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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 16:30

Thème photo : aucun, et puis quoi encore ?

 

Je vais aborder aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, un sujet grave. Grave ? Crucial, dramatique, oui. Un truc, qu’à côté de ça, le Fundroupshikstülgrötekeu là, la fournaise islandaise qui empêche nos beaux avions de voler, c’est aussi grave et malfaisant pour le développement de l’humanité et des tours operators que… Je ne sais pas moi… que Florent Pagny est indispensable à l’écriture de l’histoire du bon goût capillaire mondial.

Je voudrais en effet vous entretenir des daubes en cave. Non, ce n’est pas une nouvelle recette, idiots. Je vous parle des daubes, des nanards, des encombrantes, des crapuleuses. Dites moi que je ne suis pas le seul à en avoir ? Tout le monde en a (comme dirait ma cousine Georges).

Ces Bordeaux… ou Bordeaux supérieurs « grands vins » de France…

Je te dis pas le goût des petits… Mais y en a pu des p’tits Germaine : tout le fourbi est parti à Tchernobyl. On largue ça sur les forêts et dans les rivières pour faire muter les bestiaux à 5 pattes à l’envers.

 

 

P4260166 "La ruée sur Tchernobyl", esquisse au fusain de Jean-Anatole Legrain-Gallet, pongiste Lybien (1832-1965)

 

Ces bordeaux (ou bourgogne ou Loire ou Languedoc hein, soyons pas bornés) donc, que des amis, des connaissances bien intentionnées, des passants de passage qui passaient (faudra que j’installe une déviation) ont amené, charitables, à l’occasion d’un repas.

Mais pourquoi ? Ce n’était pas le dernier, celui du condamné… Et puis celui du con damné, il se doit d’être chouette,  non ? Un vrai moment festif et salutairement oublieux dans l’attente du moment fatal. Un moment de grâce emprunt de dernières volontés et de rêves jamais réalisés vite accomplis, avant de passer de vie à trépas, de se retrouver à la droite de Dieu le Père à te sustenter d’amour et d’eau fraiche (peu probable si tu es un vrai méchant criminel, plus si tu es  pauvre, noir et américain et que ton avocat, c’était un alcoolo qui gerbait dans le commissariat au moment de ton incarcération) ou de se retrouver assis à la gauche de Lucifer à se goinfrer de caviar à la louche, de cailles farcies à la morille, de Romanée Conti, d’Yquem et de Petrus et bien sûr, Lucifer oblige, de Meursaults de Coche-Dury (être diabolique n’empêche pas d’être raffiné et allocataire) ;

« Tu m’en diras des nouvelles, toi qui t’y connais en vins ». Hé ben ça oui, je vais t’en donner des nouvelles moi…

Ces cadeaux familiaux… Quelle famille ! Le panier du terroir qui vient de chez ce nouveau petit caviste/épicier fin, très fin même, aigrefin carrément, qui vient d’ouvrir et qui te vend des crus de petits propriétaires de derrière les fagots, sauf que des fois, le fagot, il est dans la bouteille... sans parler du petit caviste nature de derrière les fayots, à vue de nez.

Mais je serais injuste et lâche si je me contentais de m’en prendre aux autres…

Aaaaahhh, ces vins goûtés en fin de salon, si bons sur le moment ou achetés à un producteur pourtant plébiscité par Dussert-Gerber, ou pas, dans l’euphorie d’une dégustation aussi vacancière qu’estivale… 

Deux grandes règles de vie : n’acheter que ce qu’on a goûté au début du salon. Ne jamais faire confiance à un moustachu qui porte le béret. Un moustachu a toujours quelque chose à cacher.

Et puis il y a pire, moins avouable, honte à moi. Il y a le savagnin à 5 euros qui appelait, esseulé, sur le rayon de la supérette. Quoi ? Un savagnin ouillé en grande surface ? Je suis curieux de… La curiosité a du bon et puis des fois non.  Non non non. Aaaah malheureux non !

Je ne sais pas moi… si tu es curieux, que tu es jeune, que tu veux vivre des sensations fortes. Fais toi Arras-Boulogne en train, en été, aux heures de pointe, un vendredi quand les étudiants rentrent chez eux avec leurs grosses valises (mais qu’est-ce qu’ils peuvent bien foutre là-dedans après une semaine seulement de bahut loin de papa/maman ? Ils ont tous une guitare ou bien ?). Alors là oui, tu vivras une expérience transcendante qui te secoueras les amygdales du bas, satisfait ou éboursé avec la sncf. Avec un slipos chiffonné par une journée de turbin et ayant tendance à jouer à la liane amoureuse avec tes valseuses, un costard un peu trop petit (faut que je fasse régime), des sièges trop étroits et glissant… J’ai peur que mon prochain enfant soit plat et vrillé.

Bon, je me disperse. Pas étonnant après ce voyage. Tu veux apprendre la théorie du chaos gamin ? Prends le train Arras-Boulogne ! Dire qu’il y a des cons qui paient des cents et des milles pour aller se les faire secouer à Schtroumpfworld resort Walibi et que pour 18,90 euros, tu as Arras Boulogne. Et oui mon gars, avec la grande traversée du Noooord avec pleins de chetemis en plus, gratos, cadeau. Polis, sympas, et  charmant(e)s entre parenthèses. Bon en fait, c’était pas si terrible, mais pour écrire ce billet à la main, le calvaire.

Si tu veux sentir la vie passer par toi prends donc Arras-Boulogne, mais n’achète pas un savagnin à 5 €, même ouillé, en supérette.

Et puis un jour, parce qu’il pleut, qu’on est désespéré ou belge, voire les deux, ou qu’il faut faire de la place dans la cave, on ouvre une daube potentielle qui se révèle bien être une daube. On regrette alors (un peu, fugacement), d’être un passionné de vins, avec des goûts de luxe, un « difficile » qui trouve habituel de mettre plus de 10 € dans un vin blanc (d’Alsace en plus). On regrette parce que peut-être que ce cadeau, que ce maître achat potentiel on l’aurait trouvé pas si mauvais. Mais non, c’est dégueulasse, imbuvable, une VVB nulle, sauf à partager la bouteille avec l’évier. Mais le rustre, il aime pas gâcher, alors la quille s’en va encombrer le frigo en attendant une marinade éventuelle. Puis, las, c’est quand même l’évier parce que de la daube dans la daube : ça vous la daube, la daube. Vous suivez ?

Et alors tu te retrouves devant l’insondable précipice, le ravin vertigineux qui sépare "ces trucs qui pourtant se vendent" d’un riesling Kastelberg 2005 de chez Gresser et qui pourtant portent aussi le nom de vin et affichent le "label" de l’appellation d’origine contrôlée. Dans ta cervelle, ça fait des étincelles, ça s’illumine et ça fait pschuitt avant de s’étaler lamentablement dans le marasme de tes neurones noyés dans la vinasse digne d’un bidon de plastoc. Tu entrevois les chemins de traverse des rouages du monde, de l’économie de marché et de la typicité galvaudée. Tu te faufiles dans les entrelacs du mal-être du monde des artisans du terroir dans toute leur splendeur et leur misère. Tes pensées s’élèvent et s’échouent comme une poignée de confettis qui virevoltent dans le ciel de février avant de se vautrer dans la gadoue froide et le vomi figé des binchous en liesse, piétinés sous le sabot dur du patrimoine immatériel de l’humanité.

  P4260166

 

"C'est à Binche que la Terre s'arrêta ou travail ancestral de la vigne" Eau forte de Simon Lekeu, peintre officiel  des jeux olympiques d'hiver de Tombouctou (Lépante1421-Mont-de-Marsan 1488)

 

Mais pas pour longtemps, parce que ce n’est pas quatre daubes qui sont représentatives ni de la viticulture en général ni de la qualité moyenne de ce qui est vendu en supérette. Mais quand même, j’en témoigne, il était bien écrit « Côtes du Jura » sur le Savagnin !

 Il ne te reste plus qu’à pleurer sur l’infinie légèreté de l’existence et sur le nombre, infiniment lourd de significations, de nanards que du fond de ta cave tu devras encore remonter…

Et donc pour ne pas souffrir seul dans mon coin… petite compilation de moments inoubliables…

J’aime rigolé et faire de bons mots. Par contre, persuadé que tous les goûts se valent (enfin quoique), qu’un problème de bouteille ou qu’une bouteille passée et morte ça arrive, j’ai changé un peu beaucoup le nom de ces vins : le bon mot n’excuse pas la critique légère !

 

Bordeaux Château Lamottthe 2003

  

Le vin de rien. Au nez, du bois, un fantôme de cassis.

En bouche, ça se gâte : étriqué, rude, fade, inexistant hormis via ses tanins piquants, râpeux. Ca a le goût du chêne fraichement tronçonné mais du vieux alors, avec des champignons gluants dessus.

Impression générale : The Château Lamottthe is a beaver juice !

 

Cocotte du Jura

Savagnin ouille ouille ouille 2006

  Fruitière vinicole de tûûût

  

La jupette : Or pâle avec des reflets plus jaunes.

Le pif : Assez discret, confus. Je lui trouve quand même un air de famille avec d’autres savagnins ouillés et traminers alsaciens (klevener de Heiligenstein) que j’ai bu, mais de loin alors. On dirait Robert Redford, mais surtout Robert hein ! Du fruit mûr sans nom, une note beurrée et une désagréable note soufrée genre vent de gogues qui te coupe les oreilles si tu n’as pas mis ton cache-nez.

Bouche : velouté en attaque, plat au milieu, vif et citronné en finale. Et puis c’est tout. Tout ? Non ! Il y a aussi des arômes de bois et de dominantes effluves de réglisse. Une longueur de 5 secondes maximum.

Impression générale : Pas bon ! Décrit comme ça, ça peut paraître banal, pas de quoi hurler. Mais franchement, il se dégageait de l’ensemble une impression pinardesque peu agréable.

 

VDP de Maine et Loire 

Grolleau gris 2008

Domaine de Monbonplaisir

 

Chouette, un cépage méconnu ! Tout le monde ne gagne pas à être connu !

  

Le string : Couleur incroyablement claire, presqu'incolore.

Le nez : Expressif et net de … macédoine en boîte. Pour le reste assez, pinardesque.

La bouche : Ca se gâte. Toujours des arômes de macédoine avec nettement de la poire et du raisin… en boîte. Le déséquilibre se fait entre un côté citrique et un autre doucereux. Résultante, une "rondeur acidulée" écoeurante. Mon estomac ne la reçoit pas très bien. Longueur d'une bonne dizaine de secondes (il ne faut pas bouder son plaisir) sur de la macédoine (c’est Philippe qui est content) et des bonbons citriques.

Et ça dure : Reste pareil à lui-même sur 5 jours. Comme quoi, la durée, c'est pas toujours un gage de qualité. Après quoi, le vin entame une conversation musclée avec l'évier.

Impression générale : Beurk, écoeurant. C’est peut-être ton plaisir mais pas le mien !

 

 

Côtes du Rhône

Cuvée des vieux Molosses 2005

 

Uniforme : Rouge foncé, terne, sans larmes. Le salaud, il ne regrette même pas.

Truffe : plutôt discrète, assez flou et simple. Fruits rouges très mûrs, boisé, épicé, caramel.

Bouche (du Rhône) : Très Chaleureuse avec fruits confiturés en attaque. Milieu rond mais peu marquant. Finale inexistante écrasée par des tanins agressifs, poudreux, asséchants, au point de te faire prendre le Sahara pour une piscine. Je n’ai jamais ressenti ça avec des tanins. Ca te bouffe carrément les mâchoires. Tu le bois et tu pleures. Une boisson d’homme. Je ne sais pas si il y a de la pomme, mais c’est sûr, il n’y a pas de raisin.

Le lendemain : Mon évier ne s’en remet pas, mes gencives non plus.

Impression générale : Franchement celui-là, je lui en veux. J’ai eu mal au palais pendant deux jours après son absorption, même limitée. Devrait être classé arme bactériologique.

 

En voilà quatre, déjà, d’expiés. Il y en a d’autres mais le post devient long, la journée courte.

Il me reste à demander pardon à ceux et celles qui m’apportent des bouteilles quand ils sont invités chez moi. Je vous dois une confession : la plupart sont forts honnêtes et même agréables (et les vins et les invités). Les quatre là sont des exceptions et parmi ces exceptions, il y en a deux que j’ai acheté moi-même, c’est vous dire…

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commentaires

Patrick Böttcher 09/05/2011 12:30



Mais c'est Verlaine au vin mauvais....



Hugues 05/05/2010 15:44



 Ah le Savagnin ouille de GS a 5 euros. On s'est tous fait avoir. Et je te parle meme pas des oxydatifs pour a peine plus cher ;-)))


Ben voila, je sais ce qu'il me reste a t'offrir le jour ou l'on aura (j'espere) l'occasion de trinquer ensemble.


Hugues



le rustre 05/05/2010 16:22



Je ne veux pas avoir l'air de cafter, mais au moins deux des vins décriés ici viennent d'une chaîne belge de magasins dont les prix sont régulièrement rouges...



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