Vendredi 28 mai 5 28 /05 /Mai 00:00

Les vins de copains...

 

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Justin s'en gausse. Quel bête sujet ! Justin, mon voisin n'a pas de copains. Justin n'en a pas le temps. Quand il ne bosse pas, il court 10 ou 20 km tous les matins de tous les week-end du monde. Après quoi, un déjeuner frugal, végétarien et fibreux à souhait lui apporte sa ration se fibres, d'oligo-éléments, d'acides gras polis mais insaturés, d'acides aminés et juste ce qu'il faut de glucose. Justin ne mange pas. Il se nourrit. Manger est réservé à ceux qui veulent perdre du temps et des années de vie. Se nourrir à ceux qui veulent garder le contrôle de leur métabolisme, dans un sain espit de training positiviste. Le tout arrosé d'eau. Boire sert à s'hydrater pas à prendre du plaisir. Le plaisir n'est qu'oisiveté.

 

Après avoir fait le plein d'éléments nutritif Justin est prêt. Le samedi, à tondre méticuleusement et longuement (13h45-17h45) ses 30 ares de pelouse sur son gros tracteur-tondeuse bruyant qui emplit l'air de tout le quartier, anihilant tous les autres bruits, du chant des oiseaux à celui des enfants. Les enfants... irresponsabilité du "don" de vie dans un monde vivant ses pires et dernières heures.

 

Le dimanche, Justin préfère se morfondre seul et attendre son dernier souffle dans la quiétude rassurante de la solitude.

 

Non, le vin quelle idée saugrenue et primitive. Oui, quelle idée sotte de servir du vin à d'éventuels copains. Quoi ? servir une boisson aussi onéreuse à des veaux qui ne l'apprécieraient pas à sa juste valeur. Et puis quelle mentalité... Le vin est une boisson alcoolisée. Et donc c'est mal. Cela peut provoquer des cancers de la bouche, des dents de devant et de celles de derrière, des cancers de l'oesophage, du foie et de l'intestin grêle, des ulcères, des furoncles purulents, des abcès pleins de pus nauséabond, donner la migraine, tuer les neurones, aider à la prise de cholestérol, à la prise de poids, à la prise de terre, provoquer des fractures du myocarpe (ou de la carpe myope, je sais plus). Non c'est mal même un petit verre hein ! Alors, bon, quitte à partager un moment, bien obligé, avec de funestes pique-assiettes intrusifs, si en plus Justin devait se tuer à petit feu en partageant avec eux le rituel risible de la dive bouteille.... Ah ! parce qu'en plus, le pique assiette est moqueur, faiseur de bons mots apodes et rampants sur le développement spatial de l'appareil génital des buveurs d'eau et de jus d'orange.

 

  Déjà que la vie est dangereuse à vivre et anxiogène là où le plaisir n'est pas... Il y a le dioxyde de carbone, la légionellose, les hommes politiques belges, l'austérité, la Grèce, les accidents de voiture, d'avion et de train quand ce n'est pas de vélo, les pesticides dans les légumes et les fruits dans les fongicides, le SIDA, l'église catholique et la religion cathodique, les traders, les méchants et inhumains marchés, la guerre, la montée des eaux, les phtalates, la roténone dans le miel, les ondes de portables, les livres de Michel Onfray, les herbicides dans la nappe, ah que faire ! l'érosion de la biodiversité et surtout, surtout, surtout le fait que nous ne sommes que des mortels et que le temps est assassin. Et donc, Justin boit de l'eau, fait du sport, ne mange pas de viande, et surtout n'invite pas de "copains" à venir lui casser les pieds...

 

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Alors quand mes potes débarquent pour griller un peu de viande et déboucher quelques bouteilles... Justin, il fait une longue figure... pauvre Justin !

 

L'hiver avait été trop long. On avait tous du gris et du froid qui nous restaient collés entre les oreilles. On se vautrait un peu facilement dans un début de crise de la quarantaine, les uns regrettant leur tignasse fournie, les autres le temps sans mômes où on pouvait récupérer de la cuite de la veille en roupillant jusqu'à midi, les derniers pleurant sur leurs escapades montagnardes des temps-passés-il-y-a-si-longtemps-juste-hier pendant lesquelles quelques kilos en trop ou une escouade de mômes "faut-faire-attention-au-vent-qui-se-lève ou on-rentre-chéri-les-gosses-n'en-peuvent-plus", ne réduisaient pas vos aventures de coureurs de bois, de rôdeurs de la comté à des balades familiales de 6 km. Et puis, c'est au marteau pique qu'on nous la fourrait jusqu'au trognon la grisaille : la crise ! gueulaient-ils tous... depuis 30 ou 40 ans. Les vocans fous, les marées noires, l'eurovision, Eric Zemmour, l'horreur pure.

 

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Mais aujourd'hui les branquignols avaient chaussé leurs espadrilles. L'herbe toute fière d'être verte à nouveau sentait bon la saison qui n'a pas encore eu le temps de s'installer. Deux ou trois lilas distillaient un lourd parfum de scandale sous un ciel qui se décidait enfin à montrer du bleu. Le soleil cognait assez fort pour anihiler toute envie de jardinage même chez les accros à "Jardins et loisirs". Justin de son jardin n'en revenait pas. Du haut de sa tondeuse, il restait pantois, une bande de trolls en short envahissaient les lieux, les verres tintaient, la fumée montait du barbec... Les cris des enfants et le rire des adultes, quand ce n'était pas le contraire, allaient faire concurence à sa machine infernale et probablement lui fermer le clapet, honteuse de n'être qu'une tondeuse.

 

En short, je m'étais abrité sous le parasol, chaud patate pour l'apéro. La légère brise faisait frissoner les poils de mes guibolles. Un rai de lumière chaude se frayait un passage jusqu'à ma joue. Un rouge-gorge donnait la réplique à un merle. J'étais bien. Si le bonheur n'existe pas, ces moments là s'en rapprochent quand même. Pops ! les hostilités pouvaient commencer. On avait le choix des armes.

 

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Pour ce boyard de François, celui-là qui, il n'y avait pas 20 ans faisait la chauve-souris pendu aux poutres dans les bistrots du carré à Liège  c'était un Pastis des Homs (Homs du Larzac), aux fines notes de réglisse, de menthe, de fenouil, alliée à une légère sucrosité à la fois anisée et chocolatée.

 

Jipé et Julie s'étaient laissés tenter par le rosé. Un bordeaux Château la Passone 2008.

Un vin Rouge fraise au nez simple mais tellement fruité et franc : cassis/fraise, écrasés là dans ton assiette.  Et en bouche, aux fruits répond un équilibre de reviens-y, sur le frais, la légèreté. Dangereusement buvable.

Enfin pour moi et ma tendre (mais dois-je vous faire un dessin, j'ai gouté à tout sauf au pastaga que je connais par coeur), un Crémant de Loire du domaine de Huards. Un délice comme d'habitude, avec sa robe pâle faite pour le soleil. Son nez fruité qui va si bien avec la fraîcheur et le printemps : pomme granny, fleurs, petit pain chaud. Et puis en bouche, la bulle fine se marie aux arômes expressifs de pomme verte, de lilas et de pêche mûre. La noisette marque la finale. Un vin frais et sec comme il faut. De la bombe biodynamique.

 

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Puis, l'apéro cède la place aux brochettes, au boeuf braisé, aux courgettes/ail/fomage au four, à la salade de patates froide, à la salade tout court. De quoi sustenter les appétits les plus voraces et ils le sont !

Un P'tit martin 2008, Côtes du Rhône du domaine de l'Oratoire St-Martin, fait fleurir les conversations. Il y a même des bons mots qui s'échappent. Il y a du soleil tout plein dans ce vin malgré sa robe très très sombre, quasi opaque. Sur la tranche on devine le pourpre.

Au nez, le fruit modéré me fait dire cerise, alors qu'à l'agitation, c'est plutôt le laurier et la viande grillée qui ressortent.

La bouche est ronde, sans excès, sans lourdeur, un peu alcooleuse en finale. Mais assez frais, le vin arrose la viande et nos gosiers railleurs à la perfection. Là aussi, un joli fruité, modéré, domine les arômes, assez frais et juteux : cerise et cassis, soupçon de framboise. Ca va crecendo jusqu'à la finale où la réglisse sort son bâton sur 10-15 secondes, je ne compte pas vraiment. Les tanins, bien présents sont mûrs, ronds, civilisés quoi. Un poil alcooleux. Un chouette vin de fruit net et pas lourd.

 

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Enfin, le P'tit Martin tirant sa révérence, on se fait un peu marabouter par un Côtes du Roussillon... Les Sorcières 2007 évidemment, qui ne plaît pas qu'aux fées. Il faut avouer que son sort est vite réglé. Là aussi l'âme est opaque, un grenat très sombre pour une robe grasse et riche. Le nez est modéré et hyper classiquement sudiste. Par contre, c'est pas parce que c'est classique que ce n'est ni élégant ni agréable. Des fruits confiturés avec de la framboise et du cuberdon , des cerises à l'eau de vie et des épices genre genévrier.

La bouche est bien équilibrée entre alcool et fraîcheur discrète qui allège la matière. Les tanins fins jouent en sous-main mais marquent la finale en duo avec la fraîcheur. Les arômes sont discrets, confus  (à moins que ce ne soit nous ?) sur des fruits bien mûrs, des épices. La finale qui s'accompagne de menthol fait dans les 15 secondes.

Voilà un vin sans fioritures et bien fait pour l'amitié et la rigolade. Et ça, c'est la Civilisation avec un grand C les amis !

Il restera un peu d'une des bouteilles le lendemain. En reboire me replonge dans la fête. HG Wells aimait le vin. Au nez, une pointe violette/framboise s'affirme nettement aux dépends de la griotte. En bouche, les tanins se fondent sur une matière assez présente. Il emplit la bouche, joue plus sur la rondeur et laisse une très légère sensation alcooleuse.

La suite et l'essentiel appartiennent aux choses qu'on ne peut raconter parce qu'elles ne tiennent pas dans des mots.

La moralité de cette bafouille ? Je laisse courir Justin après ce qu'il veut. Moi, je suis arrivé.

 

 

Par le rustre - Publié dans : Du pinard dans les veines - Communauté : Le Vin Dans Tous ses États...
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