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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 00:02

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Le soleil s’est lentement couché, emportant avec lui la canicule pour laisser place à une tiédeur moite, agréable. Quelques nuages ont eu le bon goût de se joindre à sa majesté du Cagnard pour me démontrer que les couleurs, les ors, les roses et les ocres de Dame nature, c’est quand même quelque chose mon bon monsieur.

Les bruits épars de voitures de plus en plus lointains se fondent dans le cri de quelques vaches en mal de sensations. La noirceur s’empare doucement du jardin.

Ma femme et mon fils ne sont pas là, ma fille dort du sommeil du juste. Moi, je viens de terminer mon repas favori. Un carpaccio "généreux".

300 gr de viande de bœuf tendre à souhait, des champignons blonds et blancs, du basilic, de l’huile d’olive parfumée à la truffe blanche, du vinaigre balsamique, du sel de Guérande, du poivre noir, de gros copeaux généreux et épais d’un vieux bout de parmesan de fond de tiroir et surtout du basilic tout frais que je viens de cueillir au pied de mes tomates. Avec ça quelques feuilles d’une Lolo rossa fraichement arrachée, et un petit mélange tomates/basilic/ olives noires et mozzarella de bufflonne. De la vraie quoi, pas la merde juteuse et fade de Galbani.

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Je suis donc seul et comble du politiquement incorrect, je bois. Seul.

Ah oui, je sais, c’est loin de la notion de partage et de générosité qui peut servir de prétexte chez les alcooliques mondains. Mais être seul avec un vin, le calme, la nuit qui vient et ces saloperies de moustiques qui essaient de me bouffer, finalement, il ne manque que les vuvusellas pour mettre un peu d’ambiance non ?

Pour m’accompagner ce soir, j’ai choisi un chinon. Pas n’importe lequel. L’huisserie 2006 de Philippe Alliet. Il fallait bien quelqu’un avec de la présence pour remplacer la chaleur. C’est qu’on se sent seul quand on est enfin débarrassé de quelqu’un de trop pesant mais auquel on s’est presque habitué.

Je ne vous le décrirai pas ce Chinon. Ce n’est pas le propos. Ce sera plus tard, à la fin de l’automne quand tous mes rouges de Loire seront dégustés et digérés. De toute façon que dire ?

Cassis et poivrons si Ligériens ? Bien sûr oui. Les yeux fermés on reconnaitrait un cabernet franc des bords de Loire. Mais ce vin a une finesse, une présence, une justesse… qui signent probablement ces grands vins dont la perfection tranquille va au-delà de nos mots, des miens en tout cas. Un vin qui va parfaitement avec cette soirée, un peu moins avec le plat, mais le bonheur serait fade si il était parfait non ?

Ne m’emmerdez pas avec cette sempiternelle madeleine de Proust, ce ne sera que pour mes vieux jours. Les nuits d’été sont éternelles. De mon enfance à aujourd’hui, en passant par les moiteurs estivales de mon adolescence, ce sont les mêmes, peuplées de lièvres et de renards observés dans des champs de blés écrasés de chaleur languissante et de bestioles mal intentionnées et affamées, de lucioles divaguant dans les sous bois, de bruissements feutrés de feuilles, de grésillements de criquets… de serments échangés et de peines solitaires.

En attendant, le soir s’installe. Des criquets crissent. Une ou deux chauve-souris cabriolent entre les pruniers. Quelques lucioles sortent de l’ombre des buissons, vivantes enseignes de lupanars à six pattes. Soudain, le bruit caractéristique de piquants durs contre les herbes sèches se faufile le long de la haie.

Le gros hérisson ne me sent même pas. Il passe, afféré, à quelques centimètres de mes pieds.

Moi je reprends un verre de Chinon. Le ciel de velours se pique de quelques étoiles plus courageuses que les autres, au point que des formes deviennent reconnaissables. La queue de la poêle, que contrairement aux canadiens qui sont intelligents, nous nommons Grande Ourse, trône maintenant au-dessus de ma tête. 

Aux parfums délicats du vin se mêlent et contrastent la senteur lourde autant que vespérale du chèvrefeuille, l’arôme des framboises cuites par le soleil et même, plus fine et légère, la senteur de terre humide qui vient du potager que je viens d’arroser. Le crépuscule, le Chinon et moi, nous nous enfonçons plus profondément dans la nuit si silencieuse et pourtant vibrante de vie comme toutes les nuits des vraies campagnes.

J’ai encore des choses à ressentir et la vie est trop courte pour la diluer dans le sommeil…

 

Bonsoir à tous…

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Published by le rustre - dans Chroniques rustiques
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