Mardi 31 mai 2 31 /05 /Mai 06:15

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Mouettes-vous années de jeunesse ?

 

 

Comme je vous le disais l’autre jour, le fonctionnement d’une mémoire est fascinant quand elle navigue dans le brouillard du lointain. Ce qui vous touche, parmi des jours et des jours de vie, des choses futiles qui sont celles qui restent gravées et résument tout le reste.

Des chansons et des films...

 

  

Des noms aussi. Gennaro Tornincasa. Voilà le nom très improbable et pourtant tellement couleur locale du présentateur de « Liège matin » dans les années 80. Entendre son nom à la radio l’autre jour m’a immédiatement mis la gueule dans cette foutue brume d’un autre monde.

En 1984-1985, alors que je rentrais à l’Athénée Maurice Destenay de Liège. Je revois les trémies défiler et les bouchons s’égrener sur les quais de la Meuse alors que mon père m’emmenait à l’école. En écoutant Liège matin. Il y a des morceaux qui reviennent. Pourtant, je ne dois pas les avoir entendu sur Liège Matin mais plutôt sur des fêtes foraines, des manèges. Il y a Radio ga ga, Jump, la musique de Giogioz Moroder sur une histoire sans fin, SOS fantômes. Je ne sais pas pourquoi mais l’évocation de cette période lointaine invite immanquablement la pluie. La grisaille. La crasse. Je découvrais Liège et Outremeuse après une enfance strictement verte et campagnarde.

Mon père voulait absolument m’inscrire dans une « école convenable », où je pourrais apprendre le latin pour faire des grandes études après. Ben voyons. Quand il alla m’inscrire en août, la première chose qu’on lui demanda, c’était sa profession et son diplôme. Il répondit technicien, à l’Université siouplaît, et électricien pour la formation. On lui répondit alors qu’il était préférable pour son fils (moi) de suivre l’enseignement des sections dites « modernes » et pas celui des sections latines.

Le latin c’était pour d’autres types d’enfants et d’autres types de parents. Les sections « modernes » qui dans ma tête, ont toujours par la suite correspondu à un ensemble flou où on n’apprenait certes pas le latin, mais surtout où on reléguait tous ceux qui échouaient en sections latines, une sorte d’enseignement de seconde zone. Mon père s’emballa, cria, en appela aux droits de l’homme, exhiba mes bonnes notes d’école primaire, menaça d’aller m’inscrire ailleurs.

Le professeur qui procédait aux inscriptions céda. Remarquez en passant qu’il s’agissait d’un professeur de morale laïque, vous savez, ces cours où, entre autres, on tente de vous inculquer des foutaises comme le libre examen, l’égalité entre les hommes, la démocratie qui donne des chances équivalentes à tous ses enfants. Enfin des carabistouilles quoi.

Donc, il céda et m’inscrivit en classes latines. Mais pas dans n’importe quelle classe. Subtilement, enfin si on veut, la première année des sections latines étant divisée en 4 classes (1La, b, c et d), on m’orienta vers la classe 1Ld.

D, la dernière des 4.

Une classe de 36 élèves dont 80 pourcents étaient issus de l’immigration plus ou moins proche : essentiellement des Italiens, puis des Espagnols, des Marocains, un Allemand et un Français et des Belges, fils et filles « d’ouvriers », de « manuels ». A 12 ans c’était mon premier contact avec les concepts d’égalité et de non discrimination. Ca m’a beaucoup marqué.

Et j’ai donc passé ma première année de secondaire dans l’environnement très exotique des « Italiens de Seraing » comme on les appelait. Même si la plupart venaient de Liège ou de Bressoux, et des fabuleux immeubles de Droixhe, autre fleuron d’intégration belge (pour les Français, ces immeubles sont ou étaient ce qui se rapproche le plus de vos banlieues à pauvres).

Cette année m’a marqué donc. Elle fut loin d’être heureuse tous les jours tant je ne m’habituais ni à la ville ni aux caïds qui me prirent comme tête de Turc. Ca m’a pourri la vie et probablement orienté définitivement vers le côté obscur de la Force, même si je me soigne.

Mais aujourd’hui encore, quand je plonge, ce sont presqu’exclusivement les bons souvenirs qui remontent. Alors les gars, si vous désirez suivre un cours d’Italo-Liégeois des années 80. C’est demain. Sans l’accent parce que ça passe mal par écrit.

Et donc mes copains s’appelaient Salvatore, Pietro, Marcelino, Mohammed, Esméralda. Avouez-que ça a une autre gueule que Kévin ou Allison. Mais entre-eux ils se donnaient du Piétrouse, du Pardouse (du nom de famille Pardo), du Marchelouze… le tout en faisant trainer indéfiniment le "ouze". Ca donnait "Hé Piétrouuuuuuuzzzze" ! Ils s’en tapaient 5 ou se donnaient des bourrades viriles en se demandant des nouvelles "Hé Minga ti, Pardouuuuuuzzze, t’as vu le Standard la branlée de la mort qui z’y ont mis Minga soooooorrrr."

Demain, nous analyserons plus avant l’éthologie du mingati de 12 ans.

‘nga ti, kééénnn biesse ti ci là !

Par le rustre - Publié dans : Chroniques rustiques - Communauté : Made in Belgium
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