Les bonnes histoires de l'oncle rustre

Mercredi 26 octobre 3 26 /10 /Oct 05:58

 

 

De lourds rouleaux d’un gris d’étain roulent en troupes pressées sur la vallée poussiéreuse au teint éteint des noires cendrées crachées par les usines tonitruant rageusement du travail des forges dans la nuit.

Et les tours de refroidissement noirâtres lancent sans fin de leurs veilleuses rouges des SOS que personne ne comprend dans le ciel amoindri. Assis seul dans la poussière d’un terril, je pleure sur mes rêves de savanes et de fauves au pelage ruisselant de sueur dans les ors du crépuscule du pays des matins du monde.

C’est une torture de l’admettre, mais je n’ai pas été suffisamment vigilant. Ils m’ont pris. Alors même que je m’apprêtais à poursuivre ma geste héroïque sous des cieux d’azur ayant vu la naissance même de cette humanité si désinvolte, ils sont venus. Et je n’ai toujours pas compris pourquoi. Ni comment ils ont su.

Mon procès fut rondement mené. Je fus très déçu. S’il y a une seule chose que j’aime sur ces écrans vomissant sans cesse médiocrité intellectuelle et promiscuité des sexes et des laides âmes, ce sont les feuilletons judiciaires américains. Je jouis de la roublardise, de la verve et de l’aplomb de ces avocats américains qui s’asseyent avec une outrecuidance magnifique sur la morale emperlousée propre aux banlieusards étroits d’esprits que j’abhorre.

Autant vous dire que la justice belge est loin, très loin, de cette magnificence. Imaginez des palais de justice ringards, sombres et poussiéreux, encombrés de boiseries et de velours d’un autre âge. Sales, passéistes, crotteux en vérité. Et des hommes de loi trainant de lourds accents rustauds, des strabismes divergents, des zézaiements convergents. Une bien piètre vision de la petitesse d’un pays qui regarde les pétales de pâquerettes par le dessous.

Un pâle personnage portant nom saugrenu à la fragrance délicatement métallique du couperet dégoulinant de sang bleu et chaud dans le petit matin, Monsieur Charles-Henri de La Pichardière, a instruit mon cas. Car en Belgique, il revient à l’instituteur du roi de rassembler les preuves contre et en votre faveur. Le roi doit être bien inculte avec des instituteurs de cet acabit. C’est qu’en terme d’instruction, il fit les choses au pas de charge et en fouillant les décharges, le nobliau du barreau. Mais il parait que c’est ainsi en droit belge. Comment parler de droit dans un pays où tout va de travers je vous le demande.

Bref. Je ne sais trop comment notre fin de race procédurière a mené son affaire mais les faits sont là. A peine arrêté et mon magnifique jardin retourné par des troupes de barbares assermentés, je me retrouvais avec sur les bras 32 assassinats d’adolescents fugueurs, 12 meurtres vénaux de vieux en mal d’héritiers et avec en sus les étiquettes un peu simplificatrices et infâmantes de psychopathe, tueur en série et cannibale. J’avais le cœur meurtri, l’âme ravagée, les tripes en ébullition. Ma haie de cornouillers mâles, mon Vilburnus variegata, ma serre, ses aubergines et ses tomates, ma collection de marjolaines et de menthes… tout saccagé par ces Javerts de pacotille.

Et comble du comble, ils trouvèrent des restes de chats et même de chatons en plus des morceaux humains dans mon congélateur. Autant vous dire qu’ils n’entendirent que très peu mon argumentation gastronomique.

Le procès s’est passé de façon aussi grotesque que scandaleuse. Et notre aristocrate pénal très pénible de se pavaner tel un paon qui ne verrait pas qu’il n’a plus de plumes au cul. Mais tout malheur a son revers. Ce procès m’a permis de rencontrer un homme d’un goût exquis : mon avocat, maître Molucarême. Une affable personne dont le seul tort était d’avoir des idées ancrées franchement à droite, ce qui n’est pas pour me plaire, moi qui ait les idées généreuses et progressistes et qui ne porte dans mon cœur ni les nantis ni les parvenus. Par contre l’homme présentait l’avantage non négligeable d’être prêt à tout moyennant des émoluments copieux. Comme tous les avocats et les libéraux me direz-vous, mais lui l’acceptait avec un enthousiasme réjouissant qui me fait subodorer que sous son vernis bourgeois, cet homme-là avait une âme de prédateur semblable à la mienne.

Néanmoins, je suis fort abattu par le résultat du procès. En effet, si je sors blanchi de presque tous les chefs d’accusation qui pesaient sur moi, il n’en reste pas moins que j’ai été condamné pour maltraitance envers des animaux.

Dés lors, on peut encager tous les chasseurs et les employés d’abattoir de ce pays parce que tudieu, s’il y a bien un homme qui a toujours eu à cœur de faire son travail proprement et sans souffrances inutiles pour les chairs sur pattes que je convoitais, c’est moi. Mais voilà, dès qu’il s’agit de chattes et de chiens à leur mémère, les gens sont sottement mièvres et prompts à l’apitoiement visqueux sur le sort des pauvres choux. J’ai donc été condamné pour tout solde de mes prétendus crimes à 215 heures de travaux d’intérêt général.

Et me voilà sur les hauteurs d’Ougrée, bien loin des mes savanes à contempler la misère métallique et charbonneuse que l’homme a étendue au cœur de cette vallée mosane qui devait être si verte et riante autrefois. Au moins puis-je deviner les hauteurs du Sart-Tilman dont les forêts commencent à se teinter de pourpre à travers les brumes méphitiques de ce val de tristesse. Je vais me lever et redescendre vers la ville, vers Seraing, vers le centre d’accueil où je vais servir un brouet noir sans saveur à une clique avachie et claudicante de sans-abris malodorants, de vieilles putes amochées, de pochtrons décatis. Pire que les nantis, je hais ces pauvres qui trainent leur misère et leur inconséquence comme les médailles de bronze d’un concours mondial éternel de la lie humaine. J’aurais pu choisir un endroit plus sympathique et cossu pour payer ma prétendue dette à la société. Cependant, je pensais devoir me punir pour mon inconséquence et l’amateurisme crasse qui m’avaient conduit devant les tribunaux. Amateurisme qui m’aurait valu une solide bastonnade si mon père ne pourrissait pas dans un cimetière.

Me voici donc à déambuler dans ce triste enchevêtrement de laideur et de misère imbécile qu’est Seraing, furoncle disgracieux sur le corps pourrissant de l’horrible et sale ville de Liège, foutoir approximatif de béton plus vaste encore. Me voici à longer ces quais où furent tournées par les frères Dardenne les poursuites les plus mémorables de Taxi 6, artères goudronnées bouchonnées d’un cholestérol humain et automobile où il aurait été plus à propos de tourner un de ces films d’auteurs tristes et soporifiques qui font frétiller pire qu’un tas de gardons en pleine copulation frénétique une quinzaine de réalisateurs Cannoise, repère d’esthètes à la dérive et d’autres intellos branleurs.

Me voici donc à slalomer entre les présents canins aux dieux camés des trottoirs crevassés pour rejoindre mon centre d’accueil, sa soupe populaire, son environnement chiatique d’entrepôts crevés et d’usines agonisantes. Le ciel est vert et les gens du coin, comme à leur habitude sont bleus ou oranges. Pas un blanc dans le coin. Parfois, des cloportes géants, infects tas de chitine gros comme des labradors bien gras, sortent des poubelles dans les impasses et s’accouplent bruyamment au milieu de la rue. Cela ne semble offusquer personne. Et me voici à préparer le café pour ces rebus que je déteste. Ma santé décline ici dans les remugles toxiques et les nuages aveuglant de particules fines. Sans cesse mon nez est encombré de morves gastéropodiennes, purulentes et malodorantes. Alors tous les matins au lever, je recueille soigneusement toutes mes glaires et mes crottes de nez pour les ranger précieusement dans un petit Tupperware. Et je les mélange au café de mes parasites. Ce n’est pas grand-chose mais cela fait partie de toutes ces petites gouttes qui remplissent l’océan du Bonheur.

Et puis il y a Isabelle. Ah ! Isabelle ! Une charmante quadragénaire pleine de bons sentiments et de prétextes au meurtre : chrétienne, concernée, engagée, végétarienne. Et célibataire ex-cocue depuis peu. C’est fou ce que c’est influençable une blonde délaissée.

Attention, je ne vous parle pas ici de coucherie ou de sexualité gluante. A 40 ans je suis encore pur et je ne me commettrai pas dans la dépravation. Je hais les enchevêtrements de cuisses et de bassins. Non, je vous parle de communion des âmes, d’abandon des sens. Surtout le bon, de sens. Figurez-vous qu’Isabelle est technicienne dans un laboratoire de biologie végétale sur le campus du Sart-Tilman et qu’elle y manipule toutes sortes de radioéléments amusants. Des produits peu rayonnants certes, qui rendent la sécurité du labo assez embryonnaire, mais qui versés dans un café pourraient avoir des effets très intéressants sur un organisme.

Je vous vois venir. Mais non, je n’ai aucun projet d’empoisonnement pour mes pauvres âmes en perdition. Sots que vous êtes.

Une fois mon café servi, je me suis rendu dans un des entrepôts désaffectés qui jouxtent mon centre d’accueil. J’y ai vérifié les liens d’Isabelle et la tension de ses muscles. Elle est restée debout une partie de la nuit, attachée à un poteau. Maintenant, je vais l’installer en équilibre sur une chaise, les pieds reliés à une corde qui actionne ingénieusement le déclencheur qui enflammera les 150 kilos de plastic répartis dans le hangar, de quoi évaporer Isabelle, le corps putréfié de maître Molucarême délesté de son foie, le hangar, le centre d’accueil, tout le quartier et une partie des quais serésiens si cinématographiques. Dès qu’Isabelle sera vaincue par la fatigue, ses pieds choieront sottement, tirant sur le déclencheur.

C’est d’une facilité de se procurer des explosifs à Liège ! Il m’a suffit d’accoster un type patibulaire sur cette vaste esplanade à drogués qui s’étale aux pieds mêmes du palais de justice. Il m’a indiqué une officine tenue par une langouste un peu inquiétante mais fort professionnelle ou j’ai pu me procurer tout ce dont j’avais besoin. Après lui avoir serré la pince (humour !), je l’ai tuée pour la dévorer. J’adore les langoustes.

Pour l’avocat, vous me comprendrez : il se tapait des single malts d’une rareté et d’une finesse folles. Je brûlais de savoir si cela avait une incidence sur le goût de son foie : et bien oui ! Et puis ça lui apprendra à ne pas avoir été foutu de me faire acquitter, purement et simplement.

Isabelle me paraît fort vindicative. Je ne puis pourtant la tuer de mes propres mains, ça ruinerait mon plan. Je prends soin de remettre dans son portefeuille sa carte d’accès au laboratoire où j’ai été me procurer un peu de phosphore 32 cette nuit. J’installe ma cocue et je m’éclipse en vitesse ne tenant que moyennement à assister à l’explosion du quartier de trop près.

Et puis, je dois encore passer à l’appartement récupérer mes affaires, surtout mes faux papiers, mon billet pour Athènes et les papiers qui me font propriétaire d’un compte dans une banque lointaine hébergée sur de sympathiques îles tropicales au nom crocodilien, comptes où j’ai placé sur les conseils avisés de Maître Molucarême les économies que j’ai engrangées à force d’abréger les vies déclinantes de vieux esseulés.

Et enfin, avant de me rendre à l’aéroport de Bierset, je passerai au bureau de mon Instituteur du Roi préféré. J’ai, parait-il, des révélations à lui faire. En fait, des broutilles à propos de la prétendue réhabilitation de mon terrain suite au gâchis perpétré par ses limiers. Comme lors de toutes nos conversations orageuses, ce grand nerveux amateur de café, s’en ira contempler la ville par la fenêtre de son bureau, me tournant grossièrement le dos. Tout ça pour éviter la fulgurance de mon regard inquisiteur, misérable lâche. J’en profiterai pour verser le phosphore dans son café. Voilà enfin un traitement qui rendra ce pâle type brillant ! Imaginez-vous l’avilissement de ce pauvre blaireau : il ne boit son café que froid ! Comble du mauvais goût.

Et puis ce sera l’oubli sur les eaux mauves de l’Egée éternelle. Je me réjouis de découvrir le yacht scandaleusement laissé à l’abandon par un petit vieux qui ne gouttait pas assez la fortune d’être riche. Alors, ce seront les enchantements des îles grecques et de leur gastronomie. Quand j’aurai épuisé le sujet, enfin, je mettrai le cap sur la terre ancestrale de l’homme et enfin je trouverai un terrain de chasse à ma mesure. J’espère qu’on peut trouver des crus bourguignons en Afrique !

Par le rustre - Publié dans : Les bonnes histoires de l'oncle rustre - Communauté : Made in Belgium
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Mercredi 19 octobre 3 19 /10 /Oct 06:33

Le jour de mes 16 ans, mon père m’a expliqué le sens de la vie. « Pour réussir, tu dois te fixer des objectifs. Ne jamais dévier de ta trajectoire met du sens dans tes actes. C’est le secret du Bonheur. »

Je mets un grand B à bonheur parce qu’à l’œil brillant et aux tremolos gaulliens dans la voix de mon père, j’avais senti que ce bonheur-là était majuscule.

Des études d’ingénierie agronomique, un travail rémunérateur, une villa cossue dans un quartier campagnard plein de vie, de chats, d’enfants, de voisins aux idées racornies et jaunâtres. Et la solitude pour mener sans entrave une vie asservie à des objectifs porteurs de sens et d’élan civilisateur, le jardinage par exemple. Un homme droit au regard portant loin.

Très vite, mes objectifs heurtèrent de front les réalités quotidiennes d’un coin rural et néanmoins résidentiel, ses chats, ses enfants, ses voisins jaunis.

Très vite, les chats devinrent un objectif majeur et emplirent ma vie de moments délectables. Je les capturais par mille artifices savants qui me procuraient les délices du fauve tapis dans la savane guettant sa proie. Pièges, sarbacane, coups de pelle dans la gueule. Peu importe, ce qui primait c’était le décorum. Un uniforme de cavalerie nordiste, le sabre au clair, Wagner hurlant ses notes guerrières dans la brume d’une aube pastel, moi vociférant mon cri de mort alors que je trucidais les profanateurs de mes plates-bandes chéries.

Et une fois occis, les arts nobles de la boucherie et de la gastronomie m’affolaient les sens. Souvent je pensais à mon père et à son B majuscule. Par exemple lorsque par de beaux matins d’octobre, je dénichais les pied bleus qui accompagneraient le ragoût félin et le noble cru bourguignon qui feraient mon ordinaire de la mi journée.

Tout bascula le jour où la gamine des voisins, éplorée comme seule une greluche de moins de dix ans peut l’être, vint sonner à mon huis pour m’interroger quant à la disparition d’Hector, sont matou adoré.

Je répondis à cette petite idiote que je connaissais son ami et je l’invitais à venir lui rendre un dernier hommage en se recueillant devant la dernière cuisse de l’animal encore dans mon congélateur.

Je resterai toujours interdit devant le manque de gratitude des enfants. Cela doit venir de l’éducation. Petite conne !

Toujours est-il que trois heures à peine après son départ en pleurs, je me retrouvais à la merci d’une maréchaussée peu amène.

Je me rends compte à présent combien cet événement fut pour moi comme une seconde naissance, fidèle que je suis à un autre grand principe paternel, inculqué à grands renforts de ceinturon dans la tronche, « l’adversité doit toujours être source de renouveau. »

Les premières semaines que je passai en compagnie du Docteur Flammekuche et de son personnel resteront bien sûr parmi les plus éprouvantes de ma vie, tant la rétivité de ces êtres frustes au croquant de l’existence faisait peine à voir. Nous entrâmes tout de suite en conflit à propos de broutilles qu’eux érigeaient sottement en principes : la valeur d’une vie humaine, la valeur intrinsèque d’une oreille et la malséance d’en arracher une avec les dents à un infirmier. Des vétilles vous dis-je.

Petit à petit, je me rendis à de meilleurs sentiments vis-à-vis du praticien et de son équipe. Aujourd’hui que la flagrance de mes erreurs m’est apparue, jamais je ne leur serai assez reconnaissant de l’équilibre qu’ils ont apporté à ma vie. Certes, ce fut à coup de douches glacées, de caissons d’isolement et sous la douce torpeur protectrice d’une épaisse camisole chimique. Mais aujourd’hui, je puis dire que je suis guéri et je puis de nouveau déambuler parmi mes contemporains en homme épanoui.

Arrière Wagner et tes oripeaux guerriers. Une nouvelle vie. Un nouveau quartier. Et de nouveaux objectifs. J’ai inscrit mon existence dans une optique de partage et de confraternité avec mon prochain. Une phrase qui réjouirait le cœur de ce brave Dr. Flammekuche s’il était encore de ce monde.

Prenez mes voisins par exemple, des gens adorables quoique fort âgés. Chaque jour ou presque, je les aide dans leur désir d’aménager leur jardin. Mon goût pour les espèces originales y trouve son épanouissement. Je leur ai composé un magnifique jardin de curé avec légumes, plantes aromatiques et médicinales. Ces braves gens ont cinq chats, les compagnons fidèles de leurs vieux jours.

Aider son prochain. Bel objectif, papa, en vérité. Etre fervent à l’église, aux oeuvres scolaires, au comité des fêtes. La probité. L’ascèse… percée bien entendu (je n’ai rien perdu de mon humour ravageur).

Une aide, gratuite, discrète, toujours discrète, voilà mon pain quotidien.

Ces pauvres hères que je croise au long des routes de ma région frontalière. Des adolescents errant au plus profond de la nuit, en décrochage de la société, des chiens perdus. Cette jeune Isabelle, 16 ans. Pauvre âme. Une trop longue exposition aux railleries de la bande de primates sous-développés qui se trouvaient être ses condisciples lui avaient mis en tête qu’elle était grasse comme un hamburger. Allons-donc ! Bien en chair peut-être mais si jolie, si délicieuse. Après avoir croisé mon chemin, écouté ma parole, elle est partie rassérénée, le sourire aux lèvres.

Quand je pense à mes frasques félines… Vil fou que j’étais. Le Dr Flammekuche m’a bien expliqué que je tentais de tuer le père en m’exposant de la sorte alors que mon éducation avait été si stricte. Tuer le père oui.

Une seconde fois, métaphoriquement. Vu que la première fois avait été la bonne. C’est fragile un vieux grabataire. Le coussin de son lit peut en témoigner.

Il y a trois jours, on a enterré mes voisins, une cérémonie magnifique. Les malheureux. Ils avaient mangé une salade garnie avec le bouquet de fleurs comestibles que j’avais semé dans leur jardin : souci, capucine, origan, Aconit napel. Evidemment, il faut être sot pour se lancer dans la « cuisine nature » sans aucune connaissance botanique. Introduire une plante mortelle comme l’aconit dans un plat sous prétexte de sa beauté envoûtante, c’est bien une étourderie de néo-rural ! Et qui se douterait de l’origine de cette petite erreur, vu que j’ai toujours adoré jardiner au petit matin dans la quiétude, quand aucun œil ne vous épie.

Et surtout, délice suprême, qui va donc pleurer la disparition mystérieuse de leurs chats ?

Je suis ici sur ma terrasse à admirer le soleil qui se couche sur mon jardin miraculeusement déserté par les chats. Je termine mon succulent dîner rendant hommage à mes voisins, à Isabelle, à mon père, au Bonheur et aux objectifs.

Tomates juteuses de ma serre, purée de panais tirés ce soir même de ma terre. Une de mes plus magnifiques bouteilles : un carignan de vieilles vignes de 2005.

Le Bonheur.

Une entrée somptueuse : Un carpaccio de chaton tapé. Simple à faire. Le petit dernier des voisins, le crâne explosé contre un mur. Puis on tranche finement à chaud. Basilic, champignons, balsamique et huile d’olive truffée. Tomates séchées. Etre généreux sur le parmesan.

Et bien sûr, la pièce de résistance : un superbe rôti cuit longuement à basse température avec une croûte de sel et de romarin. Une chair fondante, goûteuse à souhait. J’en étais sûr, c’est bien meilleur que le chat. Mes facultés d’anticipation me laisseront toujours pantois. J’avais raison Isabelle : ta cuisse est délicieuse.

Bien sûr, je sais qu’un jour, je devrais partir. Les gens sont suspicieux vous savez. Et puis mon jardin a beau faire vingt ares, il commence à être encombré de mes exploits. Et la poudre d’os est peut-être un excellent amendement, il y a néanmoins des parties difficiles à broyer.

Peu importe, ma nouvelle identité dort déjà dans un tiroir. Le monde s’offre à moi. Tant de destinations. Tant d’objectifs. Parfois, je songe aux mares où viennent s’abreuver les fauves dans l’ocre vespérale de la savane primordiale. Et en Afrique, n’est-on pas moins prompt à faire grand cas de la disparition d’un enfant ? Il s’en passe de belles vous savez là-bas. La barbarie humaine me laissera toujours sans voix.

Par le rustre - Publié dans : Les bonnes histoires de l'oncle rustre - Communauté : Made in Belgium
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Mercredi 12 octobre 3 12 /10 /Oct 07:01

Dans une aube rose et crème, le soleil pointait à peine ses rayons, caressant la nature assoupie au sortir de l’hiver. Des peupliers pelés, lovés dans quelque étole de brume diaphane, attendaient frileusement le vrai printemps qui les sortirait enfin de la torpeur. Dans le petit monde secret des bosquets et des buissons, une mésange zinzinulait tout en s’afférant à débusquer quelque vermisseau tapis dans l’entrelacs de branches dénudées. Lointain, on entendait un pic pleupleutant entre deux séances frénétiques de martelage d’une souche morte.

Soudain, mâle et rauque, retentit un « Montjoie, Saint Denis ! » qui stoppa net les divagations poétiques de toute cette création grotesque.

Non mais merde quoi ! J’t’en donnerais moi des zinzinulations gratuites… A coups de crosse ouais, la mésange délicate ! A ma botte, je veux les voir tous ces emplumés. A ma pogne les gazouilleurs édentés des haies.

Non mais, z’ont rien d’autre à cogner ces fainéants ? On dit que la nature va mal, mais ils le cherchent aussi. Ca se lève tôt, mais ça ne bosse pas ! Et ben non, ils zinzinulent et ils pleupleutent, les fâcheux ! Moi, je dis qu'il y a de la chevrotine qui se perd !

Soit. Reprenons.

Le sabre au clair, le casque rutilant, le tutu rose frémissant au vent, il est là, l’Homme, le Héros, le Sauveur. Ecce homo, et pas qu’un peu.

Les traits fichtrement burinés, les intentions sévèrement burnées.

Comme à l’accoutumée par petit matin, je faisais le tour de mes terres, les cheveux fous, le regard au vent sur mon fier coursier, étalon de noble race arabe. Et pas arable. C'est pas un cheval de trait non plus.

Vous qui n’avez aucune imagination, vous n’auriez vu qu’un type bizarrement vêtu, enfourchant un vieux manche à balai muni d’une tête de cheval en carton et faisant cataclop cataclop pour faire comme si pour de vrai. Mais vous n’êtes que d’infâmes rustauds dénués de la moindre parcelle de poésie enfantine. Que dis-je ? D’ignobles réactionnaires urbains assoiffés d’émissions d’une télé grabataire qu’on dit ré-alitée. Des suppôts du grand capital spoliateur globalisé.

Fouchtra ! Arrières monstrueux pensionnaires d’un fort-Boyard de pacotille offert aux affres des pensées lubriques de technocrates avilis…

Pédés du cul !

Seul contre tous les chacals, je montais la garde, immuable dans mon habit de lumière.

Le sabre, la cuirasse et le casque surmonté d’une fière crinière jaune striée de bleu, le tutu rose et les collants noirs à pois multicolores : fuchsia, vert bouteille, ocre pâle.

M’entourant de ses oriflammes guerrières, la musique sauvage de Wagner rugissait dans tout le voisinage.

Quelque malotru traitreux vendu à la solde de l’engeance féline me vitupérait, bien planqué, le lâche, derrière la fenêtre de sa chambre, m’enjoignant, dans la langue vulgaire qui est celle des sots et des vilains, de « fermer ma gueule de cinglé et de cesser ce boucan » non sans ponctuer sa vile diatribe d’un «connard, gros enculé » du plus mauvais aloi. Rustaud !

«Descends donc de ton donjon, baltringue, et viens tâter de ma lame dans tes fesses molles » lui rétorquais-je avec véhémence.

Non mais vous vous rendez-compte de la fainéantise de ces bouseux qui se targuent d’être des citoyens, d’avoir des droits, mais qui trainent encore leur savate en pyjama… à cinq heures du matin !

Ah j’vous jure ! Pas coopératifs les voisins pour ce qui est de l’élan purificateur de ma croisade sacrée contre les grippeminauds à l’air sournois. C’est que l’ennemi est veule et peu avare de ses ressources. Il s’adapte, il louvoie, il contourne. Salopiaud !

Ah souvenirs délicieux ! Pour l’heure me voici à vaquer à des tâches domestiques peu enrichissantes mais nécessaires. Mon esprit ressasse et mâchonne.

J’avais remarqué une inquiétante perte d'efficacité de la Trempe ces derniers temps. Réagissant en bon stratège, j’ai entamé une escalade vertigineuse dans la taille des pièges et du bac d’eau, la vigueur des paillettes de mon habit de scène (passant d’une sobre tenue de capitaine nordiste à la tenue légèrement rococo décrite plus haut). Escalade jusque dans le volume sonore des vociférations wagnériennes, que Bayreuth à côté c’est un récital en sourdine de Charlotte Gainsbourg et Etienne Daho accompagnant une première Dame de France aphone !

Nonobstant cette course frénétique à l’armement, j’ai du me rendre à l’évidence : les veules mistigris me narguaient. La trempe avait cessé de fonctionner. Il fallait réagir.

On sonne à l’huis, interrompant le fil de mes cogitations.

Une petite morveuse de cinq ans vient gémir à ma porte pour savoir si je n’ai pas vu « Hector ». Dieu qu’elle est laide cette gamine. On dirait un furoncle avec des dents et une couette !

« Je suppose, petite gourde, que par « Hector » tu veux parler de ce tas de poils hirsutes qui se plaisait à pisser sur mes poireaux et à faire ses griffes sur le tronc de mon Vilburnus variegata ? Et bien sache qu’il peut se vanter d’avoir fait progresser la science, ta sale bête. Grâce à lui, j’ai pu tester ma nouvelle sarbacane. Une vraie merveille. Je fabrique les fléchettes moi-même avec des piques à brochettes crantées à l’opposé de la pointe pour enrouler un fil d’ouate et composer la boule qui offrira la résistance voulue à mon souffle puissant, résistance qui par réaction et défiant les forces de frottement du tube, propulsera le projectile dans les chairs de l’ennemi. Mais, je suppose petite gourde que tu n’y entends rien. On ne donne probablement pas de cours de physique dans les écoles maternelles. On devrait. Et puis des cours de pharmacologie aussi tiens. Tu comprendrais alors la redoutable efficacité de la macération d’Aconit napel, et de Digitale pourpre dont j’enduis mes flèches. J’ai essayé avec le clébard des Lequeu. Radical. »

Si vous me permettez un petit aparté, laissez-moi vous entretenir des Lequeu qui habitent à trois jardins du mien. Figurez-vous que leur labrador respirait très bruyamment, la langue pendante. Des heures durant en plus. Je m’en suis plaint.

Des gens vulgaires et grossiers ces Lequeu. Des nouveaux riches.

Ils m’ont répondu :  « z’êtes con ou quoi ? Il n’aboie jamais. Il a eu un cancer du larynx. On a du lui enlever les cordes vocales. C’est pour ça qu’il respire bruyamment, ça cicatrise. Vous allez pas me dire que ça vous emmerde à 150 mètres non ? »

« Et bien si, Môssieur le Bourgeois ! Il m’hôte les fulgurances de l’esprit, votre clébard emphysémateux… »

J’ai traqué ma proie à la tombée du jour, tel le fauve au muscle tressaillant qui rampe vers son repas dans la savane. Ce fut facile, l’animal convalescent ne bougeait guère. Mais foutre gras me fut de laisser là pareille pièce de viande. Mais vu la dose de poison dont j’avais enduit les flèches…

J’épargnai le récit de cette geste canine à la jeune écervelée qui minaudait à la recherche de son patte-pelu, toute tremblante devant mon courroux… ou bien était-ce devant l’accoutrement pourtant fort sobre que je revêt pour faire la vaisselle ? Un ensemble seyant composé d’un cycliste très moulant de couleur vert pomme, d’une bouée « petit canard » avec deux amusants grelots en guise d’yeux, sans oublier bien sûr, le masque, le tuba et les palmes. C’est que, voyez-vous, j’ai une sainte horreur de l’eau. Alors petit évier ou pas, pour la vaisselle, je prends mes précautions.

Je m’empressai de rassurer la gamine sur le sort de son minet.

«Ne t’en fais pas. Je n’ai pas empoisonné ton chat. C’est qu’il me fallait regarnir mon congélateur. Alors je l’ai chopé quand il est venu se tailler les griffes contre mes arbrisseaux. Deux fléchettes sans poison. Une dans le ventre et l’autre dans le cou. Un tir admirable. Il n’a presque pas souffert.

Enfin, pas longtemps.

Plus après trois bons coups de pelle dans la gueule en tout cas. Mais ne pleure donc pas petite imbécile. Tiens, si tu veux lui dire un dernier adieu, il doit m’en rester une cuisse qui traîne dans le congélateur… »

Figurez-vous que l’ingrate s’en est allée en hurlant. Quelle dinde cette gamine ! Et pour vous dire l’esprit procédurier des gens, ses parents m’ont envoyé la maréchaussée. Je me demande si c’est tendre de la cuisse de voisin ?

Par le rustre - Publié dans : Les bonnes histoires de l'oncle rustre - Communauté : Made in Belgium
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Mercredi 5 octobre 3 05 /10 /Oct 10:43

Bonjour à tous.

  

A partir de ce mercredi et durant les semaines suivantes, je voudrais vous emmener sur les pas d'un monsieur très sympathique. Sympathique en diable même puisqu'il mange les chats, tue les chiens des vieux esseulés, déteste les enfants et plus largement l'humanité. Oh, je sais, vous le connaissez déjà puisque ses méthodes barbares mais jouissives furent décrites ici et . Ces deux prochaines semaines, vous relirez les deux premiers épisodes de la saga condensés, réécrits en partie pour qu'ils fassent plus "nouvelle". Et ensuite, durant plusieurs semaines notre personnage vous emmènera plus profond, encore et toujours, dans les arcanes de son univers... comment dire... Un peu à côté de la plaque. Entre nous, faites gaffe. Il habite peut-être votre rue.

  

Pour vous donner une idée de ce qui vous attend, les titres des prochains épisodes :

  

La Trempe, Sarbacane, Les Objectifs ou rédemption, Liège gourmande, Régime crétois et langoustines, Comme un fauve dans la savane.

 

 

Episode 1 : la trempe.

Amis jardiniers, amoureux du potager, adeptes du poireau, bio ou pas, bonjour ou bonsoir, c’est selon.

Je voudrais vous entretenir d’une des plaies majeures de nos plates-bandes et des pelouses verdoyantes où s’ébattent nos bambins pleins de vie et d’espoir en des jours meilleurs qui pourtant ne viendront peut-être pas. Je voudrais éveiller votre vigilance face à un des fléaux principaux de nos semis fraichement effectués dans la terre nourricière, terre enfin rendue amoureuse par les ardents rayons de l’astre du jour qui s’offre à la douce poésie d’un matin printanier bruissant de la ferveur aviaire.

Je veux bien sûr parler d’une cause légitime de juste courroux du jardinier amateur meurtri dans sa chair…

Ce sont ces saloperies de chats, ces foutus immondices velus qui chient partout, empuantissent nos légumes de leurs projections nauséabondes, retournent nos semis de leurs griffes et de leur panse paresseuse de pourris parasites de l’humanité. Sus mes preux, taillons dans la viande, brisons les os, fendons les crânes, éviscérons gaiement. La gent féline doit payer.

Hum… excusez mon emportement soudain. Cela ne sied pas à un texte qui se veut purement didactique. Reprenons le propos, si vous le voulez bien, sur le ton docte et serein qui convient.

Je vais vous exposer aujourd’hui une solution miraculeuse pour éloigner nos chers amis félins de nos jardins, efficacement, à peu de frais, sans dommages collatéraux ni folie meurtrière (ou si peu). Il s’agit de la TREMPE !

Cette méthode demande juste l’obtention d’un piège à fouine (une cage munie d’une trappe à sens unique) muni de poignées, d’un peu de kit et kat (ou de sheba pour les chats gourmets), de gants en cuir épais, d’un poste de radiodiffusion mobile et muni de piles (rechargeables si la fibre écologique vous habite et chargées, c’est mieux), d’un peu de musique violente et tonitruante, de vêtements voyants, d’un sabre et, le plus important…

D’une bassine d’eau…

Plus grande que le piège….

Pardon ? Mais non voyons, je ne suis pas un « sadique ».

Reprenons.

Le déroulement des opérations est d’une sobriété approchant le carrément désertique, voire le dépouillé.

Après avoir repéré le lieu de passage préférentiel d’un de nos amis de la gent féline (un gros crapuleux marcou de préférence), déposez à cet endroit le piège, garni de kit et kat (ou même de whiskas, ne soyons pas sectaires que diable mes preux).

Tapissez vous, tel le fauve guettant sa proie au coucher du soleil, qui darde de ses rayons pourpres le point d’eau perdu au milieu des hautes herbes ocres d’une savane africaine riche et joyeuse alors même que meurent, les enfants d’Afrique oubliés par le train de la civilisation. Putain que c’est beau Germaine.

Bref…

Le chat approche, renifle la nourriture offerte à ses désirs et, cédant à sa veulerie toute féline, pénètre dans le piège qui, brusquement autant qu’inexorablement, se referme sur sa misérable carcasse de fienteur pelé.

Il est fait comme un rat, ce qui pour un chat est déjà un beau châtiment. S’en est fait de sa rouerie, le fourbe.

C’est alors que vous surgissez de votre retraite, arborant un rictus dément, hurlant comme une bête. Tel un ouragan monégasque, vous fondez sur votre proie.

Suspens, car c’est ici qu’une importante parenthèse se doit d’être ouverte. Préalablement à votre machination, vous aurez pris soin de disposer votre appareil de diffusion musicale sur piles à portée raisonnable. Au moment même où le piège se referme sur l’ennemi, ayant positionné le curseur de volume sur « à fond », vous lancez la musique. Pas n’importe laquelle. Quelque chose de raffiné. Du Sepultura ou « thunderstruck » du groupe AC/DC peuvent convenir. Personnellement, j’ai un penchant dans ce genre de situation (mais dans ce genre là uniquement) pour la musique teutonne incitant au massacre aveugle mais salvateur. La Charge des Walkyries est une sorte de maître achat pour la circonstance. Maître à chats. Décidément, la finesse de mon humour navigue dans des sphères stratosphériques.

Autre parenthèse, vous aurez également pris soin de revêtir pour l’occasion ce qu’il est convenu d’appeler votre habit de lumière.

Un déguisement de superman, un uniforme de la SS peuvent convenir. Une tenue de danseur de la troupe à Béjart aussi, mais moins.

Là aussi, je suis enclin à suivre mes intimes inclinaisons. Et mon penchant personnel me pousse vers un uniforme de la cavalerie états-unienne de la guerre de sécession avec le grand chapeau, le sabre brillant et tout le toutim ou bien celui d’un cuirassier napoléonien. Ca a beaucoup de gueule mais pour la planque dans la savane, le casque, c’est un peu chaud.

Revenons à nos moutons, enfin à nos chats (et vous vous esbaudirez encore à la finesse de mon humour) et résumons-nous mes braves. La veule créature prise au piège, vous balancez la sauce à fond, vous surgissez dans votre habit de lumière en roulant des yeux et alors…

Soit en poussant des hurlements rauques et gutturaux,

soit en éructant un truc bien senti du genre « ça va être ta fête, enculé », « Montjoie, Saint Denis » ou encore « Morts aux Flamands »,

soit en faisant les deux,

vous fondez sur l’animal telle la justice divine sur le peuple égyptien.

Tout en continuant à gueuler comme un forcené, les yeux injectés de folie et de sang, vous attrapez le piège et vous le trempez dans la bassine d’eau.

Attention ! Des trempages courts et répétés doivent être préférés à une seule plongée de dix minutes. Il ne s’agit pas d’être taxé de barbarie par les chochotes de Gaïa ou l’engeance végétalienne de PETA mais juste de donner une leçon méritée et définitive à l’ennemi, leçon assénée avec pédagogie, calme et dignité.

Mais enfin, c’est vous qui voyez après tout. Si par malheur, dans la générosité de votre élan civilisateur et purificateur, il arrivait un accident, le chat, après séchage, s’accommode bien, paraît-il, d’une sauce chasseur. Un vin puissant mais fin (un cru de Gevrey par exemple) accompagnera parfaitement ce met longuement mijoté. Invitez les propriétaires de l’animal (le papa et la maman de la bête) au festin, ils n’en feront que plus facilement leur deuil.

Cependant, si tout se passe bien, après cinq à dix minutes de bains répétés, coupez la musique. Si possible, arrêtez de hurler comme un dingue et déposez le piège à la sortie de votre propriété. Libérez le matou. Il fuira sans demander son reste, le couard. S’il se rebellait ou même s’il ne fuyait pas assez vite, prenez soin d’avoir à disposition une bonne pelle. Un grand coup sur la gueule de ce prétentieux récalcitrant et le tour est joué. La sauce chasseur l’attend !

Normalement, après la capture de quelques chats, vous pourrez ranger votre piège. La diffusion régulière, dans les cent-vingt dB de votre musique rituelle (Wagner dans mon cas), de nuit ou au petit matin, suffira à faire fuir les félins. Pour renforcer encore plus le réflexe d’évitement des chats, vous ferez régulièrement le tour de votre jardin dans votre tenue de combat, le sabre au clair, en criant à tue-tête votre « cri de guerre ». Vous pouvez aussi reprendre votre musique a capella.

Cette méthode, terriblement efficace, risque cependant d’indisposer plus que de raison votre voisinage bourgeois, bien-pensant et un peu serré du cul, il faut le dire. Allez savoir pourquoi.

Est-ce la diffusion régulière de la charge des Walkyries à pas d’heure dans votre jardin, le fait de vous y voir déambuler en uniforme de cavalerie nordiste, brandissant un sabre et chantant à tue-tête : « ta ta ta taaaa taaa ta, ta ta ta taaa taaa ta (1), Montjoie, Saint Denis » qui incommode ? Ou est-ce plus simplement l’étroitesse d’esprit du beauf campagnard ?

Qu’importe, j’ai des recettes tout aussi simples et efficaces pour se débarrasser de deux autres plaies de notre temps : les psy et les voisins !

(1)  : Vous n’aviez pas reconnu ? Je ne félicite pas votre incompétence crasse et l’absence totale de musicalité de votre âme blafarde. C’est l’air des Walkyries évidemment.

Par le rustre - Publié dans : Les bonnes histoires de l'oncle rustre - Communauté : Made in Belgium
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Lundi 26 septembre 1 26 /09 /Sep 13:09

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C’était un petit val de verdure où chantait un ru d’argent. Il s’ébrouait en glissant sur de gros blocs de quartzite faisant le dos rond au long travail de sape de l’eau.

Etendu sous les nues, la douceur du polytric épais lui caressant la nuque, Georges regardait les grands pins ployer sous la brise. Il écoutait leur plainte apaisante, le souffle tempétueux qui lui rappelait son enfance, les harmoniques de la bise prise dans les pins, son à nul autre pareil qui extirpe de la chair les douleurs les plus terribles.

La douleur lancinante le quittait enfin et ne demeurait que le rire enfantin de sa femme, sautant de rocher en souche, s’éloignant de lui. Georges souriait tant il était bien, tant le sifflement des pouillots et la plainte tiède des pins l’apaisaient. Georges enfin, lui d’ordinaire si stressé, fâché avec la vie et avec le repos, goutait au plaisir de s’arrêter et d’observer. Il sentait la mousse caressante et humide. Il entendait les oiseaux, il sentait le jeu du soleil et des ombres sur sa peau. Le soir tombait, enrobant doucement toute chose d’obscurité.

Parfois la douleur revenait, irradiante et insupportable. Parfois, Georges sentait encore un peu de la chaleur de son sang qui s’échappait de ses plaies. Parfois, la conscience de ses membres disloqués lui revenait. Mais jamais trop longtemps parce que ce val moussant de rayons obscurs était félicité.

Les grands rochers de quartzite qui dominaient le vallon ne cessaient de prendre des formes étranges et rigolotes. Le rire de sa femme s’était tu. Elle qui l’avait poussé du haut des rochers rigolards. Elle qui lui avait dit de bien profiter du paysage avant de s’éloigner en riant comme une folle. Son frère et sa femme. Jamais il n’aurait imaginé. Son frère qui avait déjà presque tout pour lui, leur père ayant fait tout ce qui était légal à sa mort pour que Georges ait le moins possible et son frère la plus grosse part de la fortune familiale. Il ne restait même plus à Georges sa jolie épouse à présent.

Mais Georges souriait parce que la quiétude et l’obscurité gagnaient maintenant. Et sous la danse au vent des pins, l’oubli.

Il fallut du temps pour que Georges reprenne conscience de lui. Plus encore pour qu’il se rappelle des autres et du vallon moussu. Il y eut l’obscurité, la lumière crue d’une grande salle blanche, les voix, beaucoup de voix, le brouillard et puis maintenant l’obscurité à nouveau.

Une obscurité à peine perturbée par un fin croissant de lune qui émergeait parfois de nuages furieux. Georges remontait en silence l’allée de gravillons qui conduisait à la demeure de son frère.

Georges se souvenait plus ou moins de tout : la surprise, le choc, le rire de sa femme, la douleur atroce mais plus encore, dominant tout le reste, le son des pins ployant au vent. Il n’éprouvait pas de colère, à peine de la rancœur. Georges goutait enfin aux joies des sentiments simples et apaisés, aux idées émergeantes et jamais achevées. Lui qui durant toute sa vie avait été la victime d’un caractère orageux et torturé. Lui qui dans des crises incontrôlables de rage avait battu comme plâtre son vieux père puis sa femme si charmante.

Et maintenant toute cette quiétude. Sa sieste sous les pins lui avait fait du bien. Depuis « l’accident », Georges n’avait plus qu’une conscience lointaine et parsemée d’absences. Juste un vase brisé avec des images éparses dans le cristal. Par exemple, il ne savait pas comment il était revenu ici. Par contre, il savait qu’il allait rentrer dans la maison, qu’il allait s’y installer et vivre avec celle qui fut son épouse et celui qui était encore son frère. Pendant un temps au moins.

Il savait que son frère avait le cœur fragile et sa femme l’esprit au bord du gouffre depuis longtemps. Georges passa sous les caméras de l’énorme grille en fer qui fermait la propriété pour la nuit. Il savait qu’il y avait un système d’alarme mais Georges n’avait que faire des caméras et des systèmes d’alarme.

Il arriva face à la porte d’entrée en chêne massif. Avec son aspect ancien et cossu, elle disait à elle seule la débauche de fric dans laquelle baignait son frère et pas lui. Elle était fermée à clé et sous alarme elle aussi. Mais Georges n’en avait cure, ni des sirènes ni des serrures.

Il entra et décida d’aller voir directement les deux amants qui devaient dormir dans la chambre au-dessus du salon. Pour cela, Georges aurait du emprunter le corridor puis l’interminable escalier puis encore un corridor sans fin. Et Georges était fatigué. Heureusement, Georges se foutait royalement des corridors, des escaliers et des étages comme des murs et des plafonds. Il monta directement. Il les vit. Il eut à ce moment là une bouffée, une seule, de haine sauvage comme au bon vieux temps. Une envie de cogner qui le fit se sentir vivant comme jamais auparavant.

Puis il se ravisa. Sa colère à peine née partait vers l'oubli balayée par le vent dans les arbres. Il ne pouvait pas frapper, ni étouffer, ni poignarder. Même si l’envie l'en avait dévoré. Georges le savait, il était dans un état confinant à la paralysie complète. Peut-être était-ce la mélodie des pins qui l’avait anesthésié ?

Après la sieste sous les pins, il y avait eu la salle blanche et les voix. Puis le brouillard et de nouveau l’obscurité, une obscurité rougeoyante. Et d’autres voix qu’il avait envie d’écouter, des voix aux conseils avisés. Bribes. Eclats de souvenirs. Le vent dans les pins.

Georges ne pouvait pas les frapper et les voir se vider de leur sang dans le lit. Mais il allait rester auprès d’eux, chaque instant du jour et de la nuit. Surtout de la nuit. Et il ferait les choses dont les voix rouges lui avaient parlé. Des bruits. Des coups. Des souffles. Des chuchotements à la fin d’un CD de Dido. Et puis parfois, pas trop souvent parce que ça le consumerait, ils pourraient le voir, fugitif dans un miroir, éclair sur l’écran de la télé.

Faire crever le premier de trouille. Rendre l’autre poufiasse folle de terreur, de chagrin et de remords. Qui sait ? Jusqu’au suicide peut-être ?

Georges ne pouvait pas cogner mais il allait prendre du plaisir. Encore un peu de plaisir en ce bas monde avant de rejoindre les ombres rougeoyantes où ne le bercerait plus jamais la mélodie du vent dans les pins.

 

PS : merci Arthur, merci le vent, merci les pins !

Par le rustre - Publié dans : Les bonnes histoires de l'oncle rustre - Communauté : Made in Belgium
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