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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 16:47

 

 

Des vins rouges de Chinon...

 

Pour les comiques qui voudraient faire drôle passons tout de suite les prolégomènes mirlitontesques.

Et évoquons l’irremplaçable humoriste Chim qui disait à Chéchile de Franche "Et Chinon, la petite famille, cha va ?"

Voilà, comme ça c’est fait. Je me sens plus léger.

Je tenterai également pour échapper à la facilité qui si souvent m’éteint, m’étreint, pardon, de vous éviter les rabelaiseries pantagrueliques de rigueur.

Moi, je suis venu aux rouges de Loire par les vins de Bourgueil, raison de plus pour goûter quelques chinons.

Cerise 5

 

Bêtement, avant cet été, Je n’avais bu qu’épisodiquement de ces fiers vins issus du Cabernet Franc qui pousse avec fierté sur ce terroir diversifié. Terroir diversifié dont les sons résonnent gaiement d’atours aussi locaux qu’exotiques. Si le cruciverbiste qui sommeille en vous à envie de savoir ce que sont tuffeaux, perruches et perrons, je conseille ce site qui porte un nom original pour le sujet dont il traite. Pensez-vous ! "Chinon.com"

Et donc de Cabernet de supérette en Chinon d’opérette et néanmoins de supermarket, je n’avais qu’une vision assez poivronesque et stridente, crissante même de l’AOC.

J’en veux pour preuve ce vin dégusté en 2007 puis plus récemment en 2009.

 

Domaine des Hardonnières 2005.

Une bonne année pourtant. Et c’était âpre, triste, acide. Pas bon. Et pour le goût, c’était plutôt la messe du dimanche que les Folies Bergères :du poivron, du cassis et un truc amer qui aurait pu passer pour du bois. En 2009, ça avait été passable, assagi. Mais sans joie, sans soleil. Et totalement pinardier.

Voilà. Pas folichon. Mais ça existe, ça se vend. Il y a des gens à qui ça plait et ce serait crétin de leur en vouloir. Le vin c’est aussi ça. A prendre ou à laisser.

 

Mais laissons là ces déceptions d’étal mercantile et accrochons nous à nos parapluies.

  P9200137

Car maintenant… tremblez amateurs de bon goût… voici un Vin NATURE.

Sentez-vous le sol immuable trembler sous nos pas ? Voyez vous les murs de nos certitudes qui se lézardent ? C’est le paradigme de l’occidentalité qui vacille sur ses bases.

Je remonte la bouteille de la cave. Les marches manquent de se dérober sous mes pas. Je prends le tire-bouchon. Les mânes de mes ancêtres depuis 100 générations tempêtent et pestent, manquant d’emporter dans leur bourrasque de colère ma chevelure épaisse et séduisante nourrie de pétrole Ahn à défaut de mon âme définitivement perdue pour le côté de lumière de la force. J’ouvre la bouteille.

"CIVILISATION !" feule l’âme de Michel Bettane derrière moi. Malgré les frissons que génèrent son souffle court et rauque dans ma nuque, je reste stoïque et je m’entête faisant fi de ses incantations.

"N’ouvre pas la boîte de Pandore malheureux", me dit le célèbre critique, que je sens fort en affaire là derrière, "car le vin nature continue-t-il, c’est le recul de la civilisation , la grande avancée du prout annihilateur, le retour de la bête, du caca à même les trottoirs, la pestilence de la fange bouillonnante d’animalcules aussi approximatifs que frustes qui s’épand en torrents de lisier dans nos rues. C’est l’animalité basique de nos tréfonds qui remonte à la surface de nos consciences. C’est…"

"Du calme Michel, lui dis-je, plus hiératique qu’un Moai pascuan. J’ai la chose en mains. Je sais ce que je fais. Enfin je l’espère…"

Et j’ouvre, tant pis pour le mauvais génie destructeur qui s’échappera, pour la civilisation du vin, la culture des ancêtres. Je rajuste mon fouet à la ceinture, redresse le chapeau d’aventurier qui coiffe mon crâne bouillant. Indiana Rustre ne recule devant aucune aventure. Je verse le liquide, m’attendant aux remugles méphistophéliques, aux effluves cloacaux, à la fin de l’homo sapiens, au pire, à tout, à entendre Dave chanter et…

 

 

Les terrasses 2009

Domaine les Chesnaies de Béatrice et Pascal Lambert à Cravant-les-Coteaux

Vin issu de la Biodynamie et "nature" en plus.

Ce vin a été mis en bouteille le 16 avril 2010, soit deux mois avant l’ouverture. Le site du viticulteur vous apprendra que ces vignes de cabernet de 8 à 30 ans ont donné 45 hl/ha de vin sur un sol d’alluvions de graviers siliceux. L’élevage se fait en cuve pendant 6 à 12 mois (là, forcément c’était dans les 7 mois) et c’est embouteillé sans soufre. Le viticulteur prévoit une garde de 1 à 2 ans, peu pour un chinon.

Bu le 25 juin 2010 au soir alors que la pleine lune s’effeuille en jour feuille, (26 jour fruit), et… nœud lunaire. Evitez les calembours.

Bon… ne nous affolons pas. Voyons d’abord la tronche de cette dangerosité révolutionnaire. Bon…Plutôt sombre mais encore translucide, d'un beau rouge de cerise noire.

Hum… c’est ici que les choses se corsent comme disait l’Empereur. Accroche toi à la civilisation, je mets le pif dedans

Et à l'ouverture, c’est simple mais mûr et miam : cassis en gelée. Puis après 2-3 heures, le nez devient aromatique, magnifique : gelée de cassis, cerise noire bien mûre, noyaux de cerise, framboise, grenadine très forte, une note florale, du poivron grillé. Oh oui ! recule encore civilisation !

En bouche, les arômes sont moins exubérants mais mêlant quand même cassis en gelée, cerise, framboise, violette et pointe de grenadine. La structure est définitivement très fraiche, vive en finale. Un peu fatigant seul, ça t’accompagne ton steack sur braise à merveille. A l'ouverture, une bulle picotante désagréable, totalement disparue après 3 heures rappelle sans doute la mise. Les tanins sont très fins, discrets mais structurants. La matière est fluide et la finale très citronnée s’étire sur 15 secondes.

Du coup, derrière moi, c’est le silence : les mânes et les poltergeist la ramènent moins.

Le lendemain pourtant, c’est moi qui la ramène moins : à une note métallique désagréable au début, succède un vin plus éteint, plus banal mais qui se comporte encore bien en bouche.

Bref, ouvrez, buvez, videz. C’est agréable, ça fédère une assemblée, ça fait glousser les jolies blondes. C’est du vin. Du bonheur.

  P7130044

 

L'Huisserie 2006

Philippe Alliet.

Pas de site internet mais les amateurs connaissent bien le domaine réputé pour ses élevages en fût pas toujours neuf mais souvent. Des élevages à la bordelaise disent certains qui dénaturent le vin (les élevages, pas certains). Mouais. Mais c’est bon ? Je ne sais pas. Moi je trouve.

J’ai bu ce vin en juillet 2010 ; et en l’évoquant, en recopiant mes notes, son goût me revient en mémoire. Je suppute que c’est bon signe. D’ailleurs, j’avais tapé un article en le buvant dans le soleil couchant. C’était le bonheur.

Maintenant, effectivement, quand tu mires ton verre, le liquide opaque, rouge bordeaux justement, à reflets plus clairs et plus vifs, brillant et un peu visqueux, tu as un peu peur d’avoir du jus de barrique.

Et puis tu le portes au nez. Et plus personne ne crie "civilisation". C’est modéré et constant : ça ne bouge pas sur 5 heures d’ouverture. Sur le cassis et le poivron mûr. Un soupçon de framboise, des épices et un caractère animal, musqué. Très fin et très élégant, tout n’y est que subtilité et harmonie. Bref, pour un peu j’en érecterais.

Et en bouche… ben voilà, l’imperfection est plus facile à décrire que la perfection. Un de ces vins auquel un "Putain que c’est bon" suffirait. Enfin "tudieu" plutôt, c’est que l'huisserie à ses lettres. Tu as le velouté de la matière, la fraicheur tout le long et bien après. Tu continues avec des tanins ultra fins, presque crémeux. Et pourtant tout cela est d’une légèreté de ballerine virevoltante. Bref, tu te sers encore et encore, ce n’est que le début d’accord, d’accord. Et les arômes aussi font dans la distinction et la finesse avec cette gelée de cassis et cette framboise qui s’étirent sur 20 secondes bien tapées.

Le lendemain, si c’était possible, c’est encore mieux avec un vin plus épanoui avec framboise et violette de la partie, du poivron grillé, du cassis, des épices. La matière ne bouge pas. C'est du bonheur

Que dire sinon sérénité ?. Rien ne dépasse, tout n'est qu'harmonie et finesse. Très classieux. Vachement cossu.

Vous lirez vendredi la description canaille de quelques Cheverny. Ici, c’est l’opposé. Les deux me plaisent mais pas en même temps. Ici, c’est presque trop sérieux, mais tellement bon. A cheverny c’est Rock’n Roll et tellement bon aussi !

Et pour faire bonne mesure…

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Les Varennes du grand Clos Franc de pied 2004

Charles Joguet.

 

Lisez donc les notes sur le site du domaine. Que dire de plus ? Goûtons plutôt voir si le vin issu de ces jeunes vignes non greffées, du cabernet les pieds dans la terre donc, est bon.

Bu en septembre 2010

Des atours très sombres, à la limite de l'opaque. D'un rouge brillant et même étincelant. C'est vraiment une nuance particulière mais je manque de mots là…

Pour le nez, je sais quoi écrire : c’est aromatique et très bordelais, sans que ce soit une insulte, mûr aussi, ce qui n'est pas forcément bordelais.

Moi je craque quand il y a de la mûre bien mûre. Vous me direz facile, je vous répondrai zut car je sens un peu de vanille, crémeux ce nez. Et puis du grillé, du fumé, des épices et de l'eucalyptus. Bordelais vous dis-je. Oui, mais sans excès ! Et c’est bien ce qui caractérise le mieux ce nez : la juste mesure, la note subtile. C'est élevé mais bien élevé. Après 3 heures, le cassis domine. C'est plus simple mais toujours d’une élégance qui me fait frétiller de là à là.

Et enfin, que se passe-t-il quand on s’en asperge le gosier ? La fraicheur de bout en bout. A "tension", y a sa photo au dico des vins. Et toujours dans la justesse, la pondération à un point que ça doit fureter du côté du nombre d’or. Oh oui, je suis un peu trop enthousiaste et pas assez architecte. Mais j’ai franchement pris mon pied aussi ! Quelle fine allusion !

Il y a beaucoup d'arômes : mûre, vin de mûre, arômes fumés et même musqués. Là aussi, après quelques heures ça se simplifie sur le cassis. Les tanins restent secs mais fins et pas désagréables. Et ça t’envoie doucement sur 15 bonnes secondes. Je les ai comptées !

Et le lendemain : Apparemment l’ouverture du festival odorant, c’était pour le lendemain : subtilité et complexité avec : vanille, mûre, fumée, framboise, chocolat, épices. En bouche, fraicheur, tension et légère amertume portent le vin loin, au-delà des 20 secondes.

Si je devais résumer je parlerais d’élégance pure mais stricte. Disons que c’est plus Cate Blanchett que Lady Gaga.

 

Et Chinon, la petite famille cha va ?

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commentaires

cyril 24/11/2010 18:38



Ouep Jeremie B a raison. Il est ou Baudry ? Pas assez rustre peut etre ;)



le rustre 25/11/2010 11:25



Bonjour Cyril.


 


C'est qui Jeremie B ?


Quant aux vins de Baudry, pas eu l'occasion d'en avoir chez mes cavistes habituels. Mes choix n'en sont jamais puisque je goûte tout ce que je rencontre au hasard de mes périgrinations.



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