Du pinard dans les veines

Vendredi 27 mai 2011 5 27 /05 /Mai /2011 11:39

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Il me reste des bouteilles du 20ème siècle en cave. Le problème est que pour la plupart, elles sont là parce qu’elles y ont été oubliées. Alors évidemment, c’est facile d’ouvrir une grande étiquette après 10 ou 20 ans et de faire un compte-rendu sublime. Le Rustre, mesdames et messieurs est d’une autre trempe. Rien ne lui fait peur. C’est qu’il est sévèrement burné le Rustre. Et donc, ça donne quoi des bouteilles plus communes après 10 ou 20 ans ?

La saine lecture de mon blog vous apportera des pistes. Chaussez donc vos bottines et travaillez votre planter de bâton. Important ça le planter de bâton. 

Un morgon de 97 définitivement sexuel.

Un gewurz de 94 qui en avait à redire à bien des plus jeunes, mais il était bien né.

 

Pourtant, aujourd’hui je voudrais vous relater une expérience rigoureusement vraie, tentée avec un ami. Rigoureusement vraie au niveau du nez. Pour le reste j’ai un peu brodé. Faut pas déconner non plus.

 

Beaujolais Nouveau estampillé « Delhaize » 1988. Dégusté en 2006.

 

Un beaujolais nouveau de 18 ans d’âge. Une vraie rareté. Avec un mien ami très cher, technicien en centrale nucléaire, un ingénieur brillant, surtout la nuit, nous avions fait cette trouvaille extraordinaire en explorant une cave qu’il avait rachetée à son propriétaire pour une bouchée de pain rassis. J’étais très excité à l’idée d’ouvrir cette bouteille ancestrale. Car à ce stade, on ne boit plus du vin mais de l’histoire. Songez que cette bouteille avait vu l’accès à la présidence du club de pétanque de Bledouille-lès-bouseux de José Verstraten et la victoire au 100 mètres cloche-pieds de Pépette Lekeu.

Il décida un geste fou. C’était fou fou fou. Mais quand on est passionné, on est un peu fou. Je me suis dit soyons fous. C’est fou, et je me suis envoyé un Perier.

Il décida donc d’ouvrir cette bouteille et de la partager avec moi. J’étais très touché par ce geste d’amitié exceptionnel d’autant plus que la somme qu’il en exigeait était très modique.

Je puis vous dire que j’étais excité, presqu’aussi excité que quand j’avais obtenu aux enchères une authentique bouteille de gris de Toul de 1869. Presqu’aussi excité que lorsque j’avais organisé une dégustation de Vins anciens du Pas-de-Calais pour un cher ami Japonais que j’ai, un homme d’affaire, brillant lui aussi, surtout depuis quelques semaines à vrai dire. Une dégustation organisée au château de la Touffauvent, en présence de personnes exquises, comme le directeur général de la Société des Préservatifs Mammouth, Jean-Albert Belpaire, régisseur du domaine de Logorrhée Contouche et de mon amie la Comtesse de Brulquigneu. Je me souviens, quelle ambiance, quelle folle intimité. Que nous avions pouffé entre gens comme il faut. Les soubrettes passaient à la casserole par bottes de douze. Madame la Comtesse avait des gaz et… mais revenons à notre Beaujolais.

Je convainquis… Qui ? Pas Kiki, non car c’est le kiki de tous les kikis, mais simplement mon ami de me laisser ouvrir la précieuse antiquité avec ma méthode brevetée éprouvée : le tire-bouchon.

Le bouchon présentait un état très acceptable au vu de mes expériences précédentes puisqu’il était vert et gluant et qu’il exhalait des parfums doucereux de chien crevé au soleil dans une décharge. Aussitôt, le parfum de l’histoire s’échappa de la bouteille et vint nous titiller délicatement les narines. Ma femme s’évanouit. Ma grand-mère, qui avait bien connu les tranchées fonçait partout à travers la pièce avec son fauteuil roulant, hystérique, vociférant en postillonnant "les boches sont là, les boches sont là, Gaz moutarde ! gaz moutarde". Mon chien hurlait à la mort. Mon canari se mourait lentement au fond de sa cage.

Mon ami me regarda. Il avait les larmes aux yeux. Moi aussi je dois dire. Ca piquait un peu, il faut le reconnaitre.

-On est dans le carrément bizarre, me dit-il.

-C’est certes là une boisson mâle, convenais-je.

Nous versâmes un peu du précieux nectar dans nos verres de dégustation du 14ème siècle.

La couleur oscillait entre le vert purin et le jaune pipi de deux semaines dans un pot de chambre fêlé. Des particules étranges ne se contentaient pas de flotter mais nageaient carrément au milieu du liquide dont la texture s’approchait de celle d’une morve issue d’une sinusite de trois semaines.

Je humai le vin, tout en maintenant ma narine droite et mon œil gauche qui sont fragiles de ma main droite (geste qui demande une expertise certaine) pour qu’ils ne tombent pas dans le verre. De puissantes effluves d’effluents de porcheries mêlées à des fragrances de dégueulis de mouton avarié, signaient un authentique nectar, une parcelle de grande Histoire, avec les batailles, les charniers, tout çà.

Nous étions à présent seuls dans la pièce ou presque, mon chien étant mort et ma grand-mère poussant ses derniers râles. Quant à ma femme, elle embarquait d’urgence nos enfants dans le break familial. Mon ami pleurait. De joie je suppose.

Je décidai alors, un peu fébrile, de soumettre le vénérable ancêtre au test ultime, celui de la bouche. Boire un vin très ancien est une expérience culturelle, une démarche sur soi et sur le temps qui passe et sur l’estomac qui se révolte. Une fois le liquide réagissant (assez violemment) avec mes papilles et mes muqueuses palatines, je me fis très mal au poignet en tapant dans le mur. Si vous avez vu les bronzés font du ski, vous visualiserez très bien notre attitude à mon ami et à moi dans les minutes qui suivirent ce premier contact. Mon ami avait les yeux rouges et pleurait abondamment.

- C’est étonnant, me dit il difficilement en recrachant le vin et deux dents, avec l’âge, ce beaujolais nouveau est resté très beaujolais nouveau mais il a incontestablement pris une dimension supplémentaire.  

-Ah, çha ch’est shûr que çha ch’est shûr, lui répondis-je, tout en essayant de décoller ma langue de mon palais, le vin ayant tendance à les dissoudre l’une dans l’autre.

-Il y a encore du vin dans la bouteille.

-Oui du vin, mais autre chose aussi, que je n’ose pas dire.

-Aaaaaahhh boire un beaujolpif nouveau de 20 ans et puis mourir .

-Mourir oui. Je ne vois pas comment faire autrement d’ailleurs. Ah maman, je voudrais te voir une dernière fois.

-Il est croquant ce vin. J’ai l’impression de croquer une boule puante. 

Mais la dégustation n’alla pas plus loin, car les verres fondaient à vue d’œil et puis…

Je me réveillai en clinique 8 jours plus tard par une belle matinée ensoleillée.

 

 

Bon trêve de plaisanterie. N’empêche que je m’en souviendrai de ce vin de 20 ans là…

Voici le vin du jour, un rouge de Loire, bonnes gens.

 

Bourgueil, Domaine de la Chevalerie, Vieilles Vignes 1996

 

Cerise 5 

Dans sa jeunesse, cette robe ne devait pas laisser place à l’imagination tant elle est encore quasi opaque aujourd’hui. Sa teinte, grenat foncé avec des reflets oranges et bruns, laisse deviner un âge mûr.

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Les vieux, ça met du temps à se livrer. Mais quand ils causent, on ne peut plus les arrêter. Si à l’ouverture, c’est élégant, ça reste pauvre sur un duo cassis/poivron qui fait un peu soupirer. La patience je vous dis, il n’y a que ça de vrai avec le vin. Après 4 heures, c’est ouvert et expressif : liqueur de cassis et de framboise. Cerise griotte, vanille. Encaustique, camphre, boîte à cigares pour le bouquet. Le tout donne une impression très mûre.

 

La bouche est fluide et fraiche, bien équilibrée, bien tendue. On ne s’ennuie pas.

Les tanins manquent de velouté mais soutiennent encore bien la structure. Question arômes, c’est modéré et élégant à l’ouverture mais là aussi, il faut attendre 4 heures pour voir la relève du poivron-cassis par la griotte, les épices et de nouveau des parfums de type balsamique, de la vanille. La finale sur environ 15 secondes est simple sur le poivron, le fruit noir et l’amertume.

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Le lendemain, si la structure reste plaisante quoiqu’un peu bourrue, l’aromatique s’effondre sur un trucmuche de fruits noirs et de poivronné léger, un peu ennuyeux.

Mais bon, qu’est-ce qu'il disait l’autre ? Ah oui, on ne peut pas être et avoir été. Et le premier jour, il était encore, je puis vous l'assurer.

Par le rustre - Publié dans : Du pinard dans les veines - Communauté : Le Vin Dans Tous ses États...
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Vendredi 13 mai 2011 5 13 /05 /Mai /2011 15:41

 

Il est nul, hein, mon titre ! C'est la preuve que j'ai besoin de vacances.

Sinon j'aurais pu vous servir un "Soirée pas si cloche", vu que je vais vous narrez un repas solitaire pris lors du week-end de Pâques.

Je préfère vous prévenir tout de suite. On ne pourra pas me reprocher de faire semblant. C’est déjà ça.

Donc je vous préviens. Les lignes qui vont suivre ne sont pas politiquement correctes. Je ne vais pas vous faire une éloge de l’ivresse. Non plus qu’une apologie de l’ébriété.

Mais quand même.

Le vin est partage. Certes.

Mais je le confesse, alors que ma fête approchait (la commémoration de l'évangéliste qui a inspiré mes parents lors du choix de mon prénom quoi), j’ai eu envie de me faire plaisir. Oui, cette année, ma fête tombait le lundi de Pâques. Je vous rassure, c’est exceptionnel et... Non, je ne m’appelle pas cloche.

Marc. C’est mon prénom. Maintenant que vous savez, vous êtes priés de ne pas l'ébruiter.

Donc remontons le temps. Samedi soir du week-end pascal...

 

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Oui je sais, ce n'est pas très pascal... mais z'avez qu'à moins polluer, il fera moins chaud en avril ! 

Et je suis seul. Je bois et je mange seul. Quelle tristesse ! Quel misérable celui qui boit seul sans partage. Oh que j’ai honte ! Même pas en vrai ! Quelle paix aussi, alors que le soleil mourant tire le rideau d’une journée sèche et brûlante !

C’est qu’aujourd’hui, exceptionnellement sans femme et sans enfants, je vole à la vie le plus précieux des biens : le temps. Pas n’importe lequel. Le temps pour soi.

Croyez-moi, cette denrée-là est des plus rares et des plus savoureuses.

Et je suis là dans la quiétude de mon jardin, par une soirée d’avril exceptionnelle, alors que le soleil rougeoie encore et que des dizaines de merles s’appellent et se défient de leurs strophes flutées. Je suis là à prendre le temps. Celui de regarder, d’écouter, de siroter, celui de vivre et mieux encore, le temps de me sentir vivre. Pouvoir goûter à ça même rarement, c’est une richesse sans prix. Bien mieux qu’une Rolex à 50 ans.

Et tandis que l’air tiédit, la couleur de mes pensées vire au gris. Pas le grisâtre, mais le grisé. Le vin me monte à la tête, un peu. Oh, et que les ligues de vertu aillent se faire foutre, c’est le bonheur de sentir ses nerfs à vifs, toujours tendus comme des cordes, regagner leurs gaines, se lover sur eux-mêmes et soupirer d’aise.

Putain, on n’est pas bien là ?

Et qu’est-ce qu’on boit ?

  

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Un muscat 2007 du domaine Schwartz à Itterswiller.

Jamais entendu parler ? Vous n’êtes pas les seuls. Mais ayant acquis auprès d’un receleur du coin des asperges vertes, je voulais les accompagner et j’ai acheté le premier truc qui venait. Bonne ou mauvaise pioche ? La mention a de quoi faire frémir l’amateur : "cuvée prestige".

La chose est très pâle, presque face de lune. Limpide et lumineux comme il se doit.

Il lui faut un peu d’aération pour donner sa pleine mesure. A la note pure de muscat, s’ajoute une autre note florale qui donne de la fraicheur au nez. C’est agréable.

En bouche, le vin, sec au goût, débute sur la rondeur avant de terminer sur la fraicheur. Avec ses arômes muscatés délicats et purs, le vin donne une impression de légèreté. Il se prolonge sur 15 secondes avec une impression à la fois saline et citronnée.

C’est un vin dont la description n’appelle pas la dithyrambe mais c’est un joli vin sans fausse note, qui tombe là où il doit tomber, qui donne ce qu’il doit donner..

Je l’accompagne donc d’asperges vertes dont une partie est servie râpée, crue, saupoudrée de gros sel, d’huile de colza première pression à froid et d’une pincée (pas plus et petite encore) de thym citron. L’autre partie des asperges est ébouillantée durant quelques minutes pour garder son croquant et servie avec une vinaigrette légère. L’accord est délicieux, muscat et asperges ne s’étouffant pas. Par contre le thym citron et le muscat se renforcent. Excellent.

P4280089Une étiquette reconnue et primée par la fondation Rémy Bricka.

Et avec le carpaccio, habitué de mes rares soirées solitaires, puis le petit steak grillé (cornes de gatte, oignons grillés, saupoudrage d’herbes du jardin), je m’ouvre un monument. C’est un vin étiqueté "Nature". Comme dirait un célèbre guide, la civilisation n’a qu’à bien se tenir. Moi, le sans soufre et compagnie, je ne suis ni pour ni contre. Je suis pour les bons vins. Et là mes petits amis…

 

C’est Jadis 2005, du domaine Barral. Un Faugères pour ceux qui ne boiraient que du mouton-Cadet.

P4280092On ne dit pas Jadis, on dit Il était une fois.

Noir c’est noir, opaque, chante Johnny. Il ne dit pas opaque dans la chanson. Certes, mais ses déclarations le sont parfois.

Un nez profond, puissant, évident de gelée de cassis avec des épices, de la mûre très mûre.

En bouche, une structure équilibrée avec des tanins relativement puissants encore mais fins (juste un peu secs), une matière veloutée et aromatique de gelée de cassis, de mûre, framboise, des volutes musquées, qui se faufilent de la gorge au nez, des épices enfin. Et le plaisir se prolonge sur une vingtaine de secondes, pas mal quand même. L’ensemble dégage une fraicheur redoutablement soiffarde

Un vin excellent de par la profondeur et la puissance de ses arômes, l’équilibre de sa matière. La puissance et l’élégance en même temps.

Et la soirée se passe comme un souffle, comme une brève étincelle, comme le battement d’ailes d’une éphémère amoureuse aux rayons de la lune (oui ben du calme, un peu gris OK, mais là ça fait un peu Joint Ville).

Le lendemain, mes enfants et mon épouse sont de retour. Le capharnaüm et la joie s’installent à nouveau. Le bonheur n’a pas qu’un visage. Heureusement, sinon je ne serais qu’un vieux pochetron solitaire et acariâtre.

 

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Le sang a coulé à OK Barral.... Vacances vous dis-je !

 

Et les vins que sont-ils devenus ? Surtout le Barral qui a la réputation d’être instable et que j’ai conservé dans ma cuisine au tiède ?

Le muscat reste pareil à lui-même sur deux jours : certes variétal mais élégant, sans faux col comme dirait Lucky Luke quand il commande une chope.

Quant à Jadis, vous ai-je déjà dit que ce n’était pas mieux avant ?.

Boire Jadis un lendemain, ce n’est pas pour me déplaire, mais le boire un surlendemain, cela tient du téméraire.

A la profonde senteur de gelée de cassis s’impose un chaud parfum épicé de garrigue et de laurier, une note légèrement camphrée et un trait légèrement cireux qui donne de la classe à l’ensemble.

En bouche, c’est le même élan aromatique. S’y ajoute un petit côté viandox roboratif. La marque de la structure, c’est la fraicheur, la légèreté et l’équilibre. Par contre, les tanins se sont réveillés, fins mais plus puissants qu’au premier jour, asséchant agréablement la bouche. La matière respectable habille les papilles. Pas d’alcool perceptible et une longueur considérable qui dépasse les 25 secondes, avec des parfums floraux et de l’amertume complètent le beau tableau. En d’autres termes, le vin s’est ouvert et complexifié.

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Alors s’il vous plait, laissez-moi manger ma banane !

Par le rustre - Publié dans : Du pinard dans les veines - Communauté : Le Vin Dans Tous ses États...
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Vendredi 29 avril 2011 5 29 /04 /Avr /2011 07:43

 Cerise 5

 

Rotenberg 2009 pinot Noir, Vincent Stoeffler.

 

La première mauvaise langue qui me sort qu’on ne fait pas de bons rouges en Alsace aura droit à une nuit d’amour avec l’illustre Nicodème–Abélard Leruth. Ou avec ma muse. Pour ceux qui ne suivent pas, ma muse, c’est Rika Zaraï.

On crée depuis des années des pinots noirs qui méritent qu’on tombe transis d’amour par là-bas. Rhhhâââ lovely. Et le millésime 2009, me semble-t-il , n’est pas en reste. Sur le Rotenberg, Vincent Stoeffler crée régulièrement un vin solaire aux accents Pagnolesques. Trop sudiste à mon goût même parfois.

Ici, la robe foncée reste translucide, mais vous ai-je déjà dit que selon moi, c’est la moindre des politesses pour un pinot soucieux des règles de bienséance propres à la belle civilisation du vin Française? Celle-là même qui recule quand le vin nature sent le… enfin d’après un critique Français très connu.

Le nez est carrément aromatique sur la cerise, la cerise bien noire et juteuse qui sent bon l’été et les roulades dans l’herbe en accorte compagnie. Un peu de melon très mûr (et là, tas de rustauds mal dégrossis, il n’est plus question de se vautrer dans l’évocation herbeuse ci-dessus, rapport aux attributs de l'accorte) et d’épices comme euh... d'épices donc,  complètent ce nez simple, évident mais tellement gourmand.

En bouche, la cerise nous en remet une couche. Les tanins, très fins et en retrait laissent un vin rond, gouleyant, facile et gourmand. La longue finale d’environ 15 secondes est fraîche et termine un vin qui, malgré tout, nonobstant carrément, avec sa jolie matière aromatique, marque agréablement et durablement le palais et les souvenirs.

Le lendemain, sur les quelques lampées qui avaient échappé à la vindicte de nos soifs jamais étanchées, on note un peu de violette en attaque, très expressive, de la bonne framboise pinotière, des cerises toujours, des épices encore, et une matière plus stable et impassible au temps qui passe, qu’un évêque catholique face à une affaire de curé tripoteur.

Voilà un Rotenberg qui me fait furieusement penser au 2005, en plus aimable et un peu moins complexe peut-être. Mais c’est de la bonne, mon vieux Roger.

 

Chardon et papillons

  

Riesling Vieilles Vignes Mulhforst 2009.

 

Voilà un vin qui annonce la couleur. Pas tellement au travers de son minois limpide et brillant coloré de paille blonde, mais surtout par les larmes épaisses et nombreuses qu’il laisse trainer sur le verre.

 

Tussilage 2

 

Le nez est un carnaval à Rio mes petits amis. Aromatique, ça t’envoie à la pelle des fleurs en bouquet, que même un vainqueur d’étape au Tour de France en serait jaloux (jaloux au point de pleurer sur l’épaule compatissante de son pharmacien), des agrumes, du citron je dirais, de la muscade et du thym et un agréable parfum de rucher, vous savez, un truc qui sent autant le miel frais que la cire.

Comme souvent quand c’est écrit vieilles vignes sur la bouteille, c’est un demi-sec. C’est connu, les vieilles, elles sucrent leurs fraises. Un demi-sec qui reste très frais de bout en bout et même vif en finale. Ce qui fait, qu’avec des rillettes et quelques tranches de brioches tartinées de foie gras en terrine, mes petits-amis, notre vainqueur du tour de France là, il change de pharmacien pour en prendre un du sud-ouest.

D’autant plus que non seulement la finale est vive, mais aussi saline et traine au-delà de 20 secondes. Les arômes sont pareils à ceux du nez. Vous voudriez pas de la fraise du Boukistan Occidental et du chinchilla en plus non ?

Et le lendemain, mes petits amis, le vin est pris d’absence, ne goûte plus rien, devient invisible. Normal la bouteille est vide depuis la veille.

Que dire, si ce n’est que ce vin est délicieux et qu’il ne m’a pas laissé indifférent.  Ah je sais, ce que je dirais : remettez nous la même chose !

 

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Et qu’est-ce qu’on dit au rustre que c’est qu'il est resté aussi concis que six abrutis ? Merci Monsieur Le Rustre. De rien mes enfants. Allez dans la paix du Christ Pascal et prenez les escaliers à l’Ascension, mon vieux Roger.

Tiens en passant… l’Ascension, c’est bien le jour où on remet le maillot à pois au Christ ?

Par le rustre - Publié dans : Du pinard dans les veines - Communauté : Le Vin Dans Tous ses États...
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Vendredi 15 avril 2011 5 15 /04 /Avr /2011 09:52

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Le site du château ici :

http://www.exindre.fr/index.php?page=index

 

Dans l’Hérault, au Pays des Etangs, non loin de Frontignan et de Palavas-les-Flots, le Château d’Exindre, produit un des meilleurs muscat que j’ai jamais goûté dans la commune de Villeneuve-lès-Maguelone. La version 2005 du breuvage était quelque chose d’opulent, suave et léger à la fois. Je ne parlerais pas de fraicheur, mais quand même on est loin des sirops alcooleux que peuvent devenir ces breuvages bien souvent.

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Le château a un vieux passé viticole : villa romaine puis franque, on y trouve des vignes au moins depuis 1100 et des crottes d’âne. Le pot de chambre qui orne les étiquettes, ce sont des fonts baptismaux de la Paroisse de La Magedelaine qui sont ornés d’après google de motifs d’inspiration wisigothe. C’est pas comme à Bordeaux, où ce qui motive les agissements ce sont plutôt des motifs d’ostrogoth.

Quelle ne fut pas ma surprise, en passant dans une grande surface du nord du Luxembourg (Massen pour ceux qui connaissent) d’y trouver pour 7 euros et des poussières, le muscat et le Languedoc du domaine. Prenons et gloutons qui s’est dit Le Rustre.

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En coteaux du Languedoc

Magdalia 2006

 

D’après le site du château, il s’agit principalement de vieux carignan et de syrah avec une pointe de grenache.

Au milieu d’une mer de larmes, la robe est invraisemblablement opaque, noire de noire. Il y a bien un peu de grenat sur la tranche, tirant sur le brun mais sinon plus d’espoir devant les portes de ce pénitencier.

Le nez est d’abord réduit, pas comme un cagibi avec des vieilles chaussettes rassurez-vous, mais ça sent le truc qu’on vient d’ouvrir et qui n’a pas encore repris de l’air. C’est sans fruit, mais avec des épices.

Puis, après une heure d’attente fébrile, ça s’ouvre joliment avec des impressions de fruits noirs confits, de girofle, d’oxo, de marinade, de sauge. Le tout est mesuré. Je parle bien d’impressions parce que l’arôme, il faut le débusquer. C’est assez plaisant et à l’aération un soupçon de violette égaie le tout.

Ne serait-ce les tanins virils, poilus et râpeux qui pour un peu prendraient l’accent rocailleux du sud, le vin est plaisant en bouche : rond sans excès, bien équilibré par une acidité fine qui relève la finale. C’est juste un poil trop alcooleux à mon goût. Ca exprime la discrétion mais quand même on ressent la griotte et le cassis très mûrs et même bien cuits, les épices de la garrigue. Il y a aussi une forte amertume finale un peu dans le genre d’un digestif aux plantes Italien qui accompagne le grain de café sur 15 secondes.

C’est typé sud et il faut aimer. Je trouve ça plaisant sur un moment, mais point trop n’en faut tout de même à mon palais de chochotte nordiste.

Sur deux jours ensuite, la structure ne va guère bouger mais les arômes vont se noyer dans le vague d’un brouillard de fruits noirs épicés trop mûrs.

 

Muscat de Mireval.

 

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Voilà bien une de ces appellations qu’on se demande mais d’où tu viens doudou dis-donc ? Ben à côté de l’appellation Muscat de Frontignan pardi. Ha bon ?

S’étendant sur les communes de Mireval et Vic-la-Gardiole, le vignoble de muscat à petits grains se tape le cagnard méditerranéen mais aussi le vent du large (et nous savons tous ce qui se passe quand le vent du large arrive depuis Pompon et la classe). Ca c’est d’après wikipedia. Maintenant soit Villeneuve fait partie de l’aire d’appellation aussi soit le château d’Exindre a des vignes sur une autre commune. Vous savez quoi ? je crois que ce n’est pas très important.

L’important, c’est que le muscat, son rendement de base doit être de 28Hl/Ha et que les sucres à la cueillette doivent afficher un taux de vignes de 252 g/l minimum. A moins que ce ne soit le contraire.

Encore un mot historique à propos de ce bon vieux Rabelais qu’on met à toutes les sauces dès qu’il s’agit de pinard ou de gaudriole. Mais le gaillard nous livre une des plus vieilles mentions des vins de Mireval lorsque passant à Montpellier vers 1520, il dit y rencontrer "bons vins de Mirevaux et joyeuse compagnie". Puis à Avigon il déclare y croiser des "femmes qui jouent volontiers du serre-croupière parce que c'est terre papale". Quel rustre celui-là !

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Vent d’Anges 2008.

 

Du muscat à petits grains cueilli au vent d’octobre. Et non Gilbert, les touristes sont partis mais ce n’est même plus en septembre, va t’en donc cueillir tes oranges.

Voilà de l’or franc qui donnerait envie d’être riche. C’est très lumineux, cristallin avec des larmes drues et grasses qui donneraient envie d’être gros (d’après ma femme mon envie est comblée…).

Le nez est aromatique mais sans excès, franc et très fruité, on joue entre le pamplemousse rose entêtant, la poire et le raisin sec. Il y a un fond muscaté. Une vraie gourmandise.

C’est suave, sucré, moelleux. Et absolument ni alcooleux ni lourd. C’est de la crème en bouche, veloutée et grasse. Cependant, inexplicablement, la matière reste légère. Une gourmandise avec des arômes expressifs de muscat , de raisin sec, de melon très mûr, d’épices et de réglisse. Et la longueur court sur un bon 25 secondes.

Un délice gourmand, pur qui se prolonge sur deux ou trois jours sans rien perdre de sa superbe.

 

Le Vent d’Anges 2005 m’avait laissé une sacrée impression aussi. Il est décrit dans cet article qui date d’il y a plus d’un an. C’est le troisième vin décrit.

http://lerustre.over-blog.com/article-cinq-douceurs-en-hiver-cinq-rayons-de-soleil-45628781.html

 

Je vais vous dire mas petits amis, ce vin là me ramène à ma passion pour le vin loin des discussions de tortionnaires de diptères du style "le fruité est-ce vulgaire ?", "la minéralité est-ce que ça existe ?" et "la complexité c’est quoi ?"

Non, ce muscat là te rive sur une chaise, sur une terrasse, au soleil avec des amis qui rient et des enfants qui courent. C’est la magie d’un fruit qui parvient à te mettre du pamplemousse rose, de la poire ou d’autres arômes entêtant dans un jus qui n’en a jamais contenu, du pamplemousse ou de la poire. C’est le bonheur quoi.

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Vendredi 25 mars 2011 5 25 /03 /Mars /2011 06:42

 

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« L’idée est d’associer, une fois n’est pas coutume, une seule et unique photographie qui vous tient à coeur à un souvenir ‘vinique’. C’est une sorte de micro-blogging pour gens pressés qui souhaitent être émus en une image et quelques lignes. Cela demande à chacun de puiser dans ses vieilles boîtes à photos et autres souvenirs sensoriels et de composer un poème, une courte histoire, une blague même, qui accompagnera l’image choisie.

Nous aurons ainsi un album photo des instantanés ‘vins’, des instants magiques qui marquèrent -que dis-je?!- qui firent cette blogosphère! »

 

Voici comment Pauline Boet du blog EyesWineOpen nous a invité pour ce VDV 34

http://eyeswineopen.wordpress.com/2011/03/15/vinstantanes-vendredis-du-vin-34/

 

Voici ma photo. Pour moi, elle résume tout : ma vie, mes passions, mes combats, mes fêlures, ce qu’est le vin dans mon imaginaire. Mais je ne vous en dirai pas plus. Pas sur cette photo. Vous ne saurez rien. Et j'aurais pu vous en mettre 200 des photos. Une vie, une passion, ça ne se résume pas à une image.

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Ce VDV est pour les gens pressés. Je n’écris pas pour les gens pressés.

Je hais les gens pressés.

Les gens pressés portent sur leurs épaules une part des miasmes de ce monde. Il faut oublier ses urgences, poser son cul sur une souche et voir, entendre, comprendre. Distinguer ce qui est fondamental à nos âmes et ce qui ne l’est pas. S’arrêter pour reconnaître la brise si fugace qu’elle manque à nos vies quand on l’a ratée. Voler des instants de contemplation à nos existences aveugles. Les gens pressés ne font pas ça. Je développerais bien, mais vous êtes pressés.

En plus les gens pressés, ça ne lit pas mon blog, les billets sont trop longs. Et ça, c’est inacceptable !

Bon... je vous laisse, je suis pressé. J'ai un citron sur le feu.

Par le rustre - Publié dans : Du pinard dans les veines - Communauté : Le Vin Dans Tous ses États...
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