Lundi 10 octobre 1 10 /10 /Oct 06:55

Chers amis et voisins, Mesdames et messieurs, Mesdemoiselles les emmerdeuses féministes, boulangers et michetonneuses, cher Alessio. Et aux autres grosses merdes avachies de traders de mes deux.

Quand je suis arrivé au bistrot ce matin, il y avait un drôle de truc qui flottait dans l’air, dans le genre palpable comme un nichon de Scarlett Johansson. C’était la fragrance envoutante du pavé dans la gueule. Un doux parfum de ras-le-bol et de révolution. Le Grand Tour de Copernic. Vas-y, Saturne en rond ! Montre moi ton orbite histoire de faire grimper le mercure au mois de mars. L’orbite, j’ai dit, pas l’Uranus ! Jupiler, Pluto et Venise, c’est le système scolaire. Bon et pour Neptune, j’ai rien trouvé. Pour mieux, vous n’avez qu’à demander à des rigolos salariés. Y en a plein les radios qui sont payés à lire le journal en buvant un café avec des potes et à répéter 100 fois que Maurane a écrit « va te faire enculer » sur twitter. Tu vas voir si moi je ne sais pas dire « enculé ».

Ca va ? Vous la sentez là ma mauvaise humeur bande d’enculés ?

La porte de la « Renaissance » à peine poussée, j’avais senti mon Roger chaud boulette comme pas permis.

Arc-boutés sur le comptoir, manifestement bien décidés à freiner le mouvement du globe terrestre de leur masse inerte, les trois plus beaux spécimens parmi les habitués du bistrot faisaient tourner le monde brassicole brésilien et la Sainte obédience monastique brassicole. T’avais Maurice, Robert et Bernard. Les mousquetaires de la bibine. Le triumverrat de la roteuse.

Maurice avec sa casquette Aldi vissée éternellement sur sa tête, de peur que ses rares idées s’envolent peut-être.

Une casquette cependant moins éternelle que sa doudoune, portée été comme hiver, fermée jusqu’au cou, même après 15 chopes en milieu d’après-midi. Maurice avec son air éteint de bougie soufflée. Maurice et sa perruque sur la langue. Maurice qu’avait été un type qui avait tout fait, tout vu, tout vécu, dans un autre temps ou une autre dimension, on sait pas, mais qui prenait un repos bien mérité, depuis 20 ans au moins, à regarder la vie passer sans l’atteindre. Maurice seul comme un mort dans l’existence, célibataire pour toujours. Tu m’étonnes John.

Robert, le gros Robert, avec sa pupille grise délavée vissée au fond de son regard vicieux de verrat affamé. Un regard effrayant, fou, à te chier dessus quand tu le croisais au soir d’une kermesse à pisser à la lune. Il y avait toujours une lueur de présence humaine à un moment de la journée chez cet homme-là. Mais Robert, y te carburait à la Chimay blanche et à la Rochefort 10°, alors au plus son verre se remplissait, au plus son regard se vidait.

Robert, chauve, adipeux, tout plissé, qui gardait son verre comme un Moai qui veille sur les côtes de l’île de Pâques. Hiératique, silencieux.

Après ses dix verres (ce qui correspond tout de même, mazette, à trois litres de bière à 8-10°) il commençait à te faire chier avec ses histoires de foot, ses airs d’importance, sa légende dorée, répétée quasi chaque jour, avariée depuis dix ans. Robert « tenait » une pute à Charleroi. Robert était un homme influent. Robert tenait la commune, les échevins, le bourgmestre à sa pogne, le roi, le pape aussi. Bart De Wever lui-même chiait dans son froc au point de vouloir apprendre le Wallon et militer au FDF quand il entendait parler de Robert. A ce moment là, tu devais songer à renvoyer doucement Robert vers la sortie, parce qu’à 15 verres généralement, il s’écroulait, comme ça, d’un coup, comme une grosse fiente sur le pavé du bistrot et t’étais bon pour nettoyer le sang après parce que ce con là se débrouillait toujours pour s’ouvrir le crâne. Alors, tu devais téléphoner aux flics ou pire, à sa pauvre vieille mère qui rappliquait en chialant pour le raccompagner.

Et puis tu avais Bernard, Alias Boubiet-mopette ou encore l’ewaré avou s’ mobylette. Vous le connaissez surement, sous un autre nom peut-être, mais vous le connaissez, sûr !

Avec son jogging qui lui reste enfoncé dans la raie quand il se gratte le cul et surtout son casque de mobylette, une boule rouge crasseuse avec une visière comme sur un képi. Inamovible le casque, qu’il boive un coup, fasse ses courses, ou regarde la prestation des « vî pétés coyons » en concert à la kermesse de Saint Roch en plein mois d’août, sous chapiteau et par 40° à l’ombre.

Bernard, sans âge mais fripé comme une mandarine oubliée dans le fruitier depuis la disparition d’Homo erectus. Bernard, tellement petit derrière le comptoir, tellement maigre que son casque en paraitrait même plus gros. Bernard, aigre comme un cornichon, en rébellion contre tout, surtout contre le temps et les saisons qu’existaient plus, les salauds de politicards qui faisaient des études pour être aussi pourris, les cons du journal qu’étaient tellement vendus ,que même aux soldes chez MAKRO, ils n’en avaient plus.

Trois pièces d’hommes ces gars-là. Roger, mon cousin qui tient le troquet, il les appelle ses chèques vacances, vu ce qu’ils claquent en pognon chaque année.

P8140249Accoudés au comptoir, les mecs ne commandaient jamais de café noir...

 

Sincèrement, j’aime bien aller voir les potes au bistrot. Mais quand je vois ces trois lascars accrochés à leur chope comme des patelles à un rocher à marée basse, ma journée se termine sans commencer. Tu peux être sûr que terminée leur phase initiale de recueillement, quelle que soit la conversation, ils vont finir par intervenir et te sortir des conneries à la chaine, sans aucun espoir de délocalisation de la chaine de montage en Europe de l’Est.

Tu as le gros Robert qui va te faire chier avec ses putes et son foot. Tu as le boubiet qui croit réellement que l’homme fouille l’espace intersidéral pour explorer un jour une grosse bouteille de Jupiler ou fouler du pied une barre chocolatée. Et puis tu as Maurice évidemment qui finira invariablement par répéter 100 fois en rotant de la bière qu’il l’avait bien dit. Dit Quoi ? Personne n’en sait jamais rien, lui le premier. Entre ces trois là, je perds espoir en nos capacités d’affronter les défis du futur en tant que civilisation. J’ai bien essayé de motiver leurs parents. Je me suis renseigné un peu partout. Le code pénal est formel : vu que ces gars là tournent autour des cinquante piges, c’est mal barré pour envisager l’avortement.

Ces trois là, on les aurait mis sur le coup des mineurs Chiliens, les mecs étaient toujours à creuser du côté de Pékin aujourd’hui. Cons comme eux, c’est plus une tare, c’est une attraction.

Malgré les recherches récentes, j’ai encore des doutes sur la réalité d’un croisement entre Homo sapiens et Néanderthal. Entre l’homme et le demi-kilo d’américain préparé par contre, je suis convaincu.

Puis tu avais Manu, la serveuse. Une vraie blonde, Manu, enfin, si tu ne tiens pas compte des 15 cm de cheveux noirs sous le fantôme de sa dernière colo. Puis tu avais aussi Monsieur Lequeu, retraité de l’administration, ex Haut fonctionnaire pas si haut que ça mais qui en savait quand même un brin sur les signes avant-coureurs de la fin du monde qui ne manquaient pas de marquer notre civilisation en perdition.

Et puis, il y avait moi. De très méchante humeur. Très très méchante même. Pour vous dire, rien qu’en voyant la gueule sidérale du Gros Robert, j’avais des envies de la lui éclater sur le comptoir s’il commençait à me casser les couilles avec ses histoires d’homme influent des cercles fermés des arcanes du pouvoir occulte. Enculé celui-là ! Hé, tu vois, je sais le dire hein enculé ! A sec, sans élan et avec une pomme d’épicéa bien ouverte si ça te plait.

Soupirant profondément, j’adressai un « ça va les gars » à la cantonade. Les trois mousquetaires n’étaient pas encore mûrs, il n’y eut que du silence pour monter de leur trio d’enculés (et hop, encore une fois !)

Avisant Roger, je lui lançai un viril « Tu me mets un Orval mon gros ? ».

La réponse cingla comme une taloche dans la gueule, verte et pourtant bien mûre : « Dix Miyaaaarrrrrds ! »

-Hein ?

-Dix miyards ! C’est ce que le gouvernement qu’existe même pas encore doit économiser l’année prochaine. Et devine c’est dans les poches de qui qu’on va encore aller chercher ? Hein ?

-Certes, mais…

-Teu teu teu… Tu vas encore dire que je suis un poujadisss. Mais y en a marre de donner des miyââârrrrrrs, tout ça pour que les gros des banques et les pourris spéculateurs et les salopards d’actionnaires et toute cette clique de suceurs de mes deux s’en foutent plein les fouilles ! Non mais, t’as vu le trader sur la BBC là ? C’t’enculé qui avoue froidement que tout ce qui l’intéresse, c’est le pognon ? Et t’inquiètes pas, les actionnaires, c’est pas demain qu’ils auront des fins de mois difficiles. Et les salopards sans âme qui travaillent dans les agences de notation ? Tu crois qu’ils dorment la nuit après avoir gentiment dévaluer la note d’un pays en foutant le peuple dans la merde ? Tu le crois ?

-Ben, ne pas avoir d’âme doit les aider à dormir, en effet.

- Et l’autre parvenu là, le Reynders qui nous a retourné les poches pour sauver les banques belges, les banques hein, pas les gens. Et qui revient 3 ans après pour re-sauver Dexia encore un coup . Et tu crois qu’il va falloir les sauver combien de fois les banques ? Tout ça avec le fric qu’on me pompe pour pas que je puisse investir dans le lieu de perdition où tu viens boire ta chope ! Et ils parlent seulement de réfléchir à des mesures d’austérité. Ben mon gars, qu’est-ce qu’on va prendre dans la gueule ! Ces cons-là, ça fait des années qu’ils nous mettent plus bas que terre pour soi-disant sauver l’économie, les petits épargnants, les emplois. Mon cul oui ! Et ça fait des années qu’ils se touchent leurs petits zizis en se demandant si peut-être on ne devrait pas faire quelque chose pour taxer les spéculateurs, les mecs qui se tapent des hausses de salaire de 500 % alors que l’ouvrier ou l’employé belge, s’il voit une indexation de 0,3 %, il peut s’estimer heureux. Bande de pourris ! C’est todi les pu p’tits qu’on spratch !

-Oui Roger mais… euh… Manu, tu pourrais pas nous mettre le juke-box ? Un truc épique tu vois ? Un truc qui irait bien sur un discours historique, Genre Moïse qui parle à son peuple ou De Gaulle qui cause à ses veaux…

-OK… Ca ?

« Debout, les damnés de la teeeerreuh… »

-Euh… Manu, peut-être pas à ce point là. Je voyais plutôt un homme, un héros debout, les cheveux aux vents dans la lande qui harangue une multitude fière et dressée, tu vois…

 

-Euh… oui, si on veut, ça ira. Bon les gens, vous écoutez Michel pendant que j’cause OK ?

Roger, ton indignation est digne et justifiée, et ceux qui la diront poujadiste feraient bien de travailler leur souplesse pour aller s’examiner le trou du cul mais…

L’homme est un loup pour l’homme. C’est dans sa nature te diront les plus hypocrites des réactionnaires conservateurs (si si c’est possible !) qui prétendent incarner la pensée nouvelle. Et ton discours sera qualifié de niais, gauchiste.

On te dira que le capitalisme et son cousin le libéralisme qui lui permet de s’exprimer… Surtout ne va pas les confondre ces deux là. Ouh là là, tu irais à la fâcherie avec Charles Michel. Et il aurait raison : pour qu’une bande de malfrats soit efficace, il faut des crapules aux profils complémentaires. On te dira que le capitalisme est le seul système qui marche, qu’il est naturel à l’homme depuis la nuit des temps. Et ces « on » auront raison. Depuis le néolithique, depuis que l’homme produit des biens et les accumule, la soif de puissance et de richesses qui sont les mamelles de l’inégalité sociale dirigent la civilisation. Et au travers des âges, cette soif a mené le monde entrainant certes des progrès dans le bien-être, mais surtout asseyant définitivement le clivage entre riches et pauvres, entre nantis et sans le sou. Si tu parles à ces gens-là d’alternatives qu’auras-tu à leur opposer ? L’anarchie, la religion ? Pire : le communisme ? Ils te riront au nez et te marqueront du sceau inique de la pensée unique, arguant des réussites très mitigées du point de vue des égalités et du bonheur des peuples de Staline, Mao, Castro, Elio. Ils auront beau jeu de te faire remarquer que la nature profonde de l’homme a dévoyé les idées généreuses tant de Jésus que de Karl. Et qu’au final, on en revient au seul système économique viable : le capitalisme avec son cortège d’inégalités. Et je ne pourrai que les approuver : une révolution n’est jamais qu’un tour de manège qui te ramène à ton point de départ. Simplement, pendant le tour, des têtes sont tombées et d’autres ont pris pouvoir et richesses.

A cela Roger, je rétorquerai, fier et véhément, que nous sommes au 21ème siècle, que depuis le néolithique, cela fait plus de dix mille ans que nous nous tapons joyeusement sur la gueule pour toujours en revenir à notre point de départ : il y aura des faibles et des puissants et si tu es dans le premier lot, ferme ta gueule. Ne serait-il pas temps de s’asseoir et de réfléchir au moyen de trouver une autre voie ? Peut-être pas tellement différente mais comment dire… un peu moins hystérique et moins fondamentalement égoïste ? Ne serait-il pas temps de nous dire enfin homme et non plus animal ?

Sardou se tut et je pris une large rasade d’Orval. Même les mouches ne volaient plus, occupées à chier sur les murs. Manu et Roger faisaient semblant d’astiquer le zinc. Je regardai les trois lascars. Ils me fixaient d’un air absent. Maurice, bouche bée, laissait échapper un filet jaunâtre et gluant de bave mêlée de bière.

C’est le boubiet qui interrompit en premier le silence :

-Vous savez ce qui sera le plus dur quand y ziront sur mars ? D’enlever l’emballage pour marcher direct sur le chocolat.

Je me retournai vers Roger et prit un second Orval. Parce que vous savez le pire ? C’est que les négociateurs ne peuvent se décider à mettre le mois de juillet en septembre parce qu’il fait meilleur. Mais que fait, palsambleu, le gouvernement ?

Par le rustre - Publié dans : Chroniques rustiques - Communauté : Made in Belgium
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Commentaires

Juste excellent !

Commentaire n°1 posté par Giorgio le 10/10/2011 à 18h17

Merci Giorgio ! Ca me va droit au coeur. Je n'ai que peu de mérite. les trois jojos du bistrot, ils existent en vrai. Je n'ai presque rien inventé !

Réponse de le rustre le 12/10/2011 à 08h34

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  • angélique inflo juin 2010
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