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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 18:28

1. Un coup de gueule, ça ne sert à rien mais qu’est ce que c’est bon !

Bonjour, j’habite un pays qui n’existe plus depuis 2007. Il est toujours là sur les cartes. Mais il s’évapore dans le cœur des gens. Et ça n’est pas bon signe ça pour l’existence d’un pays.

Depuis 2007, des gouvernements fédéraux bancals (et bancaires ha ha) succèdent aux interminables menuets de formation et n’arrangent, ne décident, ne clôturent rien. Ou si peu.

Tout a été dit, expliqué. La vérité et la solution sautent aux yeux si on a de la mémoire et qu’on garde l’oreille tendue (à défaut du bras pour certains). Et pourtant, quand je lis la presse internationale, quand je vois les commentaires du Belge moyen sur les sites journaleux, quand je constate le vaste vide de contenu de la manifestation du dimanche 23 janvier, les commentaires franchement désagréables que cela a suscité, je me dis que le Belge est perdu comme un con dans une situation qui le dépasse.

La tactique du pourrissement. Quand le Belge sera au bout du rouleau, déprimé, perdu, effrayé par le présent et le futur immédiat, il acceptera tout. Détricotage du pays, de la solidarité, du statut des travailleurs. Plus de tricot, à poil au milieu d’une nuit en hiver. Et à ce moment de perte ultime, tout recul, toute compromission, toute défaite paraîtra une victoire. C’est ainsi que les réformes de l’état fonctionnent depuis 40 ans en Belgique. Réformes bâtardes torturées pour convenir aux deux camps.

Et d’un côté, n’en déplaise aux couillons qui trouvent mon pays artificiel et ridicule, c’est ainsi qu’une nation complètement incroyable de diversité mais surtout de dichotomie (pas 36 mais seulement deux cultures dominantes, et c’est là une partie du problème évidemment) a pu coexister quasi pacifiquement pendant 180 ans.

Le péché, mortel, de ce processus, c’est qu’au lieu de préserver des espaces communs, de rencontre, tout a été fait pour séparer, net, les deux communautés. Tous les tournants ont été ratés ou mal pris : refus d’un bilinguisme généralisé, séparation communautaire des partis politiques, de la télévision nationale et de la presse en général, de l’enseignement, frontière linguistique, valse hésitation entre un état formé de communautés ou de régions…

Et ne cherchez pas de coupables… Les coupables, c’est nous, Flamands et Wallons, politiciens et simples citoyens. Nous avons lentement laissé pourrir la situation pour en venir au bordel actuel. Un bordel inextricable. Evidemment, les boucs émissaires sont  nombreux : les ignobles politicards profiteurs, les vilains socialistes clientélistes, les Flamands immondes  rapaces de droite, le système démocratique, le traité de Vienne (traité d’advienne que pourra), les hémorroïdes de ma Tata Germaine. Que sais-je ?

Cacophonie d’opinions… entre les rattachistes, les indépendantistes, les manifestants apolitiques, les nationalistes, les fédéralistes, les bruxellaires identitaires, les francophones flamands et les Wallons flamingants… sans oublier les germanophones aphones. Et ma tata Germaine evidemment.

On entend tout et son contraire. Et ce n’est pas moi qui vais vous expliquer. Pas assez malin pour ça. Cliquez sur les liens, lisez, faites vous une opinion. Vous êtes grands.

Aux yeux du monde et des Belges eux-mêmes qui crient "shame", notre petit pays du centre de l’Europe devrait donner l’exemple de la démocratie, la vraie, celle qui prend le citoyen en compte, pas les démocraties fantoches africaines ou moyen-orientales (ah, nos relents paternalistes tenaces…) où tu votes et tu as deux gouvernements pour le prix d’un, pendant que le Gbagbo coule comme le gdigdanic. (je parle d’un site qui m’a bien fait rire, mais jaune)

La vraie démocratie tellement démocratique que 7 mois après les élections, il n’y a aucun gouvernement, aucun accord, aucune discussion avancée et où on remet sans cesse à plus tard les vrais problèmes. Mais bon… est-ce la faute de la démocratie en question ?

Une chouette démocratie à la proportionnelle, où on met les urnes de côté pour négocier, pas forcément et uniquement avec des partis représentatifs de l’avis du plus grand nombre (genre les libéraux), mais simplement avec ceux qui veulent bien s’entendre. Certes…

Une démocratie fédérale dont les politiciens défendent les uns les francophones les autres les Flamands… y en a-t-il encore un seul qui défende les Belges ?

C’est sûr, ça va péter ici les gars. Les initiatives citoyennes se multiplient faisant trembler le quarteron de schtroumpfs à la retraite qui négocient on ne sait plus quoi. Manifestations, campings virtuels, appels de Ben Poelvoorde à ne plus se raser, concours de thèmes latins dans les écoles, brûlage de nœud papillons sur la Grand Place. Le Pays est au bord de la révolte. J’ai déjà rentré deux tonnes de sucre et de farine dans ma cave. C’est vous dire. Déjà, la région Wallonne fait sauter ses ponts et détruit ses routes en cas d’invasion. No passaran. Le travail est bien amorcé comme vous pourrez-vous en rendre compte si vous passez chez nous. Si, je vous jure, c’est fait exprès les trous dans les routes.

On veut un gouvernement, crient en chœur émouvant les belges et leurs dirigeants. Un gouvernement ? Mais pour faire quoi ? Rassurer les vilains et anonymes spéculateurs ?

Un gouvernement ? Mais on en a 6, même s’il y en a un qui est en affaires courantes (un gouvernement en affaires courantes ne signifie pas qu’il y a plus d’attachés au cabinet).

Un gouvernement à tout prix ? Même Bart, Didier et Alexander sur le même bateau ?  Autant devenir Chinois !

C’est la chienlit, je vous dis. Claude Eerdekens (un francophone amis français, malgré son nom), qui n’est pas à une idiotie près a même fait afficher un portrait du Général dans sa mairie, sa maison communale, pardon. LE Général, de Gaulle quoi…

Du coup, il est facile de les fustiger. De toute façon,  nos négociants en connerie, gros et détail, s’en foutent royalement. Même pas peur. Même pas honte. Ils auraient bien tort de s’en faire nos irresponsables politiques, nos hommes et femmes d’étals, marchands de belles paroles, acheteurs de voix aux petites phrases inconséquentes. Il n’y a qu’à voir les sondages qui paraissent régulièrement. Si on votait, la N-VA en ressortirait renforcée. Le PS aussi.

Ah ben, oui, nos responsables politiques ne sont que le reflet de nous-mêmes. On peut leur reprocher le nationalisme vindicatif Flamand, l’attentisme mou des francophones. On peut leur reprocher de nous avoir bourré le mou pendant des années tout en détricotant l’Etat Fédéral. Mais alors, il ne faut pas oublier de taper sur les doigts des journalistes de tout bord qui aujourd’hui encore font leur bisounours en se demandant si les négociations enfin vont reprendre. Et n’oublions pas la cravache appliquée à nous-mêmes pour avoir fermé les yeux pendant si longtemps.

La roue infernale. On coupe les ponts. On ferme les fenêtres. Et de chaque côté on est libre de tourner sur soi-même en oubliant l’autre, en ne le comprenant plus. Puis viennent les crises. Et là les discours faciles qui cherchent des coupables faciles fleurissent, trouvent une oreille facile. Et s’il y a de l’écoute, on va forcément trouver de nouveaux chanteurs. Jusqu’à tous quasi chanter la même chose. Et à ce moment là, l’auditeur lui, n’entend plus qu’un type de chanson. Il en vient à oublier qu’il y a d’autres styles. Autres styles qui ferment leur gueule, morveux, honteux, peureux.

Tout ce que moi je reproche à nos irresponsables politiques, c’est de faire trainer cette valse hésitation à mille temps depuis plus de deux cents jours, alors qu’ils savent très bien de quoi il en retourne.

Il y a une raison, un fautif principal à l’échec des négociations : c’est la N-VA, un parti nationaliste, séparatiste, populiste. Dernier avatar de la Roue Infernale.

Au lendemain des urnes, Bart De Wever, dont à cette époque on se rappelle encore les coups d’éclats anti-francophones, les photos avec JM le Pen, les accointances avec diverses divas de l’extrémisme flamingant le plus nauséabond (du genre de ceux qui voudraient amnistier et dédommager tous les collaborateurs de la deuxième guerre mondiale), devient informateur. Moi, je m’étonnais quand même de voir un républicain indépendantiste Flamand être chargé par le roi de démarches visant la création d’un gouvernement fédéral. Mais bon…

Le 8 juillet Bart est relevé de sa mission. Dans un processus normal, un formateur aurait du être nommé pour former le gouvernement… Hum. Mais non, depuis le 8 juillet, dans un flou total vis-à-vis de la population, c’est concours de la fonction la plus rigolote : préformateur, experts, conciliateurs de conciliabules, enfonceurs de portes ouvertes, pacificateurs en colt et en kilt… mais avec le même scénario à chaque étape : on s’approche de quelque chose, un texte « est sur la table », texte qu’on s’imagine contenir des semblant de compromis discutés longuement et âprement, à moins que ce ne soit des points de tournoi de belotte, et un parti, en général la N-VA, au dernier moment, dit non ou encore « et si on faisait autrement » ou « c’est celui qui dit qui est ». Bref, la N-VA est séparatiste et ne veut pas de compromis.

Mais pourquoi dresser un fil des événements ? Vous trouverez ce fil partout. Tout le monde est d’accord avec les faits. Ce sont juste les appréciations qui divergent.

La vérité est qu’on en revient toujours aux mêmes recettes depuis 40 ans : des flamands vindicatifs qui brandissent leur culture meurtrie par les méchants francophones arrogants, comme un drapeau déchiré sur la colline de leur martyr. Des Flamands qui une fois les larmes patriotiques sèches nous foutent en pleine gueule que nous sommes une région sinistrée, fainéante, pauvre et qu’on leur coûte des sous, que sans nous ils seraient plus riches, plus heureux, plus entre eux… De l’autre côté, vous avez les francophones, encore tout drapés dans leur gloire industrielle passée, accusant les coups, reculant sur la défensive de leurs ergots fermement plantés dans une Belgique qui s’effiloche comme peau de chagrin. Des francophones qui n’ont à proposer qu’un non ferme et vide de sens. Et vous avez le résultat : 40 années où on a viré le mortier des joints du mur Belge.

Un état fédéral sans partis politiques fédéraux, sans presse fédérale, sans opinion fédérale, sans sentiment fédéral. Deux populations juxtaposées et ignorantes l’une de l’autre. Avec des sensibilités politiques opposées (et si un gouvernement se forme, vous pouvez être sûrs que ça va valser sec) les uns complètement à droite, les autres plutôt à gauche.

Situation idéale pour que des politiciens habiles distillent des messages faciles et rémunérateurs du genre « vos malheurs dans la crise, les gars, c’est de la faute à ceux d’à côté. Virons les et tout ira mieux. Au moins, ça évite d’aborder les vrais problèmes, qui eux, sont à peu près insolubles sur le fond au niveau belge. Et on connait la suite, les cons avec accès aux urnes ne manquant pas … cela fait des années que tous les partis de Flandre jouent la surenchère nationaliste, peu, prou ou énormément.

Et on se retrouve avec deux populations qui se regardent en chien de faïence…

Alors oui, je râle. Le Belge râle. Le Belge râle mais avec philosophie et humour. Et les journalistes de s’étonner encore de cette foutue belgitude surréaliste. Et allons-y d’en rajouter des couches sur l’austérité, les spéculateurs et les agences de cotation. Et d’analyser et commenter la moindre saillie de Bart, la moindre grossièreté d’Erdeckens, et la plus petite pique de Reynders. Et d’embrayer avec de bons vieux micro trottoirs où ils arrivent à ne donner la parole qu’à ceux qui n’ont rien d’autre à dire « oh oui hein m’sieur, c’est terribbbb… ». A croire que les tonnes de fines analyses politiques dont nous abreuvent les journaux n’ont pas transformé chaque Belge en expert des questions institutionnelles, des clés de répartition des financements et de BHVologie.

Assez !

Pitié, fichez-nous la paix.

J’en ai assez des clichés, des ventres mous, des profiteurs, des nationalistes mais surtout… j’en ai plein le dos de la désinformation, des grands cours d’histoire à la petite semaine. Pfff… Marre du traité de Vienne, des éperons d’or, des tranchées de 14, de la collaboration… Toutes ces pages revisitées par des historiens avec une petite hache, au mieux de leur intérêt.

Alors, en matière d’économie, de solidarité, de politique… je suis une bille. Par contre, depuis tout petit, je suis passionné d’histoire. Surtout d’histoire régionale, voire locale. Et plus particulièrement, j’ai la chance d’avoir grandi dans le pays de Herve, bocage coincé entre l’Allemagne, la Hollande, la Flandre et le reste de la Wallonie. J’ai sillonné ses sentiers. J’ai rencontré ses habitants dans les bistrots. De Fléron à Moelingen et 's-Gravenvoeren, d’Aubel à Eupen.

Ce pays là n’est, n’était pas comme on vous le raconte. Et les frontières qui traversaient ce Pays n’étaient pas des lignes de séparation des cultures mais des zones de rencontre des cultures.

Alors l’Histoire n’est qu’un prétexte que ces gens là, les égoïstes repliés, jettent au visage de ceux qui veulent partager plutôt que bannir. L’histoire, ils la transforment et les peuples sont oublieux.

Si c’est tout le mal que je peux faire, j’ai envie de témoigner de ce que je sais (pas grand-chose), de ce que j’ai vu, de ce que j’ai lu. Des choses certes insignifiantes, comme la discussion avec un vieil homme des Fourons, des chopes échangées à Aubel, l’histoire d’un village ou deux du plateau, un peu de toponymie, quelques recettes de cuisine. Quelques jurons bien sentis aussi. Des trucs comme ça. De l’avéré, du ressenti, du supposé, peut-être mais à tout prendre pas moins honnête que les mensonges qui servent d’alibis aux séparatistes. En vrac : l’intangibilité de la frontière linguistique, l’opposition entre les mondes latins et germaniques, la bataille flamande des éperons d’Or, les Fourons Wallons, la Belgique pays artificiel, le martyr des flamands en 14-18…

Alors plutôt que de râler, je vous propose un voyage dans le passé, l’humour, la truculence. Un voyage dans ce qui nous unit plutôt que ce qui nous sépare. Vous me suivez ?

OK. Bientôt, premier épisode.

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Published by le rustre - dans Chroniques rustiques
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