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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 15:26

 

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Fureur. Brouhaha. Acouphènes. Agitation. Stress. Rouge. Colère. Haine. Crise.

Bart à la radio qui ramène sa rengaine. Un train ou l’autre qui a déraillé. Deux bagnoles pourries d’affilée sur la route du turbin pour oser ralentir ma cavalcade. Le téléphone qui ne cesse d’éructer. Les rendez-vous qui pleuvent comme vache qui s’épice. Les réunions du soir à pas d’heure. Le enfants fatigués qui pleurent toute la journée. Travaux dans la maison. Le menuisier. La corniche à rafistoler. Le…

Pink Floyd, The Wall. Introduction de Another brick in the wall, part III. Vous visualisez ?

Dix radios autour de moi donnent leur son à fond, mauvaises nouvelles et chansons, gueulardes de star ac' et politiques patraques. Le cri bouscule ma glotte et sort à gros bouillons longs de ma gorge. J’écrase ma masse sur chacun de ces foutus postes. Fracas de plastique sur ferraille broyée.

Silence, enfin.

 

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Dans mon jardin, il y a un tas de terre qui attend d’être évacué, un tas bâtard, reste de terrassements jamais achevés. Un tas laid et hirsute de chardons et de buissons. Au sommet on voit de haut et de loin, tout le quartier de haies et de jardins déserts. Le soir un peu frais a chassé les gens, tant mieux, qu’ils me foutent la paix.

Les gros bourgeons clairs des cornouillers mâles commencent à se fendre pour révéler les délicates fleurs jaune miel.

 

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La terre exhale un peu de vapeur tandis que les haies frissonnent au soir tombant. Par delà les labours ocres, le soleil s’affale sur l’horizon.

Dans ma main, un autre soleil couchant que je mire avec attention pour m’éviter de me perdre dans mes souvenirs.

 

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Un astre d’un grenat très foncé, presqu’opaque mais pas totalement. Il y a encore un peu de lumière qui danse au fond du verre. Mais rien n’y fait, les souvenirs ne peuvent que m’assaillir. Les reflets rouges qui brillent sur cette robe de velours, le soleil qui se teinte de sombre et tache de sang les terres vides. Un troglodyte hurle sa strophe, bien planqué, invisible. Un étourneau pisote sur un fil électrique, lançant des tries étranges qui me rappellent un peu les martinets dans les villages du sud.

 

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Alors que les ombres partent à l’assaut de mon petit monticule, me léchant les pieds, des merles fous volent d’un buisson à un autre, lançant leurs alarmes sinistres.

Rien n’y fera, les souvenirs me submergeront. Mise en abyme, plongeant mon regard dans tant de vallées depuis tant de collines et de promontoires perdus sur lesquels mes pas m’avaient emmené. Le Donon dominant le damier lorrain, le Mont Pelé Stavelotain hanté de spectres gris à la minuit glaçante, Saint Donat solitaire sur les vignes d’argent d’un Luxembourg de printemps.

Mais voilà, malheur, que je plonge le nez dans le verre. Foudroyé, d’élégance, de classe, de complexité, de suavité. Une entrée en matière vanillée qui n'empêche que temporairement mon esprit de vaciller, tant ce qui suit m’écrase littéralement dans mes souvenirs.

Je sens tout à coup les cailloux secs et tranchant qui mordent la peau de mes fesses. Une poussière très fine et très sèche dessine des motifs sur mes chaussures mouillées de rosée. De Montcalmès au Puech d’Alluech , au bord du Tarn dans son gouffre. Ca embaume le sud. Des fruits noirs bien mûrs, ce genre de genévriers qu’on appelle cade, du laurier, des épices chaudes et musquées. Des fleurs et de la terre. La terre ocre du puech peut-être.

 

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Les merles s’en sont allés et à la place, des cloches ovines teintent désincarnées dans la lande. Deux vautours planent loin au-dessus de moi. J’offre mon âme à l’immensité, libre à elle de l’emporter. Dans le soleil levant, la solitude confine au sublime. Je vis plus fort et plus haut en voyant l’ombre des cailloux s’allonger à s’en détacher.

Je suis près à rejoindre les deux rapaces qui se laissent glisser vers la vallée. Aérien. Comme ce vin à l’équilibre atmosphérique. En quittant le sol, je ressentirai la caresse de l’air chaud comme du velours puis en m’élevant, il y aura les lambeaux de la fraicheur nocturne. Comme dans ce vin.

Ce vin de silence, de légèreté, de jouissance aussi. Celle des fruits cueillis mûrs et juteux sur l’arbre : cerise, myrtille, framboises, airelles, le tout délicatement épicé. Quand je vous dis que ce vin me transporte.

 

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Chaque gorgée m’éloigne un peu plus de février et de la Belgique moribonde. C’est la tendresse du souvenir qui coule encore dans ma gorge quand les tanins, très fins et fondus dans une jolie matière, aucunement excessive ni défaillante, déposent leur voile délicat sur mon palais. Et comme tous les grands de ce monde, quand Montcalmès est parti, il laisse durablement un bon souvenir, un sillon de fruits mûrs et de fumée légère sur plus de 20 secondes.

Mais les moments de grâce ne peuvent que s’écrabouiller la tronche dans le quotidien. Un clébard aboie et j’ai les fesses gelées. Adieu le Puech. Il y a Louis la Brocante à la télé ce soir.

Le lendemain, la grâce du moment n’est plus là. Le ciel est bas, triste et froid. Pourtant, Montcalmès lui, s’épanouit. Le thym, le genévrier, le café, les cerises, la violette et la myrtille au nez comme en bouche ne cessent de se relayer. En bouche, ce taffetas mûr et juteux, à la fois léger et plein, suave et vif devient magnifique.

Je dois vous le confesser, de ma modeste expérience, c’est là un Puech. Un délice qui pour revenir ras des pâquerettes avoisine les 20 euros, prix caviste.

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