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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 08:12

 

303 (2) 

 

 

Les épisodes 1 à 4 : les liens.

 

 

La Chapelle, Episode 5.

 

-Du calme, du calme. Rex, tu vas arrêter oui !

Puis

-Capitaine, il y en a une des deux qui se réveille !

-Tant mieux. Mais celle-ci à l’air de se porter bien aussi. Elle… elle dort, je crois. Bon sang, tu le crois ça Georges ?

-Je ne crois plus rien. J’en ai déjà vu, mais là, je dois dire que c’est du lourd. Répondit un homme sur la droite de Sandrine. Il continua.

-Mais tu me dois une frite. Je t’avais dis qu’on les retrouverait ici !

 

Cécile sentit d’abord le froid. Un froid glacé, plus du tout cette douleur qui partait de son sexe et irradiait ses entrailles, mais le froid sur sa peau, dans ses narines. Puis elle ouvrit les yeux.

L’homme fit asseoir son chien, ce Rex à la langue amicale mais malodorante et l’aida à s’asseoir.

-Attendez, mademoiselle, je dois juste vous emballer et une civière va arriver… Cécile se laissait manipuler comme une poupée. Elle vit passer un brancard, avec dessus Sandrine, évanouie, emballée dans une couverture de survie… argentée.

(comme ses yeux).

Les hommes et les chiens avançaient en mode ralenti, emmitouflés dans d’énormes parkas, des uniformes de pompiers. Ils produisaient de gros nuages en respirant. Un gros type avait sa barbe couverte de givre. Cécile était assise à même la neige, à même le sol, au milieu de ce qui avait peut-être été une clairière fort longtemps auparavant mais qui maintenant était encombré de chênes et de frênes tordus. A sa droite, s’élevaient les ruines d’une petite chapelle sans toit au milieu d’un cercle de six hêtres antédiluviens, dont les troncs et les branches traduisaient les tourments. Tout autour d’elle s’étendait un champ de pierres et de bouts de murs qui dépassaient comme des chicots épars du sol, de la végétation ancienne et sauvage et de la couche invraisemblable de neige. Elle-même se retrouvait maintenant appuyée sur un haut morceau de maçonnerie qui semblait être le reste d’un âtre et d’un départ de cheminée. Cécile vit encore qu’il neigeait. Elle entendit encore Georges s’étonner du fait que malgré la neige qui n’avait cessé de tomber depuis minuit, les deux filles étaient recouvertes par quelques flocons à peine… Puis on lui coupa l’électricité pour cause de surchauffe. C’était tout aussi bien.

Les lits de la clinique Reine Astrid de Malmédy étaient confortables. Sandrine n’avait pas prononcé un mot depuis son réveil. Cécile pas beaucoup plus. Elle voulait savoir si leurs parents avaient été prévenus. Oui, ils l’étaient et étaient rassurés. Ils prenaient le premier avion disponible mais ne seraient pas de retour avant le lendemain soir. Elle voulut savoir quand elles pourraient rentrer chez elles. Le lendemain en début d’après-midi si les examens étaient bons. Mais il semblait qu’ils le soient. Elle avait raconté leur aventure par bribes, en raccourci, terminant juste avant l’épisode des lumières dans la forêt. A partir de là de toute façon, c’était le brouillard d’un rêve. Un rêve honteux. Un rêve tout bonnement dégueulasse. Un cauchemar à oublier et à ne surtout jamais raconter, surtout à Sandrine.

(La douceur de ses lèvres pourtant…).

Elles avaient été auscultées, examinées, tripotées dans tous les sens. Et un repas ? Nous n’avons pas très faim merci. Un bon petit Baxter alors. Ca ne peut pas faire de mal.

Et maintenant, le Docteur Georges Jeandebien se tenait devant elles, appuyé sur le lavabo, tapotant un classeur, l’air ennuyé et dubitatif.

-Quels sont vos derniers souvenirs mesdemoiselles ?

Ce fut Cécile qui parla en premier. Avec un naturel confondant.

-Je vous l’ai déjà dit. Nous avons du quitter le sentier à un moment. On a rampé dans la forêt. Et puis c’est le flou. Puis ça été un chien qui me léchait la figure. Pourquoi vous insistez ? On vous l’a déjà dit, à vous, aux pompiers, et même à un inspecteur de je sais pas quoi.

-La police judiciaire. Vous devez bien comprendre mesdemoiselles que vous êtes des miraculées. Pour des croyantes comme vous l’êtes, comme on me l’a dit, cela coule peut-être de source mais pas pour moi. J’ai cinquante ans et je n’ai jamais vu ça. Bon… Vous savez la température qu’il a fait cette nuit ? Dix-huit degré… mais SOUS zéro. Et il a neigé quasi toute la nuit. Et on vous retrouve ce matin, non pas gelées et ensevelies mais… tièdes ! Comme si vous sortiez de votre lit…

(ou du coin d’un bon feu)

-Enfin tièdes… à peine une légère hypothermie avec 35,5. Tièdes et à peine couvertes d’une fine pellicule de neige. Alors comprenez qu’on s’inquiète… Nous avons plutôt l’impression que vous avez passé la nuit ailleurs, à l’abri, au chaud… et qu’on vous a transportées là au matin, avant que nous arrivions.

Sandrine reprit alors, de son bon vieux ton accusateur de gardienne de la foi.

-Et puis quoi encore ? Qu’est-ce que vous voulez qu’on vous dise. Qu’on s’est faites enlever ? Par des terroristes ? Ou bien vous pensez qu’on vous fait une bonne petite farce ? Tout ce dont je me souviens, c’est ce que vous a déjà raconté Cécile. On a marché dans la tempête. Je priais. Je priais. J’étais sûre que j’allais mourir. Et puis plus rien. Je me souviens vaguement d’une chapelle.

-Une chapelle oui. La chapelle Saint Roch aux Brigands Fayis. Là où on vous a retrouvées. Mais vous savez jusqu’à quelle heure vous avez marché ?

-Bien sûr, continua Sandrine, je regardais ma montre toutes les cinq minutes… Bien sûr que non. Je vous dis que tout est flou !

Cécile, elle, droite comme un i dans son lit, gardait le silence. Concentrée sur ces mots qui valsaient dans sa tête. Des mots qu’elle ne pouvait pas connaître mais qu’elle avait entendu. Brigands Fayis.

-Ecoutez mesdemoiselles. Je… vous êtes en état de choc. Mais bon. Dans l’ensemble vos constantes sont bonnes. On va attendre les résultats de vos prises de sang.

-Prise de sang ?

-Hum… pour voir si.. on vous a fait ingérer quelque chose. Des drogues…

-Mais vous pensez vraiment que…

-Docteur, reprit Cécile, blême maintenant, vous… ces drogues… vous pensez à un truc pour…

-Un truc pour abuser d’une jeune fille sans qu’elle s’en souvienne, ou juste à peine dans ses rêves. Vous voyez le genre ?

-Non ! Non ! Vous divaguez ! Sandrine se contenait de manière héroïque mais peut-être n’avait-elle pas rêvé elle. Cécile fut sur le point de tout raconter mais le Docteur sourit.

-Je ne veux pas vous alarmez. Nous vous avons également pratiqué un examen gynécologique. Il n’y a rien. Aucune trace. Pas de coups. Pas de marques. Rien.

Mais bon… ce ne sera pas la première fois que la chapelle Saint-Roch fera dans le mystérieux ! Ca devient même une tradition.

-C’est-à-dire ? demanda Cécile partagée entre le fait de se lever pour le gifler, à cause de l’examen intime, et le fait de lui sauter au cou. Rien. Rien qu’un rêve malsain.

-La chapelle Saint Roch est très connue dans la région. Je connais peu de gars parmi mes bons et solides patients ardennais qui oseraient s’y attarder à la tombée du jour.

-Pourquoi ?

-C’est un peu long à expliquer.

-Vous en avez trop dit docteur… ou pas assez.

-Mouais… allez, cinq minutes alors, en résumé. Et parce que l’histoire locale c’est mon violon d’Ingres.

Finalement, le récit prit plus de cinq minutes. Mais on était dimanche en fin d’après-midi, à la fin de son service et une fois parti, on ne pouvait plus l’arrêter ce bon toubib.

En fait, le lieu dit des Brigands Fayis croulait sous l’histoire et les légendes. Des fouilles archéologiques assez mal faites au début du 20 ème siècle avaient mis à jour des indices d’une occupation cultuelle celte puis romaine. De cette ancienne tradition, une source dédiée à saint Roch avait gardé la réputation de guérir la rage. Puis au Moyen Âge, le lieu, situé à un carrefour important vers Liège, l’Allemagne, le Brabant et que sais-je encore, situé aussi en limite de plusieurs principautés féodales, devint un lieu de justice. Le Duc de Limbourg, qui possédait ces terres, rendait la Haute Justice sous les six hêtres (des fayis en wallon) et pendait haut et court les mécréants aux arbres. Pour loger ce petit monde, on construisit une auberge, puis une chapelle dédiée à Saint Roch, au milieu de ce qui étaient alors des champs et des prés. Il y eu même pendant des décennies un marché aux bestiaux qui se tint là. Puis le Moyen-Âge avançant, les lieux tombèrent dans l’oubli, revinrent à la forêt. Jusqu’au moment des guerres de religion. Les principautés wallonnes eurent leur lot de persécutions religieuses et le sinistre Duc d’Albe y eut son mot à dire, l’inquisition et les bûchers d’hérétiques aussi. Dans cette période de remises en question de la foi, un abbé de Sart, nommé Gaspard Lequeu, entouré de paroissiens des alentours prit l’habitude de dire la messe dans la chapelle Saint Roch. Sorti d’on ne sait où, un prétendu seigneur Mathieu de Lontzen se joint au groupe et fit restaurer à ses frais chapelle et auberge. Prétendu, parce qu’on ne trouve aucune trace historique du personnage hormis… dans les minutes du procès pour hérésie et abjuration de la foi qu’eut à subir le groupe en 1570. A cette époque, où il suffisait de dire sorcière si on n’aimait pas sa voisine, les rassemblements forestiers du groupe déchainèrent vite la rumeur : orgies, messes sataniques, sacrifices humains. La totale. Et les trublions furent arrêtés, questionnés, n’avouèrent jamais mais furent réduits en cendre devant le groupe de hêtres. En tout 6 personnes, dont le curé de Sart, sa bonne originaire de Solwaster, un docteur de Xhoffraix aussi. Mais pas Mathieu de Lontzen, qui avait fui on ne sait où, juste au bon moment. Depuis le lieu avait une réputation inquiétante. La légende y situait des disparitions, des apparitions de chasses fantastiques, de lumières spectrales. Rien n’était étayé bien sûr.

Sauf pour ce qui c’était passé 10 ans auparavant, évidemment. Un jeune couple Christophe et Laetitia Delhez s’étaient, eux-aussi aventurés sur les sentiers un jour de tempête, en janvier 1999. Mais ils avaient eu moins de chance. On avait retrouvé leurs corps près de la chapelle… deux jours après le dégel. Le docteur avait participé aux recherches. Ils avaient à peine 25 ans. Ils étaient enlacés, souriants, morts heureux semble-t-il. Le Docteur en avait perdu le sommeil pendant un bon mois. Alors le matin, vers 6 heures, quand le capitaine des pompiers de Malmédy lui téléphona, le ton morne et grave et lui avait dit :

-C’est l’anniversaire des deux gosses Georges, on a une nouvelle disparition.

Le capitaine des pompiers, Léon Lallemand était un vieil ami mais il était arrivé après qu’on ait retrouvé les deux gosses. Sans réfléchir, le Docteur lui répondit.

-Vous avez déjà fouillé du côté de la Chapelle des brigands Fayis ?

-Tu rigoles ? J’ai une centaine de types qui se gèlent les couilles depuis minuit autour de Malmédy, de Stavelot et du signal de Botrange. Mais on peut pas faire de miracle Georges, on n’a pas encore été jusqu’à la chapelle. C’est au milieu de nulle part et sur le plateau. Elles faisait le GR, elles ont du suivre les vallées après Reinhardstein…

-Envoie une équipe je te dis. Je m’habille et je vous rejoins… disons à Solwaster. On va grimper sur le plateau par le rocher de Bilstain.

-Georges… c’est pas du tout dans la bonne direction par rapport à leur itinéraire probable.

-Et tu as des résultats sur leur itinéraire probable ? Non. Donc fais moi confiance Léon. Et tu me paies une frite si on les retrouve OK ?

Et Léon avait pris dix hommes. Et le dimanche après-midi, c’est le docteur qu’il avait pris, à part, dans un couloir de la clinique de Malmédy.

-On n’en reparle plus jamais, d’accord ? Je ne sais pas le comment et le pourquoi de tes intuitions, et je m’en fous. On les a retrouvées, c’est le principal.

Voilà c’était tout. C’était beaucoup. Trop pour les deux filles. Parce qu’un rêve, ça allait, mais un rêve surnaturel… Parce qu’il s’agissait bien de ça non ? Mais le Docteur partit. Les deux filles n’abordèrent plus le sujet. Mais le sujet, il restait là évidemment, lourd, encombrant, insurmontable. Alors il y eut des pleurs, des engueulades, des mouchoirs de sorties. Les mouchoirs, pour Sandrine essentiellement, sur laquelle Cécile s’était déchainée. Psychorigide c’est un état de fait mais enfoirée bouchée et bornée ça devient des insultes. Dans la soirée, il y eut encore les résultats d’analyses, muets pour la plupart. Pour la plupart.

Et puis il resta du silence et de la gêne, le pire peut-être pour des gens qui s’aiment…

L'épilogue de l'histoire mercredi ! 

 

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