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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 07:19

 

Très édifiante et fort vénérable encyclopédie

Picrocholine du micro savoir.

Très richement illustrée de gravures d'époque. 

Par le Très Estimé

Professeur Nicodème Abélard Leruth de la Motte de la Tichauvent

(Nico le Tich pour les intimes mais il y en a peu)

 

Professeur émérite des Facultés Universitaire Notre-Dame-de-Cache-ta-joie de Azay-le-Rideau. Chaire de géométrie variable relative quantique du tire-bouchon. Auteur de la très célèbre thèse "Pute et putain, c’est des restes du latin ".

Professeur ordinaire à la Faculté de Micrométrie hasardeuse de Boulogne-Billancourt.

Professeur extraordinaire à l’Institut Florent Pagny d’Audun-le-Tiche

Extrait bibliographique :

"Quand on a des talonnettes, on crie plus fort : la dérive sécuritaire de la droite ".

"L’influence de la pensée Nietzschéenne sur la production de croquettes pour chiens parfum banane."

 

*Encart publicitaire* 

 

Un article produit avec le soutien (inconditionnel) : des préservatifs en laine « mammouth », des factions dissidentes de l’armée rouge révolutionnaire des îles Fidji, et bien sûr les Lunettes Killer de Raph le Loup (voir photo-encart publicitaire)

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Raph le Loup est partout : Nestor et le général Alcazar lors de leur visite au musée du Chien blanc (copyright Olif)

 

 

Biographie d’un génie méconnu : Anatole Legrain-Gallet (1830-1973)

 

Il est des hommes que l’histoire a injustement encensé et d’autres qu’elle a lâchement oublié. Anatole Legrain-Gallet, Grand inventeur et Philosophe de l’extrême est de ces derniers.

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Le Grand Anatole Legrain-Gallet lors de son discours devant la société des Nations en 1921.

 

Alors qu’un Nietzsche ânonnait encore à peine ses théories poussives sur le surplis et le crochet double à point losange, Anatole, lui, déclarait déjà en 1878 que, je cite, "Oufti, le cervelas c’est meilleur chaud sais-tu m’fi ?".

Il devint ipso facto l’instigateur de l’Ordre du Chaud cervelas à l’Andalouse dont je suis actuellement le Grand maître. C’est donc un peu à mon père spirituel que je rends hommage aujourd’hui. Vous pardonnerez donc d’éventuelles envolées lyriques.

 

Sa vie en trois lignes (un peu plus allez !)

Anatole Legrain-Gallet est né à Vyle-Tharoul en 1830 et est mort à Modave en 1973. On pourrait croire qu’il n’a pas beaucoup bougé dans sa vie, 5 ou 6 malheureux kilomètres séparant les deux localités du Val de Hoyoux mais ce serait une erreur glauque. Décédé à l’âge respectable de 143 ans, dans la discrétion la plus absolue et oublié de tous, il reste cependant un des plus grands penseurs contemporains, ayant prestement fait fermer leur boîte à camembert à des messieurs je sais tout tels Nietzsche, Albert Einstein ou Amanda Lear. Dire qu’à des broutilles de siècles près, il aurait pu connaître Louis XIV ou Platon. Les destinées humaines ne sont que fils ténus.

 

L’enfance heureuse.

Anatole Legrain-Gallet est né à Vyle-Tharoul dans la vallée du Hoyoux en 1830 dans une famille de meuniers poètes zingueurs, alors que le Fransquillon boutait l’Orange en Batavie. Son Père André-Modeste Legrain est peu connu lui aussi, alors qu’il proposa le premier hymne national Belge. Pour ceux que l’histoire passionne, ça donnait à peu près ceci :

"Qui a bouté, a bouté, a bouté, a bouté l’orange "

"Qui a bouté, a bouté, a bouté, a bouté l’orange en marchant"

"sur Bruxelles" ?

Mais bon, allez savoir pourquoi, ce ne fut pas retenu par les insurgés. Par contre ce qu’on sait moins, c’est que le texte fut retrouvé et repris avec le succès que l’on sait par un célèbre chanteur électrifié. Mais André-Modeste, déjà, était un visionnaire en avance sur son temps. Enfin en avance… ça dépend. Je ne m’étendrai pas trop sur son combat contre le chemin de fer en Belgique dont il estimait qu’il allait faire tourner le lait des vaches en sillonnant les campagnes et contre lequel il écrivit un pamphlet féroce intitulé "Casser la voie", écrit qui n’eut aucune postérité. Un jour, en manifestant contre le chemin de fer dans une campagne, André-Modeste allait rencontrer son destin et par là, sceller celui d’Anatole.

 

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Jacqueries anti-SNCB en 1828 à Angleur. Peinture de Jean-Louis Aubert-Villié Bonaparte.

 

La mère d’Anatole, Ernestine Gallet, était une femme aimante, sur les pôles de laquelle on pouvait s’appuyer. Descendante du célèbre flibustier des rives de l’Ourthe et de l’Amblève, Racaille de Bouge, elle vouait une véritable passion pour la mécanique et la modernité en marche. Ceci n’ayant rien à voir avec cela me direz-vous. Pour une fois, je louerais presque votre sagacité intrusive. Effectivement, sa parenté lointaine avec un boucanier Ardennais n’a que fort peu avoir avec sa passion mécanique. Certes. Mais est-ce que je vous en pose moi des questions tas de pleupleuteurs anachorètes ?

Je reprends. C’est d’ailleurs cette passion qui… ah ben oui, là, le gag va un peu tomber à l’eau puisqu’il était sensé suivre l’histoire de la modernité en marche.

C’est d’ailleurs cette passion qui lui fit rencontrer son futur époux alors qu’elle l’avait pris en marche, le train du progrès, pas son mari. Ca ce ne serait que plus tard, on était encore au 19ème siècle, enfin, une époque encore bénie où on ne frotifroufroutait pas à tout propos et en plein jour sur les banquettes des trains entre inconnus de passage. Non, monsieur, on demandait la permission avant en ce temps-là. C’était encore le temps des cerises et comme chacun le sait, les cerises, c’est meilleur quand on les cueille avec la queue. Quelle prouesse !

Et à Eléonore qui demandait à Charles, "Dites-moi Charles, vous souvient-il de cette après-midi exquise que nous passâmes à gaudrioler prestement dans l’herbe ? "

Charles répondit : "Bien sûr Eugénie ma chère, j’en ai encore l’arc raidit et d’ailleurs il eut phallus que vous alliez vite pour me le demander deux fois "

"Oui, et bien rangez votre tire-bouchons Charles, je suis en cloques".

"Ah ! Ta gueule Emeltrude ! "

 Bon trêve de balivernes, au fait, au fait…

 

Je reprends.

En 1830, ayant donc pris le train en avance, et vachement encore puisque la première ligne Belge date de 1835, Ernestine rencontra André-Modeste qui était en retard sur son temps, manifestant avec un troupeau meuglant d’excités réactionnaires contre le passage du monstre de fer.

André-Modeste dérailla pour l’arrière-train d’Ernestine qui n’avait pas oublié d’être accorte, callipyge et œil-de-bichesque. Il jeta son panneau revendicateur aux orties ; elle, sa vertu aux chardons. Les manifestations battaient leur plein qu’André-Modeste et Ernestine tournoyaient déjà dans les affres délicieuses des tourments bénis de l’amour passion. "Oh, oui, encore, oui, oui"… et toutes ces sortes de choses.

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Une des rares photos montrant André-Modeste. Ici lors de son mariage.

 

J’en vois déjà qui tiquent. Oui, les manifestations battaient leur plein et non "son plein". "Battre son plein" au pluriel, je trouve ça cloche. Et, suivant Littré, je préfère monter avec la marée qu’avec la vieille Gertrude qu’est un peu cloche.

Et donc je dis qu’on écrit "les manifestations battaient leur plein" et pas "les manifestations battaient son plein", de même qu’on écrit "Roger s’en battait les couilles" et non pas "Bernard s’en gesticulait le testicule". Quoiqu’au final, je ne connaisse pas Bernard personnellement.

Ainsi fut donc conçu Anatole. Au bord d’une voie, dans les voix et les vociférations d’une manifestation. Ernestine emménagea dans le moulin-zinguerie de son mari. Ils vécurent heureux dans le cliquetis des engrenages, le feulement des rouages et le bruit de l’eau qui donne envie de faire pipi au milieu de la nuit. Ernestine était la 14ème enfant d’une fratrie de 22.

C’eut têté chouette pour jouer au foot, si seulement celui-ci avait déjà été connu en Belgique. Ca l’était moins pour partager l’unique pièce de 4 mètres sur deux qui leur servait de masure à Pailhe, dans le Condroz. C’est vous dire si elle fut heureuse de quitter Bruno (masure) pour Commissaire (Moulin). Heureuse comme un ver dans un sac de farine, elle se dit que le propriétaire d’un moulin valait bien un commissaire, fut-il d’une grande ville de l’Escaut.

Le petit Anatole grandit donc parmi les roues et les aubes d’un moulin à eau, en pleine Wallonie rurale. Il fréquente l’école du village, y côtoyant de petits rustauds qui n’avaient pas encore le football ou la roue de la fortune pour assouvir leurs instincts bestiaux primaires. Ils n'avaient que le flot et la roue du moulin, à laquelle il liaient Anatole pour le voir tourner et tomber sur la case banqueroute.

Quant à Anatole, son intellect supérieur se manifeste très tôt et ne suscite que haine et mépris de la part de ses condisciples, parce que dans condisciple, il n’y a pas que dix slips. Quolibets, "kots" dans le cou, tartes dans la gueule, rien n’est épargné à Anatole. Pensez-vous, à 7 ans, il sait déjà lire et compter jusqu’à cent. C’est plus que suspect, c’est discriminant.

Cependant, Anatole, déjà, est un être merveilleux, empli de ressources insoupçonnées. Osaka au plus haut des cieux, Hare Hare cervelas chaud à l’andalouse !

Tripotant des engrenages, des bobines et du fil de cuivre dans une resserre du moulin parental, il découvre l’électricité par hasard (mais les voies du Seigneur ne sont-elles pas impénétrables, à l’instar de celles de Benoit IxeVé i?). Il en trouve également tout de suite l’application la plus saine et la plus évidente, l’électrochoc.

Sa première invention, la chaise à remettre les idées droites, n’a pas été retenue par la fade histoire officielle, celle-là même qui tentera de nous faire croire dans quelques années que la Belgique a connu des hommes politiques responsables et ayant le sens commun au début du troisième millénaire (que diantre que le temps passe vite).

Pourtant, à l’époque, la trouvaille fit grand bruit parmi les petits camarades rustiques d’Anatole. Après quelques décharges judicieusement appliquées, entre ceux qu’on ne revit jamais et ceux dont seul un œil exercé aurait pu deviner qu’ils étaient encore plus courgeo-patatesques après passage sur la chaise qu’avant, Anatole fut bientôt auréolé d’une aura magique de crainte supernicieuse pour la plupart de ses petits condisciples.

L’autre événement de son enfance qui failli bien faire basculer le destin de l’inventeur fut le concert que lui et ses petits camarades donnèrent en la Chapelle du Château de Modave en l’an de grâce 1838 pour Noël.

Anatole ayant une voix suraigüe (qui lui avait valu le sobriquet fort sot de "grosse tarlouze par sa bouche" auprès de ses copains avant l’invention de la chaise), il était soliste dans la chorale de la paroisse.

Mais en ce jour de concert, ce n’est pas sa voix qui inquiète Anatole, mais plutôt l’énorme platée de chou qu’il a avalé la veille. Platée qui lentement mais sûrement fait son chemin dans l’entrelacs de ses intestins. Selon les points de vue, ce récital de Noël fut une véritable honte pour de bonnes âmes chrétiennes ou une réussite avant-gardiste jamais vue. Mais la version prout-prout "d'il est né le divin enfant" d’Anatole, si elle lui valut l’exclusion de la chorale et le fait de ne plus pouvoir poser son cul sur une chaise pendant 15 jours, lui amena également un véritable succès, plus que d’estime, des jeunes critiques musicaux du village, notamment des filles.

Anatole, enfin, entrevoyait sa voie grâce non pas à sa voix mais à ses voies. Pour quelqu’un conçu au bord d’un rail, quel destin !

Il sera donc inventeur ou bien chanteur de Rock’and Roll. Mais, injustice de ces temps troubles, pour sa carrière dans le rock, vers 1840, il ne trouve que des portes closes. Il choisit alors inventeur. On se tape moins de gonzesses et de bitures, mais c’est pas si mal au fond.

 

Un inventeur de génie.

Bien vite, il se rend néanmoins compte que ce n’est pas en restant enterré dans son bled de bouseux qu’il atteindra la gloire. C’est ici que le rail pose de nouveau une bille maîtresse dans son destin. C’est le rail qui le conduit à la Gloire des Feux de la Rampe Parisiens. Pas le rail de coke, mais celui du chemin de fer, imbécile. Comme tant de Belges talentueux, le pays devient vite trop petit pour son ambition démesurée. Et même s’il n’aime guère les chats et les Champs Elysées, il abandonne son pays. Il fera de brillantes études à la Faculté Polytechnique de Pétasilles-sur-Loir.

Dès la sortie de l’école, il s’associe à deux amis qu’il a rencontré dans les dortoirs et sous la douche, Roger Eiffel et Franckie Bartoldi, avec lesquels il entame une prolifique œuvre sculpturale, utilisant les possibilités d’un matériau moderne, l’acier.

C’est ainsi qu’en 1855, ils proposent à la ville de New-York une statue intitulée "La Fraternité Rassemble le Monde", œuvre avant-gardiste et visionnaire réalisée pour le 79ème anniversaire de l’Indépendance Américaine. Elle représentait une femme affublée d’un bonnet à la mode de l’aristocratie du sud des Etats-Unis se pâmant d’extase sous les assauts virils et l’étreinte brûlante d’un homme dans la force de l’âge, au muscle saillant, Afro-Américain. Sans que les Historiens  ne puissent l’expliquer, l’œuvre fut refusée par le gouvernement du Pays de la Liberté. On se demande vraiment pourquoi.

Pugnaces, les trois artistes modifient leur œuvre et l’intitule "Les Hommes Unis" et l’exposent lors des célébrations du cinquantenaire de la Belgique. Extraordinairement audacieux dans leur propos, les trois visionnaires laissent l’homme de couleur mais remplacent la femme en pâmoison par une sculpture saisissante de réalisme du Roi des Belges Léopold II tout aussi pâmé.

La statue crée un certain intérêt. Et même un intérêt certain. Ainsi que quelques crises d’apoplexie. Il faut dire que la beauté et le réalisme de l’œuvre sont ahurissantes. Peu de temps après, disons trois heures environ, Anatole Legrain-Gallet est arrêté et interné à l’hôpital "Notre-Dame de la Camisole-Joyeuse", d’Anvers. Quant à ses deux compères restés en France lors de l’exposition, "parce qu’ils avaient piscine" d’après les dires de Legrain-Gallet, ils disparaitront 6 jours plus tard, se suicidant en plongeant dans la Seine à Paris, les mains attachées dans le dos et les pieds lestés de fonte, une balle dans le crâne. Ce que c’est que la détermination tout de même.

Anatole profite des largesses de l’Etat Belge pendant 20 ans. Il en profite pour voyager. D’abord employé bénévole à la construction des chemins de fer qui sillonneront bientôt le Congo Belge, il se fera vite remarquer par son génie inventif.

Pendant 20 ans, il offre au pays quantité d’inventions diversement appréciées par l’administration coloniale, qui manquait tout de même sérieusement de vision à long terme et d’humour. Inventions parmi lesquelles il faut citer la hutte réveil-matin, qui envoie des décharges électriques aux habitants quand il est temps d’aller se faire exploiter, le tube cathodique à vapeur (dont on se demanda à quoi il pouvait bien servir avant qu’on imagine mettre un écran autour et des émissions dedans dans les années 50), le train à roue carrées, antidérapant mais pas très mobile.

Durant sa captivité, son séjour je veux dire, Anatole propose également des réformes à l’administration coloniale, des réformes qualifiées par les responsables de l’époque "d’idées d’abruti fini, défoncé à l’opium et à l’absinthe" : le droit de vote universel, l’autodétermination des peuples, enfin des conneries comme ça quoi.

Après 20 ans donc, l’administration coloniale Belge fait don d’Anatole à l’Etat Français qui l’envoie prodiguer ses conseils éclairés à Cayenne. On sait peu de choses quant à son séjour sous les cocotiers. Il est cependant probable que c’est à cette époque qu’il écrit son roman "Sous un porche à Cayenne". Ainsi que ses poèmes "les portes se sont refermées sur mon pénis entier" et "coucou Kourou coucou". Il parait évident à ses hagiographes que c’est également en Guyane qu’il propose une de ses inventions les plus controversées : la guillotine tison, qui cautérise la plaie du condamné après le passage de la lame afin d’éviter la gangrène, fréquente sous les tropiques.

Bien que cette période soit peu évoquée dans l’autobiographie du génie, on suppose que vers 1880, il revient en Belgique. Etrangement, vers cette époque, on relève une épidémie de folie et de suicides parmi le personnel du centre de vacances Guyanais où séjournait Anatole.

En 1889, il invente le premier la bombe à neutrons, mais son invention ne rencontra aucun succès, personne en 1889, lui le premier, ne sachant très bien au juste ce qu’était un neutron.

Puis Anatole va surtout s’orienter vers le débat philosophique et politique dans un monde où la tension entre les nations est chaque jour plus palpable. Tu la sens là ma haute tension ?

Comprenant que l’homme est un loup pour l’homme, il veut lui jouer un tour de cochon pour le faire devenir doux comme un agneau. La croisade des cochons est lancée.

Lorsqu’éclate l’affaire Dreyfus. Anatole Legrain-Gallet est farouchement dreyfusard puis dreyfusiste et enfin dreyfuseau, horreur ! Pas qu’il soit particulièrement pour Dreyfus, ou qu’il soit moins antisémite ou qu’il aime plus la choucroute qu’un autre. Quelle idée saugrenue de ne pas être antisémite à cette époque là d’ailleurs, une idée de pseudo intellectuel crypto réactionnaire parvenu ou d’humoriste pratiquant le second degré ultime, peut-on subodorer. Et quelle idée d’aimer la choucroute, ce légume rance et vulgaire qui n’évoque que saucisses grasses répandant leur jus tiède entre deux miches offertes, pantalonnades Bavaroises et dépravations Strasbourgeoises.

Non. D’ailleurs Anatole a tenté d’être dreyfusard dès 1882, mais il fut très peu suivi. Ce n’est qu’en 1899, que ses thèses radicales trouvent un écho dans la population. Anatole estime qu’on se trompe de cible. Le Juif n’est pas l’ennemi. Non, L’ennemi, le vrai, c’est le Breton. Car de son biniou jusque dans sa bigoudène, dans le Breton rien n’est bon, contrairement au cochon. Hélas en 1899, il y a encore plus de Bretons que de cochons en Bretagne. Heureusement, Anatole va faire évoluer la situation et ce n’est plus le cas aujourd’hui, faisant de la Bretagne, enfin plus peuplée de cochons que de Bretons, la région la plus verte de France, surtout dans ses criques et sur ces grèves illimitées où le regard s’embrume dans le vague de l’infini et ou le nez se retrousse tellement ça pue, ma biche.

Sentant bien que la réflexion se doit d’être Européenne, et que l’ennemi, le véritable ennemi, c’est simplement l’autre, Anatole parcourt salons et cercles politiques d’Europe pour y lever de bonnes âmes. En Belgique notamment, il pressent la montée de l’identité Flamande. Il propose là aussi, le remplacement du Flamand par le cochon. De ses vagues de dunes à ses canaux pendus et jusqu’à ses mâts de cocagne, rien n’est bon dans le Flamand, contrairement au cochon.

Il ajoute à ce propos "Aussi rose qu’un Flamand, au moins le cochon se mange-t-il et parle-t-il la même langue que nous". Son succès est mitigé. Non seulement de nos jours, il y a plus de cochons en Flandre que de flamands, mais en plus les cochons votent séparatiste !

 

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Anatole legrain-Gallet opposé à Pasteur au cours d'une partie endiablée de crapette vitesse à deux bandes. Photo prise lors d'un meeting dans le Jura. 

 

Il portera encore le verbe haut sur les bord de la Garonne, prenant l’Aquitain en marche et le poulet Basque d’aise. Encore un fois sa rhétorique brillante subjugue les foules :

"Dans le Bordelais, de sa Gironde à sa Périgourdine, rien ne donne le gourdin comme un bon boudin, rien n’est bon contrairement au cochon ! Entre ses deux mères (quelle abjection !), entre ses côtes bordelaises (indignité !), gavé de médocs et autres potions (déchéance) le Bordelais est au bord du gouffre ce que l’aquitain est au bord des Landes ! Vive les cochons ! Vive le lisier épurateur !"

C’est un des rares échecs d’Anatole Legrain-Gallet. Les aquitains ne s’acquittent de rien et au cochon, ils préfèrent le canon, celui de rouge comme celui de blanc.

Mais las, dans une Europe de plus en plus hérissée de miradors et de forts avec le vent du nord qui soufflait fort et poussait les bateaux au port, ce qui devait arriver arriva. Un jour, il y faudra bien qu'il y ait la guerre, on n’y peut rien , on dit, c’est le destin.

Et voici Anatole de retour dans sa Belgique natale, capitaine dans le génie militaire. Et de génie, il va en faire preuve notre avant-gardiste trop en avance sur son époque d’attardés. Pensez donc, c’est à lui qu’on doit autant de pétulances de l’esprit telles que le canon à Bretons, qui tirait des Bigoudènes en tenue, la frite de tranchée, qui allait si bien avec le gaz moutarde, ou l’idée totalement saugrenue de faire donner des ordres en Flamand aux soldats flamands, arguant que c’est toujours plus agréable de mourir pour rien en comprenant qu’on est mort pour rien.

Vu ces faits d’armes, on ne le sait que trop peu, Anatole Legrain-Gallet fit partie de ceux qui assistèrent à la signature de l’armistice dans un wagon à Compiègne. C’est en ce 11 novembre 1918 que la vie d’Anatole prend un tournant décisif bien qu’inattendu. Les voies du Seigneur sont impénétrables contrairement à celles d’Anatole.

En effet, Anatole, courageux, génial, mais grand distrait comme tous les inventeurs, tout à la signature d’un acte, qui, il le sent, amène enfin le monde sur la voie d’une longue période de paix et de prospérité, ne voit pas que le général major Detlof von Winterfeldt de la délégation Prussienne,  a déposé négligemment son casque à pointe sur une chaise. Anatole s’assied…

 

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La signature de l'armistice, le 11 novembre 1918, en présence du maréchal Floche qui avait tiré la queue du Mickey pour refaire un tour gratuit (il ne l'eurent qu'en 40), d'Anatole legrain-Gallet et de Mireille Matthieu.

 

C’est au cours d’un long séjour de convalescence dans le service proctologie de l’hôpital Notre-Dame-des-Causes-Profondes d’Entube, d’Antibes, pardon, que notre inventeur Wallon produit ce qu’on peut appeler son œuvre majeure, qu’il dédia à son postérieur, ah non, à la postérité je veux dire. Une œuvre culottée qui entrera dans le annales de l’histoire des sciences.

C’est bien sûr pendant ce séjour qu’Anatole invente le mange-debout. C’est également durant cette période qu’il crée trois œuvres écrites majeures, un roman d’anticipation "Histoires à dormir debout ", un essai sur le patriotisme : "je préfère mourir debout que vivre couché", et un traité d’anatomie, "L’épine dorsale".

Mais parmi moult inventions magnifiques et remarquables de ce séjour fécond, il en est une qui est à la vie moderne ce que l’air est au poumon. Particulièrement indispensable à l’heure actuelle à de nombreux adeptes des forums, aux spécialistes de service et de tout poil, aux permanents du débat politique télévisé, aux philosophes cathodiques divers.

Je veux bien entendu parler de l’enfile-mouches. Comment imaginer en effet un bon débat de pinailleurs sans ce petit appareil en forme d’entonnoir muni d’une partie adaptable à l’humain et d’un tout petit, tout petit petit, tiny petit bout à l’opposé. Imaginez vos écrans d’ordinateur ou de télévision qui deviendraient illisibles, constellés de restes de drosophiles et autres syrphes et éristales, explosées crûment et sans autre forme de procès. Sans l’enfile-mouche Legrain-Gallet, il ne serait plus possible au débatteur moderne de sodomiser les diptères sans coup férir. Et vous internautes passionnés de vin, que serait votre verve féconde sans l’enfile-mouches. Combien d’interminables joutes sur la minéralité pointue du cru de la race du terroir se termineraient en

"Fichtrement goutu celui-là."

"Tu trouves ?"

Si la paternité de l’invention est tombée dans les oubliettes de l’Histoire, on se souvient pourtant du slogan publicitaire qui accompagna la sortie de l’objet en 1932.

"Avec l’enfile-mouches Legrain-Gallet, de la surprise le diptère se remet !"

Anatole Legrain-Gallet est également un des penseurs les plus ahurissants du 20ème siècle. Dans un prochain épisode, nous résumerons sa pensée vertigineuse.

Je vous remercie de votre inattention et j’espère ne pas avoir répondu aux questions que vous ne vous posiez pas.

 

Nicodème Abélard Leruth baron de la motte sous-comte de la Tichauvent

 

P.S. : aujourd'hui, c'était moitié prix sur les majuscules, alors j'en ai foutu partout. Prout ! 

 

 

 

 

 

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Bourgogne Live 05/04/2011 18:01



Ahurissant , c'est bien le mot qui me vient tout de suite à l'esprit que tu as bien malade mon cher Rustre. Comment peux-tu bien faire cohabiter dans ta petite caboche autant d'auteurs inspirés :
Desproges, Lapointe, Sempé et Audiard ?


Tu devrais remettre d'ailleurs une médaille du mérite à tous ceux de tes lecteurs qui parviendront au bout de ta prose sans défaillir de rire !


PS: il manque un "e" dans "encore un foi sa rhétorique brillante


inadmissible :-)


François



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