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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 07:30

 

En Belgique, la place des produits du terroir dans l’identité régionale et l’imaginaire collectif n’est pas la même qu’en France : moins de produits, quasi pas d’AOC.

 

Soit que ce ne fut jamais le cas, soit que, plus probablement, ils aient disparu avec le temps. Dans le Pays de Herve d’où je suis originaire par exemple, on ne connaît plus que le célèbre fromage odorant appelé "remoudou". Pourtant encore au début du siècle précédent, il y avait d’autres fromages typiques dans le Pays de Herve, il y avait le célèbre "puant" dont le remoudou n’était qu’une variante mais aussi des fromages à pâte dure (notamment parfumés aux herbes).

 

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Traite des vache à Tchernobyl. "Tu vas voir, mon remoudou va illuminer tes nuits"

 

 

Malgré tout, quand j’étais gosse, il y avait encore de nombreuses fermes qui produisaient et vendaient directement au passant leur Herve, leur maquée (fromage frais), leur beurre et puis les œufs, le lait. Je me souviens encore de ces visites à la ferme Cloose avec ma grand-mère (vous ai-je déjà parler de ma grand-mère ?) qui habitait à l’autre bout de mon village. Mes grands-parents étaient nés au début du siècle précédent et avaient été fermiers. Par contre mes parents, natifs des années 30, n’avaient déjà plus cette habitude d’aller à la ferme. Par contre comme beaucoup de villageois, ils "faisaient" encore leurs propres poulets, qu’on abattait et plumait à la maison et à l’occasion, le sirop de Liège, obtenu après longue cuisson d’un jus de pommes et de poires.

 

Je vous parle d’un temps pas si lointain, les années 1980. Si si, les mêmes années que Jeanne Mas, village people, U2 du temps de leur splendeur etc… Mais petit à petit, ces choses là ont disparu ou sont devenues anecdotiques. Ce n’était pas une source de revenu énorme pour les fermiers qui au long des années, entre 1950 et aujourd'hui, se tournaient vers toujours plus de productivisme, plus d’Ha, plus de grosses machines, plus de bêtes.

 

On n’avait plus le temps de faire de la maquée. Tout partait vers la laiterie, avec toujours moins de laiteries mais plus grosses et plus lointaines. Rendement et efficacité obligent, d’intermédiaire en intermédiaire, les centrales d’achat naissaient. On en est arrivé aujourd’hui à une situation extrême où la chaîne qui relie le producteur au consommateur n'est plus une chaîne mais un sablier. Aux deux extrémités larges, il y a les consommateurs et les producteurs. Entre les deux, une ribambelle d’intermédiaires et au point le plus étroit du sablier, il y a quelques centrales d’achats et grands distributeurs (une vingtaine en Europe).

 

Les producteurs sont coincés par des prix payés de plus en plus bas alors que le prix de revient, lui, ne peut pas être diminué éternellement. Et puis, il y a autre chose : le producteur ne produit pas pour produire mais pour faire vivre sa famille.

 

L’autre grande "évolution" fut celle de l’hygiénisme, de la recherche mythique du risque zéro, du principe de précaution. Avec les grands scandales de la dioxine dans les poulets, de la vache à prions, la Belgique, un peu secouée politiquement (c'est un euphémisme volontaire, les remous furent tellement importants surtout en Flandre pour le CVP, que les vagues de cette affaires mouillent encore nos problèmes politiques actuels), a décidé de réagir, comme d’autres pays. Elle a créé l’AFSCA.

 

 Ouahhhh, l’Agence Fédérale de Sécurité de la Chaîne Alimentaire. Pas de doute, avec un nom pareil, on fait dans le sérieux, dans le Scully/Mulder de la rillette tradition ou bien dans une version campagnarde des experts à New-York, les experts au Pays du Boudin/camembert. Un membre de cette belle agence me confia un jour : "on fait juste notre boulot, mais je dois dire que j’ai des collègues un peu gestapo sur les bords..."

 

P4260166Les agents de l'AFSCA surprennent Raoul l'Hagard d'Erre en train d'uriner dans sa baratte à beurre. "Oui mais c'est ça qui donne le goût" réplique Raoul. (in  : Anne de Joyeuse qui aimait les valseuses dépasse les burnes, Edition des Barakis réunis).

 

 

Très vite, l’AFSCA est devenue la bête noire des petits producteurs. Au début, essentiellement parce que l’agence répondait à des problèmes surgissant dans ce qu’il convient d’appeler l’agriculture industrielle et pas de petits producteurs de terroir. L’aspect tatillon et bureaucratique des législations et l’aspect "on sait que vous mentez et que vous êtes un vilain tricheur" des inspections créaient la panique chez les producteurs de produits du terroir. On imposait aux producteurs, quelle que soit la taille de leur exploitation, les mêmes règlementations basées sur les moyens à mettre en œuvre.

 

Travaillez à telle température. Nettoyez avec tel produit. Utilisez tel carrelage et tel joint étanche… Pire, la marque du carrelage changeait tous les deux ans… Bon, j’exagère, mais à peine (en fait je rapporte des propos de producteurs). En 2006, l’AFSCA a assoupli les règles concernant le petits producteurs qui désormais, ont une obligation de résultats et plus de moyens.

 

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"Nous afons les moyens de fous faire parler Tocteur Jones... Fotre étiquettage est-il Hô Normes ? " extrait de Indianna Jones contre l'AFSCA, 2008.

 

Mais il était fort tard : non seulement, de nombreux petits producteurs qui pratiquaient encore la vente directe avaient mis la clé sous le paillasson, les investissements n’étant pas justifiés par la rentabilité de la vente directe, mais en plus, le réputation de l’AFSCA était gravée dans l’airain de l’esprit fermier parfois, il est vrai, un peu buté. Pourtant, je me demande si on n’atteint pas petit à petit un équilibre entre le besoin légitime d’hygiène minimale et de traçabilité et le droit à l’existence des produits qui ont la gueule de l’endroit où ils sont nés. Il y a encore du boulot, mais il faut être optimiste.

 

Ces deux phénomènes touchant les producteurs n’étaient finalement que deux facettes de mutations plus importantes qui touchaient la société. Après la seconde guerre mondiale, un des buts majeurs des civilisations occidentales a été d’assurer l’abondance alimentaire à leurs citoyens (les leurs, hein, des blancs d’Europe ou d’Amérique quoi, parce que les autres hein… bon déjà qu’ils ont eu le toupet de se décoloniser, tu voudrais pas en plus qu’ils mangent à leur faim ?).

 

Et on y est arrivé. Enfin presque… Disons qu’on produit assez pour nourrir tous les occidentaux. De là à dire que tous les occidentaux mangent à leur faim… Bon il y en a quelques uns dans la rue, sur des bancs... je sais pas mais enfin, sinon, quand même, en Europe on bouffe à sa faim, même les pauvres. Ils mangent, mal, mais ils mangent.

 

Mais bon, quand même, ces salauds de pauvres, ils le veulent aussi hein… Quand tu vois les saloperies que ça avale un pauvre et le pinard à 30 cts que ça ingurgite… tu le crois pas. C’est qu’ils sont paresseux les bougres, ça doit être pour ça qu’ils sont pauvres d’ailleurs.

 

Hein ? C’est pas forcément de leur faute ? Ah bon ? Ben non, je ne vois pas, non …

 

Non, je dis que les pauvres ils mangent mal parce qu’ils ne font qu’aller à la facilité et pis c’est tout. Quand je les vois siphonner des pizzas surgelées, des frites congelées, des zamburgers gras, des carapils, de la Villageoise par hectolitres (ah ben oui, parce qu’un pauvre ça ne taste pas monsieur, ça picole !) et des fricandelles que tu sais même pas ce qu’il y a dedans (enfin si on sait, mais on le dit pas hein…), et ben ça me débecte…

 

Ah les salauds ! pourraient faire un effort et faire vivre nos terroirs les pauvres, merde ! Faut pas rigoler quand même, une omelette aux truffes, ça prend quand même pas plus de temps à faire que réchauffer une pizza. Et tartiner du pâté d’abats de yack putréfié, ça ne foule pas plus le coude que de se faire un sandwich rillettes/foie gras. Faut pas déconner quand même…

 

Non, j’en parlais encore avec des potes de gauche amateurs de vin l’autre jour, les pauvres ont mauvais goût et voilà tout. Tu ne réussiras jamais à leur mettre en tête que les bibines qu’ils s’envoient sont trop chères par rapport à ce qu’elles sont dégueulasses et qu’ils feraient mieux, quitte à boire des jaja du Languedoc, d’opter pour une bonne Grange des pères ou une bouteille de Montcalmes… Fermons la parenthèse…

 

Et donc, l’Occident produit suffisamment pour ne plus jamais crever de faim et ce qu’il ne produit pas sur ses terres, il le produit sur les terres des autres et/ou le pique (enfin l’achète une misère on va dire).

 

Les autres, dans ce cas, étant ces salauds de pauvres du tiers-monde. Ces mecs-là voudraient nous faire croire qu’ils sont pas bien dans leur peau, parce que soit disant, ils l’ont plus souvent sur les os qu’à leur tour... la peau. Hé faut arrêter les mecs hein!  Je le vois bien moi que les bananes, le café, le tabac, les beaux meubles de mon jardin, le chocolat, mes supers maillots moule-burnes pour avoir bien chaud en hiver et tous ces autres produits de première nécessité qui grèvent honteusement mon maigre budget, ça vient de chez vous… Alors me dites pas que…

 

Comment ça je suis à côté de la plaque ? Ah bon…

 

Et donc, l’occident a inventé l’agro-industrie alimentaire (foin de parenthèses, allons droit au but mes gens, à moins que ce ne soit l'industrie agro-alimentaire ou agri-élémentaire, ou agri et les menteurs ?). Là.

 

A quel prix ? on s’en fout.

 

Enfin, non, mais oui quand même.

 

Bon les bretons n’ont plus besoin d’acheter des petites boules roses d’engrais pour le potager, il leur suffit d’arroser avec l’eau de leur puits. Des tomates de 20 kg qu’ils obtiennent. Bon, problème, il faut une échelle pour cueillir les artichauts, mais bon… Ah oui quand même… Une échelle mon bon monsieur ! Et je ne vous parle pas des asperges. Les arbres sont tellement hauts que les bocaux cassent quand il y a du vent...

 

Bon, les poulets refilent leur grippe aux éleveurs et aux cochons d’Inde à moins que ce ne soit aux Gerbilles sauteuses mexicaines.. Mais bon… Suffit de canarder les oiseaux migrateurs qui viennent de tous ces pays de sauvages hein, au moins ça canalisera l’agressivité de tous les cons armés à casquette.

 

En Belgique, les agents de l’AFSCA ont eu le plaisir de faire fermer les poulaillers des particuliers et des pros, fini les parcours en plein air, dans ta cagette poulette, les silos, les granges, de faire arracher les nids d’hirondelles des étables (cas véridiques même si pas tous aboutis, faut pas pousser bobonne dans les orties).

 

Hé, parce qu’on a frôlé la catastrophe hein avec la grippe aviaire ! Pan ! des mies de pain oui…

 

Hé mais t’imagines toi, tous les oiseaux migrateurs (berk, migrateurs en plus. Z’ont une carte de séjour ?) qui te ramèneraient la grippe aviaire asiatique d’Afrique ?

 

Bon, peu de gens ont lu l’avertissement diffusé par NATAGORA, à moins que ce ne fût la LRBPO, je ne sais plus, qui expliquait que effectivement des palmipèdes sauvages avaient été contaminés sur des lacs en Afrique… Bon des lacs où on pratiquait la pisciculture et où on nourrissait les poissons avec de la farine… de poulets chinois… Mais bon, on va pas s’arrêter aux détails hein.

 

Flinguez les moineaux, virez les noirs et les sans-papiers, achetez des marques, c’est la sûreté, rentrez chez vous et allumez la téloche et surtout, faites vous vacciner contre la grippe cet automne nom d’un chien. On vous les fera au rab, on a des stocks…

 

Bref, on mange à notre faim mais on a peur, dangereusement peur. Les gosses d’agriculteurs ont une fâcheuse tendance avec l’âge à choper des gesticules comme des ballons de foot, les abeilles et les papillons, ben y a plus, faut aller au parc Paradisio pour en voir. Faut manger 5 légumes par jour, mais bon pas trop de chaque hein, sinon toi aussi tu deviendras fournisseur officiel de la Coupe du Monde avec tes valseuses. Bonne nouvelle par contre, on va sauver la sécurité sociale. Plus besoin de médocs (c’est le négoce bordelais qui va pas rigoler), il suffit de manger du bœuf, du porc et du poulet et pan, plus jamais malade. Il paraît même de Glaxo Smith Kline va remplacer ses labos par des élevages de poulets, c’est dire…

 

Le pire, c’est que des infos comme ça, on ne peut pas faire un mois sans s’en prendre une dans la gueule. Mais chacun le sait, tout ça c’est de la désinformation, du raccourci facile, du poujadisme. C’est rien que de faire le lit des lobbys écolos avec du foin. Hé gars, la Lysteria c’est dans les munsters au lait cru qu’il faut la rechercher, jamais au grand jamais on en a trouvé dans des usines toutes prop’ bien plus blanc que blanc de grandes marques de yaourts très connues hein…

 

Et puis, l’alimentaire, on y pense et puis on oublie. Un peu comme Haïti, le tiers-monde, le SIDA… C’est vrai qu’on est noyé d’informations à la télé, sur le net. Le Tour va chasser la Coupe, l’écran plat n’est plus assez grand, des débats d’idées passionnants et primordiaux s’offrent chaque jour à notre sagacité : Comment va finir Lost ? Freud était-il vraiment un gros dégueulasse ? Anelka va-t-il épouser Roselyne ? Qui va être « clashé » samedi prochain sur France 2 ?

 

Le monde de ceux qui disent qu’ils pensent a quand même du pain sur la planche

 

Vous voulez un scoop ? En Bretagne, les coureurs du tour de France ne carbureront qu’à l’eau, une fois n’est pas coutume, mais à l’eau de source seulement hein. 20 kg les tomates… 20 kg…

 

En attendant, dégât collatéral, cultiver ça coûte cher. Et en plus c’est pour nourrir soit des pauvres soit des gens qui se foutent de ce qu’il y a dans leur assiette tant que c’est pas cher. Gênant dès lors que cela coûte cher à produire, en engrais, en phytosanitaires, en carburant et en machines. En plus, de un, cultiver ça prend du temps, de deux les gens sont des pourris qui travaillent trop, alors peler leurs patates, laver leur salade, ils n’ont plus le temps. Alors il faut valoriser les produits, les manufacturer et ça l’agri, il n’a ni le temps ni les moyens, déjà qu’il n’a pas le temps d’aller chercher des clients. Et qu'en plus, tout ça, ça n'est pas son métier, enfin ça ne l'est plus.

 

Alors on confie ces métiers-là à d’autres qui transforment et qui vendent. Des intermédiaires qui ne font pas ça pour les beaux yeux de Germaine mais pour les pépettes. Et les pépettes, c’est l’affaire des trafiquants de fric, pas des producteurs ni même des industriels. Et les trafiquants de fric, ça concentre, ça délocalise, ça rentabilise, ça te travaille les marges, bref ça trafique le fric. Comme les prix consommateurs ne sont pas près de doubler, que les intermédiaires ne sont pas près de lâcher leur profit et que le producteur, c’est jamais qu’un paysan, c’est-à-dire, pour le consommateur moyen qui se nourrit de sa sueur (celle du paysan), même pas pour de rire, un suceur de subventions, un pollueur, un emmerdeur qui roule à moins de trente et qui ne craint personne en Massey-Fergusson, ben tout le monde, ou presque s’en fout et s’il y en a bien un qui doit pas moufter et être bien content qu’on le paie encore, c’est le producteur.

 

On chiale bien un peu quand il y en a un qui vient nous émouvoir l’Ardisson cynique, mais bon, c’est comme tout hein : passager.

 

Parce que qu’est ce qui est important après tout ? Ooooooh meeeerrrrde, suivez un peu, on vous l’a déjà dit : Lost, la dernière Wii, la dernière jupette de la blondasse qui a un nom de chaine d’hôtels pour trafiquants de fric…

 

Et donc que fait l’agriculteur ? S’il ne peut que difficilement rogner ses frais et charges et qu’il ne peut pas augmenter son prix ? Ben il augmente ses surfaces. Et il prend de plus grosses machines, des intrants plus efficaces ou en plus grosse quantité (mais au niveau légal, les quantités ça devient de plus en plus serré) et il s’endette. Et puis à un moment, il loue ses machines, et puis un jour, il devient un salarié, celui d’une entreprise agro-alimentaire. Du coup, il n’est plus un paysan. Tant pis pour lui, ses rêves, l’environnement, les paysages… Parce que là, ça commence juste à devenir rigolo mais on y reviendra dans un autre billet.

 

En attendant, ben comme tout le monde sait que de la merde, on en a jusqu’au cou, les politiques compris, ben l’agriculteur, pour vivre, il a des subventions. Des subventions pour tout, même pour planter des haies et creuser des mares, et laisser des jachères, pratiques que l’agriculteur dans son ancienne vie faisait volontiers parce qu’il y trouvait un intérêt économique mais qui sont devenues désuettes (mais malheureusement utiles à l’environnement) du fait des modes de production de maintenant, donc subsides…

 

Des subventions pour compenser ce qu’il gagnerait en plus s’il vendait directement ses produits à des clients qui paieraient plus chers… Mais le client, on l’a déjà dit, n’aime pas payer cher. Sans doute préfère-t-il payer des impôts pour subventionner la production des produits qu’il paie moins cher…

 

Nous mangeons de la merde à notre faim, et à pas cher. Mais il y a un prix à payer. On l’accepte ou pas. Il y a un prix pour la santé, un prix environnemental, un prix sociétal et pas des moindres. On se retrouve avec des campagnes où les blaireaux pelouse/clôture/round-up dont nous avons déjà parler pestent contre ces salauds de bourrins qui ont des bêtes qui puent.

 

Comment est-ce admis ? C’est quoi ces fermiers qui viennent encombrer nos routes dans nos campagnes en abreuvant leurs sillons, qui nous emmerdent avec leurs bruits et leurs odeurs disgracieuses ?

 

On se retrouve avec des gosses qui croient que les boîtes de lait poussent sur des arbres appelés rayonnages dans les super marchés mais qu’est-ce qu’on s’en fout. Ce n’est pas ça qui augmentera leur score sur la Wii… euh, je veux dire leur moyenne scolaire.

 

En mettant des intermédiaires entre le producteur et le consommateur, on brise un lien. Un lien important. Le lien à la terre. Le lien qui faisait que, étant donné le fait qu’on est un peu ce qu’on mange, on avait un peu la gueule de l’endroit où on vivait.

 

On en arrive à une situation tellement banale : alors qu’on cultive des patates dans les champs à côté de chez soi, les patates qu’on achète dans son carrouf préféré viennent de Pologne ou d’Ukraine…

 

Une fois ce lien brisé, une fois qu’on ne sait plus d’où vient ce qu’on mange, on est mal. Enfin, en vrai on le sait toujours d'où vient ce que l'on mange : du supermarché pardi ! On s’en fout que les légumes n’aient plus de goût. D’abord t’en connais toi des tomates qui ont du goût ? Ah bon ? ça a un goût une tomate ? Et des fraises en hiver ? J’en veux. Comment ça elles n'ont pas de goût ? M’en fous du goût, j’en veux. Toute façon, elles n’ont plus de goût en été non plus. Si tu veux un bon goût de fraise, achète des haribo, ou limite du "bojo nouvô". Hé la poire elle a une tache tonton ! Oui c’est pas grave, elle est bonne tu sais. Ah ben non alors, il est con le tonton, moi les poires de mon supermarché, elles sont tout’ prop’, sans taches. Oui mais les miennes, sont plus bio que bio, alors elles ont des taches… Rien à fout’, je veux pas de taches…

 

Et puis on en revient toujours au même point. On s’en fout que le poulet ait un goût de poulet ou un goût de brosse à chiottes ou un goût de cirage à pompes. Toute façon plus personne ou presque ne sait ce que ça goûte vraiment un poulet. L’important, c’est … 5 min au micro-ondes et pfiouuuu… La nouvelle star sur M6, hop !

 

Ca va encore plus loin à mon avis… Mais il n’engage que moi. En perdant ce lien alimentaire à notre sol, à nos racines, on perd le respect pour ce sol, pour ces racines. Et on se fout de ce qui peut lui arriver, tant que la prochaine porcherie industrielle n’est pas sous le vent, tant que c’est pas une discothèque qu’on bâti à côté de chez moi, vous pouvez bien pulvériser ce que vous voulez, abattre ce que vous voulez, construire ce que vous voulez tant qu’il n’y a pas de morceaux qui tombent sur mes pompes, on s’en fout, ce soir, on regarde les experts à la télé.

 

On s’éloigne d’un tas de choses, pas seulement des agriculteurs du coin et de leurs champs d’asperges. Mais aussi de ce qui faisait notre identité, à nous et rien qu’à nous. On a pris une autre identité, mais qui n’est pas vraiment nôtre et ça crée un vide. Et aura beau faire des "apéros saucisson-pinard" laïcs ou ce qu’on voudra, c’est pas ce qui nous rendra notre identité. Et évidemment, pâles copies de nous même autrefois, quand on croise des gens qui eux ont encore des valeurs (et peu importe la valeur de ces valeurs), une culture et qui le montrent avec fierté… ben on a un peu peur.

 

La preuve que ce lien à la terre qu'on nous a enlevé et que nous nous sommes volontiers laissé enlever nous est primordial ? C'est que quand vous avez du fric ou de la culture ou les deux, vous faites une cible marketing idéal (entre autres en matière de vin, mais pas seulement, loin de là), pour tous ceux qui vendent du terroir, de la minéralité, du bio, du nature, du "belgorigine", du lien aux pratiques bien connues des anciens comme les calendriers à Maria Thun et les ondes vibratoires des vins positivistes... Bon , j'avoue, je suis un peu de mauvaise foi. 

 

La moralité de cette histoire bien tristounette, pour cette fois en tout cas (les nombreux points de suspension montrent que je n'ai pas dis tout ce que j'avais sur le coeur), parce que j’en ai marre de scribouiller (il y a coupe du monde ce soir), je la tirerai du célèbre recueil poétal du philosophe orientique Ben Idn Ouiwii "Ouvre les yeux et écoute moi" :

 

"Le serpent qui se mord la queue ne doit pas s’étonner de se retrouver avec la tête dans le cul !"

 

 

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Published by le rustre - dans Chroniques rustiques
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hugues 02/07/2010 10:31



Deja qu'avec cette putain chaleur, j'ai mal dormi. Ton billet en plus, ca m'a achevé.


Heureusement ce soir, je vais voir mon petit fermier prefere qui est totalement a l'opposé de ce que tu décris. Et il me semble qu'il y en a de plus en plus que veulent re etablir ce lien que tu
mentionnes.



le rustre 02/07/2010 11:49



Oui, Hugues mais ça c'est le sujet de la semaine prochaine, enfin si je ne trouve pas d'autres carabistouilles à raconter d'ici là. Mais effectivement il y a des agriculteurs qui veulent rétablir
un lien direct avec le consommateur. Même en Belgique il y en a plein. De même, tous les consommateurs ne sont pas des abrutis... loin de là. Mais c'est pour la semaine prochaine.


Désolé si mes humeurs du moment sont assez maussades...


Edit : oui, enfin la semaine prochaine ou un peu après... on est en jullet quand même, le pastaga ça n'attend pas !



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