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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 18:22

L’essaim des Saints

 

Ah ils sont copieux les Saints aujourd’hui. Il y a Saint Guénolé, certes. Mais si je vous parle de Saint Cléonique je vous vois venir nains lubriques. Et Saint Lamalisse ? Saint Eméthère et Saint Chélidoine ? Il y en aurait des choses à dire mais je dois m’éclipser car voici mon collègue Nico le Tich qui vient nous tailler les burnes avec son encyclopédie.

Je vous laisse en sa docte compagnie.

 

Très édifiante et fort vénérable encyclopédie

Picrocholine du micro savoir.

Par le très estimé

Professeur Nicodème Abélard Leruth de la Motte de la Tichauvent

(Nico le Tich pour les intimes mais il y en a peu)

Docteur en Herméneutique expiatoire dialectique des solides aux Facultés Notre-Dame de la Vertu relative de Noyelles-en-Gers. Thèse : « Flexibilité ondulatoire de l’appendice caudal bovin dans l’optique d’un diachronisme syntaxique utérin en milieu à queues »

Grand Maître de l’Ordre du Chaud Cervelas à l’andalouse.

Professeur Honoris causa de l’Université Gnhon-al-rhatich de Tripoli.

 

Avec la collaboration des cartouches Pan dans la g’.

 

Dictateur.

Le dictateur est le dirigeant de la dictature.

La dictature est un régime politique sur lequel les démocraties occidentales peuvent souvent compter .

Le dictateur est un homme qui aime bien qu’on l’écoute. Il n’est pas partageur. Quand il y est, il y reste.

Souvent les dictateurs ont un beau chapeau. La reine Fabiola aussi. Mais elle n’est pas un dictateur. Elle allait régulièrement prendre le thé chez un dictateur, mais ce n’est pas pareil.

Les dictateurs sont des gens très fréquentables tant qu’ils restent discrets. Non seulement, ils habitent souvent des pays où le soleil brille tout le temps mais en plus leurs pelouses sont grandes et bien entretenues. En plus, quand le dictateur aime les chapeaux aussi, la reine Fabiola trouve la conversation intéressante. Quand le dictateur aime les James Bond, c’est chouette aussi. Valery a repris deux fois des frites avec son ragout de gosses et puis on a regardé "les diamants sont éternels". Chouette film.

 

Le dictateur est un homme qui dicte sa conduite au peuple parfois jusqu’à la manière de tenir sa cuiller sans le petit doigt à l’heure du thé. Notez que je parle ici de conduite dictée, pas de texte. Bernard Pivot n’est pas un dictateur.

Le dictateur peut cependant fortement conseiller des textes édifiant les masses abruties de son peuple bien aimé. Des textes généralement compilés sous la forme d’un petit livre vert, rouge, brun, souvent sale. Mais toujours un petit livre. Un dictateur n’écrit jamais de grand livre.

Sporadiquement, épisodiquement ou de façon plus suivie, beaucoup de dictateurs connaissent d’intenses périodes de créativité. Une créativité artistique débridée dans des domaines très variés : la mode, les vacances organisées populaires (dites déportations), la torture, les grands défilés populaires clinquant de bannières criardes qui résonnent de tambours et de trompettes comme un rassemblement de jeunes nationalistes flamingants enthousiastes… Le dictateur est avant tout un créatif qui aura à cœur de marquer le patrimoine humain, pourtant déjà bien chargé de ce point de vue, de sa patte, sa grosse patte pleine de sang.

Le dictateur n’aime pas trop la religion en général, sauf quand il est lui-même un religieux. Mais n’aimant pas la concurrence, il préfère qu’on le vénère lui.  Il a alors tendance à égratigner le bon goût en flanquant partout des portraits de sa tronche ou de ridicules statues équestres avec lui sur la bête. Le dictateur n’aimant pas l’espoir distillé par la prière, il ferme souvent les églises. Sauf à Cuba, où les églises sont fermées parce que les fidèles cassent trop.

 

Il existe plusieurs types de dictateurs : les mous, les mi-durs et les durs.

Le dictateur mou adhère assez peu aux partis. Il peut vite être parti si on le pousse dehors. C’est un dictateur agréable à fréquenter et à présenter à ses relations commerciales car il porte fier. Il organise régulièrement des simulacres d’élections. Sa répression est intelligemment menée : feutrée, discrète, peu génératrice d’élan journalistique. Dans la dictature molle, le flic est un orfèvre entrainé à tabasser en douceur, sans laisser de traces. Et si par malheur il y avait des traces, la dictature molle possède un art consommé de la fosse commune.

La dictature molle est bien pratique pour les démocraties occidentales. Le business reste possible jusqu’au bout avec des morts discrets qu’on cache sous la carpette, ce qui permet aux élites occidentales et à celles de la dictature molle de faire semblant jusqu’au bout, voire de boire des cocktails et de faire des tours d’hélico ou de jet.

La dictature mi-dure est plus floue et interlope. Nous n’en parlerons pas ici parce que nous détestons les faux culs.

La dictature dure est plus difficile à gérer pour une démocratie occidentale. Quoique avec du culot, tout passe, surtout quand ce sont des oléoducs. Le démocrate peut encore faire des affaires un temps, échanger des rivières de diamants, vendre des armes, faire mumuse sur le gazon dictatorial avec sa petite filleule dictatoriale. Cependant, il y a toujours un moment où ça commence à se voir. Et l’opinion publique des beaux pays de Liberté étant sotte et d’une sensiblerie grotesque, il y a toujours un moment où il ne fait plus soleil pour les affaires.

Démocrates, vous devez savoir que tous ces morts et ces opprimés étalés au grand jour par une presse peu scrupuleuse et un web qu’il faudra bien un jour se décider à étrangler, peuvent vous faire perdre votre poste avec tous ses avantages. Ce serait tout de même ballot.

Le démocrate averti en valant deux, ce qui rachète un peu d’éventuelles errances bras dessus bras dessous avec des tortionnaires, il vaut mieux savoir qu’un dictateur dur peut revêtir au début les oripeaux d’un monsieur presque respectable.

Démocrates, apprenons à reconnaitre du premier coup d’œil un dictateur dur afin de nous éviter de gênantes explications à posteriori ménageant la sensiblerie humaniste déplacée des abrutis qui votent pour nous et auxquels, malheureusement ,vous devez encore votre poste. Une fois le dictateur dur en devenir identifié, on pourra quand même faire du pognon avec lui, mais avec discrétion.

 

Premier indice.

Souvent, le dictateur en début de carrière est primesautier en diable. Il fait souvent de beaux discours enflammés devant des foules en délire, comme Patrick Bruel. Le dictateur parle bien, raconte des blagues, fait des calembours pleins de finesse bien qu’en général légèrement racistes, inhumains et glaçant pour l’échine de celui qui, bassement humaniste, est encore sensible à des valeurs aussi surannées que la tolérance ou la curiosité pour l’autre. Mais nous le savons tous, ces humanistes là ne sont jamais que des gauchistes basiques, rétifs au bon goût, au droit des peuples à disposer des autres et à la liberté d’expression des opinions les plus dégueulasses. Ces gens là qu’on appelle parfois « résistants sont des traitres, des mauvais sujets, des à peine moins cons que nos ennemis.

Le dictateur reste peu ébranlé par les remarques perfides de l’humaniste esseulé. C’est que devant lui, il a la foule des grands jours. Et il l’aime son public, le dictateur. Il le flatte d’importance. Le plus beau, le plus intelligent, le plus riche des publics c’est qui hein ?

C’est pas comme le public des cons d’à côté. Qu’ils soient Juifs, Tutsis, Wallons, Ricains, Katangais, Tibétains ou Arabes, les cons d’à côté sont vraiment cons. Et laids. Et vicieux. Et sales. Et paresseux. Et profiteurs. Et vraiment pas comme nous. Décidément, ces cons d’à côté, on n’en voudrait pas comme beaux-frères. Même pas comme voisins en fait. Surtout que des fois, le con d’à côté viendrait jusqu’à mugir dans nos bras que t’imagines même pas.

Heureusement, le dictateur propose des solutions, lui. Avec lui comme idole des jeunes, c’est sûr, les cons d’à côté vont morfler. Et vous Grand public Adoré, vous serez encore plus beaux, plus riches, plus intelligents, plus forts, plus supérieurs sans ces cons là pour dépareiller le paysage.

Et la foule en délire d’applaudir, de hurler, de scander, de mugir, comme n’importe quelle bande de veaux gras bien élevés s’en allant joyeusement à l’abattoir, la bave au mufle et l’œil éteint avec une inconscience bovine confinant au sublime. Un peu comme dans n’importe quel concert des Beatles.

Mais parfois, pas de chance, le con d’à côté n’est pas à côté mais parmi nous. Et ça c’est grave. Parce que si le con d’à côté est facile à identifier parce que géographiquement délimité, à côté, le con parmi nous est plus insidieux puisque parmi nous.

Heureusement, c’est là que l’apprenti dictateur montre pourquoi lui, il a la capacité, plus qu’un autre, de dicter sa conduite au tas de bivalves qui l’écoute. Parce que lui, le candidat dictateur, futé qu’il est, il les connait les moyens de reconnaître les cons parmi nous. Il suffit de laisser un mot doux sur leur carte d’identité, de leur coller une étoile jaune sur la veste, de les obliger à quémander les formulaires administratifs dans leur propre langue.

Et la foule en délire de ne plus se contenter d’applaudir et de scander, mais carrément de lever le bras et d’éructer. Un peu comme dans n’importe quel concert de Dieudonné.

 

Deuxième indice

Le dictateur est en général très beau. Enfin, il y en a qui trouvent. Tous les goûts sont dans la nature comme disait le bouledogue qui se léchait le derrière (elle est fine celle-là, je ne m’en lasse pas).

Il est beau quand sa petite moustache polissonne et sa mèche rebelle lui donnent un air sombre et habité.

Il est beau quand il est chauve et qu’il termine ses sketches en croisant les bras et en affichant l’air satisfait de lui-même du ruminant qui régurgite sa ration pour la mâcher une seconde fois.

Il est beau quand il est roi de la sape avec un beau chapeau, de belles lunettes de soleil, un bel uniforme, un peu comme Michael Jackson au temps de sa splendeur.

Il est beau quand il participe à des jeux télévisés et qu’il fait de bons mots à propos de son cul devant les caméras. Beau et intelligent. Rigolo et sympa.

Bref, la foule en pâmoison, encore plus pâmée que devant Johnny Depp ou la fille Hilton en string, s’empresse de donner les clés de la Mercedes au dictateur. Et quand ce n’est pas la foule, c’est l’armée ou les banquiers ou les industriels qui mangent au même râtelier, ou les pays démocratiques qui veulent un bon interlocuteur bien stable, un bon douanier qui filtre bien les crève la faim qui croient aux mirages engendrés par la faim, un bon barbier qui rase de près les barbus enturbannés divers et variés.

 

Troisième indice

Le dictateur aux commandes du pays, fait ce qu’il a dit qu’il ferait. Surtout aux cons parmi nous. On ne peut pas lui faire ce reproche. Pour le faire, il le fait. Il le fait tellement, qu’en général, il déborde un peu sur sa propre population. Surtout sur ces ingrats d’opposants.

Puis il s’énerve. C’est que les cons ne se laissent pas faire, qu’ils soient parmi nous ou à côté. C’est têtu ces bêtes là. C’est que ça t’affiche clairement sa mauvaise volonté de se laisser éradiquer. Du coup, quand le dictateur déborde un peu dans le flot de son élan purificateur, ça fait des tâches dans la foule en délire. C’est que c’est peu discriminant une mitrailleuse.

Le dictateur crie de plus en plus fort. Parfois même, il vocifère. Rien à faire, il faut s’y faire. Quant il vocifère par-dessus des puits pétrolifères les occidentaux pas fiers ne savent plus trop quoi faire.

Le dictateur commence a montré des signes inquiétants de perte de contact avec la réalité. Il se fait donner des titres grandiloquents et assez prout-prout. Fürher, Duce, Grand Timonier, Cavaliere, Allerslimste mens ter wereld. Ce sont là des signes qui ne trompent pas : quand on en est là, l’infréquentabilité n’est pas loin.

 

Voilà.

 

En espérant avoir été utile aux démocrates qui ne cerneraient pas bien la notion de dictature, je vous remercie de votre attention et vous fixe rendez-vous la semaine prochaine pour vous entretenir du pendant des dictatures, les révolutions.

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