus délié mais sobre :

 

Haut-médoc Château Cambon la Pelouse 2006

 

La longue robe de velours est très sombre mais limpide, pas opaque. Sa confrontation avec le soleil révèle un beau rouge profond avec des reflets pourpres, voire mauves.

Le nez lui, est expressif, avec de classiques fruits mûrs bordelais : cassis, mûre. Plus originale, l’olive verte est assez évidente. Je sens aussi sans pouvoir ou vouloir les nommer des épices agréables et assez complexes.

La bouche est ronde mais soutenue par des tanins un peu raides mais au grain fin. La matière est fine et fluide. C’est un bel équilibre mais ça manque quand même de volupté. Les arômes sont modérés mais nets et élégants : mûre et cassis. Les épices donnent une impression de finesse. Le cacao et l’amertume s’ajoutent pour la finale de 12 secondes.

Le vin ne connut pas de lendemain.

L’impression générale est celle d’un bon vin qui joue sur la finesse, la buvabilité en demi-corps. Peut-être un peu rêche. Peut-être un peu cher malgré tout pour la qualité (vers les 15 euros).

 

Plus imagé :

 

Puisseguin-Saint-Emilion

Château Vieux Barrail 2004

 

La robe est sombre comme une nuit sans lune, aussi opaque que les pensées d’un militant du Vlaams belang un soir d’élections. On peut le dire, c’est bordeaux, profond, comme un puits.

Le nez, c’est bonne maman. Ah, me remontent en mémoire les confitures qui mijotaient longuement sur le fourneau au charbon de ma grand-mère (1) : des fruits noirs confiturés : cassis, cerise noire confite.  Question puissance, ça ne déborde pas de la casserole mais c’est élégant et agréable. Il y a bien un peu de vanille et de caramel, mais là aussi, cela me replonge dans la cuisine de ma grand-mère.

La bouche : Ce vin n’a pas le vertige, il n’a pas besoin qu’on le pousse, bref, il descend tout seul. Agréable et classique. C’est frais avec des tanins assez ronds et discrets, mais bien structurants. Un peu de sérieux que diable, c’est buvable, mais on ne va pas sombrer dans la volupté facile ! Ca t’émoustille les papilles : expressif sur le cassis, l'amertume du bois, la torréfaction. La longueur est moyenne (13-15 secondes) sur le fruit frais et l'eucalyptus.

Le lendemain : No future !

Impression générale : Un peu putassier comme ça de prime abord, avec son fruité débordant. Heureusement que la structure bien fraiche vient sauver l’honneur, des fois qu’on prendrait trop de plaisir.

Avec le repas, ce fut grandiose. Scarole, magrets de canards  fumés, chèvres lardés au porto et miel, canard en croûte. Vinaigrette tiède au bouillon et miel.

(1)  : Un Compte-rendu de dégustation sans une bonne réminiscence proustienne des familles et un soupçon de misérabilisme passéiste (le poêle à charbon), ce n’est pas un vrai compte-rendu.

 

 

Inspiré, mystique et ondulatoire… et engagé :

 

Listrac-Médoc

cru bourgeois supérieur

Château Fourcas-Hosten 2005

 

C’est avec appréhension que j’ouvre cette bouteille achetée (honte à moi) en grande distribution. La mention « bourgeois supérieur » même me révulse. Peu importe, lui ôter la capsule puis la tête au moyen d’un tire-bouchon ne sont que les prémices délicieux de ce qu’on leur mettra dans la g… camarades !

Il est rouge foncé, ce qui le rachète un peu à mes yeux. Heureusement, il est encore translucide, d’une pureté toute minérale issue de la terre qui l’a vu naître sans les artifices diaboliques de la surextraction body-buildée Parkérienne.

Son nez est expressif et plaisant avec mûre et cassis bien mûrs. La truffe s’épanouit après deux heures, signant l’authentique et substantifique marque du terroir et de la terre d’un beau p’tit cru, d’une belle croupe graveleuse résonnant de l’écho des cailloux telluriques minéraux inorganiques.

Puis ça disparait, car le vibrato des astres est parfois éphémère et la truffe régresse et devient juste champignon, fleurant bon l’humus grouillant de vie bénéfique et racinaire.

Malheureusement, la vanille et l’alcool nous rappellent que nous sommes au pays du grand capital spoliateur bordelais, si laids alors que leurs femmes sont girondes. Maudits soient ces tonneaux tout organiques qui effritent de leurs ondes moribondes toute la pureté minérale du jus d’eau de roche de la terre bruissant de vie microbienne inorganique de pureté naturelle (parce que ce serait quand même dommage que la vie du sol soit organique et vivante, parce que c’est mal, impur, immolons les colemboles) !

Je reconnais aussi des épices sudistes : sans tout énumérer on retiendra, la myrrhe, le cade, le thym sauvage à fleur mauve du causse Méjean (partie sud-est, à gauche du chemin, seule station européenne de cette variété), le fénugrec, l’astragale à cinq branches du Surinam.

La bouche est bien équilibrée mais heureusement portée sur une jolie minéralité. La matière est assez pleine mais surtout minérale. Les tanins serrés et fins, sont cependant un peu brutaux, plus végétaux que pierreux. Et toute cette végétation arbustive au milieu de mon beau désert de cailloux, ça me donne des envies d’herbicide… Euh… Bio évidemment. Que dis-je moi ? Saint Roch priez pour moi.

Le vin manque, un peu beaucoup, de suavité et de plénitude, mais justement ça en fait un joli vin, sec, austère, droit, tendu, pur, racé, vibrant. Merde alors, vous ne voudriez pas non plus qu’on y prenne du plaisir. On vibre ici monsieur, on ne s’amuse pas !

On distingue quand même un peu de bois, même pas pétrifié, un peu de cerise et de mûre, et je le promets, je me suis flagellé d’avoir apprécié ce fruité facile. La finale chocolatée (chocolat 95,8 % de cacao du plateau péruvien, près de Nazca, dont les géoglyphes transmettent leurs ondes béta astrales au cacaotiers) avec son amertume et son caramel, (mais à l’ancienne hein, longuement cuit sur un chiche feu de brindilles ramassées dans le caniveau par ma grand-mère en haillons) dure dans les 15 secondes.  

Impression générale : Excellent. Le classicisme bordelais à l’aune de la minéralité terroiriste retrouvée. Un horizon épuré, janséniste, de cailloux sur un lit de quartz translucide.

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Moi tu sais, la minéralité... pour ce que j'en dis... J'y dis phoque you ! Je me drape dans ma dignité et je ferme les yeux sur tout ces mauvais mots...

 

Apothéose : Nourrissant, théologique et morbifuge :

 

Pauillac

Château Puy la Rose 2003

 

Sombre est la robe du Pauillac sur la route de l’Hadès… Opacité… A l’ombre des sylves obscures, ma serpe d’or à la main, j’attends la révélation du chêne, l’hapax salvateur par son syncrétisme enivrant…

Mais las, j’attends tout un jour, seuls le cassis et la mûre concourant (qui va plus vite qu’un intello assis) à la survie de mes sens mais ne suffisant pas à combler mes moiteurs organoleptiques…

La soie confondante du toucher de bouche m’abreuve de la fraîcheur d’une source édénique mais la complexité m’échappe… ô Pauillac, ô cassissité poivronesque ! Honey soit qui miel y pense !

La nuit m’étreint en retard et je m’égare ô Saint Lazare ! Et enfin, alors que le soleil est à nouveau, magie mirifique du clepsydre, à son zénith, l’implexité d’un jus de treille béni aux eaux d’un styx vibrant du souffle pétrifiant d’une minéralité ondulante advient.

Oui ! Regardez cet instant et gravez en les faits dans l’airain. Oui ! regarde moi, Monocle, euh, Sophocle pardon, et toi Hématocrite, euh hémicyclique, euh… hématopoïétique, enfin je ne sais plus… Ho ! Toi le barbu avec des lauriers sur la tête là, tu me captes oui ou merde ?

Et vous Paillasse et Médisante, enlacés et honteux dans la complice discrétion des fourrés, écoutez ma mélopée de noirceur tissée :

Nunc est bibendum (1)

Ordo ab chao (2)

Morituri te salutant ! (3)

Asinus asinum fricat (4)

Et sous ces frondaisons de nuit qui ont vu la descente de Perséphone, buvant une genadine sur la terrasse de cet autel de luxure, me viennent ces vers de joie et d’allégresse :

Frères humains qui après nous vivez

N'ayez les coeurs contre nous endurciz,

(…)

Quant de la chair, que trop avons nourrie,

Elle est pieça devoree et pourrie,

Et nous les os, devenons cendre et pouldre

(…)

La pluye nous a débuez et lavez,

Et le soleil desséchez et noirciz:

Pies, corbeaulx nous ont les yeulx cavez

Et arraché la barbe et les sourciz.

Jamais nul temps nous ne sommes assis;

(…)

Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!

 

Et ce calice, je le bus jusqu’à la lie et en retirai plaisir nullement coupable.

 

(1) : Achète toi une carte Michelin ! (et va à pied à Saint-Léger, celui qui comprend cette allusion là est aussi tordu que moi !). Locution à utiliser quand on est un pneu bourré.

(2) Lourdaud, Ciao ! Signifie quand tu auras rangé ta chambre, tu feras la vaisselle puis tu iras rejointoyer le mur parce que c’est à son pied qu’on reconnait le maçon 

(3) Tu salueras Maurice de ma part. Ne veut rien dire mais on s’en fout. 

(4) Anne aime les fricassées à l’anis. Et à l’anis Maurice cède !

P4300055J'en reste médusé...

 

Amis des belles lettres et des langues mortes, bonsoir.

Gardiens de la culture et du bon goût de nos ancêtres, pardonnez ma potacherie.

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Published by le rustre - dans Chroniques rustiques
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commentaires

Go6s 12/07/2010 20:35



Du grand Art !



le rustre 14/07/2010 15:50



Bof, pas la photo de méduse en tout cas, elle est floue. Et ce n'est pas voulu. A ma décharge, je ne possède pas beaucoup de photos de méduses...


 



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