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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 12:05

 

Le Kirchberg de Barr est un terroir marno-calcaire du Bas-Rhin dont nous avons déjà parlé dans cet article de 2010.

http://lerustre.over-blog.com/article-le-kirchberg-de-barr-49020882.html 

En mettant la touche finale à cet article, je tombe sur ce superbe article de Pierre Radmacher qui me fait sentir bien poisseux. Je vous invite à le consulter de toute urgence :

http://pierre.radmacher.over-blog.com/article-le-kirchberg-de-barr-selon-jean-daniel-hering-69460388.html

Dans ma description du terroir, il manquait celle des vins. Je répare en compilant ici mes dégustations présentes (automne et hiver 2010/2011) et futures. Sauf exception signalée, les vins sont dégustés seuls (les vins, pas forcément moi, comme le dénote le pluriel à seul), sur plusieurs jours, avec et sans repas. Seuls les accords notables ou à éviter sont signalés. Mes dégustations portent essentiellement sur des vins du domaine Stoeffler, mais dans les mois à venir l’article s’enrichira de vins des domaines Klipfel et Hering.

Les dégustations sont triées par cépage, puis par domaine.

Et vous verrez que pour une fois, je vais tenter de rester sérieux, plus ou moins.

Plus ou moins.

Par contre je ne peux m'abstenir de quelques divagations visuelles. Ces vins de lumière, surtout quand je les bois en hiver m’évoquent immanquablement la féérie neuve d’un printemps bourgeonnant. C’est le thème photo de cet article.

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Le terroir marno-calcaire du Kirchberg est censé marquer les vins de son empreinte. C’est une vieille mythomanie de l’amateur de vin que je suis de pouvoir dire un jour en buvant un vin "ah, celui-là, il vient de là bas". Dans la plupart des vins qui seront décrits ici, on trouve un incontestable air de famille.  J’ai recherché sur le net quelles pouvaient être les caractéristiques de ces vins et si ça correspondait à mes propres sensations.

Le site "Portail Alsace Vignoble" nous dit : "Comme d’habitude, les marnes apportent de la puissance et de la structure au vin. Dans l’assemblage avec le calcaire, les cuvées font état d’une belle acidité longue et complexe." et encore que "les vins sont généreux, long dans leur jeunesse et vieillissent admirablement (7 ans pour atteindre l'apogée) en minéralisant."

Quant à Michel Bettane en 1994 dans son guide, il déclare "D'intenses arômes minéraux marquent le Riesling, tandis que le Gewurztraminer développe un bouquet transcendant d'épices, de rose et de litchi…"

 

Les domaines dégustés.

 

Je vous les présente succinctement pour information. Les données quant aux méthodes culturales sont là à titre informatif, sans prise de position philosophique ou autre.

http://www.vins-stoeffler.com/fr/domaine.htm

 

Domaine Stoeffler, rue des Lièvres à Barr.

Les Stoeffler sont œnologues de formation. Issus de familles vigneronnes, ils sont à la tête d’environ 13 Ha répartis sur une floppée de terroirs autour de Barr et de Ribeauvillé. Leur parcours les a menés d’une lutte raisonnée au bio certifié depuis 2000. Depuis leurs pratiques culturales s’approchent de la biodynamie qui n’est pas encore revendiquée officiellement. Le prix des grands crus du domaine oscille à l’heure actuelle autour de 11-13 euros, sauf pour le pinot noir XXC qui gravite un peu en-dessous de 20 euros. Le domaine est donc officiellement en BIO (contrôle ecocert et tout) avec labour, compost, utilisation de bouillie bordelaise, tisanes d’ortie et de prêles)… En cave, le vigneron privilégie les levures indigènes, les doses minimes de soufre (il sort même cette année quelques essais en cuvées sans soufre ajouté).

Des avis sur le domaine sur le forum LPV... 

 

Domaine Hering.

http://www.tyflo.org/cahier-des-charges-viticulture.php

http://www.vins-hering.com/Domaine-Hering-Vins-Alsace-vins-de-qualite/

A la tête de 10 Ha sur Barr comprenant des grands crus ou encore le Clos de la Folie Marco, c’est une vieille famille de vignerons dont l’accueil charmant au domaine est toujours un plaisir. Le domaine situé au centre de Barr suit le cahier des charges Tyflo, fort développé en Alsace. C’est de l’agriculture "raisonnée". En Belgique, on appellerait plutôt ça "démarche intégrée" : minimiser les traitements systémiques par application de divers moyens de lutte "naturels" : comptage et surveillance des nuisibles et foyers d’infection fongique, lutte biologique (phéromones, bacilles, guêpes parasites…), ce qui ne veut pas dire, loin de là, qu’on est en bio (voir cahier des charges tyflo ci-dessus).

Le prix des cuvées oscille entre 12 et 15 euros.

Avis sur le domaine sur le forum LPV. 

 

Domaine Klipfel.

http://www.klipfel.com/

On ne présente plus aux Belges ce vigneron qui vendange 40 Ha de vignes aux alentours de Barr. Un domaine historique, dont la réputation n’est plus au top chez les amateurs pointus. Peu de précisions sur les options culturales et à la cave sur le site. Mes bouteilles proviennent d’une célèbre chaîne commerciale à prix rouges de Belgique. Les prix tournent aux alentours de 12-15 euros.

Et de nouveau l'avis des internautes sur LPV... 

 

Allez… assez causé, servez les canons.

 

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1. Les Riesling.

 

Chez Vincent Stoeffler.

 

Millésime 2000   

La robe : La blondeur d'une paille pas encore tout à fait mûre. C’est cristallin et brillant. Un régal pour l’œil à longuement apprécier sur une terrasse, au soleil tendre du printemps. Notez que le bouchon était totalement imbibé. Moi aussi, mais pas au même moment.

Le pif est expressif, ce qui veut dire dans mon sabir que les arômes sont facilement reconnaissables. On est dans le registre des agrumes mûrs avec nettement du pamplemousse rose et du citron confit. On notera aussi la fleur de tilleul et pour enrichir ce fruité d’une jeunesse moqueuse, de la naphte (manière écologique de dire pétrole, et puis huile de roche fait un peu prétentieux), de la belle cire d’abeille, des épices et un côté fumé. Je plaisante avec le pétrole mais en fait c’est très léger, une note voisine de la cire mais pas tout à fait semblable.

La bouche : Voilà un sec, frais, bien tendu (et je n’ai pas dit un jeune organe bien raide), de bout en bout avec une finale, vive, longue, citronnée, marquée par de beaux amers, de plus de 20 secondes. Il y a même une impression tannique sur cette fin de bouche. La matière est pleine, veloutée, dense. Les arômes sont expressifs , fruités, avec des agrumes et une composante végétale/florale qui évoque le tilleul et la fougère.

Le lendemain : Le vin ne change pas beaucoup du côté structure alors que les arômes se tournent plus vers la cire, la naphte et le miel.  

Impression générale : Un vin superbe à mon goût : long, complexe, subtil, harmonieux. Par contre l'impression saline habituelle sur la finale des Kirchberg ne m'a pas marquée. Le jeu du temps ? A noter que 2000 est parfois décrié en Alsace comme étant trop mou.

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Riesling Cuvée XXC 2005

Un vin refusé à l’agrément. Pour je ne sais plus quelle raison. XXC, c’est un jeu de mot latiniste qui vaut bien les miens. Il faut prononcer Vincent.

L’habillage : très beau, avec une intensité très faible mais nettement or avec des reflets un peu orange. Du cristal, de la lumière. On est bien.  

Au nez : sans fausse note. Un riesling élégant et modéré : tilleul, citron, craie, cire légère, fruits jaunes mûrs. Et au-delà, une nette tendance épicée. De l'orange apparaît à l'aération.        

La bouche est grasse et vive à la fois. Tendue, pleine, très saline et vive en finale. Arômes modérés mais nets et agréables : kyrielle d'agrumes : citron, mandarine, orange. Laurier, thym, abricot, touche florale (ces derniers arômes n’étant pas des agrumes. Non, mais on ne sait jamais). Je crois sans peur de me tromper qu’on peut qualifier ce vin d’exubérant. La finale longue (dans les 15 secondes, j’ai compté sur mes doigts) et vive, est pleine, citronnée et épicée. Je note aussi en avalant le vin, une légère réglisse et une  impression un peu tannique et amère.

Le lendemain : Si les arômes se simplifient, (agrumes citronnés et épices), ils gagnent en éclat. La structure ne bouge pas. Le trio gras, vivacité, salinité reste harmonieux même si l'acidité finale augmente un peu.

Impression générale : Un vin excellent, classique des bons Kirchberg de la maison (pas 2006 quoi) avec des arômes d'anthologie. Peut-être le plus riche. Quand il était jeune, ce vin était un peu alcooleux. Je n’ai pas ressenti ce problème ici.

 

Millésime 2006

Comme les précédents, ce vin est d’abord un régal à regarder : de l’or dans un verre, de la lumière liquide.

Pour le nez, même s’il est moins complexe que le 2000 et le 2005, ça reste expressif, partagé entre les impressions florales et fruitées : agrumes, fruits exotiques, tilleul et miel. Plus subtiles, pas désagréables, je devine du camphre, une note végétale, de la cire.

En bouche, même si je suis un gentil et qu’on reste au-dessus du vin d’opérette de superette, c’est quand même pas le grand transport des sens. Des miens en tout cas. Même si le vin garde une certaine fraicheur, c’est la rondeur qui domine, voire une légère mollesse. Les arômes sont modérés et un peu brouillés : fruit mûr (agrumes et pêche), du miel, une finale moyennement saline sur 12 secondes avec l'éternelle réglisse des Stoeffler jeunes (hé je parle des vins les gars je n’ai s… bon, on avait dit sérieux. Vous imginez qu’un dégustateur avec patente tombe là-dessus, il va encore dire que la bloglousphère est régressive).

En 48 heures cependant, le vin change beaucoup. Si le nez s’éteint, la bouche, mystérieusement devient éclatante : orange, noisette, tilleul et une finale où s'ajoutent la réglisse assagie et le menthol. Sur environ 20 secondes. La structure est veloutée, épaisse, ronde, ample mais tendue et nettement saline. Malgré tout, le peu de fraicheur perçue suffit juste à sauver de la lourdeur mais ne ravira pas les amateurs de vins vifs et même pas moi en fait.

Un peu déçu par la rondeur. Sinon c'est un joli quart de sec mais ça ne m'embarque pas. C’est nettement le moins bon de la série.

 

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Millésime 2008

Goûté chez le vigneron : Un vin clair et lumineux à l’acidité impressionnante . Ce genre d’acidité qu’on a envie de dire "aboutie". Un vin droit, long, élancé. Plutôt magnifique dans la structure mais monacal dans ses arômes.

 

Millésime 2009.

Goûté chez le vigneron. Il ressemble au 2005, en plus harmonieux, en plus léger. Assez exubérant au niveau aromatique par rapport à 2008, il ne me marque pas par l’acidité.

 

Chez Jean-Daniel Hering.

 

Millésime 2007.

 

Un petit morceau de lumière étincelante, un boisseau de grains de blés mûrs à reflets or clair.

A l'ouverture, le nez embaume non pas l’atome mais le pétrole, preuve qu’en France, ils n’ont pas que des idées. Puis de discrètes notes de fruits à chair blanche, de pêche osent s’exprimer. Cependant, l’ensemble est peu causant, assez fermé.

Amateurs de la chose (vous allez voir quelque chose, comme dit mon beau-frère en y allant), voici un vin qui se goûte parfaitement sec. On a un joli équilibre porté par une grande fraîcheur. La texture est veloutée, la finale d'une jolie acidité, accompagnée d'une légère salinité. Par contre, on ressent une élégante amertume. Côté arômes, c'est modéré : miel, légèrement pétrolé, épicé, citronné, réglisse avec une longueur de 15 secondes.

Le lendemain, la vidange a fait du bien (comme dit mon beau-frère en revenant). Plus ouvert avec un joli nez, citronné et floral et un côté épicé et une touche de pierre mouillée, au nez comme en bouche. La structure reste longiligne, droite avec une belle acidité doublée d’une salinité émoustillante et d’une amertume agréable.

Même si ce vin semble renfrogné, j’y crois dur comme fer (comme dit mon beau-frère quand… non non Le Rustre, et l’image de la bloglousphère alors ?). Sa structure et son équilibre sont de petits bijoux à cultiver à l’ombre d’une cave.

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Chez les Klipfel.

 

Millésime 2007.

Très pâle, "tilleul" (comme l’infusion, pas le castor dans Yakari), avec ses reflets verts et sa limpidité et sa luminosité parfaites, je parlerais de robe printanière.

A l'ouverture, c’est expressif, sur de beaux agrumes mûrs, du tilleul et un indéniable côté "cailloux". Rhââ, j’aurais bien dit un nez minéral pour faire "in the mood", mais je peux pas m’y résoudre (mood résoudre, rime pauvre, j’eus écrit "in the moudre", j’entrais à l’Académie ou au moulin). Après quelques heures, des notes de sureau et d'aubépine juste dosées pour donner un petit côté muscat apparaissent. C’est un plaisir ce pif. C’est un cap, voire une péninsule.

Si la matière est veloutée en bouche, l'acidité est vive et salivante. Une superbe acidité qui porte et tend le vin. La salinité est évidente, surtout en finale. Certains diraient minéral. Et là, je veux bien à moitié les suivre (s’ils sont propres sur eux et paient cash). Voilà un vin avec une trame qui assèche agréablement le palais et titille les papilles au point qu’on en sourcille. Ce vin est une structure. Côtés arômes, c'est savoureux mais pauvre et fermé : naphte à l'ouverture puis citron, épices, cailloux mouillés avec une longueur de 15 secondes pour l'aromatique, beaucoup plus pour la structure.

Ce vin est d’une tenue remarquable, contrairement à moi,  avec un vin pareil à lui-même sur 2-3 jours.

Hé ben, mes p’tits amis, ça reste de la belle ouvrage ce p’tit machin. ses soeurs vont faire dodo un certain temps.

 

Bon, c’est long hein… passons au cépage suivant.

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Les Gewurztraminer

 

Puisque, paraît-il c’est le cépage roi du cru. Et évidemment, quand le monsieur du blog dit ça, on ressent comme une odeur de gaz pour la suite.

 

Chez Stoeffler

 

Millésime 2005

 

La robe est assez peu intense mais avec des nuances de jaune franc, des reflets or. Les larmes visqueuses sont presqu'immobiles.

Le blaire (redrum, redrum... ah non, c'est pas Linda ça) est expressif et un peu réduit : craie, sureau, rose, un peu épicé. Loin de l'explosion aromatique à l'achat. Vous pouvez ajouter au panier, des fruits mûrs genre abricots.

Le pépère frise le moelleux mais avec une matière légère, une pointe de fraicheur finale, une certaine salinité et beaucoup d'amertume finale. Ca peut sembler positif, pourtant je conseille de le boire frais, sinon, le côté alcooleux est un peu lourd. Ca frétille assez des papilles avec de la rose, du fruit mûr : pêche, mangue un peu. C’est très épicé : laurier, poivre blanc, réglisse. Et tout ça se prolonge sur 14 secs.

En 48 heures, je ne note pas beaucoup d'évolution : agrumes, roses, épices plus confuses, réglisse. Plus moelleux, plus franc. Un peu chaud si pas frais.

Si il n'est pas décevant du point de vue aromatique, pour la structure, c'est pas une merveille, pas assez moelleux, pas assez sec mais pas demi-sec non plus. Un peu mou, il devrait boire Vittel et bouger. Bof… Je suis quand même déçu par ce vin qui à sa naissance explosait d’arômes et avait une bonne tenue.

 

Le Clos Zisser chez Klipfel

Millésime 2007.

Encore du jaune pâle. De la lumière, des larmes grasouillettes comme un mois sans Montignac.

Le nez fait dans l’ultra classique gewurztraminérien (vous les entendez les Vals qui rient ?) mais sans les épices, ce qui est quand même un comble quand on se dit gewurz. C'est plutôt la version sureau , un peu réduit, un peu prout de chien constipé, pas très engageant, et très triste et ennuyeux.

La bouche paraît sucrée, ronde, moelleuse, soyeuse avec une petite bulle picotante étrange. Ce n'est pas lourd pour autant mais plat et mou. A l'aération, les arômes semblabes à ceux perçus au nez s'améliorent, allant vers la rose, une fleur de sureau plus légère, la réglisse en finale. Ce n'est pas le grand soir, y a pas à manger et à boire. La longueur assez courte (oh qu’elle est neuve celle-là) est d'environ 10 secondes. La finale amère est très légèrement saline.

Et en plus, il bouge pas le lendemain.

Le terroir... pas commode à trouver là-dedans, il est dans le tiroir du fond à mon avis, sous les slips et les chaussettes. Et presque 14 euros quand même le mec… 

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Les pinots gris.

 

Je vous le dis d’entrée, le pinot gris et moi, on ne partage pas souvent les mêmes opinions. On n’est pas très potes…

 

Chez Stoeffler.

 

Millésime 2004.

Je ne repeindrais pas mon plafond avec ce vin. Sa paille dorée est trop peu intense pour ça. Peut-être m’en servirais-je comme lustre tant il est cristallin et lumineux.

J’ai toujours eu du mal avec le pif des pinot gris. Celui-ci, j’y fourre le groin avec application pour en ressortir des impressions sur lesquelles je peux mettre des mots. Il faut avouer qu’on navigue dans le subtil, le peu reconnaissable et que ces notes sont des approximations pour atteindre la réalité : des notes de fruits très mûrs, d'agrumes, d'amandes, une note complexe genre argile mouillée aussi. Peut être un peu d'abricot. Mouais, quand ça commence à ressembler à une liste de courses comme ça, il vaut mieux résumer par riche, mûr et fruité. Il y a aussi, plus net en agitant le verre, un côté fumé/ réduit/ soufré pas très agréable. J’appelle ça "le prout de chameau" et je le sens régulièrement dans les pinot gris.

En bouche aussi, ça commence par une manœuvre orchestrale dans le noir (ne t’étonnes pas du gros machin de ton voisin dont tu te sers comme archet). Le vin doit respirer 4 à 5 heures pour laisser échapper (comme au nez) des notes réduites d'abord, puis causer plus fort qu’une Annie Girardot encore en pleine forme :  des notes expressives de fruits mûrs, de peaux d'agrumes, de citron confit et d'épices. La structure grasse est légèrement marquée par les sucres résiduels, la rondeur. Mais une vivacité magnifique emporte le milieu de bouche et la finale, longue de 15 secondes et citronnée. La matière manque un peu de consistance et de salinité.

Il en faut du temps et de l'air pour que s'exprime ce vin à sa pleine mesure. C'est sur un dernier cinquième de bouteille et trois jours après ouverture que le vin parle vraiment. Exit la note désagréable de prout de camélidé. Le nez éclate sur la confiture d'orange, la nectarine et une jolie petite note de champignon et même un soupçon de jambon fumé. En bouche, c'est plus confus mais bien mûr avec une lonnngue finale marquée par la mandarine et la vivacité. L'équilibre entre rondeur et belle acidité est émoustillant au possible. J'en ai le palais retourné.

Bref, bon après quelques heures, très bon après 5 jours, le vin à l'ouverture est fermé, trop réduit, bref loin de se révéler. Et donc, moi je laisserai dormir mes deux autres bouteilles en cave.

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Chez Klipfel

 

Millésime 2007

Encore un pâle robe des champs, de la paille blonde avec reflets verts, de la lumière, du gras.        

Ouf ! Il cause de suite au moins, lui, mais il fait dans le classique. Il  très mûr, fruité, pur et élégant. Pour une fois, j'apprécie sans cette nuance réduite commune à tant de PG. On court entre l'abricot, la poire, les agrumes. Pour corser le tout, une nuance fumée et épicée accompagne les fruits. Et à l'ouverture, un net parfum de cannelle me déroute.

La bouche ne triche pas : ronde et suave, elle ne cache pas quelques sucres. C’est un demi-sec mais avec une belle acidité, salivante sur la fin, bien intégrée, avec une matière soyeuse. C'est un joli équilibre, tendu. Le cortège des arômes réjouit le palais du gourmand : cannelle à l'ouverture, puis, fruits mûrs, ananas, abricot, mandarine, épices, fumé. La finale un peu amère et réglissée est courte de 10 secondes à peine alors que la finale structurelle, assez vive, amère, un peu saline, est interminable.

Le vin résiste bien aux deux jours suivants, avec des arômes simplifiés mais une structure qui ne bouge pas.

Pour un pinot gris, on en boirait. Comme j’apprécie autant le pinot gris que les chats, c’est un sacré compliment. Il est pas di tout vilgaire.

 

Et enfin…

 

Le Pinot Noir

Vincent Stoeffler  

Avec la cuvée XXC 2005  

Bon OK, il n’a pas droit à l’appellation, mais il est quand même né là bas, sur les pentes du cru. Et il est, comment dire…

Sa robe est assez foncée pour qu'on soit tenté de la soulever mais encore assez translucide pour sauver la vertu d’un pinot bien né. Ca te parle d'un rouge parfait, rubis pur. Ca te cause de gras, de velours, de volupté.

Le nez… Grands Dieux ! Ca explose et c’est mûr mais frais cueilli de l’arbre : liqueur de mûre (ouais, bon, j’en connais pas des masses des arbres à liqueur), cassis, genévrier, épices, un soupçon de viande marinée, crème à la vanille, cerise et une divine framboise à l'agitation.

Mais que serait un vin sans bouche ? Une femme sans (tut tut, régression)... Ca ne suit pas le nez, ça relance (Patrick de la voie cassée, si tu me lis).

Une sensation ample et veloutée, pleine, juste empreinte de ce qu'il faut de fraîcheur. Des arômes expressifs de fraise des bois, de cassis, de liqueur de fruits, de café. Ce goût à une profondeur et une longueur magnifiques (plus de 20 secondes).Un goût presque sucré et pourtant parfaitement intégré dans l'équilibre général.  Il se mêle à un peu de vanille et à du chocolat amer. Les tanins sont fondus dans la jolie matière, très fins. Boudiou que c’est bon !

Et le lendemain, dans le quart de bouteille qu’on a laissé, la structure ne bouge pas. Les arômes par contre se simplifient, à la framboise on ajoute une note très très sudiste de cade, de garrigue.

Que dire ? Plénitude ? Vraiment excellent. Peut être un poil trop rond. C'est mûr, presque sudiste. Fruité en diable, long et juteux. Arrachez les gewurz et mettez du pinot !

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Voilà. Fini. Presque. Que tirer comme conclusions de ces dégustations ?

S’il fallait résumer ces vins par une impression, je vous bassinerai avec un printemps à peine éclos, tout emprunt de brumes et de lumière fraiche. Mais les photos sont là pour vous le dire mieux que moi.

Dans l’ensemble, le niveau des vins est bon à très bon. Les vins montrent pour la plupart des acidités conséquentes et "mûres" associées à des impressions salines marquées sur la finale. Les structures sont harmonieuses et complexes. Les arômes, sans sortir des registres connus pour les cépages décrits, sont souvent francs et complexes. Voilà, ça ne casse pas cinq pattes à un ornithorynque me direz-vous. Mais rassurez-vous, je vous pondrai un truc plus pointu dès que j’aurais bu 100 de ces vins et 100 vins de chacun des 51 autres crus d’Alsace.

Cependant, en relisant mes notes je constate certaines constantes qui transcendent les caractéristiques de cépages : la récurrence des arômes d’agrumes et des sensations épicées. Pour le riesling, le tilleul et le miel reviennent souvent.

 

PS : si vous trouvez des fautes dans ce texte interminable, signalez les moi sans crier. Considérez cela comme un jeu et gagnez... toute ma considération.

 

 

  

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