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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 00:00

Dommage que le soleil ne soit pas de la partie pour cette coupe du monde 2010. Je pourrais profiter de la tiédeur des couchers de soleil sur ma terrasse ou dans mon jardin. Je ne reçois que les chaines nationales belges francophones, je ne suis pas particulièrement branché feuilletons français à scénarii boiteux en redifs éternelles (la grande spécialité de nos chaines belges) et surtout je HAIS LE FOOT et les FOOTEUX. Alors, c'est bonnard, même crevé par ma journée, les enfants et tout le toutim, je retrouve le courage de lever mes grosses fesses le soir au lieu de m’affaler dans le divan. Je vais jardiner.

Photo22 (2) - Copie

J’ai bien regardé un peu la coupe pour tester l’effet irritant des fameuses vuvusellas mais las, j'en ai eu marre du match avant d’en avoir soupé des trompettes africaines. A la limite, je trouve un intérêt collatéral à l’émission de footeux d'après match de la RTBF. Essentiellement pour découvrir l'attentat vestimentaire quotidien du chroniqueur Stéphane Pauwels ou pour savoir dans quel sens la langue de la vache gomineuse a travaillé les cheveux du présentateur ce soir.

Aïe… je suppose que je vis les derniers instants de mon blog, que mon Blog Rank va lamentablement et définitivement stagner à zéro, aussi désespérément plat que l’électroencéphalogramme d’un fan de foot qui apprendrait que la finale de la coupe de Belgique entre Anderlecht et le Standard est remplacée en dernière minute par un épisode inédit de "Joséphine, Ange gardien". J’ai fait mon coming out. Je l’ai dit. Le foot et surtout la ferveur religieuse dont ses adorateurs l'entourent me gonflent au plus haut point.

La coupe du monde est un moment difficile pour moi. Comment vous décrire le regard d’incompréhension de mes collègues quand immanquablement le matin, ils me demandent "et alors, t’as vu le match d’hier soir" ? Quand je réponds, "ben non, tu sais moi le foot...", je vois bien aux puits sans fonds que deviennent leurs yeux, se voilant d’un rideau soyeux de mépris et d’incompréhension, qu’une fracture se produit, une faille infranchissable entre moi et eux, entre les gens normaux et les associaux intello sportiphobes comme moi. Des drôles même pas drôles qui en s’excluant du foot, s’excluent en même temps de l’humanité et de la connivence confraternelle virile des mâles qui savent pourquoi. Moi, non , je ne sais pas pourquoi et je ne l’ai jamais su.

Tout petit déjà… Le problème vient du fait que je n’ai jamais trouvé le moindre intérêt à courir derrière une balle avec 10 autres morveux, pour la taper dans le but des onze autres tafioles. Comme dirait mon fils de 4 ans : "ben, prends-le dans tes mains hein, le ballon, c'est plus facile". Le malheur est que dans une cour de récré, quand toute la marmaille mâle, ou en passe de le devenir, décide de tâter du ballon, t’as pas le choix. Soit tu déclines et tu te retrouves à jouer seul ou pire avec les filles, soit tu intègres une équipe. Mais bien sûr, ne ressentant aucun intérêt pour la chose, la course à la baballe, tu t’y appliques pas et très vite tu te retrouves avec l’étiquette désagréable de celui qu’est choisi en dernier dans l’équipe et que quitte à jouer à 10 contre 12 on aurait mieux aimé qu’il soit dans l'autre d’équipe…

Bref, le foot pour moi, dès le début, est relié à des sentiments désagréables d'exclusion et de regards en coin.

Pourtant, je le promets. J'ai fait des efforts. J'ai regardé des matches à la télé avec mon frangin. Si si… sérieux et tout. En tenant pour une équipe et en gueulant ouwaiiiiiiiisss goooooooooaaaaaaaallllll quand ils marquaient, en éructant contre l’arbitre ou la faute de Bouboulovitch dans le rectangle, comme mon frère.

Pile poil tout pareil.

Mais ça ne prenait pas. Je ne comprends pas. Bon… Il faut dire que m'emmerdant un peu, j’en remettais une couche questions beuglements et insultes. Une grosse couche même. "A poil l'arbitre" une fois ça va, mais 137 fois en 10 minutes ça peut énerver. Quand tu hurles "ouais goal !" à tout bout de champ, même quand il ne se passe rien, même pendant les pubs ça commence à lasser le voisin de soirée!

Puis quand tu commences avec des

"Meurs, vil félon",

"Fluctuat mec, vergetures !",

"J'vais t’épiler le fion avec les dents moi, espèce di magneu d’savion", (1, voir note en bas de page)

"Vasse tchir ê mouss, on vêreut’t’ cou !",  (2, idem)

c'est clair, tu t’exclus toi-même de la lutte, ta dialectique ne te permettant plus de rester en contact avec la base. Mais ce qui énervait le plus mon frère je crois, c'est que je changeais continuellement de camp au cours du match, à la faveur des retournements de situation, je retournais ma veste pour porter aux nues le club dominant, conspuer l'autre de mes harangues, productrices de mots disgracieux autant que de postillons épais. Je me suis donc vite fait interdire de match à la maison paternelle.

Dommage, on buvait des bières, on mangeait des chips et on se grattait les couilles. Moi j'aime bien de manger des bières, boire des chips et raconter des couilles, si pas pire.

P4260166

"L'affaire Anelka", photo fournie par le journal l'Equipée Sauvage.

Légende : "Va te faire zigounettopiloupiler rétroactivement par l'astragale, espèce de phylactère !" "Hé, c'est çui ki dit ki est. Arrête de dire ou Saint Nicolas ne passera pas !" Avec de gauche à droite : Raymond Domenech, Franck Ribery, Nicolas Anelka (on voit bien sa colerette et ses cornes), Roselyne bachelot (cachée en partie) et Nicolas Sarkozy (le playmobil de droite).

 

Alors aller au stade… ne m'en parlez pas. Je pense que je serais le premier humain à atteindre Mars à coups de pied au cul. Mais là aussi, ça me plairait bien (d'aller au stade, pas sur Mars le derrière en feu). 

Ca à l’air festif. C'est mon truc ça, les holàs, les perruques rigolotes de toutes les couleurs, les chansons débiles et les instruments bruyants. Le stade, c'est vraiment un haut lieu de créativité artistique dissidente. Si si. Imaginez ce qu’on peut faire avec des vuvusellas. Osons !

Osons les chorales de pétomanes maniant de haut vol, l’air de rien, la vuvusella. Oublions le mystère des voix bulgares. Vive l’atmosphère des voies bizarres ! Un vent nouveau soufflera sur les stades ! Bon… mais là aussi, je doute d'être suivi. Pffff…frilosité du conformisme !

Donc, de par mon aversion pour le ballon rond me voici condamné à la solitude et au sobriquet peu flatteur "d'intello" durant toute mon enfance et mon adolescence (t'aimes pas le foot ? Alors t'es un intello). Mais cela n'explique pas, je le crains, toute mon aversion pour ce sport.

Mon frère, et des années plus tard mon neveu, se sont pris de passion pour ce sport si populaire (par populaire, j'entends qui séduit tout le monde, de l'ouvrier d'aciérie au prof d'unif, en passant par les riches, les pauvres, les vieux, tout le monde, sauf moi).

Ils ont intégré des équipes locales de bouts de choux et de façon assez rigolote pour une pratique qui l'est moins, il leur est arrivé la même mésaventure. Intégrés un peu sur un coup de tête dans un club sans leurs amis, ils n'y prospéraient pas, d’autant plus que durant un an, la plupart de leurs temps de match se passaient sur un banc.

On a beau dire, mais c'est assez frustrant pour le gamin et surtout pour les parents qui ont  casqué pour l'inscription au club , pour l'équipement et les assurances.

Payer une assurance en cas de rupture du banc sous le poids de l'ennui voilà qui défriserait le cigare à moustache du plus placide des citoyens.

Il se fait que pour mon frère comme pour mon neveu, les hasards scolaires et footbalistiques (hasards dont la traduction en terme de lois mathématiques ficherait des migraines au fils naturel d'Einstein et de Planck) ont fait que les potes des deux zigues se sont retrouvés dans une autre club que le leur. Mon frère ou mon neveu (je signale pour la généralisation de l'exemple que les deux anecdotes sont distantes d'une vingtaine d’années et de 200 km), qui dans leur club d’origine ne se sentaient pas vraiment indispensables, hormis au polissage du vernis des bancs de touche donc, ont demandé à changer de club pour rejoindre leurs potes. Et c'est là que l’anecdote devient merveilleuse et me donne une furieuse envie de débouler dans un stade armé d’une sulfateuse.

Pour changer de club, mes parents comme ma belle-sœur ont du racheter leur gosse au club d'origine. En plus de l'inscription et de tout ce que coûte déjà ce sport de cons. Bon, ils appellent ça autrement hein dans les clubs, je pense. Un transfert qu'ils appellent ça. Transfert ? Avec des gosses qui s'amusent lors d'un hobby ? Transfert ? Celui de la psychiatrie ou celui d'Actarus juste avant la métamorphose ?

Non, On ne dit pas "ben, va falloir que vous nous rachetiez votre gosse hein, m'sieur si vous voulez qu'il aille jouer ailleurs". Mais bon, l'esprit est là. Dieu me garde que mon fils s'entiche un jour de rentrer dans un club. Je ne sais pas pourquoi, mais si la traite des êtres humains est un sujet qui me rend morose, quand elle est appliquée à mon fils elle réveille en moi l'instinct ancestral du Celte amateur de démonstrations vulgaires et voyantes et je me dis que le crâne poli et rutilant d’un président de club de foot villageois sur la calandre de mon peugeot partner ferait de moi un chef de tribu respecté.

Vous voyez ? Je parle de foot pendant 10 minutes et déjà, mes écrits deviennent inaudibles, noyés sous une déferlante brutale de haine et de violence aveugles. Ca, c'est l'autre aspect du foot qui me donne des éruptions cutanées au niveau du fondement.

Je pense qu'un de ces matchs devant lesquels j'exerçais ma virilité sportive durant mon adolescence m'a fait définitivement basculé du côté obscur de la force. Je n'avais jamais vu autant de connerie brutale concentrée en si peu de place ni en si peu de temps. Bon, j'avais quatorze ans aussi. On s'emballe pour un rien, idéaliste qu'on est. C'est qu’on défend encore des principes et qu'on est encore bercé d'illusions et de combats à mener à cet âge là , même au milieu des années 80. C'était un chouette match.

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"Michel, il est content !", Aquarelle sur pneu de Eric Cantonna, artiste nihiliste.

 

D'ailleurs Platini était très très content à la fin. Le match opposait des Italiens et des Anglais et se déroulait au Heysel. C'est bizarre, mais après, je n’ai plus eu honte de dire ce que je pensais des footeux. Quand je pense que ces cons surpayés ont fait roulé leur foutu ballon sur le cadavre d'une quarantaine de personnes. Soi disant parce que les supporters n'auraient pas été contents et que ça serait devenu pire encore s'ils n'avaient pas joué. Peut-être aussi que sans match, il y aurait eu des problèmes de sponsors. Je le reconnais, je n'en sais rien, c'est une affirmation gratuite. N'empêche que l'excuse du tifosi italien déchainé pour continuer le match…

Donc voilà, les mecs se bousculent et se piétinent, il y en a plusieurs dizaines au tapis mais bon, si on ne joue pas y vont finir par se fâcher vous savez… alors on joue. Toute façon , on savait pas qu'y z'étaient mort hein les cadavres au sol…

Et donc voilà un sport qui vaut la peine qu'on meure pour lui, pas parce qu'on y joue, mais parce qu'on regarde. Alors évidemment, on m'accusera de poujadisme. On me dira qu'il faut séparer la beauté du sport des épiphénomènes sociologiques qui l'entourent, que la violence autour et dans les stades sont le fait d'une minorité…

Certes, mais bon, il y en a beaucoup de sports où, aussi souvent, ça crie comme des singes dans les tribunes quand un joueur noir entre sur le terrain ? 

Où on organise des batailles rangées après les matchs pour se la refaire un peu plus saignante ?

Où les gloires, exemples de la jeunesse, claquent un coup de boule à l'adversaire à moins qu'ils ne traitent leur entraineur de tous les noms ?

Au moins au hockey sur glace ou à la boxe, c'est sur la piste ou le ring que ça se met sur la tronche. Et les coups y sont beaucoup plus francs et décomplexés que les tacles vicieux des joueurs de foot. Soit dit en passant, je ne connais pas beaucoup de sport où quand les joueurs sont pris en flagrant délit de tricherie ou de conduite limite malhonnête (tacle, tirage de maillot, coup du "je tombe tout seul et je hurle comme un veau à l’abattoir" etc…), ils te la jouent genre môme pris la main dans le sac qui dit "ben non m'dam, c’est pas moi, j'ai rien fait, je le jure, m'dam, sur la tête de ma mère m'dam"…

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Championnat du monde de curling, Styghrtdthchnun, Pays de Galles, 2010. Au centre, on reconnait Tony Hayward, patron de BP, qui après une bonne tranche de régate, s'éclate au curling. Il est content, il s'en fout lui, Tony, c'est pas dans son jardin qu'il y a du pétrole qui coule... (derrière lui, cachée, Roselyne Bachelot). A droite, on saluera la présence du commisaire Bourrel, venu résoudre l'affaire Anelka. Il s'est visiblement trompé de plateau. Il aurait pourtant déclaré "Bon Dieu mais c'est bien sûr" !

 

Ouais, bref, n'empêche que c'est pas aux championnats mondiaux de curling que les mecs se savatent la gueule comme des gueux. Je ne sais pas moi, il y a un contexte tout de même. Quand je vois mon innocent rejeton de 4 ans revenir de l'école ou de chez mon neveu (le footeux dont il était question plus haut) et me sortir « Anderlecht, champion, Standard c'est des couillons » ou autres tirades poétiques dont seuls les footeux ont le secret (la poésie footballistique étant à la culture ce que la pétomanie est à la musique, un truc rigolo mais un peu con-con sur les bords au milieu), quand je vois mon fils me chanter des conneries pareilles et me dire "dis, je pourrais aller dans un club ? ", j'ai peur.

J'ai néanmoins des raisons d'espérer. Samedi, au match en cours, il a préféré sur la Une le mariage de la princesse machin chose de Suède. Pas pour longtemps, il est vite reparti dessiner. Faut pas déconner quand même, je ne vais pas lui faire prendre goût aux rois et aux princesses dans un pays qui va être dirigé par Bart De Wever.

Pas violent le foot ? Va un peu voir un match dans une équipe amateur du village le plus reculé des Ardennes, tu verras si ça se la joue toujours "respect de la beauté du sport". "Allez vas-y René, tacles-y sa gueule, fais lui bouffer la pelouse !", "Allez hein, gamin, cours hein, te laisse pas faire, donnes-y un coup de coude…"

Non, le foot est le seul sport qui déclenche autant la folie meurtrière. Il n'y aurait que l'écoute en boucle, 6 fois de suite, des œuvres complètes de Francis Lalanne qui atteindrait un effet similaire. Mais bon ça compte pas, c'est pas un sport (quoi que) et pis personne n'est jamais parvenu au bout de l’expérience, vivant, ou encore capable de raisonnements intellectuels plus profonds que "Est-ce qu’on ne se ferait pas encore une bière ? "

Oui, j'ai du mal avec le foot.

Du mal.

Du mal avec les mecs vautrés dans des canapés enfournant les pizzas et les cannettes de jupiler ou de carapils, vêtus de bobs et d'écharpes aux couleurs et à la symbolique criardes, se grattant mollement les burnes entre deux goals où ils se lèvent en hurlant et soi-dit en passant, en maculant irrémédiablement la moquette de maman de taches rougeâtres de quatre-saisons grasses ou de "hawaïennes" sucraillones mélangées de bière, du mal donc à comprendre que des gars comme ça puissent se lever à la fin et déclarer, sérieux comme des papes qui croiraient à leurs propres mensonges, ON a gagné ou ON a perdu… Les mecs en short sur le terrain, je veux bien, c’est quand même eux qui poussaient la balle, mais les supporters ?

Du mal avec la bonne trentaine de puits creusés en Afrique tous les mois qu'on pourrait se payer avec un seul salaire mensuel d'Anelka. Je n'ai aucune idée du nombre de vaccins ou simplement de rations alimentaires quotidiennes que représentent les bons 500 000 euros annoncés pour le susdit salaire. Un paquet sûrement.

Du mal avec ces troisièmes mi-temps télévisuelles où le match est disséqué, rejoué, les joueurs interviewés, avec toujours les mêmes répliques du style "je crois que si on n'avait pas perdu, ben je pense qu'on aurait pu gagner".

J'ai du mal avec le foot. Et 10 posts comme celui-ci n'arriveraient pas encore à vider l'abcès.

Du mal.

Mais ce n’est pas grave, ce sera bientôt fini. Et grâce à la RTBF, je pourrais de nouveau m'affaler devant la 6ème diffusion en deux ans des trois mêmes épisodes de Julie Lescaut, de Joséphine ou, fin du fin de la production française de qualité répondant aux normes de l’exception culturelle… Père et Maire…

 

Défrisant non ?

 

(1) : Wallon de l'Est du Pays de Herve : mangeur de sable : habitant de la Campine, par extension, flamand. 

(2) Insulte en Wallon de Liège : Traduction : va, donc hé, banane ! Traduction littérale : Je vous saurais gré d'aller déféquer dans la Meuse mon Brave. Cela nous permettra d'admirer votre séant.

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Published by le rustre - dans Chroniques rustiques
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commentaires

Go6s 22/06/2010 19:16



Style percutant que j'admire !


Ces sentiments et appréciations sont totalement partagées !


 



enzo d'aviolo 22/06/2010 11:56



juste enorme.



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