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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 14:16

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D’abord je n’ai pas voulu participer à la session mensuelle des Vendredis du vin. Le sujet proposé par Michel Smith ne m’inspirait pas. « Le vin médecin de l’amour ».

La belle affaire. Mais après tout un médecin soigne, il ne guérit pas forcément. Que reste-t-il de la passion des débuts quand elle a été laminée par la vie. Par les tracas quotidiens, des trucs aussi primordiaux que la place des chaussures dans les briques de notre existence (dans le placard ou au milieu du salon ?), les moyens exceptionnels à mettre en œuvre pour payer les traites de la voiture, de la maison, de l’autre voiture, du prêt pour les travaux. Les enfants qu’après le boulot il faut laver, faire manger, exhorter d’aller au lit, mettre au lit, remettre au lit, re-remettre au lit. Puis il y a l’habitude, l’embonpoint, les déceptions mutuelles, les actes manqués…

Ils ne manquent pas les lieux communs béants comme des fosses, les détours, les raccourcis, les pièges, les fossés dans lesquels elle peut tomber la passion. Et quand elle part, reste-t-il de l’amour, ou juste de la routine ? Je ne vais pas vous mentir : on s’arrête rarement pour y penser. Secondaire face aux tracasseries de tout les jours. Les impondérables de l’empêchement de jouir. Pas de place pour le romantisme, ni même pour les regards en arrière.

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Sauf… que le mois de juillet approchant, l’été naissant nous gratifie enfin d’un peu de chaleur. Sauf qu’en Belgique, on appelle ça de la touffeur, cette chaleur moite, assommante, propice au glandage ombrageux, à moins que ce ne soit ombragé…

Sur la terrasse, dans le jour qui fini dans la tiédeur, les p’tits monstres au pieux, on s’affale pesamment, comme des veaux qui soupirent, heureux mais inconscients les saltimbocas en puissance, de ruminer la panse repue. L’air lourd lèche nos peaux, laissant un voile délicieusement frais de sueur, appel aux idées salaces quoique agréables. Un petit vent, du silence, une lumière de péché capital…

Wachnet 3

Dans nos verres nous mettons un peu de soleil.

 

Un Saussignac 2000 du Château Court-les-Mûts.

 

Il est plus jeune que nous deux. De deux ans. 1998, un été moite, chaud, un été passé à arpenter les berges de la Meuse, de jour comme de nuit. Un été de barbecues entre étudiants, de couchers de soleil encombrés de nuages d’insectes, de démangeaisons et de volupté. Un été de hautes herbes qui frottent les jambes, de pique-niques sur le Ninglinspô, de nuits étouffantes et tellement inoubliables, tellement légères pourtant, dans la soupente infernale qui nous servait d’appart. Un été d’insouciance, de vie avant la vie, de vie avant le travail, les traites, les enfants. Un été de matin du monde. Et tout cet été là, avec ses souvenirs qui me rongent le bide, est contenu dans ce verre,

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dans cette robe fantastique, si lumineuse comme ces soirées passées autour du feu à discuter de la coupe du monde et du monde lui-même, histoire d’améliorer sa sale tronche avec les étudiants français qui pouvaient encore compter jusqu’à trois. Une teinte entre le vieil Or et le cuivré. Le vin qui s’accroche aux parois en torrents gras et paresseux me donne un frisson en me ramenant à la lascivité et à la nonchalance qui s’étaient emparés de nous à ce moment là. Bon Dieu, que nous étions heureux, et beaux, et minces.

Dans ce nez si aromatique de rôti, de figues sèches, de raisins secs, de caramel, de miel, de cire, de chocolat, sans oublier quelques fleurs de bord de Meuse. Un nez gourmand, un nez d’excès, un nez d’étés d’enfance.

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Et dans cette bouche légère mais veloutée, moelleuse mais fraîche en finale. Paradoxe de l’équilibre, fragile, qui si on le dit sublime, peut sans doute s’évaporer le temps d’un regard.

Et toujours ces arômes qui font leur nid en bouche, longtemps, longtemps. Un air de vent aérien bien que chaud, j’imagine, dans le style image lourdement assénée. Des fruit secs et confits, datte, figue, orange confite, caramel, melon mûr, miel. Fruité, léger, gouteux.

crépuscule

Pour terminer, café et caramel sur 20 secondes.

Et puis l’addition. Des souvenirs qui passent, des regards qui se croisent, un sourire, une complicité, une parenthèse dans la bataille. Finalement pas cher payé, même si c’est le genre de médecine non conventionnée que la sécu a du mal à rembourser. Radasses ! Hygiénistes !

En attendant… nous parlons.

 

 

 

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