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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 10:45

grappe chasselas chez moi 1Au milieu du fatras que constitue cette chose appelée blog, je voudrais écrire, un peu, modestement, discrètement sur le vin. Pas que j’en sois un grand spécialiste ni que je sois un dégustateur hors pair. Au contraire, ça m’impressionne plutôt. En plus, il faut avoir un point de départ. Je ne vois pas bien l’intérêt de partager mes émotions sur les vins que je rencontre si le lecteur ne nous connait pas moi et mes goûts. Si vous en avez le courage, vous allez donc pouvoir vous farcir quelques textes introductifs un peu longs.

Bon, je sais ce que vous allez médire. Encore un blog pinardier de plus, encore un de ces téteurs de goulot qui va essayer de nous faire croire que son penchant pour la bibine est très esthétique et que l’aboutissement de la civilisation avec un grand C, c’est un verre de rouge. Oui mais pas n’importe lequel, un rouge à 70 euros la boutanche, euh le flacon (ça fait plus homme du monde), issu du labeur d’un vigneron artiste qui travaille en biodynamie dans le respect de l’équilibre de la vibration astrale et produit des nectars tendus qui puisent dans les profondeurs intimes du terroir, une minéralité juteuse et digeste. Ouf ! Bon, OK, je caricature un peu, juste un peu. Beaucoup ? Allez donc lire un ou deux numéros de la rvf.  Trouvez par exemple le numéro de janvier 2010 avec l’interview d’Anne-Claude Leflaive (page 8). Revenez ensuite me dire que le monde des amateurs pointus de vins n’est PAS DU TOUT comme ça. Allez… Bon, vous êtes revenu ? C’est quand même un peu comme ça non ? Que Dieu me tartalutte et qu’il me garde de ça. Je fréquente pas mal les fora vins et j’y côtoie des gens charmants, intelligents, drôles, passionnés et passionnants et pourtant… Je me sens étranger à ce monde là. Un monde de verticales et d’horizontales à n’en plus finir, de listes de vins prestigieux de repas épiques dans des restos étoilés, de coupage de cheveux en quatre, non, en huit, pour savoir si le vin de truc muche est juste tendu ou alors franchement minéral, à moins qu’il soit juteux et digeste. En fait, je n’ose même pas dire à ma femme, à ma famille, à mes amis que je fréquente ce milieu passionné. Je ne sais pas, c’est comme si je trahissais mes origines.

Il faut bien comprendre d’où je viens : d’une famille de bons vivants aimant les produits goûteux mais pas friquée pour un sou et dépourvue de la moindre once de distinction. Mon père a eu la chance de parcourir l’Europe et même le monde : Bretagne, Corse, Provence, Italie, Congo, Papouasie… Fait aggravant, il était plongeur (pas dans un resto, dans la mer hé banane !), ce qui n’incite pas à l’ascétisme. Il a parcouru la France dans ses moindres recoins à une époque où le terroir n’avait pas encore la même valeur qu’à présent et où on trouvait encore des restos, des gargotes, et des vins merveilleux mais à petit prix et sans prise de tête (je vous rassure de telles merveilles existent encore).

Et puis issu d’un milieu modeste, il n’était pas difficile. La bonne affaire c’était le vin de Bergerac en vrac à 2 euros le litre, et encore aujourd’hui, il s’en contente comme vin de tous les jours. Pour lui, un vin à 10 euros (genre Mouton-cadet, un must du vin qui a un «  nom », sans le goût qui devrait aller avec) c’est un vin de nanti qui ne se refuse rien, la preuve c’est que le Docteur en a en cave.

J’ai donc été élevé et formé dans un savant mélange d’amour des bonnes choses qui venaient de la terre et de refus de ce qui était trop cher, trop complexe, trop ampoulé. Le vin à table ne devait pas être exceptionnel, il devait se contenter d’être bon (et la notion de bon est relative, aujourd’hui je dirais juste buvable) et de couler à flot. D’ailleurs chez nous, on préférait la bière : tout en étant (mais moins que le vin) un produit de « terroir », elle n’était pas chère, abondante, festive et sans chichis. Je me souviens d’agapes à l’Orval, mes petits amis…

Les enfants grandissent et ont parfois plus de moyens pécuniaires que leurs parents, même s’ils restent modestes… mais il reste toujours une grosse trace d’enfance collée aux santiags pas vrai ? Si j’ai évolué, découvert les entrées de caves de vignerons, quitté les grandes surfaces pour pousser la porte des cavistes, et encavé des vins dont le prix ferait frémir mon père s’il savait ; si je me suis mis, non plus seulement à boire, mais aussi à déguster le vin, comme un de ces « grandiveux » qu’abhorre mon père, en fourrant mon pif dans des verres plus grand que lui (mon pif, pas mon père), et en émettant des slrrp et des frchhht en buvant, j’ai un peu honte de cette passion et de son folklore parfois un peu péteux.

Mon monde de la gastronomie et du vin reste en partie celui de mon père. Je suis marqué à jamais par ces fermes du sud-ouest où on mangeait le foie gras pour trois francs six sous (dans une assiette ébréchée et avec des poules courant dans vos pattes, certes), par un repas de tripes à la Corse sur une terrasse dans le maquis, au pied d’un torrent de montagne avec les charcuteries et le vin qui fleurait bon la garrigue à flots, par la soupe de poissons « frais pêchés » dans la baie de Calvi, mangée en racontant des cracs jusqu’à pas d’heure sur la jetée de la station de Stareso, par des omelettes au lard au signal de Botrange après une équipée fagnarde au jour pointant… Vous voyez le genre ?

Ensuite, je me suis mis à randonner le long du GR 5. Les premiers vrais vins de terroir que j’ai croisé, c’était les gris de Vic-sur-Seilles et de Toul accompagnés de potée Lorraine. Ensuite ça a été les fermes-auberges vosgiennes… Comment voulez-vous que je m’en sorte ?

Alors bon, quand je feuillette un numéro de la RVF, quand je lis les comptes-rendus de François Audouze sur le net, les diners ou les dégustations emplis de bouteilles que je ne pourrais jamais me payer…  Pire, en parcourant le web vinique, j’ai découvert que le « sommet » du monde du vin, ses crus classés, ses cuvées d’auteur impayables et rares étaient peut-être le point ultime du goût et du raffinement, que les restos étoilés étaient probablement les lieux ultimes de la complexité culinaire, mais qu’ils étaient en dehors de la portée de ma bourse et que surtout, je m’en passe très bien. Ma devise n’est pas « mes goûts sont simples, je me contente du meilleur » mais « mes goûts sont simples, je me contente de ce qui me plaît ».   




 

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Published by lerustre.over-blog.com - dans Du pinard dans les veines
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Iris 20/03/2010 09:30


belle présentatiom, qui campe bien le cadre de ce qui, j'espère, va suivre:-) - bonne continuation!


enzo d'aviolo 02/03/2010 14:15


j'adore et me retrouve aussi en partie dans ton constat, celui d'une passion futile et pourtant intense en terme d'amitié qu'elle peut procurer, si et seulement si l'on déconnecte de l'aspect
ampoulé développé par nombre d'acteurs de ce milieu de passionnés.


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