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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 08:13

 

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8 minutes. Juste 8 minutes. C’est le temps qu’a duré la grêle hier soir. Des grêlons énormes. La chaleur étouffante et puis tout à coup le vent, violent et froid, se lève. En quelques minutes, la pluie se met à tomber à grosses gouttes glacées. Le temps de rentrer et c’est le déluge. Et là impuissant, vous assistez à l’apocalypse.

Depuis le mois de mars, je m’échine au jardin. Pour la première fois en 6 ans, j’étais arrivé plus ou moins au résultat attendu : des massifs de fleurs sauvages, des dizaines de coloris, de feuillages, de « textures » différentes. Puis il y avait le potager évidemment. Bien sûr ce n’est pas mon gagne pain. Mais quand même, il fournit tous nos légumes entre le mois de juillet et celui de février par l’intermédiaire du congélateur.

Ce n’est pas mon gagne pain mais aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de penser aux agriculteurs, aux viticulteurs qui subissent ça, eux qui en vivent, eux qui en remplissent leur assiette. Et qui voient tous leurs efforts d’une année vaporisés par un quart d’heure de grêle ou dix minutes de tornade dévastatrice.

Et face à eux, je pense à tous ces bobos et ces nantis, ces donneurs de leçon qui, dans le domaine du vin surtout, se permettent de prendre ces gens de la terre de haut, voire, pourquoi pas, les cons ça ose tout, de leur donner des conseils culturaux. Pro-bio, anti-bio, pro-nature, morpions collés aux parties du terroir, amateurs de risotto… Venez pas me poncer les burettes aujourd’hui, je suis pas d’humeur.

8 minutes. Et ces gros bouts de glace qui explosent contre la vitre de mon salon. Tout à coup de l’eau s’engouffre dans mon rez-de-chaussée et dans la cave, venue on ne sait pas trop d’où. Il faut écoper. Hé, vous saviez qu'une bouteille de vin, même à plus de trente euros, ça flotte pas ! Heureusement que l'eau arrive, parce que collé à ma fenêtre, les bras ballant, impuissant, j’enrageais. Trois mois de sueur : le matin avant d’aller bosser, souvent dès 5 heures. Le soir après le boulot, arroser comme un perdu avec cette foutue sécheresse, lutter contre les limaces quand il pleuvait. Le week-end. Le dimanche, grasse matinée : je me lève à 6 heures. Alors OK, en même temps, il y a le blog et tout. Mais n’empêche. Combien de fois serais-je bien rester sous les couvertures ? Combien de fois aurais-je pu jouer avec mes enfants au lieu d’aller biner, d’aller semer, d’aller finir mes tomates parce qu’on annonçait du vent, d’aller buter mes patates. Combien de fois ai-je envoyer ma femme sur les roses ? Et le mal de dos, les insolations, les courbatures, les heures, l’argent dépensé. Du travail tous les jours depuis mars. Des dizaines d’heures de labeur. Huit minutes pour tout détruire. Tout ? Aucune idée, je suis coincé comme un con à écoper.

Bien sûr, il y a les avantages : l’odeur de la terre en avril, quand elle se réchauffe, qu’elle devient amoureuse. A l’aurore, parfois tu t’arrêtes et tu t’appuies sur ta bêche. Tu es seul avec le joyeux tintamarre printanier des oiseaux, tu savoures l’air frais, tu caresses la rosée, tu t’amuses de petits papillons de brume qui volètent autour des troncs.

Les soirs de moiteur orange et rose, il y a les papillons et les hannetons partout autour de toi. Et alors que tu ranges tes outils, pensant à l’ambrée fraiche et mousseuse qui t’attend sur la terrasse, les lucioles et les chauve-souris sortent de leurs repaires de jolis petits vampires.

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Il y a la joie de voir les feuilles puis les jeunes fruits. De se dire que cette année promet d’être magnifique. La joie de voir des plantes saines, vigoureuses et pourtant exemptes de tout phytosanitaire.

Il y a les légumes frais, saveur incomparable, que tu vas cueillir pour les cuire immédiatement. Ces tians délicieux, ces gratins d’aubergine, la moussaka de septembre, les pois sucrés que tu manges à même la cosse. Vous mangez quoi les enfants ce midi ? Du concombre ? OK, tu vas m’en cueillir un mon chou ?

Huit minutes… pour tout foutre en l’air. Sans espoir de retour, je suppose, pour certains légumes : trop tard pour semer. Trop de fierté pour aller acheter des plants en jardinerie.

Et moi, ce n’est pas mon gagne-pain. Mais comme tous ceux qui vivent, même un peu, de la terre, je suis à la merci des sautes d’humeur de notre charmante mère Nature que d’aucuns voudraient porter au pinacle de la bienveillance. Mais la Nature n’existe pas, c’est juste une collection d’animaux et de plantes qui vivent ensembles. A cela s’ajoute le climat, une machine aveugle, sans âme, sans cœur qui se fout comme de sa première culotte de nos agissements de nains de jardin.

Cette nature que chaque année, je trouve, nous prenons un peu plus de plein fouet dans la gueule. Mais, allez, on est un peu beaucoup responsables non ?

Huit minutes suffisent. Et puis parmi les internautes du vin, tu as encore des môôssieurs pas avares de conseils suite à leur dernière hardie dégustation, wouah les risques qu’ils prennent dis-donc. Sur les marchés tu as encore des peïs pour dire :

-Je m’en doute que vous respectez l’environnement monsieur mais vous n’êtes pas bio.

-Oui mais vous les avez goûtées mes fraises, vous les avez visitées mes serres, vous avez vu mes petites guêpes qui bouffent les pucerons ?

-Certes mais vous n’êtes pas bio. Certifiez-vous et on en reparlera.

Huit minutes. Et puis, dans le noir, tu vas quand même voir les dégâts. Tu t’accroches aux bonnes nouvelles : la serre semble ne rien avoir. Tu t’arrêtes devant le reste incrédule. A la place de tes superbes plants de patates, il y a une espèce de hachis de tiges jetées sans respect dans le fond des butes. En tâtonnant dans le noir, tu trouves des espèces de dentelles là où il y avait quelques heures avant des plants de courgettes.

Alors tu arrêtes. Demain sera un autre jour. Il sera toujours temps de voir ce que sont ces grandes tiges brisées. Il sera toujours temps, si la pluie cesse un jour. Si le soleil revient un jour.

Et alors, on se lèvera à l’aube, on chaussera ses bottes et on recommencera tiens…

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Published by le rustre - dans Chroniques rustiques
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