Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 16:26

En un an de délires et d’approximations diverses sur le web, l’article le plus lu de mon blog reste celui-ci : Une méthode efficace pour éloigner les chats du potager. Je ne me lasse pas d’imaginer la tête de l’internaute croyant enfin trouver une vraie méthode pour protéger ses plates-bandes et qui tombe sur ce texte. Ah ! petits bonheurs furtifs…

Pour le premier anniversaire de mon blog, je ne pouvais faire qu’une chose… Ecrire une suite !

Avertissement : Si vous êtes fragiles du cœur ou de l’estomac, attachés plus que de raison à la bienséance, au bien-être animal, au sourire niais des enfants, à la morale telle qu’elle est sottement ânonnée dans les écoles publiques, je vous suggère vivement de différer votre lecture !

Par contre, si vous voulez vraiment aller plus loin et si vous ne connaissez pas le premier épisode, allez donc le lire via le lien ci-dessus, sans quoi vous serez perdus.

 

P4260166

L'Iran se révolte contre les chats. Photo de Maxwel Kalité-Filtre Von Sydow parue dans L'écho du Toulois. 1979.

 

C’était un jour comme les autres au pays des prairies grasses, des bosquets verdoyants et des asperseurs à purin.

Dans une aube rose et crème, le soleil pointait à peine ses rayons couleur de fonte en fusion pour réchauffer la nature assoupie au sortir de l’hiver. Seuls, des peupliers pelés, lovés dans quelque étole de brume diaphane, attendaient frileusement le vrai printemps qui les sortirait enfin de leur torpeur. Dans le petit monde secret des bosquets et des buissons, une mésange zinzinulait tout en s’afférant à débusquer quelque vermisseau tapis dans l’entrelacs de branches dénudées. Lointain, on entendait un pic pleupleutant entre deux séances frénétiques de martelage d’une souche morte quelconque.

Soudain, mâle et rauque, retentit un « Montjoie, Saint Denis, Maûssîs flaminds des gattes ! » qui stoppa net les divagations poétiques de toute cette création bruissante et fort sympathique au demeuré, mais quand même un peu con sur les bords au milieu.

Non mais merde quoi ! J’t’en donnerais moi des zinzinulations gratuites… A coups de crosse ouais, la mésange délicate ! A ma botte, je veux les voir tous ces emplumés. A ma pogne les siffloteurs édentés des haies.

Est-ce que je pleupleute dans le lointain moi ? Hein ? Ben non, exactement.

Non mais, z’ont rien d’autre à cogner ces fainéants ? On dit que la nature va mal, mais merde, ils le cherchent aussi. Ces pourris là se lèvent tôt, mais croiriez-vous qu’ils vont bosser pour la cause ? Le croiriez-vous ? Et ben non, ils zinzinulent et ils pleupleutent, les fâcheux ! Moi, je dis qu'il y a de la chevrotine qui se perd !

Bon, soit. Gardons notre sang au frigo à défaut de celui des autres, si vous me passez l’expression.

Le sabre au clair, le casque napoléonien rutilant, le tutu rose frémissant au vent, il est là, l’Homme, le Héros, le Sauveur. Ecce homo, et pas qu’un peu.

Les traits fichtrement burinés, les intentions sévèrement burnées.

P7210053

"We don't need another hero" gravure sur peau de matou de Hans Fouchtreköll, artiste espagnol du 16ème siècle. Musée du Catch, Vic-sur-Seilles.

 

Comme à l’accoutumée par petit matin, je faisais le tour de mes terres, les cheveux fous, le regard au vent sur mon fier coursier, étalon de noble race arabe. Et pas arable. C'est pas un cheval de trait non plus. 

Vous qui n’avez aucune imagination, vous n’auriez vu qu’un type bizarrement vêtu, enfourchant un vieux manche à balai muni d’une tête de cheval en carton et faisant cataclop cataclop pour faire comme si pour de vrai. Mais vous n’êtes que d’infâmes rustauds dénués de la moindre parcelle de poésie enfantine. Que dis-je ? D’ignobles réactionnaires urbains assoiffés d’émissions de télé ré-alitée voire grabataire, dégoulinantes de stupre et de bassesse humaine. Des suppôts du grand capital spoliateur globalisé.

Fouchtra ! Arrières monstrueux pensionnaires d’un fort-Boyard de pacotille offert aux affres des pensées lubriques de technocrates avilis.

Ompg-fgrunchougnarf… Pédés par la bouche !

Seul contre tous les chacals, je montais la garde, immuable dans mon habit de lumière.

Habit de lumière dont chaque élément, chaque détail avait été choisi avec un soin digne d’un empaleur de mouches tentant de s’en prendre à Anne-Marie Lisin ou d’un philatéliste essayant d’ajouter Marine Le Pen dans son album de timbres. Le sabre, la cuirasse et le casque surmonté d’une fière crinière jaune striée de bleu, le tutu rose et les collants noirs à pois multicolores. Des fuchsias, des vert bouteille, des ocre pâle.

Chaque élément avait été sélectionné par votre serviteur au terme de savantes et patientes observations de l’éthologie coutumière des pelés félidés, ennemis déclarés de la civilisation occidentale, celle qui sourit quand elle Laval.

M’entourant de ses oriflammes guerrières, la musique sauvage de Wagner rugissait dans tout le voisinage.

Quelque malotru traitreux vendu à la solde de l’engeance féline me vitupérait, bien planqué, le lâche, derrière la fenêtre de sa chambre, m’enjoignant, dans la langue vulgaire qui est celle des sots et des vilains, de « fermer ma gueule de cinglé et de cesser ce boucan » non sans ponctuer sa vile diatribe d’un « connard, gros enculé » du plus mauvais aloi. Rustaud va !

« Descends donc de ton donjon, baltringue, et viens tâter de ma lame dans tes fesses molles » lui rétorquais-je avec véhémence.

Non mais vous vous rendez-compte de la fainéantise de ces bouseux qui, à la moindre contrariété se targuent d’être des citoyens, d’avoir des droits, mais qui trainent encore leur savate en pyjama… à cinq heures du matin !

Ah j’vous jure. Sont pas coopératifs les voisins pour ce qui est de l’élan purificateur de ma croisade sacrée contre les pourris viandeurs à quatre pattes, ces grippeminauds à l’air sournois.

Imaginez-vous… Nous sommes en guerre et je suis le dernier rempart de la civilisation. Comme tout maître de guerre qui se respecte, j’échafaude stratégies et ruses d’échiquier dans mon quartier général, mes « headquarters » pour reprendre l’expression de nos farouches amis Britons. C’est que l’ennemi est veule et peu avare de ses ressources. Il s’adapte, il louvoie, il contourne. Salopiaud !

Alors sans cesse, moi aussi je m’adapte et je dominerais sans faiblir la situation si je pouvais faire fi de mes voisins, abjects collabos à la solde de la confrérie des immondes griffus…

Quand on pense que ces idolâtres hébergent en leur sein ces immondes miauleurs. Et s’il n’y avait que les margays, non pire… des chiens aussi.

Sans compter une inquiétante perte d'efficacité de La Méthode malgré une escalade vertigineuse dans la taille des pièges et du bac d’eau, la vigueur des paillettes de mon habit de scène et le volume sonore des vociférations wagnériennes, que Bayreuth à côté c’est un récital en sourdine de Charlotte Gainsbourg et Etienne Daho accompagnant une première Dame de France aphone !

P4260166

"Le chevalier Roland s'en vint à pied par la Chine jusqu'à Roncevaux" Enluminure du parchemin "De debilitio et alter couillonadis". Xème siècle. Abbaye de Morbach-aux-Parties.

Sans compter que nonobstant cette course frénétique à l’armement, j’ai du me rendre à l’évidence : les veules mistigris s’étaient donné le mot. Ils me narguaient. Ils me défiaient. La trempe avait cessé de fonctionner.

D’autant plus qu’un chien ou deux s’étaient mis de la partie. Doublant le volume des crottes parsemant ma pelouse telles des balises sur une avenue des Champs-Elysées à la gloire de la merditude canine. Et ces sales bêtes là sont rétives à la trempe et sont surtout trop grosses pour les pièges. Et puis, la viande de chien mouillé… il reste un goût je trouve qui ne sied pas bien aux crus charpentés que j’ai l’habitude de marier avec la viande goûteuse de carnivore domestique.

Cela me rappelle une anecdote lors d’une garden-party à l’ombre des pyramides donnée par le sympathique Moubarak, en compagnie de diverses personnalités de toute l'Europe, mais surtout françaises. Mon ami Olafsidur Bridursdottir, sultan du Boukistan, me confiait comment Lafite se mariait si délicatement au bichon grillé. Il en parlait avec délectation. Quel souvenir. Je reste marqué par Lafite en Egypte.

En plus, suite à un séjour dans une agréable pension de famille où on m’administrait de ravigotantes séances de stretching via de petites électrodes à même le crâne suivis de rapicolants bains glacés, j’avais promis au docteur qui s’occupait de moi de ne plus recommencer.

Bref, la révolte grondait. Mon armée tressaillait. Déjà, je voyais mes généraux et amiraux, Klébar, Muscat, Groucho, battre en retraite. Je me devais de reprendre les choses en main.

Abandonnant la Trempe, je me mettais en quête d’une nouvelle arme absolue. Cependant, je continuais de parcourir mon royaume dès potron-minet en Grand Uniforme d’apparat au son de Wagner, le sabre au clair. Non pas que ce fut d’une utilité stratégique mais je me dois de scrupuleusement suivre le protocole, les traditions et la discipline militaires sans quoi, la soldatesque s’étiole.

P4260166

"A Austerlitz, mets ta petite laine Napo, le fond de l'air est frais pour la saison" Par David et Jonathan. 1814. Musée du ferment lactique d'Ajaccio.

Mais mon esprit génial trouva bientôt l’arme absolue…

Et vas-y qu’une petite morveuse de 5 ans vient gémir à ma porte pour savoir si je n’ai pas vu « Hector ». Gamine qui soit dit en passant,  est la seule pauvre et petite façon que les gros cons idiots du 37 ont trouvé pour perpétuer leur race de veaux gras, ceux-là même qui insultent chaque jour le bon goût en passant et repassant du Mike Brand à longueur d’été lors de leurs puants barbecues méthanolisés. Dieu qu’elle est laide cette gamine. On dirait un furoncle avec des dents et une couette. Pouah !

« Hector ? Qu’esse j’en ai à foutre d’Hector moi ? Quoi ? Il est roux avec des tâches noires aux pattes et il a disparu depuis 5 jours ? »

« Ah bon ? Alors je suppose, petite gourde que par « Hector » tu veux parler de ce fruste tas de poils hirsutes qui se plaisait à pisser sur mes poireaux et à faire ses griffes sur le tronc de mon Vil-Burnus Variegata Bouldegra ? »

« Et bien sache qu’il peut se vanter d’avoir fait progresser la science, ta sale bête. Grâce à lui j’ai pu tester ma nouvelle sarbacane. Une vraie merveille. Je fabrique les fléchettes moi-même avec des piques à brochettes que je crante à l’opposé de la pointe pour enrouler un fil d’ouate et composer la boule qui offrira la résistance voulue à mon souffle puissant, résistance qui par réaction et défiant les forces de frottement du tube, propulsera le projectile dans les chairs de l’ennemi. Mais, je suppose petite gourde que tu n’y entends rien. On ne donne probablement pas de cours de physique dans les écoles maternelles. On devrait. Et puis des cours de chimie et de pharmacologie aussi tiens. Tu comprendrais alors la redoutable efficacité de la macération d’aconit napel, de digitale pourpre et d’ancolie dont j’enduis mes flèches. J’ai essayé avec le clébard des Lequeu. Radical. »

Incroyable cette histoire si vous me permettez un petit appartheid. Les Lequeu habitent à trois jardins du mien. Figurez-vous que leur labrador, par temps chaud, respirait très bruyamment, la langue pendante. Des heures durant en plus. Je m’en suis plaint.

Des gens vulgaires et grossiers ces Lequeu. Des nouveaux riches. Je suis sûr qu’ils doivent avoir une photo de Maître Modrikamen dans leur salon. Pire, je subodore que leurs enfants vont chaque semaine à des après-midis de rencontre avec Olivier Maingain ! La honte !

Ils m’ont répondu :

« z’êtes con ou quoi ? Il n’aboie jamais. Il a eu un cancer du larynx. On a du lui enlever les cordes vocales. C’est pour ça qu’il respire bruyamment, ça cicatrise. Vous allez pas me dire que ça vous emmerde à 150 mètres non ? »

« Et bien si, Môssieur le Bourgeois ! Il m’hôte les fulgurances de l’esprit, votre clébard emphysémique là… »

Evidemment, j’ai bien pris soin de traquer ma proie à la tombée du jour, tel le fauve au muscle tressaillant dans la savane qui rampe vers son repas et de ramasser mes fléchettes en me barrant. Ce fut facile, l’animal convalescent ne bougeait guère. Mais foutre gras me fut de laisser là pareille pièce de viande. Mais bon, vu la dose de poison dont j’avais enduit les flèches…

P4300023

"Ceci n'est pas un chat." Esquisse à la bière sur nappe de resto de Ernest-Aubert Magritte le mineur. 1652. Musée de la Tarte à la mirabelle de Virton. 

Mais cela évidemment je ne l’exposais pas à la jeune écervelée qui minaudait à la recherche de son patte-pelu, toute tremblante devant mon courroux… ou bien était-ce devant l’accoutrement pourtant fort sobre que je revêt pour faire la vaisselle que l’enfant frissonnait ? Un ensemble seyant composé d’un cycliste très moulant de couleur vert pomme, d’une bouée « petit canard » avec deux amusants grelots en guise d’yeux, sans oublier bien sûr, le masque, le tuba et les palmes. C’est que, voyez-vous, j’ai une sainte horreur de l’eau depuis mon dernier séjour chez les f.. à Corfou. Alors petit évier ou pas, pour la vaisselle, je prends mes précautions. Un véritable guerrier est prévoyant.

Par contre, je m’empressais de rassurer la gamine sur le sort de son minet.

« Mais ne t’en fais pas. Je n’ai pas empoisonné ton chat. Je ne suis pas fou. Je me suis contenté des fléchettes. C’est qu’il me fallait regarnir mon congélateur vois-tu. Alors je l’ai chopé quand il est venu se tailler les griffes contre mes arbrisseaux. Deux fléchettes. Une dans le ventre et l’autre dans le cou. Un tir admirable. Il n’a presque pas souffert. Enfin, pas longtemps. Plus après trois bons coups de pelle dans la gueule en tout cas. Mais ne pleure donc pas petite imbécile. Tiens, si tu veux dire un dernier adieu à ta bestiole, Il doit m’en rester une cuisse qui traîne dans le congélateur… »

Figurez-vous que l’ingrate s’en est allée en hurlant. Non mais quelle dinde cette gamine !

Et pour vous dire l’esprit tortueux et procédurier des gens, ces rustres m’ont envoyé la maréchaussée. Je me demande si c’est tendre de la cuisse de voisin ?

 

Peste-scriptoume : Ce texte est une fiction. L’auteur tient à rassurer sa famille, ses voisins et ses amis en jurant que ce n’est pas un récit autobiographique, qu’aucune voisine n’est venue frappé à ma porte. De plus aucune pique à brochette, aucun casque, aucun sabre au clair n’ont été maltraités durant le tournage. Enfin les chats… jamais moins de trois heures de cuisson, sinon, y a comme un goût…

 

Partager cet article

Repost 0
Published by le rustre - dans Chroniques rustiques
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de lerustre.over-blog.com
  • : Le Rustre est un peu dingue. Il a un avis sur tout bien sûr. Et quel avis ! Il a des mentors bien sûr. Et quels mentors ! Pompon, Rémy Bricka, Roger Tout court, Rika Zaraï, les chevaliers playmobils... C'est dire si l'avis du Rustre est pertinent !
  • Contact

Recherche