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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 09:00

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Cheverny, ça sonne comme un jardin fleuri baigné d’une douce lumière d’été. C’est la poésie du jardin d’Eden croulant sous les fruits juteux d’une nature généreuse. Mais probablement est-ce parce que je confonds Cheverny avec Giverny et les jardins de Monet. Soit.

 

Mais non, au fond. En se promenant de Chambord à Cheverny en passant par Tour-en-Sologne on part à la rencontre d’une région sans doute plus âpre que les vallées proches et riantes de Loire et du Cher, une région plus forestière, plus rustique, certes pleine de joyaux de la Renaissance mais encore emprunte de sombres voûtes moyenâgeuses.  

 

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Cheverny est une appellation de la Sologne viticole. Et nous savons ce que Pierre Desproges pensait des Solognots. Mais en l’espèce, on s’en fout un pneu.

 

Cheverny est une appellation qui produit du blanc, du rosé et du rouge et qui se confond plus ou moins, géographiquement avec Cour-Cheverny qui ne produit que du blanc à partir du cépage Romorantin. Le Cheverny rouge est produit essentiellement sur des sables et des argiles, parfois du gravier quand on se trouve sur une terrasse de la Loire, voire sur un lambeau de calcaire de Beauce. Sur 24 communes du Loir-et-Cher, dont on sait ce que Michel Delpech pensait des habitants, mais on s’en fout aussi, enfin quoique, les vignerons cultivent le pinot noir, le gamay à jus blanc et un peu de côt et de cabernet franc. Cependant, l’essentiel du Cheverny de base est un mélange de Pinot et de Gamay.

 

C’est un vin parfumé, léger, qui ne connait pas souvent le bois. Certains producteurs proposent des cuvées plus "haut de gamme" en pinot pur, élevées sous bois. La Sologne viticole, avec Cheverny et la ville voisine de Cour-Cheverny, est un charmant pays où les parcelles de vignes se trouvent isolées parmi les massifs forestiers, les parcs des châteaux et les cultures diverses (fraises et asperges notamment). On notera évidemment la proximité du château et de la forêt de Chambord. On fera son petit tintinophile à houpette en racontant que le château de Cheverny a servi de modèle à Hergé pour créer Moulinsart. Quant au lecteur qui voudrait en savoir plus, il se reportera à cette page du site OENOS qui nous parle de Cheverny, sans raconter de fadaises destinées à faire sourire un public facile, comme moi (quoique je pense avoir mérité de la patrie tant sage je suis resté, non ? Allez, susucre le rustre).

 

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Trois vins Rock ‘N Wine dégustés en septembre 2010.

 

Par un pur hasard, ces trois vins proviennent de chez trois viticulteurs travaillant en bio ou en biodynamie. Alors pour de rire, je donne une indication sur l’état de la lune lors de la dégustation. Celle dans le ciel, pas celle dans mon pantalon, cela va de soi. Je suis chafouin quand même. Les renseignements viennent de www.biodynamie-services.fr. Il s’agit de trois cuvées "de base" de trois domaines. Ce sont des assemblages de Gamay et de pinot noir avec pour deux, un soupçon d’autre chose. Comme vous allez le constater ces trois vins présentent un sacré air de famille.

 

 

 

Domaine du Moulin, Cheverny 2009.

Hervé Villemade

 

Ouverture le 10 septembre au soir : Jour racine. Lune descendante et croissante

 

 

 

Un duo Gamay-Pinot noir à 50/50.

 

Le premier contact, l’œillade intime qui invite à la suite révèle un caractère fort sombre, presque opaque. Mais la dame, le sexe est indéniable, n’a pas le teint ni les idées limpides. Tout ça est rouge vif, avec une nuance pourpre.

 

Tout ça donne évidemment envie de renifler, bien que nous n’ayons pas de mœurs canines. Mais il faut attendre que madame s’installe : à l’ouverture, c’est un peu violent. Madame ne se lave pas tous les jours. Madame est de la campagne. Un élan très fruité mais accompagné d’une volatile aussi costaude que rustaude. Puis, madame prend ses aises et ça dépote avec fruit un peu crémeux de cerise et de fraise, expressif et sensuel. Ca appelle un deuxième verre, sur lequel se déploient de forts parfums de bête des bois, de la griotte, des épices fort sudistes, des fruits mûrs ou confits.

 

En bouche, au premier coup, madame est revêche. Elle dégage à l’ouverture un fort perlant, dérangeant qui s'estompe en picotement au deuxième verre. Là aussi, l’acescence laisse avec le temps la place aux fruits au yaourt (fraise, cassis), à la sauge, à la bête velue qui feule dans les fourrés. Le caractère fruité et aimable ne doit pas prêter à confusion : c’est relativement frais, léger, avec des tanins rustiques, un peu rêches mais pas trop puissants, structurant tout ce fruit débordant.

 

 La dame ne connait pas de lendemains.

 

Ce vin, je l’ai également servi à une assemblée de trolls dans mon genre (ma famille) au baptême de mon adorable petite fille. Ces bouteilles là semblaient moins marquées par l’acide acétique. Mais elles partagent toutes un air incontestable de famille : le même côté sauvage, pas très propre sur soi, un peu cracra et rustique. Mais sensuel et canaille. Pas fin, étrange et diablement séduisant.

 

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Cheverny 2009

de Philippe Tessier.

 

17 septembre 2010 : Lune : fleur matin /feuille le soir, lune décroissante et descendante

 

Des conditions un peu particulières pour ce vin issu de l’agriculture biologique non pas dégusté mais éclusé lors d’une soirée d’anniversaire. Pas de site internet non plus pour ce vigneron connu des amateurs, qui produit des vins "les plus naturels possibles". De ce que j’ai pu chouraver sur le net, cette cuvée domaine qui ne connait que la cuve est issue d’un assemblage Cot 6 %, Gamay 55 %, Pinot noir 39 %.

 

Ce vin m’a scié. Parce que sa ressemblance, à une semaine d’intervalle avec le précédent était frappante. Parce que ce vin est un pousse au crime. Tu le fais boire à un militant de l’ANPAA, il devient sympa, c’est dire.

 

Dans le verre c’est d’un rouge explosif et sensuel. Du genre à te rouler dans le velours en poussant de petits cris.

 

Il partage avec le vin précédent cet aspect pas très propre sur lui, fille de la campagne un soir de moisson, franchement canaille, galipettes à l’étage de l’étable, dans le foin.

 

Un goût terrible de reviens-y. Un fruité éclatant mêlant la griotte qui hurle et la framboise qui ulule. Redoutable. Un corps d’une rondeur alléchante mais pas alanguie (sous roche évidemment).

 

Comme le précédent, il y a une petite fumerole acétique qui transforme le nez autant que la bouche en lui donnant un côté presque dérangeant de sensualité pour qui, comme moi, reste attaché aux valeurs de droiture de l’Europe éternelle.

 

Des trois vins, il est incontestablement, le plus présentable à la famille, la petite sœur et les parents, mais il transpire, sous le fruit, le même côté sauvage et peu fréquentable à moins d’aimer ce qui est bon et les tablées de potes dans une clairière.

 

 

 

Cheverny 2006

Domaine des Huards

 

 

2 octobre 2010 : Jour fruit (ouf), lune croissante et ascendante

 

 

Une triplette, Gamay 55% – Pinot-Noir 30% – Cabernet-Franc 15%.  Le domaine des Huards, ce sont les époux Gendrier qui travaillent leurs vignes en biodynamie. En septembre 2008, au domaine, tous leurs vins m’avaient paru merveilleux, pleins de personnalité, très secs, droits, pas pour les demi-sels. Si je dis toujours que leur Crémant de Loire et leur rosé font partie de mes vins préférés, leurs blancs et leur rouge "de base" m’ont déçu depuis : entre franchement bizarres et totalement imbuvables. Mystères insondables des caves inconsolables. Reprenons le flambeau avec cette troisième bouteille de rouge dégustée depuis 2008

 

Pour ce qui est du plumage, on reste dans le velouté : Parfaitement rouge, foncé mais translucide, brillant.

 

A l'ouverture, c’est la pire de nos 3 muses champêtres encanaillées, avec des fumets, assez désagréables, dominés par un arôme faisandé et végétal peu noble. A l'aération par contre, le vin révèle d'expressives notes de groseilles fermentées (étonnante ressemblance avec le vin de groseilles rouges que je fais), de confiture de griotte (très net), de noyau, de caramel, d'épices. Etonnant, ce vin se montre plus civilisé et plus fin que les deux 2009. Cependant l’air de parenté est évident.

 

En bouche, on peut se réjouir sans s’esbaudir d’une jolie matière assez ample et ronde en entrée. Mais déchantez, amis des rondeurs généreuses et dansez amateurs d’acidité rapicolante : les facilités d’entrée de bouche sont vite remisées au placard par une acidité assez vive qui grandit pour assommer la finale, franchement aigue. Les tanins sont très fondus, très fins, mais ajoutés à la vivacité, ouch ! Il faut aimer. Les arômes expressifs font la part belle à la griotte, aux épices et toujours à ce côté animal/faisandé/pas propre qui ici persiste et marque trop le vin. La longueur de 10 secondes est finalement assez courte.

 

Dans les jours qui suivent, ça devient de plus en plus acide, jusqu'à devenir imbuvable. Le goût de griotte s'accentue à devenir caricatural. Et jamais l'aspect "pas propre" ne s'évapore. En résumé, intéressant au nez, trop vif à mon goût et vraiment bizarre. C’est quand même une progression puisque les deux bouteilles précédentes n’ont plu qu’à l’évier.

 

Conclusion pour les trois bouteilles, au cas où des distraits n’auraient pas suivi… Je dis moult fois que ces trois vins m’évoquent la campagne, la rusticité et le côté canaille et tête à poux. Ce n’est absolument pas un reproche. Disons que sur une échelle de la finesse ces Cheverny seraient à un bout et des chinons comme ceux d’Alliet à l’autre.

 

Et enfin pour ceux qui ont du mal à piger mon ressenti, lisez ce billet rock !

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commentaires

cigalette 26/11/2010 14:36



j'adore tes photos,  quand ce qui est du vin, beh! je n'y connais rien du tout, vu que j'en bois jamais, même une larme, mais mon mari l'apréciais, même parfois un peu trop mais
quand c'est bon, difficile de s'arrêter, bon après midi, et merci



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