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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 16:06

 

Mise à jour : 29 avril 2010

 

Voilà un titre juste pour la rime parce que les insectes dont nous allons causer n’ont rien de féroce, bien au contraire.

Avec le retour du printemps et la montée des températures, les insectes, et notamment les butineurs de toute sorte, refont surface… et vont être confrontés comme chaque année à une des causes de leur raréfaction : le manque de nourriture printanière.

Les abeilles domestiques mais aussi les bourdons, les abeilles sauvages, les papillons, les syrphes remettent le bout du nez dehors, après un hiver qui a été long et rude. Le problème de la nourriture est crucial pour eux en ce moment. En effet, peu de fleurs sont présentes dans l’environnement.

Lorsque l’hiver est doux, c’est encore pire. Le métabolisme plus élevé des insectes en hibernation ou hivernation, voire des réveils précoces, épuisent leurs réserves énergétiques et les fait sortir alors que la flore n’est pas encore développée. Il s’agit d’une des causes de déclin de papillons autrefois communs comme le paon du jour, la petite tortue, la Belle-Dame… mais aussi un des éléments qui intervient dans le complexe syndrome de mort des colonies d’abeilles domestiques.

Il est donc primordial d’encourager la plantation de plantes à floraison très précoce dans les jardins, une floraison qui s’étale pratiquement de janvier à la fin du mois de mars.  Alors évidemment, on songe aux crocus, à l’hélianthe, aux Héllébores (sauvages ou cultivées), à la perce-neige, aux jonquilles, au muscari. J’y ajouterai le jasmin d’hiver.

 

P3220055

 Une jonquille, toute simple, sauvage...

 

Personnellement, j’ai opté pour quelques espèces sauvages qui présentent l’avantage d’être décoratives, riches en nectar et pollen, et pour certaines… utiles pour ma cave. L’autre avantage, c’est que question résistance et facilité d’entretien, on fait difficilement mieux.

Héllébore fétide Kastelberg

Héllébore (ou Ellébore, les deux existent) fétide sur le Kastelberg en Alsace, pourtant des terrains schisteux, pas calcaires.

 

La plus précoce est l’Héllébore. Héllébore fétide, sauvage, aux clochettes vertes, qui résiste à tout mais aime les sols neutres à franchement calcaires. Elle pousse même dans les sols peu profonds et pauvres, sur des rochers parfois, c’est dire.

On pourra lui substituer sa cousine plus civilisée, la Rose de Noël (souvent Hellebora niger) aux fleurs variant du blanc au pourpre-noir en passant par tous les tons de rose.

Ces increvables, qui se reproduisent, s’étendent, se multiplient à foison préfèrent la mi-ombre. L’idéal est de les planter au pied d’arbres, de haies, de buissons feuillus. Au printemps, les branches dénudées leur offriront la lumière nécessaire mais en été le feuillage protégera ces plantes d’origine forestière des brûlures du soleil.

 

Tussilage 1

 Touffe de tussilage, les feuilles pousseront après.

 

Le tussilage est une petite Astéracée dont les touffes jaunes apparaissent dès février, jusqu’avril ou mai. Vrai "resto pour six pattes" comme la plupart des Astéracées (la famille des marguerites, du bleuet, des pâquerettes…), c’est une conquérante des sols humides, argileux et nus. Je ne peux pas vous conseiller un mode de culture, vu que chez moi, elle apparait spontanément sur les déblais, sur ma terrasse inachevée.

 

Tussilage 2

 Gros plan sur une touffe de tussilage, plante réputée pour soulager les maux de gorge

 

Le tussilage fait partie de ces plantes qu’on ne désire pas mais qui viennent quand même : trèfle, pâquerette, lamier pourpre, lierre terrestre… Nous reparlerons en avril de ces « adventices » que certains n’ont de cesse de combattre dès qu’elles montrent le bout de leur nez alors qu’elles ne font de mal à personne et font plutôt du bien aux pollinisateurs qui augmenteront votre « rendement » en fruits, aux auxiliaires qui contribueront à dézinguer les pucerons, alleurodes et autres amateurs de légumes. En effet, le tussilage et les autres mal aimés cités poussent sans problème dans votre potager dénudé, le long des plates-bandes, dans les interstices des surfaces « étanches » (bordures ou pavés, klinkers…). Ces plantes fleurissent dès que les conditions le permettent, parfois dès février. Leur floraison peut être décorative et certaines ont même un intérêt culinaire.

Sans entrer dans les détails (mais ils viendront un jour si si), les tiges de tussilages peuvent se préparer à la manière des asperges. La fleur du tussilage, de la pâquerette dans du vin blanc sucré (macération d’une semaine environ), c’est un excellent apéro. Le lierre terrestre, est une épice très particulière qui fait penser à un thym très musqué…

 

Et dans les haies et les bosquets de votre jardin…

Cornus mas 2

 

Il s’agit tout d’abord du cornouiller mâle (Cornus mas), un arbre qui supporte bien la taille et peu entrer dans la composition de haies. Il est spontané sur terrains calcaires mais moyennant un chaulage tous les deux-trois ans, il se plait bien dans mon sol limono-argileux. Sa floraison jaune dès le début du mois de mars quand le temps est clément (pas cette année par exemple) est superbe alors que tout suinte encore des bruns boueux et des gris tristes de l’hiver. Les fleurs sont odorantes et donneront dans le courant de l’été naissance à des drupes, vertes puis rouge brillant puis rouge foncé et molles : les cornouilles.

 

Cornus mas 3

 

Ces fruits de la taille d’une olive peuvent se manger crus quand ils tombent de l’arbrisseau. Ils peuvent entrer dans la confection  de gelées et de confitures. Mais surtout, les cornouilles peuvent servir de base à un délicieux et original vin doux, par décoction de fruits. On en reparlera à la fin de l’été.

 

Chatton saule 1

 Bientôt, ils se couvriront d'étamines dorées et éclaireront la campagne

 

Le saule marsault lui, n’a rien à voir ni avec le mime ni avec l’actrice. Il ne sert pas à grand-chose de notre point de vue humain et n’est même pas très beau en fait, sauf quand en mars il fleurit et que ses chattons dorés exhalent un parfum miellé délicieux et que l’arbre buissonnant ponctue la campagne de touffes dorées gaies. Ce saule s’accommode de terrains plus secs que ses pairs mais il aime quand même l’humidité et les sols riches et argileux. Ses inflorescences mâles riches en pollen et en nectar restent une des sources essentielles de nourriture pour les pollinisateurs.

  

Le prunellier fleurit un peu plus tard, vers la fin du mois de mars et le mois d’avril. C’est aussi un amateur de sols neutres à calcaires. Son nom vernaculaire (mais non je ne suis pas grossier) d’épine noire illustre bien la tronche de l’arbre : un bois sombre, noir carrément, couvert d’épines acérées.

Alors quand il fleurit de blanc pur à la fin de mars et durant avril, le contraste avec les branches de jais est saisissant. En plus, les fleurs sentent bon l’amande fraiche. Et pour peu qu’une gelée traitresse ne les cuise, elles évolueront en ces jolies petites drupes pruinées autant qu’astringentes : les prunelles. Dès les premières gelées, où grâce à votre congélateur si le temps est trop doux, elles pourront entrer dans la confection de boissons propres à affronter la tête haute la bise et le gel des mauvais mois : liqueur ou vin doux. Là aussi, rendez-vous cet automne sur ce blog !

P4220161 

Ces arbustes étaient très courants tant que les haies abondaient, que les fourrés, les lieux sauvages, les friches et autres lieux perdus n’étaient pas traqués et rasés au nom du productivisme et de la propreté bien ordonnée.

P4220160

Dans nos campagnes les trixhes (friches en wallon) et les commognes ou communes étaient des lieux appartenant au patrimoine commun, à la collectivité ou chacun pouvait faire paître ses ovins, caprins voire bovins (souvent parmi un troupeau communal mené par un herdier), des aisances communales diasait-on. Les abords des anciennes grandes voies étaient également des lieux collectifs de pâture, affublés d’un mot franc, Werixhas, ces endroits sont devenus dans notre toponymie des Wérichet, Wérihet, Wèrihat… Maintenant, prenez une carte précise de votre région, parcourez les rues de vos villages et vous verrez la quantité impressionnantes de ces friches anciennes.

P4220159

Remarquez sur cette photo la couleur de la branche qui donne son nom d'épine noire à l'espèce...

 

Sans compter que le prunellier entrait également dans la confection de haies défensives…

Une fois de plus, nos jardins pourraient servir de derniers remparts…

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Published by le rustre - dans Le jardin au naturel
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commentaires

Felice 06/05/2010 11:28



Très bon article !


N'oublions pas non plus de laisser tranquille quelques sauvages comme le lierre terrestre, dont les fleurs minuscules fleurissent tout l'hiver (en tout cas en Beauce !)


J'aime beaucoup ton blog, le rustre, et je sens que je vais progresser en pinard :)



fvdb 31/03/2010 20:48



Très intéressant Maître, vive la nature et le printemps !! Quoi qu'aujourd'hui on se croirait plutôt en novembre par chez nous.



le rustre 01/04/2010 14:21



Ah ça, comme temps pourri, on fait dans le magnifique. Ce sont pourtant des conditions assez communes pour un début d'avril.  Le vent, le froid, ne font qu'accentuer les difficultés des
insectes à trouver de la nourriture. Inversément, les mauvaises conditions atmosphériques qui empêchent les insectes de butiner diminuent les chances de fécondation des fleurs printanières. Une
des parades des arbres qui fleurissent tôt au printemps est d'ailleurs de faire confiance plus au vent qu'aux insectes pour disperser leur pollen. le saule a choisi une solution intermédiaire
puisque ses étamines sont nues, offertes au vent mais odorantes, histoire d'attirer les gros poilus friands de fleurs comme les bourdons et moi.


Les plantes et les animaux qui ont choisi de se reproduire dès le premier printemps s'exposent plus aux intempéries mais profitent d'une absence relative de prédateurs comme les oiseaux
migrateurs qui ne sont pas encore tous revenus(pour les insectes en tout cas). Le risque est de souffrir de conditions limites en cette période. C'est un équilibre fragile que l'homme perturbe
par ses activités.



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