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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 00:00

 

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2005, millésime mythique, légendaire déjà. Un des nombreux millésimes du siècle à Bordeaux (qui compte quand même une bonne dizaine de millésimes du siècle depuis le début du siècle, m’enfin…). Millésime qui a donné de nombreuses envolées tarifaires à défaut d’être lyriques mais qui a surtout donné des choses excellentes un peu partout dans le vignoble français. Un millésime qui à cinq ans, un millésime dont j’ai entassé de trop nombreux représentants dans ma cave parce que mon fils est né au milieu des vendanges cette année là. Et chaque année en septembre, c’est le rituel, on fait péter les bouchons, des bouchons connus, d'autres moins… et jusqu’à présent, on se régale, malgré quelques couacs.

 

Un post assez sérieux (enfin un minimum) parce qu’on ne plaisante pas avec ces choses là monsieur, on les savoure.

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Alsace

Sylvaner Francis Beck 2005

 

Une bouteille offerte par des amis. Je ne connais absolument pas ce vigneron et le reste de sa production. Il est de Epfig et il a un site internet.

 

Sa robe est parfaitement cristalline et lumineuse, d'un beau jaune doré à reflets franchement or.

Le nez, lui, livre avec modération des fragrances (ouf ti ! on fait dans le cossu, man) de fruits mûrs tels que l'abricot et les agrumes. De nettes notes fumées sont à noter, je les annote donc. Au rayon des originalités odoriférantes, il faut évoquer cette touche végétale rappelant vaguement la fougère. Après aération, les étonnantes mais inratables cartouches de poudre à fusil m’évoquent le temps pas si lointain où je trainais mes guêtres sur les champs de bataille de l’Europe avec L’Empereur. Je sais, je ne fais pas mon âge.

En bouche, l’impression est parfaitement sèche mais assez ronde, avec une belle fraicheur, un peu citrique, sous-jacente qui augmente sur la finale. Evidemment les amateurs d’acidité dévastatrice et déchaussante seront déçus et même moi, un peu : ça manque de tension et d'allonge. C'est un peu creux, fluet, si vous voulez. Les arômes modérés sont mûrs : les agrumes, une note végétale, des fruits exotiques du genre ananas. Sur la finale assez courte (pas plus de 5-6 secondes) l’amertume se superpose à un léger accent de réglisse.

Le lendemain : le vin est très citronné et floral. La structure à la fois sèche et acidulée est maintenant plus agréable. Je note une belle fraicheur finale qui allonge le vin. Il se maintient sur 2 jours.

Impressions : Un peu simple mais bien fait. Manquant de corps et d'allonge mais bon… avec de la tête pressée et un peu de vinaigrette…

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Muscadet Sèvre et Maine sur Lie

Vieilles vignes 2005 de Bruno Cormerais

 

Ah Bruno Cormerais ! Un orfèvre du muscadet, que dis-je un artiste du melon… Un homme passionné que j’ai eu le plaisir de rencontrer au salon "Vins de terroirs" de Lille (Seclin). Un monsieur qui bâti des muscadets de garde. Malheureusement, je m’aperçois qu’une de mes bouteilles est couleuse. Je déclenche immédiatement l’alarme par l’intermédiaire du service "relations publiques et catastrophes atomiques" de la centrale de Tihange. Immédiatement l’équipe des "experts du tire-bouchon" descend sur place pour désamorcer l’engin. Et donc…

Mes preux, ça c’est de la jupette qu’on aimerait voir plus souvent habillé les déambulations féminines en été : une teinte très pâle qui mêle l'or et le vert, un habit absolument cristallin (oh là mes preux, cessez de penser féminité et gambettes, je vous vois venir) et lumineux avec des larmes lentes à souhait.

Le nez rassure sur la coulure, expressif et assez complexe : agrumes, cire, coing, note de fumée, épices. Un peu exotique pour un vin nantais, mais mûr et élégant. Un petit côté pierre mouillée donne l’absolution de la minéralité au fruit généreux.

Au début, à l’apéro, c’est assez fameux : rond sans excès, fruité, assez ample malgré des bulles vraiment envahissantes. Mais après 2 heures d’aération… Aïe, c’est en bouche que la coulure fait chuter la monture. Elle est plutôt ronde. Il y a un manque de tension et de profondeur. C'est un peu plat quoi, malgré une petite bulle qui picote mais n’invite pas à la picole. Et ça s'aggrave à l’aération, cette mollesse. On retrouve un peu les agrumes, la note exotique mais c'est modéré et perturbé par le picotement. La finale courte est un peu amère et très, trop, réglissée.

Le lendemain, le vin n’a plus de corps ni d’âme : la coulure prend mauvaise tournure.

Alors effectivement, la bouteille a toute les chances d’être défectueuse mais son beau nez m’incite à espérer.

 

  Cerise 4

Somewhere in the Sud-Ouest

Un Vin de pays des Coteaux du Quercy  

Les Hauts de Lastour 2005

par la coopérative des Vignerons du Quercy

 

Le liquide exhibe des oripeaux très foncés mais encore translucides (et vous arrêtez immédiatement avec vos fantasmes libidineux). C’est grenat avec des reflets bruns. Je n’ai pas le vin triste mais celui là, c’est une pleureuse : un vrai tapis de larmes visqueuses.

Le nez est évolué et exprime joyeusement et sans complexes la cerise fraiche, la liqueur de cassis, la térébenthine, des arômes plus balsamiques et une pointe de café et même de torréfaction. Le tout fait même un peu liqueur de café par moments. Genre Mastaquet, l’apéro des valeureux ardennais.

Et ça se boit gentils damoiseaux ! Frais comme un Prince de Bel-Air, de bout en bout mais avec une matière veloutée, des tanins bien dans la mêlée bien que fins et polis, allez, un poil rustiques quand même, mais ce n’est pas incompatible avec une certaine forme d’éducation, merde bordel ! Les arômes rappellent le nez, belle expression de liqueur de cassis, d’épices et d’amertume un peu végétale en finale (sauge, pissenlit, c’est la seule vraie fausse note) sur dix secondes.

Et le lendemain, le vin ne change guère même s'il se simplifie au nez. Ensuite après deux jours, il devient assez banal et pinardier, mais bon c’est un vin qui court sur ses 6€ maximum. Tu ne voudrais pas non plus qu’il tonde la pelouse ?

Moi, je dis que c'est un agréable vin qui vaut son pesant de gibolin, avec une complexité aromatique pifométrique impressionnante. En bouche, on a un vin qui a du coffre, un peu de rusticité mais qui va bien sur des plats roboratifs (un cassoulet, ça vous dit ?), une ch'tite pièce de viande juteuse ou de la charcuterie qui en a dans la culotte.

  naddef 2005

Bourgogne Pinot Noir 2005

Philippe Naddef

 

Mire : Un rouge foncé mais translucide encore. Une honnête couleur de pinot. Rouge pur, brillant, velouté (je suis très velours moi en ce moment).

Snif snif : Ah mes enfants ! Faites tourner les serviettes, Pinot, pas simple flic débarque ! Voilà du bourgogne bien aromatique mêlant une animalité certaine (j’aime l’animal qui sommeille en toi) à de la sauge, à de belles nuances de cassis, de vin de mûre et plus discrètes, de framboise. Il y a aussi une nette note florale, tendance pivoine. Après 4 heures, le caractère un peu fauve reste prononcé, s'y ajoutent des notes de liqueur de myrtille. C’est le bonheur à t’en tirer des larmes. Je peux te dire qu’à la tablée, ça cause plus, ça se recueille, ça sirote. Chacun plongé dans les souvenirs de son enfance et du verger de Mamy (le verger, pas les vergetures) !

Gloup slurp : C’est peut-être un générique, mais signé Ennio Morricone alors. Le clan des Siciliens ? Non, plus doux. Ton cul sur une souche dans la forêt tu t’écoutes "Mission" parmi sittelles torchepots et pouillots siffleurs. Une matière fluide, bâtie de bout en bout sur une belle fraîcheur. Les tanins sont très assagis, secs mais raisonnablement, un générique te dis-je. Les arômes de cassis, de fraise, de violette sont éclatant et compensés, pour le sérieux de la chose, par un léger côté épicé. La longueur dépasse les 12 secondes.

Le lendemain : La réduction a quasi disparu laissant place à un fruit pur, mûr, aromatique de framboise et de violette. La fraicheur est juteuse, les tanins juste comme il faut.

Quand j'ai goûté les 2005 rouges de Naddef il y a deux-trois ans, je me suis dit : wouaw, ça va devenir bon ça ! Et ben pour une fois, je ne m’étais pas vautré. Quand je goûte cet excellent bourgogne régional qui offre tout ce que j'attends d'un tel vin, après 5 ans, je me réjouis de boire les villages et les crus dans quelques années. Dju ti qu’c’est bon !  

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VDN Rasteau, Domaine des Banquettes 2005

Patrice André.

 

Quand tu vois sa robe, t’as le pancréas qui s’affole ! Des larmes grasses hyper abondantes et une robe opaque, un peu brunâtre, brillante, épaisse.

Le nez est expressif, net et assez complexe. Et sincèrement c’est de la belle ouvrage : figue sèche évidente, grandiose note florale oscillant entre lilas et jasmin. Et une lichette de melon, de datte, de caramel pour compléter.

Par contre quand tu goûtes, t’as la goutte ! La sucrosité est importante, trop, pas assez équilibrée à mon goût, ni par l'alcool, à peine ressenti, ni par la fraîcheur, absente. Tout ce qui contrebalance ce moelleux un peu assommant, ce sont les tanins, très fins mais secs et tapissant palais et dents, le tout sur fond de matière limite trop faible.

Résultat : sur la longueur tu as la nette impression d’avoir un hamster dans la bouche ou d’avoir croqué un gland.

Non, non, messieurs dans vos beaux habits blancs qui me lisez, trop c’est trop. Je ne ris plus. Gluantes moiteurs libidineuses que vous êtes. Ce vin est comme vous : il n'est pas encore lourd mais en prend le chemin.

Pourtant, il exhibe de jolis atours :  raisins secs et figue dominent un côté floral net et un soupçon de caramel. Mais comble de la goujaterie pour un VDN, c’est pas très long et même carrément court, disons-le : 10 secondes.

Dans les jours qui suivent, le vin ne s'améliore pas question équilibre et en plus les arômes se simplifient et rendent le vin ennuyeux.

Dommage Eliane ! Au nez, on lui donnerait le bon Dieu sans confession. En bouche, même s'il s'est assez bien accordé à un gâteau au chocolat, il ne présente pas un équilibre optimal pour ce type de vins. Et donc comme on dit à la Maison Blanche, il ne casse pas la baraque.

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Alsace

Riesling Vieilles Vignes Stoeffler 2005

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Une belle tenue de bal façon Vienne et ses lustres d’il y a longtemps : cristal et lumière, ors impériaux, larmes de crocodile.

Ca te laisse pas les naseaux indifférents, pour sûr. 10 sur 10 du côté de l’expression. Du soleil, du fruit : citron avec une nuance confite, épices, cire. Très différent et sans doute moins ostentatoire que le 2004 avec ses arômes passion. Mais quand un net parfum de Sauge sclarée apparaît à l'aération, il faut avouer que ça devient assez sexy.

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Ne m’envoyez pas les chiens si vous ouvrez ça avec des huîtres. C'est un demi-sec assumé. Soyeux au tout début avec une vivacité drue et nette qui ne fait qu'augmenter jusqu'à la fin. Il y a de la matière, de l'épaisseur. Le citron confit, le miel, les fleurs sont expressifs et joyeux. Comme souvent, je ressens de la réglisse en finale, finale de 20-25 secondes qui s’avère très saline. Le vin est tendu, salivant.

Et après : Les arômes se simplifient sur le citron confit et la réglisse mais pendant trois jours au frigo, la structure ne bouge pas.

Au niveau de l'équilibre, l'amateur de demi-secs trouvera son compte. Plus subtil que 2004, je le trouve néanmoins moins séduisant. Le fruit de la passion qui manque. Et vous il vous manque ? Pas la peine de pleurer, tonton Le Rustre en remet une couche. Spéciale dédicace à "fvdb".

  les quatres 2005

Sur ces bonnes paroles, bon week-end !

 

Générique 

 

 

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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 07:00

 

Dur le réveil. Je me lève. Et je te bouscule. Molécule. Particule. Ridicule. D’autres rimes en "cule" ? Non, je ne vois pas, vraiment. Oui, j'ai l'âme à la poésie au réveil.

Alors que je regarde le café passer d’un air bovin et approximatif, soudain, d’un coup, le doute m’assaille comme on dit dans le Serengeti. Caramba ! Nous sommes le 24 septembre. C’est le jour des vendredis du vin ! Et je n’ai encore rien pondu ! Et le sujet est... ?

Mes yeux s’écarquillent car c’est la quille, le sujet. Comment voulez vous que je complémente le sujet par le verbe si la quille me fout les boules ?

Il me faut en effet vous avouer que le sujet ne m’inspire guère et je voudrais donc qu’on me laisse en paix. Calembour un peu mince pour ne pas dire guère épais. (allusion fine à un dessin animé Pixar : Tolls Toy story)

Non mais… la quille. Et puis quoi encore ? Pourquoi pas le bouchon ou la capsule tant qu'on y est ? Que de superficialité, que de glissades furtives sur la surface effleurée de la mer d’huile des sarcasmes !

Alors que la vérité est ailleurs, dans le verre je veux dire et nulle part ailleurs. Enfin, c’est ce qu’on dit. Mais là, le doute m’habite comme on dit… je ne sais pas où. Peu importe le contenant tant qu’on vide le contenu. Et je vais leur raconter quoi moi à ces gens ? Le contenant mais pas (trop) le contenu… mais encore ?

Bon des quilles élégantes autant qu’étranges et complexes à remiser sur les étagères de ma cave, j’en ai bien quelques-unes.

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Vais-je leur parler d’un vin de Gaillac, avec sa bouteille tellement particulière que tu te dis : "Je ne vais pas acheter ce truc. Comment veux-tu que je l’encave ? Badaboum ça va faire". Et pourtant, elles tiennent !

Peut-être alors pourrais-je évoquer la cuvée Guillaume 2005 du domaine Labarthe. Un vin d’un rouge étincelant dont le boisé délicat se fond bien dans un épais panier d’osier rempli jusque tout au bord de fruits rouges juteux et mûrs et que jusque tout au bord on remplisse nos verres, qu’on les remplisse encore de la même manière pour se délecter de ce jus si frais, si aromatique, si délicatement tannique ? Bof.

Question quille en forme, évidemment, il y a le Jura. Bon, là, je ne peux pas éviter le Savagnin non ouillé 2005 de Stéphane Tissot. Elégante variation d'une sonate pour clavecin… Elle est bonne et pas connue hein ? Elégante variation du clavelin, donc, encapsulée un peu façon cire jaune, étiquette dépouillée, la bouteille en elle-même n’est qu’évocations gourmandes de soirées passées au coin du feu. Si les champignons sont de la partie et qu’on les a cueillis soi-même, c’est encore mieux. Mais le contenu mes amis… Je ne suis pas grand amateur de vivacité assassine de la gencive et laboureuse du palais (ne voyez là aucune allusion à la vie dissolue et décadente de la noblesse, je ne fais pas dans le social aujourd’hui) et parfois, je trouve les vins de Tissot un peu jusqu’au-boutistes en ce sens. Mais là mes amis… Il y a l’acidité et le gras d’une matière bien mûre qui s’entendent comme larrons en foire. C’est long à n’en plus finir et quand c’est fini, il y en a encore : de la noix, du fruit, du paprika plutôt que du curry. Mouais, un peu court comme évocation.

Enfin, je pourrais aussi m’esbaudir devant les étiquettes et les vins de Frédéric Mabileau sur Saint-Nicolas de Bourgueil, et plus particulièrement la cuvée "Eclipse" dont la bouteille, justement, épouse parfaitement les contours élégants d’une quille. Je pourrais mentionner ces masques "commedia dell’arte" souriants qui enluminent fort monastiquement les étiquettes dépouillées. Ce serait l’occasion de répéter combien je trouve que d’un millésime à l’autre la cuvée "Rouillères", qui bretonne toujours joyeusement et dans le bon sens du terme, traduit si bien la typicité en plaisir et combien "Eclipse" quitte les rivages ligériens pour atteindre ceux de la Grande Bleue.

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Mais en fait, non. Je n’évoquerai pas toutes ces bouteilles. Parce qu’en fait la forme de la quille et la couleur des étiquettes, je m’en bats un peu les… tire-bouchons. Même si je n’y suis pas indifférent à 100 %.

Ce n’est pas non plus que je crois que "la vérité est dans le verre." Dans le vert, je ne dis pas, ça me tente. Dans les vers, c’est indéniable. Il s’agit d’une vérité à laquelle nous n’échapperons rouge pas.

Non, dans le verre, il y a du vin. Et au bout du verre un homme (par homme, j’entends aussi femme, ce qui est quand même étonnant si pas un peu court, non ?), avec ses goûts, son passé, ses contradictions. Alors la vérité… vous savez. Je laisse ça aux curés et aux chroniqueurs des magasines de société des chaînes françaises.

Comment voulez-vous que je vous choisisse une quille plutôt qu’une autre ? Il vous faut savoir que chaque bouteille de ma cave est unique, même si elle à 5 ou 11 copines à ses côtés. Peu importe leur contenu. Chacune d’elle est une personnalité, avec son histoire, sa vie.

Mais là, je ne sais si je peux vous emmener dans mes délires. On touche là à mon intimité, à l’essence de ce que représente pour moi le vin.

Comment vous dire ? Prenons cette bouteille de riesling. Non, pas celle-là. L’autre. Oui, elle. Un Kirchberg 2000 de chez Stoeffler. Je l’ai ouverte avec ma femme pour mon anniversaire. En la buvant, je me souvenais parfaitement de ce mois de novembre 2003 en Alsace. Juste après notre mariage, avec nos témoins et néanmoins amis. Je me souviens de la descente d’un Mont Sainte-Odile battu par un vent glacé, des feuilles de charme festonnées de givre, des arbres blancs qui se détachaient sur le ciel bleu. Je me souviens de notre pique-nique sur les pentes du Kirchberg, nos visages bercés, nos esprits apaisés, nos âmes, oserais-je même dire, enfin ramenées à leurs justes proportions par la tiédeur miraculeuse du Grand Cru en ce jour d’automne si proche de l’hiver. "Tu reprends un bout de saucisson ? Et la rillette qui n’en veut ? " 

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Je me rappelle que la balade s’était prolongée par une part énorme de tarte aux myrtilles dans cet antre de la gourmandise à côté de l’Office du Tourisme de Barr. Et évidemment, nous avions fini chez Stoeffler, où nous avions acheté cette bouteille et d’autres.

Et cette bouteille, amis et voisins, a ensuite dormi 7 années dans ma cave. Elle a vu mes déménagements, la naissance de mes enfants, tous mes boires et déboires durant 7 longues années. Bon, pour ceux du fond… c’est une image. En vrai, la bouteille, elle n’a pas vu grand-chose : c’est une bouteille et de toute façon elle était à la cave.

Et un jour de printemps en 2010, le jus de ces raisins qui avaient connu pour de vrai le doux soleil des abrupts coteaux alsaciens en 2000 découvrit la jolie lumière d’un printemps hesbignon, au prétexte que je fêtais mon anniversaire. Ce riesling doré, un vin d’une jeunesse insolente, mêlant senteurs de fruits mûrs et cire évoluée et tellement beau dans son numéro de corde raide entre rondeur et vivacité. Et vous, vous faisiez quoi en 2000 pendant que ces raisins doraient ? Moi, je ne sais plus. Sans doute rédigeais-je ma thèse ou cueillais-je des cornouilles pour en faire du vin.  

Ce que je veux dire à travers cet exemple certes bucolique mais dont le lecteur doit se foutre comme de sa première lampée de Villageoise, c’est que, pour moi, le vin est un marqueur du temps qui passe. Chaque bouteille peut devenir un jalon, une borne. Mes bouteilles sont des pierres blanches que je dépose aux moments de ma vie qui comptent. Des bouteilles qui renferment un jus qui à un moment bien précis fut contenu dans des cellules bien vivantes, aussi vivantes que moi à l’instant présent. Un jus que d’autres cellules vivantes transformèrent en un petit morceau d’éternité par une alchimie subtile bien qu’alcoologène, je le concède à ces gagne-petit de la vie avec un grand V que sont les hygiénistes.

Et en ce sens, chaque bouteille est donc unique parce qu’elle a, qu’elle est une histoire. Une histoire qui commence sur un pied de vigne, qui continue entre les mains et par le travail noble d’un artisan, qui se prolonge par une visite, une découverte et qui se termine par un moment de partage, de plaisir.

Ainsi, chaque bouteille de ma cave regarde le temps et ma vie passés. Et quand j’ouvrirai tel Gevrey de 2005 (un Cazetier de chez Naddef tiens) avec mon fils dans 15 ans, je suis sûr (presque, si on fait fi des possibilités d’empapaoutage complet par la grâce du bouchon) que le moment sera exceptionnel. Au moins pour moi. En ouvrant cette bouteille et tout en savourant le moment présent, je ne pourrai pas m’empêcher de me remémorer la naissance de mon fils, presqu’en même temps que la vendange de ces raisins, et toutes les étapes de sa vie qui l’auront conduit à ce moment de partage avec son père. Je ne pourrais pas non plus m’empêcher, en levant mon verre avec lui, de penser à son avenir et aux bons moments du futur.

Le vin, chaque bouteille de vin, est un jalon des bons moments de notre vie, éphémères présents teintés de souvenirs et d’espoirs.

Et chaque bouteille trouve ainsi sa place dans le Grand Livre des Grands Moments ou dans le petit carnet des instants minuscules volés au temps qui passe. Des amis qui débarquent, des anniversaires, des cueillettes de champignons mémorables, de simples soirées d’été, des instants de jolie lumière. Un peu comme ce Saussignac-ci ou comme ce Chinon-là.

Autant vous avouer aussi, et je m’en excuse auprès des hédonistes aussi purs que durs, que la qualité intrinsèque du vin dans ces moments là, si elle reste évidemment importante, pas du tout secondaire, n’a pas seule voix au chapitre. Que le vin soit juste bon m’est suffisant. Qu’il soit excellent apporte, non pas une cerise, mais au moins une pastèque sur le gâteau.

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Autant vous dire aussi que je comprends ces amateurs de vins anciens qui ouvrent des bouteilles qui ont vu défiler le siècle passé, voire plus. Là, on ne parle plus de vins qui ont connu une vie mais bien l’Histoire avec une grande tache.

Alors évidemment, je reconnais volontiers avec les divers hédonistes épicuriens, quoiqu’un peu rabat-joie, qui pourraient lire ces lignes, que cette vision romantique des choses confine à la niaiserie, voire à la religiosité malsaine et qu’elle comporte, comme toute vision romantique, une part morbide moins entrainante, par exemple, qu’un bon tube de la compagnie créole. Part morbide qui fait de mes bouteilles-jalons, autant de bornes milliaires sur la route du Pays des Racines de Pissenlit.

Peut-être, mais j’assume. Mes contradictions et mes parts d’ombre. Enfin, dans ce cas-ci au moins.

Bon mais c’est pas tout ça. Le sujet, c’est "le contenant pas le contenu, enfin pas seulement." Et je n’ai encore rien trouvé à dire. Et le café finit de passer. Bon je vais lire Marie-Claire moi et je m’en vais délaisser les quilles… Le contenu, pas le contenant vous dis-je. Contenez-vous, fichtre !

Bon et ils disent quoi dans Marie-Claire ?

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14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 13:33

Comme promis, bien que j’en suis sûr, vous ayez autre chose à foutre et rassurez-vous, moi aussi, voici en version "en clair et sans décodeur" la description de deux bordeaux transmtés par mon esprit malade ici. Je ne remets que les deux vins les plus estourbis par ma prose à tendance psychédélico-acidolysergisée (ce n'est qu'une image, je ne touche pas et n'ai jamais touché à ces saloperies, mes parents peut-être ce qui expliquerait des effets permanents chez moi). Je vous reparle donc du Pauillac et du Fourcas-Hosten. Ce furent deux vins intéressants et ils méritent bien autre chose qu’un trip.

Avant de péter les plombs, j’étais en train de remettre mes notes de dégustation en ordre. Il y a du boulot, ça n’a plus été fait depuis la fin de l’hiver, sauf pour les vins qui ont été commentés sur ce blog.

Et je me suis aperçu d’une chose. Même si je ne suis pas un encaveur de bordeaux. Je suis (presque) un buveur de Bordeaux.

Je m’explique. Je n’ai jamais eu de pâmoisons proustiennes méritant de grandes envolées lyriques avec un bordeaux.

Probablement parce que je n’ai pas encore goûté les bons bordeaux. Probablement parce que ceux-ci sont en-dehors de la portée de ma bourse (j’ai dit MA pas MES).

Par contre, rien à faire… je ne peux résister, buveur d’étiquette refoulé que je suis, au fait d’acheter pour goûter l’une ou l’autre appellation au nom qui fait tilt, genre Pauillac ou Margaux (mais là, il doit y avoir mon côté grivois amateur de corsages qui joue), quand je les vois me narguer sur le rayon vin de mon temple de la consommation préféré.

Et puis, je l’ai déjà raconté, j’ai des amis et des parents qui me veulent du mal. Alors quand ils viennent à la maison, ils m’offrent du bordeaux.

Alors je me suis dit qu’en cette période de primeurs, où à longueur de web on nous met les valseuses au rythme du jerk à coup de lamentations sur le prix honteux d’une trentaine de châteaux bordelais , ce serait bien dans l’esprit de mon blog campagnard et poussiéreux de parler de quelques bordeaux qui m’ont épanoui les papilles ces derniers temps.

Sur les deux posts, vous remarquerez quand même une avalanche de robes bien opaques, de tanins bien brutaux, de cassis comme s’il en pleuvait… et parfois… au détour d’un coup de nez, ou discrètement logés entre les grains des tanins, un peu de finesse et de fruit.

 

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Pauillac Château Puy la Rose 2003

 

La robe : Opaque. Oh oui, au soleil, avec de la volonté, on voit un peu le fond, mais bon. Rouge profond. Aspect épais. Larmes ultra-nombreuses et très tenaces.

Le nez : Modéré. Le premier jour, c'est ultra classique et un peu décevant : cassis, mûre, bois.              

La bouche : Bien équilibrée et fraîche. J'aime bien. La matière est fluide, les tanins, très fins (soie) mais un peu gras, soutiennent l'ensemble sans excès. Dangereuse, la VVB est très élevée, genre un repas à deux, mais on s'est limité. Nous sommes des gens responsables monsieur ! Niveau aromatique, ce n'est pas très complexe : cassis bien mûr, un peu de bois grillé. Point.

Le lendemain : Le nez est beaucoup plus sympa : liqueur de cassis, pivoine, poivre blanc très net. La bouche ne bouge pas par rapport à la veille. Peut-être les arômes sont ils plus ouverts, plus francs mais pas plus variés            

Impression générale : Simplicité et finesse mais VVB redoutable. Vraiment pas au bout du rouleau et assez frais, ce qui est bien pour un 2003.

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Listrac-Médoc

Château Fourcas-Hosten 2005

Cru bourgeois supérieur

 

Robe : Rouge foncée, "très plus" comme dirait mon fiston mais encore translucide. Larmes assez peu nombreuses.      

Nez : Expressif et plaisant de mûre et de cassis bien mûrs. De la truffe après deux heures, puis ça disparait. Vanille alcool. Epices sudistes. Champignons ensuite.

Bouche : Bien équilibrée mais portée sur une certaine fraîcheur agréable. Matière assez pleine. Tanins serrés et fins, mais un peu brutaux. A assagir. Manque un peu beaucoup de suavité et de plénitude, mais c'est un joli vin. Bois un peu et cerise et mûre beaucoup. Finale chocolatée avec amertume et caramel dans les 15 secondes.

Le lendemain : Excellent. Classique au possible avec ses arômes de mûre et de chocolat. La fraîcheur de la bouche est très agréable. Les tanins fondus, un beau vin.          

Impression générale : A mon avis à encaver. Classique et pas hyper complexe mais qui fait bien son nid en bouche et qui ne demande qu'à évoluer.

 

Et voilà, c'est probablement moins rigolo que la version précédente mais ça a deux avantages certains : ça décrit le vin et c'est écrit en deux coups de cuiller à pot.

Sérieux et tout le mec, même pas de potacherie ni rien.

Allez, quand même, gratos, pour la route... Un peu de belgitude.

 

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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 14:16

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D’abord je n’ai pas voulu participer à la session mensuelle des Vendredis du vin. Le sujet proposé par Michel Smith ne m’inspirait pas. « Le vin médecin de l’amour ».

La belle affaire. Mais après tout un médecin soigne, il ne guérit pas forcément. Que reste-t-il de la passion des débuts quand elle a été laminée par la vie. Par les tracas quotidiens, des trucs aussi primordiaux que la place des chaussures dans les briques de notre existence (dans le placard ou au milieu du salon ?), les moyens exceptionnels à mettre en œuvre pour payer les traites de la voiture, de la maison, de l’autre voiture, du prêt pour les travaux. Les enfants qu’après le boulot il faut laver, faire manger, exhorter d’aller au lit, mettre au lit, remettre au lit, re-remettre au lit. Puis il y a l’habitude, l’embonpoint, les déceptions mutuelles, les actes manqués…

Ils ne manquent pas les lieux communs béants comme des fosses, les détours, les raccourcis, les pièges, les fossés dans lesquels elle peut tomber la passion. Et quand elle part, reste-t-il de l’amour, ou juste de la routine ? Je ne vais pas vous mentir : on s’arrête rarement pour y penser. Secondaire face aux tracasseries de tout les jours. Les impondérables de l’empêchement de jouir. Pas de place pour le romantisme, ni même pour les regards en arrière.

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Sauf… que le mois de juillet approchant, l’été naissant nous gratifie enfin d’un peu de chaleur. Sauf qu’en Belgique, on appelle ça de la touffeur, cette chaleur moite, assommante, propice au glandage ombrageux, à moins que ce ne soit ombragé…

Sur la terrasse, dans le jour qui fini dans la tiédeur, les p’tits monstres au pieux, on s’affale pesamment, comme des veaux qui soupirent, heureux mais inconscients les saltimbocas en puissance, de ruminer la panse repue. L’air lourd lèche nos peaux, laissant un voile délicieusement frais de sueur, appel aux idées salaces quoique agréables. Un petit vent, du silence, une lumière de péché capital…

Wachnet 3

Dans nos verres nous mettons un peu de soleil.

 

Un Saussignac 2000 du Château Court-les-Mûts.

 

Il est plus jeune que nous deux. De deux ans. 1998, un été moite, chaud, un été passé à arpenter les berges de la Meuse, de jour comme de nuit. Un été de barbecues entre étudiants, de couchers de soleil encombrés de nuages d’insectes, de démangeaisons et de volupté. Un été de hautes herbes qui frottent les jambes, de pique-niques sur le Ninglinspô, de nuits étouffantes et tellement inoubliables, tellement légères pourtant, dans la soupente infernale qui nous servait d’appart. Un été d’insouciance, de vie avant la vie, de vie avant le travail, les traites, les enfants. Un été de matin du monde. Et tout cet été là, avec ses souvenirs qui me rongent le bide, est contenu dans ce verre,

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dans cette robe fantastique, si lumineuse comme ces soirées passées autour du feu à discuter de la coupe du monde et du monde lui-même, histoire d’améliorer sa sale tronche avec les étudiants français qui pouvaient encore compter jusqu’à trois. Une teinte entre le vieil Or et le cuivré. Le vin qui s’accroche aux parois en torrents gras et paresseux me donne un frisson en me ramenant à la lascivité et à la nonchalance qui s’étaient emparés de nous à ce moment là. Bon Dieu, que nous étions heureux, et beaux, et minces.

Dans ce nez si aromatique de rôti, de figues sèches, de raisins secs, de caramel, de miel, de cire, de chocolat, sans oublier quelques fleurs de bord de Meuse. Un nez gourmand, un nez d’excès, un nez d’étés d’enfance.

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Et dans cette bouche légère mais veloutée, moelleuse mais fraîche en finale. Paradoxe de l’équilibre, fragile, qui si on le dit sublime, peut sans doute s’évaporer le temps d’un regard.

Et toujours ces arômes qui font leur nid en bouche, longtemps, longtemps. Un air de vent aérien bien que chaud, j’imagine, dans le style image lourdement assénée. Des fruit secs et confits, datte, figue, orange confite, caramel, melon mûr, miel. Fruité, léger, gouteux.

crépuscule

Pour terminer, café et caramel sur 20 secondes.

Et puis l’addition. Des souvenirs qui passent, des regards qui se croisent, un sourire, une complicité, une parenthèse dans la bataille. Finalement pas cher payé, même si c’est le genre de médecine non conventionnée que la sécu a du mal à rembourser. Radasses ! Hygiénistes !

En attendant… nous parlons.

 

 

 

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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 15:00

 

Dans le cadre de notre grande opération place à la cave, voici rassemblées quelques dégustations de gewurztraminers alsaciens faites ces trois derniers mois.

 

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Le Gewurz, c’est la bête noire de l’amateur un peu serré du cul, bon chic, bon genre. C’est aromatique, trop évident et donc c’est vulgaire. Ce n’est pas très acide et souvent plein de sucres résiduels. Vulgaire, trop facile, pas pur, variétal, pas de terroir là-dedans, et de la minéralité pour peu qu’on puisse dire ce que c’est que ce truc, il n’y en a pas toujours non plus. Par ici la sortie. Bref, un cépage de rustre.

 

Un cépage qu'on aime, puis qu'on n'aime plus et qu'on re-raime.

 

Donc, rien que pour ça, j’aime le gewurztraminer. Cependant, ça, c’est pour le principe. En vrai, j’aime pas toujours follement. C’est un cépage chez lequel les qualités deviennent vite des défauts.

 

Aromatique en diable certes mais souvent pour montrer un duo rose/litchi assez assommant et ennuyeux à force de répétition, surtout quand la rose vient du même resto asiatique rapide que le litchi en boîte.

 

Quant aux épices promises de façon honteusement trompeuse par la réclame, bernique, souvent absentes les bougresses. Elles sont pas venues les épices, francophones strictes, non seulement elles ne plaisent pas à Bart mais en plus, elles ne savent pas. "Gewurz c’est quoi ça donc ?" A Vos souhaits.

 

Une autre caractéristique du cépage, c’est une tendance à être peu acide. De ample et velouté, il devient facilement lourd et mou. Et puis, il y a la finale souvent amère de ses vins. Une jolie amertume peut devenir une amertume médicamenteuse et désagréable. Bref… quand on tombe sur une belle bouteille, c’est un bonheur mais quand on tombe à côté… Ce qui m'amène à penser que le gewurztraminer et le trempoline ne sont pas des cousins si éloignés qu'on veut bien le dire.

 

 

Gewurztraminer Stoeffler 2003

 

Vous ai-je déjà parler de Vincent Stoeffler ? Siiii ? Pas possip’…

 

La robe d’intensité moyenne mais nettement dorée est cristalline et lumineuse.

 

Le nez typique de gewurz est modéré et agréable. Il comporte, outre la rose, des notes de lilas, de sureau (un peu fortes) et de fruits mûrs.

 

La bouche est ronde et un peu veloutée, sans lourdeur, sans tension mais sans mollesse. Les arômes sont expressifs entre gewurz (ce qui est somme toute, original) et franc muscat avec aussi des pêches mûres. La finale, assez réglissée est un peu amère.

 

Je dois avouer un truc… cette bouteille a été commentée après 6 jours d'ouverture ! La honte… MAIS du coup… L'increvabilité des vins de Stoeffler est encore démontrée. Un peu rond mais pas pâteux. Scié par sa fraîcheur fruitée. Un gewurz variétal mais bien fait, franc, agréable.

 

Et du coup je ferai remarquer à mes éventuels détracteurs agricoles, l’extrême sobriété, que dis-je, l’ascétique jansénisme de ce commentaire. Pour les autres, rassurez-vous, ça va déraper…

 

  

Gewurztraminer Vieilles Vignes. Cuvée Martin 2007.

De René Meyer (comme ici)

 

 

Pépite, ô Miko l’assomme ! Oui, une pépite : franchement doré, assez foncé, limpide et lumineux avec des larmes très abondantes et tenaces comme du brut sur un pélican.

 

Quand le vent du large arrive (1), respire ! Expressif du pif, aromatique même, sur la rose, le robinier (si facilement nommé acacia par les sots !). Tu le respires a-vé-pré-cô-ssion ! Parce que si tu l’agites, il devient presqu'écoeurant avec des notes de sureau et une note soufrée désagréable rappelant ces fleurs en macération à trop forte dose (quasi l'aubépine… arrghhh).

 

La bouche du Rhône à l’Alsace : Une nature veloutée, un peu grasse. Le côté moelleux est important avec peu d'acidité, trop peu, bien trop peu. Si l'attaque est plaisante, le milieu de bouche s'efface et la finale s'effondre : plat, assez court : 6-7 secondes. Les arômes expressifs de rose, sureau, réglisse ne portent pas à sourire.

 

Le surlendemain, les arômes se civilisent et le vin paraît plus sec mais manquant définitivement de peps. L'amertume finale est désagréable, pas nette.

 

L’impression : Un vin qui rassemble tous les défauts du gewurz : arômes écœurants, amertume, manque d'acidité… Pas terrible.

   

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Gewurztraminer Colline de Granit 2008 

Domaine Charles et Dominique Frey

 

Trouvé dans un magasin bio à Namur (biocap)

 

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 Les petits dessins ésotériques ne rendront pas le vin plus troposphérique...

 

  

Au plafond, l’éclairage. Du beau cristal très lumineux, assez pâle, argent à reflets dorés (je comprends que son prix, de mémoire dépasse les dix euros).

 

Renifle, sois à la page. Assez variétal mais frais et floral : la rose fraîche presque comme un muscat comme note dominante avec des épices comme la muscade et le poivre. Il ne faut pas le rafraichir sous 8 °c sinon des lourdes notes désagréables surgissent.

 

Sous les pavés, la plage. Fine bulle. Rondeur suave mais accompagnée d'une fraîcheur digne pour un gewurz. La matière est conséquente. Un duo classique rose/litchi, bien frais, net, expressif et une finale classique, écrasée par la réglisse en bâton, et une amertume un peu médicamenteuse. Assez lourd à boire

 

Le temps qui s’engage. Il ne bouge pas sur plusieurs jours. Je le trouve écoeurant à la longue. La bouteille ne sera pas terminée. Un côté too much et strictement variétal. Malgré une structure honnête, les arômes lourds rendent le vin difficile.

 

Au final, j’enrage. Parce que le nez était prometteur et qu’il promettait enfin les épices nom d’un gewurz. Et en bouche… ben la bouteille encombre toujours mon frigo.

 

 

 

Grand Cru Brand Gewurztraminer 1994

Domaine Preiss-Zimmer

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Et là, fini de jouer les histrions, tas de marauds en goguette… c’est du sérieux, du lourd, de l’estampillé, de l’ancien, presque de l’Audousien. Respect. Notons que le bouchon, largement imbibé, un peu comme votre serviteur qui est tombé dedans quand il était petit, explose au forage (et la omparaison avec votre serviteur ne va pas jusque là). Au point de devoir jeter le premier verre et d’expliquer un éventuel morceau qui traine sur les photos.

 

Une superbe robe ambre à reflets cuivrés qu’on ne se lasse pas de mirer au point d’oublier de boire. C'est cristallin, lumineux, avec des larmes lentes à se faire. Magnifique .

 

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Le nez est expressif et épanoui même si vieilli. La note majeure est le miel et même après agitation, l'hydromel. Puis viennent la noisette et le caramel. On retrouve quand même une belle note de rose fraîche à l'agitation, délicate, plus proche de l'églantier que de la rose d'ailleurs.

   

La bouche est ample, veloutée. Elle se termine cependant sur la fraîcheur et la sécheresse. Pour les arômes, à l'ouverture, on retrouve l’hydromel pur, puis après lente aération en bouteille (je dis à mes amis que j’ai inventé la méthode), la rose, le menthol, le cachou, les zestes d'agrumes confits et un soupçon d'oxydation apparaissent. C'est expressif, complexe, magnifique. A l'aération , le côté moelleux devient plus évident. La finale s'allonge sur 15-20 secondes avec une fraîcheur mêlée à une amertume digne d'un grand Orval.

 

Le lendemain : Le vin se calme sensiblement tout en devenant plus classique avec un nez évoquant la pâte de coing, le miel, le caramel et le raisin sec. Malgré la finale fraîche, le vin gagne en moelleux. Il tient ainsi sur plusieurs jours.

 

D’abord un peu décadent au niveau des arômes, puis plus sage, il est excellent, surprenant, jamais ennuyeux. Sa richesse et sa complexité le rendent vraiment intéressant mais limite supportable sur la longueur. A boire à petites lampées entre gourmets! Et je ne parviens pas à rester insensible au fait que les raisins de ce vin étaient vivants, allaient être cueillis alors que je faisais mon mémoire de fin d’études… 16 ans bon sang !

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Gewurztraminer "les Coteaux" 2009

Domaine Hering (Barr)

 

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Belle robe aux nuances dorées et pourtant assez pâle. Larmes nombreuses, visqueuses, lentes.

 

Le nez est modéré, très pur et agréable bien que variétal, strictement. Rose délicate, parfums muscatés et épicés peu définis.

 

La bouche est moelleuse et veloutée. Le sucre est là mais c'est assez léger sur la finale. On trouve même une pointe de fraîcheur qui prolonge la bouche. Aux arômes expressifs de rose s'ajoutent le cachou, les épices comme la sauge et une assez forte amertume finale. Il dure le bougre sur au moins 16-18 secondes.

 

Le surlendemain, le vin devient plus simple mais agréable par sa modération et sa pureté aromatique. La structure s'harmonise, même si elle reste ronde, le vin donne une impression de légèreté, presque de la fraîcheur. Chose amusante, alors que j'égrène des ombelles de sureau (des corymbes, malotru !) pour un vin, les odeurs dues si poétiquement au 2-phényléthanol du gewurz s'évaporent. Restent alors d'agréables arômes de fruits murs comme la pêche ou l'abricot.

 

Mon impression : Plutôt variétal mais bien fait, pas trop démonstratif. Amertume très présente. A moi, ca me va mais on aime ou pas.

 

 

 

(1) Te souvient-il, ami de la finesse et du bon goût made in France, de Jean-Marc Pompougnac alias Pompon ? et pif, et paf et

PAN !

 

 

Ah ah non mais… Citez moi un , un seul, un seul blog où on peut à la fois entendre parler de vin, de préservation de l’environnement et de Pompon ? Un seul ?

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 18:03

 

La suite tant attendue (mais par qui, c’est une autre histoire) d’un de mes premiers billets sur ce blog. Résumons donc cet illustre billet. L’auteur (c’est moi, mais c’est pour faire comme les vrais critiques, ils commencent souvent leurs textes par l’auteur), l’auteur donc (vous-ai-je déjà dit que c’était moi ? Oui ? Ah bon…) l’auteur donc, y décrivait un peu son parcours dans le domaine du goût et du vin.

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Il nous disait son émoi devant la complication et un certain snobisme du monde vinique. Dans une envolée lyrique très ébouriffante, il nous parlait pêle-mêle de son père, de tripes à la corse, de minéralité, d’Anne-Claude Leflaive, de Papouasie, de son médecin de famille et même du fait, pourtant improbable, que Dieu le tarlatutte. Bref, envolée, oui, mais pour un atterrissage (quel laid mot !) un peu abrupt. En fait un peu le bordel ce texte, c’est à se demander si l’auteur n’est pas un peu con…

Ah ! désolé, j’avais oublié qu’en citant « l’auteur », je parlais de moi en fait. Bref, toute une longue tartine pour terminer par un « mes goûts sont simples, je me contente de ce qui me plaît », lamentable de platitude.

On aurait pu en rester là, mais non, il fallait que l’auteur remette le couvert, tant en lui est patent le conflit entre son amour pour le vin  et d’autre part ses origines roturières et, pour tout dire, limite néanderthaliennes.

Comme je (on va reprendre la première personne du singulier pour parler de moi parce que je risquerais de dire du mal dans mon dos et mon front me gratte, une couronne de lauriers y poussant), comme je… comme je quoi ? Je ne sais plus, ça m’apprendra à tenir des digressions futiles, mais d’un autre côté, c’est rare de voir un trou de mémoire sur un blog non ?

Ah oui, comme je ne suis pas du genre à m’allonger sur un divan, seul en tout cas, pour parler de mes problèmes refoulés à un drôle de type qui a sans doute plus besoin de son divan que moi, ben j’écris sur mon blog, à propos du conflit patent en moi (et s’il n’est pas tant en moi, c’est que c’est de la faute aux autres), si vous me suivez toujours (moi j’ai du mal).

Alors voilà, je m’interroge. Et j’ai du mal à retranscrire ces interrogations tant j’ai du mal à y voir un début un milieu une fin.

 

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"Les producteurs de foie gras du Sud-Ouest font face à l'administration tentaculaire" extrait du colloque sur les circuits courts de distribution, Islamabad, 2009.

 

Et pourtant… mon amour du vin n’est que le sommet de mon attrait plus vaste encore pour le terroir et ses produits. Par là je parle de toutes ces choses , ces gens, ces accents chantant qui ont la gueule de l’endroit qui les a vu naitre.

Quand je vous parle de pinard, de foie gras, d’agneau des prés salés ou plus modestement des légumes de mon jardin, je ne vous cause pas seulement de mon ventre, bande de boyards, mais d’une putain de vision du monde.

Je rêve d’un monde où les vins pas chers auraient leur succès et leurs lettres de noblesses, d’un monde où même Germaine la smicarde pourraient se payer des produits de qualité avec du goût, d’un monde ou le luxe de bien manger ne serait plus réservé aux gens ayant à la fois des entrées, du fric et de la culture. Je rêve d’un monde où le bon vivre, le bien être, la nonchalance, le temps pris à la vie qui passe trop vite seraient des valeurs valorisées. Non seulement les gens en auraient les moyens mais aussi l’envie. Bon c’est pas gagné.

Oh là l’autre hé, comme il s’emballe comme le fier destrier que tout âne croit être !

Mais oui une vision du monde ! Un combat, une croisade même. Bon, ici, on va perdre des lecteurs parce que si vous vous attendiez à une grande lutte du bien (les ch’tis producteurs du terroir en béret qui produisent du bon naturel) contre le mal (les affreux agro-industriels et les grands distributeurs) vous avez tout faux.

Les belligérants sont bien plus nombreux que ça. En vrac, sans ordre d’importance et de façon non exhaustive (Austin) on peut citer : les hygiénistes de tout poil, les producteurs modestes, les producteurs "d’une certaine importance", l’industrie agro-alimentaire, les grands distributeurs, les centrales d’achats, les écologistes, les altermondialistes, les amis des animaux, les végétaliens qui voudraient qu’on ne mange plus les vaches (les pauvres), ne sachant pas que si on ne mangeait plus les vaches, il y en a beaucoup qui n’existeraient plus, les amateurs élitistes, les gens qui s’en foutent de bien manger ou de manger tout court, eux ils se nourrissent, les riches, les pauvres, et tous les autres, y compris le lobby des hockeyeurs unijambistes guatémaltèques témoins de Jéhovah, peu nombreux mais très influents…

Par contre l’enjeu du combat est assez simple. Simple mais primordial. D’un côté il y a une tendance à la déshumanisation, de l’autre un recentrage sur l’humain.

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La déshumanisation : l’irresponsabilité individuelle, on vous dit ce qui est bon, ce qui est mauvais. On vous dit quoi penser et mieux, on pense à tout pour vous. On vous vend, le samedi à Cora, de la bouffe faite on ne sait où par on ne sait qui on ne sait comment, mais z’inquiétez pas, l’état veille. Et puis il y a une marque, gage de qualité qui vous prouve que vous pouvez y aller en sécurité, d’ailleurs on le dit sans cesse pendant les pubs au milieu de l’émission à Dechavanne ou entre deux mises sur la gueule entre Zemmour et le reste de la France qui dit qu’elle pense. De toute façon on vous prend pour un con, un veau moyennement aisé ou carrément pauvre et même riche on finira bien par vous avoir. On va pas passer son temps à vous expliquer des trucs, parce que vous êtes des abrutis, que vous allez oublier tous vos malheurs pendant quelques semaines grâce à l’Afrique du Sud. Ben oui, parce que comme des cons, vous oubliez le monde réel, les univers de la wii, des sites de socialisation, des écrans plats géants et du blue-ray sans oublier la pléthore de chaines diffusant de la merde facile à penser, vous suffisent bien. Comme des cons aussi vous avez votre bête pavillon en banlieue, avec vos loisirs à la con, votre pelouse impeccable et vos clôtures en bêton . Heureusement qu’il y a le round-up pour faciliter la vie des braves banlieusards. Bientôt d’ailleurs, dans ce scénario là, tout le monde sera tellement abruti et mené par le bout du nez qu’on vous convaincra que la croissance à tout prix, la mort des productions non industrielles qui vendent leurs produits sous le prix de revient, l’importance de l’économie financière sur celle de production, la loi de l'offre et de la demande, le fait de ne boire que de l’eau, de ne pas manger gras et bientôt de ne même plus pouvoir planter ce qu’on veut dans son jardin est NORMAL. Circulez, y a rien à voir.

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Le recentrage sur l’humain : et sur nos racines, nos terroirs, nos pairs, nos voisins. Le responsabilité individuelle. On vous informe, VOUS faites le choix et s’il est mauvais, ben on sera là pour rattraper le coup mais pas à l’infini (vous construisez dans une zone inondable, c’est à vos risques, pas à ceux de la collectivité). Vous voulez vous taper une chope, allez-y donc, manger un camembert au lait cru ou même en produire un ? Allez-y donc. On parle là d’un monde d’utopie, un monde où les Français et les Belges sauraient qu’ils ne sont pas Américains, qu’ils ont des traditions à eux dont ils peuvent être aussi fier que du hamburger et d’Halloween, qu’ils ont derrière eux une culture multi-millénaire et qu’ils ne doivent pas faire caca dans leur culotte quand ils voient une femme voilée, parce que nos valeurs valent bien les leurs et les leurs les nôtres et qu’on gagne plus à apprendre et à s’enrichir des différences qu’à les craindre. Dans cette optique là, les gens seraient un peu plus concernés, auraient des culs plus mobiles. Un contact direct avec ceux qui produisent notre nourriture et entretiennent nos paysages aurait lieu. Les producteurs vendraient directement leurs produits de qualité, produits avec moins d’intrants de toutes les couleurs en faisant, miracle, un bénéfice ! Il y aurait des choses assez étranges dans ce monde là : les gens recommenceraient à faire un potager, à réfléchir à leurs actes quand ils achètent des tomates en plein hiver, des kiwis de nouvelle Zélande, des pommes venues par avion en plein été. Ils redécouvriraient le vrai goût des choses, le plaisir de choses simples et peu coûteuses et du coup auraient plus d’argent pour acheter des produits de qualité. Les gens mangeraient et ne se contenteraient pas de se nourrir. Hé, peut-être même que certains seraient bien dans leur peau, heureux même ?

Bah, oui, utopie à deux balles, pour bobo mal dans sa peau ? Peut-être. Mais peut-être aussi qu’il est autorisé de réfléchir, d’imaginer des solutions, quelque part entre ces deux extrêmes. Des clients, des consommateurs, des producteurs y croient.

Il y a du pain plein la planche. Tant mieux, ça me fera des billets. Aussi pendant l’été qui vient je vous proposerai une série de billets traitant de ces deux mondes là, du point de vue des producteurs de produits du terroir (pas exclusivement de vin) et des consommateurs de ces produits là. Est-ce possible d’en vivre ? Est-ce faisable d’acheter ? Peut-on en faire un débouché d’importance pour l’agriculture de demain ? Et le vin dans tout ça trop sérieux, trop compliqué, trop cher ?

En attendant, bonne nuit les petits !

 

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 00:00

Les vins de copains...

 

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Justin s'en gausse. Quel bête sujet ! Justin, mon voisin n'a pas de copains. Justin n'en a pas le temps. Quand il ne bosse pas, il court 10 ou 20 km tous les matins de tous les week-end du monde. Après quoi, un déjeuner frugal, végétarien et fibreux à souhait lui apporte sa ration se fibres, d'oligo-éléments, d'acides gras polis mais insaturés, d'acides aminés et juste ce qu'il faut de glucose. Justin ne mange pas. Il se nourrit. Manger est réservé à ceux qui veulent perdre du temps et des années de vie. Se nourrir à ceux qui veulent garder le contrôle de leur métabolisme, dans un sain espit de training positiviste. Le tout arrosé d'eau. Boire sert à s'hydrater pas à prendre du plaisir. Le plaisir n'est qu'oisiveté.

 

Après avoir fait le plein d'éléments nutritif Justin est prêt. Le samedi, à tondre méticuleusement et longuement (13h45-17h45) ses 30 ares de pelouse sur son gros tracteur-tondeuse bruyant qui emplit l'air de tout le quartier, anihilant tous les autres bruits, du chant des oiseaux à celui des enfants. Les enfants... irresponsabilité du "don" de vie dans un monde vivant ses pires et dernières heures.

 

Le dimanche, Justin préfère se morfondre seul et attendre son dernier souffle dans la quiétude rassurante de la solitude.

 

Non, le vin quelle idée saugrenue et primitive. Oui, quelle idée sotte de servir du vin à d'éventuels copains. Quoi ? servir une boisson aussi onéreuse à des veaux qui ne l'apprécieraient pas à sa juste valeur. Et puis quelle mentalité... Le vin est une boisson alcoolisée. Et donc c'est mal. Cela peut provoquer des cancers de la bouche, des dents de devant et de celles de derrière, des cancers de l'oesophage, du foie et de l'intestin grêle, des ulcères, des furoncles purulents, des abcès pleins de pus nauséabond, donner la migraine, tuer les neurones, aider à la prise de cholestérol, à la prise de poids, à la prise de terre, provoquer des fractures du myocarpe (ou de la carpe myope, je sais plus). Non c'est mal même un petit verre hein ! Alors, bon, quitte à partager un moment, bien obligé, avec de funestes pique-assiettes intrusifs, si en plus Justin devait se tuer à petit feu en partageant avec eux le rituel risible de la dive bouteille.... Ah ! parce qu'en plus, le pique assiette est moqueur, faiseur de bons mots apodes et rampants sur le développement spatial de l'appareil génital des buveurs d'eau et de jus d'orange.

 

  Déjà que la vie est dangereuse à vivre et anxiogène là où le plaisir n'est pas... Il y a le dioxyde de carbone, la légionellose, les hommes politiques belges, l'austérité, la Grèce, les accidents de voiture, d'avion et de train quand ce n'est pas de vélo, les pesticides dans les légumes et les fruits dans les fongicides, le SIDA, l'église catholique et la religion cathodique, les traders, les méchants et inhumains marchés, la guerre, la montée des eaux, les phtalates, la roténone dans le miel, les ondes de portables, les livres de Michel Onfray, les herbicides dans la nappe, ah que faire ! l'érosion de la biodiversité et surtout, surtout, surtout le fait que nous ne sommes que des mortels et que le temps est assassin. Et donc, Justin boit de l'eau, fait du sport, ne mange pas de viande, et surtout n'invite pas de "copains" à venir lui casser les pieds...

 

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Alors quand mes potes débarquent pour griller un peu de viande et déboucher quelques bouteilles... Justin, il fait une longue figure... pauvre Justin !

 

L'hiver avait été trop long. On avait tous du gris et du froid qui nous restaient collés entre les oreilles. On se vautrait un peu facilement dans un début de crise de la quarantaine, les uns regrettant leur tignasse fournie, les autres le temps sans mômes où on pouvait récupérer de la cuite de la veille en roupillant jusqu'à midi, les derniers pleurant sur leurs escapades montagnardes des temps-passés-il-y-a-si-longtemps-juste-hier pendant lesquelles quelques kilos en trop ou une escouade de mômes "faut-faire-attention-au-vent-qui-se-lève ou on-rentre-chéri-les-gosses-n'en-peuvent-plus", ne réduisaient pas vos aventures de coureurs de bois, de rôdeurs de la comté à des balades familiales de 6 km. Et puis, c'est au marteau pique qu'on nous la fourrait jusqu'au trognon la grisaille : la crise ! gueulaient-ils tous... depuis 30 ou 40 ans. Les vocans fous, les marées noires, l'eurovision, Eric Zemmour, l'horreur pure.

 

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Mais aujourd'hui les branquignols avaient chaussé leurs espadrilles. L'herbe toute fière d'être verte à nouveau sentait bon la saison qui n'a pas encore eu le temps de s'installer. Deux ou trois lilas distillaient un lourd parfum de scandale sous un ciel qui se décidait enfin à montrer du bleu. Le soleil cognait assez fort pour anihiler toute envie de jardinage même chez les accros à "Jardins et loisirs". Justin de son jardin n'en revenait pas. Du haut de sa tondeuse, il restait pantois, une bande de trolls en short envahissaient les lieux, les verres tintaient, la fumée montait du barbec... Les cris des enfants et le rire des adultes, quand ce n'était pas le contraire, allaient faire concurence à sa machine infernale et probablement lui fermer le clapet, honteuse de n'être qu'une tondeuse.

 

En short, je m'étais abrité sous le parasol, chaud patate pour l'apéro. La légère brise faisait frissoner les poils de mes guibolles. Un rai de lumière chaude se frayait un passage jusqu'à ma joue. Un rouge-gorge donnait la réplique à un merle. J'étais bien. Si le bonheur n'existe pas, ces moments là s'en rapprochent quand même. Pops ! les hostilités pouvaient commencer. On avait le choix des armes.

 

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Pour ce boyard de François, celui-là qui, il n'y avait pas 20 ans faisait la chauve-souris pendu aux poutres dans les bistrots du carré à Liège  c'était un Pastis des Homs (Homs du Larzac), aux fines notes de réglisse, de menthe, de fenouil, alliée à une légère sucrosité à la fois anisée et chocolatée.

 

Jipé et Julie s'étaient laissés tenter par le rosé. Un bordeaux Château la Passone 2008.

Un vin Rouge fraise au nez simple mais tellement fruité et franc : cassis/fraise, écrasés là dans ton assiette.  Et en bouche, aux fruits répond un équilibre de reviens-y, sur le frais, la légèreté. Dangereusement buvable.

Enfin pour moi et ma tendre (mais dois-je vous faire un dessin, j'ai gouté à tout sauf au pastaga que je connais par coeur), un Crémant de Loire du domaine de Huards. Un délice comme d'habitude, avec sa robe pâle faite pour le soleil. Son nez fruité qui va si bien avec la fraîcheur et le printemps : pomme granny, fleurs, petit pain chaud. Et puis en bouche, la bulle fine se marie aux arômes expressifs de pomme verte, de lilas et de pêche mûre. La noisette marque la finale. Un vin frais et sec comme il faut. De la bombe biodynamique.

 

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Puis, l'apéro cède la place aux brochettes, au boeuf braisé, aux courgettes/ail/fomage au four, à la salade de patates froide, à la salade tout court. De quoi sustenter les appétits les plus voraces et ils le sont !

Un P'tit martin 2008, Côtes du Rhône du domaine de l'Oratoire St-Martin, fait fleurir les conversations. Il y a même des bons mots qui s'échappent. Il y a du soleil tout plein dans ce vin malgré sa robe très très sombre, quasi opaque. Sur la tranche on devine le pourpre.

Au nez, le fruit modéré me fait dire cerise, alors qu'à l'agitation, c'est plutôt le laurier et la viande grillée qui ressortent.

La bouche est ronde, sans excès, sans lourdeur, un peu alcooleuse en finale. Mais assez frais, le vin arrose la viande et nos gosiers railleurs à la perfection. Là aussi, un joli fruité, modéré, domine les arômes, assez frais et juteux : cerise et cassis, soupçon de framboise. Ca va crecendo jusqu'à la finale où la réglisse sort son bâton sur 10-15 secondes, je ne compte pas vraiment. Les tanins, bien présents sont mûrs, ronds, civilisés quoi. Un poil alcooleux. Un chouette vin de fruit net et pas lourd.

 

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Enfin, le P'tit Martin tirant sa révérence, on se fait un peu marabouter par un Côtes du Roussillon... Les Sorcières 2007 évidemment, qui ne plaît pas qu'aux fées. Il faut avouer que son sort est vite réglé. Là aussi l'âme est opaque, un grenat très sombre pour une robe grasse et riche. Le nez est modéré et hyper classiquement sudiste. Par contre, c'est pas parce que c'est classique que ce n'est ni élégant ni agréable. Des fruits confiturés avec de la framboise et du cuberdon , des cerises à l'eau de vie et des épices genre genévrier.

La bouche est bien équilibrée entre alcool et fraîcheur discrète qui allège la matière. Les tanins fins jouent en sous-main mais marquent la finale en duo avec la fraîcheur. Les arômes sont discrets, confus  (à moins que ce ne soit nous ?) sur des fruits bien mûrs, des épices. La finale qui s'accompagne de menthol fait dans les 15 secondes.

Voilà un vin sans fioritures et bien fait pour l'amitié et la rigolade. Et ça, c'est la Civilisation avec un grand C les amis !

Il restera un peu d'une des bouteilles le lendemain. En reboire me replonge dans la fête. HG Wells aimait le vin. Au nez, une pointe violette/framboise s'affirme nettement aux dépends de la griotte. En bouche, les tanins se fondent sur une matière assez présente. Il emplit la bouche, joue plus sur la rondeur et laisse une très légère sensation alcooleuse.

La suite et l'essentiel appartiennent aux choses qu'on ne peut raconter parce qu'elles ne tiennent pas dans des mots.

La moralité de cette bafouille ? Je laisse courir Justin après ce qu'il veut. Moi, je suis arrivé.

 

 

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 07:00

Bon, autant vous l’avouer. J’aime les vins de riesling. C’est pour moi un véritable piège. Si en plus, il y a une mention terroir ou lieu-dit sur la bouteille, alors là, je ne me sens plus. Il faut que je goûte ou que je me fasse sentir par un(e) autre. Mes plus grandes expériences restent à venir et dorment au fond de ma cave. N’empêche, qu’ils soient petits, moyens ou grands, secs ou humides, de parents connus ou sans pédigrée, chaque saison, je vous servirai un post sur les rieslings queje boirai. A chaque fois, le thème photo aura un rapport proche ou lointain avec le vin. Pour le riesling, on peut imaginer des photos des endroits d’origines, les agrumes, le tilleul, la marée noire dans le golfe du Mexique comme thème. Cette fois, comme c’est le printemps et pour rendre hommage au caractère floral du riesling et… surtout parce que j’ai de jolies photos, le thème sera…

 

Les fleurs blanches.

 

camomille

 Camomille... mais laquelle ? Hum... faudra que je recadre...

 

 

Riesling Kronenberg 2007

 

Domaine Vincent Stoeffler

 

 

P3140039Ce truc coûte dans les 8,7 € chez le viticulteur.

 

La robe : Dorée d'une limpidité parfaite, lumineuse. Sur la paroi, se vautrent des larmes abondantes et assez tenaces.

 

Le nez : Assez discret mais agréable, fin (ça se sniffe sans faim, sans fin. Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur son slip) : agrumes, une très légère touche de cire, amandes fraîches, une belle nuance florale (raccord avec les photos hein…grandiose).

 

La bouche  est ronde mais sans lourdeur, avec une sensation de sécheresse prononcée du milieu à la finale. Fine bulle. Les arômes, discrets, expriment du fruit mûr. De l’abricot, net, surtout en finale et des agrumes (le riesling est le vin fétiche à Binche).

 

La finale(15-20 secondes) donne aussi pas mal dans la réglisse et le grillé et ça, c’est dommage. Il y a aussi de fines notes de noisette, et ça, c’est bien. La matière est pleine et assez veloutée, grasse même. Le tout est élégant, bien équilibré, caractérisé par ce mélange de rondeur et de sécheresse rigoureuse.

 

Le lendemain : Modéré (modéré, c’est mieux que discret mais moins qu’expressif), le nez, s'ouvre sur de délicates notes florales (presque du muguet), du fruit mûr type abricot, des agrumes. Une note fumée aussi. En bouche, le vin est frais et tendu avec toujours cette note sèche et une belle note saline en fin de bouche.

 

Impression générale : Vraiment bien équilibré, excellent. Très particulier avec cette sécheresse finale marquante (j'ai pas dit acidité ni minéralité). L'évolution sur deux jours est spectaculaire. A mon avis ce vin peut encore un peu dormir en cave avant de donner tout ce qu'il a.

 

Un mot sur le lieu-dit : Ca provient du lieu-dit Kronenbourg, un terroir voisin du Schoenenbourg sur Zellenberg, identique au point de vue de la géologie, apparemment : des marnes et des gypses. Alors pourquoi Kronenberg et pas bourg… Non, ce n’est pas un hommage à David, mais juste une histoire de confusion avec la célèbre marque de bière (dixit Vincent Stoeffler)… Mouais… faudra qu’on m’explique.

 

 fleur de pommier

On va voir ceux qui ont suivi l'article sur le demi-secs. Pommier ou poirier ? 

 

 

Riesling Herrenweg 2007

 

Domaine Ehrhart André

 

Un peu transparente votre robe : Jaune pâle à reflets verts. Cristallin et assez lumineux. Larmes rares à inexistantes.

 

Et le nez, et le nez : Des fruits exotiques mûrs, de l'infusion de tilleuls, de l'abricot.

 

Et la bouche, et la bouche : Très mûre. Assez veloutée mais tendue de bout en bout par une vivacité un peu citrique. Réglisse en finale, agrumes dont citron. Petite bulle. Une petite impression sucrée aussi.

 

Alouette, gentille alouette : Mouais, un bon petit vin de tous les jours mais ca ne casse pas la baraque.

 

Un mot sur le lieu-dit : André Ehrhart est viticulteur à Wettolsheim. Son Herrenweg est probablement celui de Turkheim.  C'est un terroir d'alluvions du cône de déjection de la fecht. Les alluvions sableuses sont riches en argile (22%) mais dépourvues de calcaire.
 Ces sols sont localement recouverts de dépôts de loess. 

 Reine des prés fleur 1

 Reine des Prés en gros plan.

 

 

Riesling Grand Cru Zotzenberg 2007

 

Domaine Armand Gilg

 

Ce doit être dans les 9 euros chez le vigneron.

 

 

Regarde : Superbe, cristalline et lumineuse la parure. Reflets d'or blanc. Paille pâle, un peu dorée à la lumière.

 

Hume : Ces arômes modérés sur le tilleul et les agrumes et… le rôti de porc aux épices à l'agitation ! Mais c'est agréable et original. A l'aération, la dimension épicée (thym) se précise. Les peaux d'agrumes aussi.

 

Déguste : La bouche est grasse, riche, ample mais avec une vraie fraicheur dès le milieu de bouche et qui touche presque à la vivacité à la fin. Encore une petite bulle légère qui disparait après quelques heures. De l'orange, du pamplemaousse mais maousse, de la poire, une finale réglissée, le tout expressif. Amertume légère en finale, longue de 20 secondes environ.

 

Et après : Pas de lendemain. Finie, cuite la boutanche.

 

L’avis sans fin : Un des meilleurs vins de Gilg que j’ai bu, précis, bien équilibré. Un riesling aromatique et très (trop) facile à boire.

 

Je ne dirais rien sur le Zotzenberg et ses tulipes vu que je prépare un post là-dessus.

 

 Stellaire aquatique 2

 Stellaire aquatique

 

 

 

Riesling Mulhforst 2005

 

Domaine Vincent Stoeffler

 

Là aussi ça doit chercher dans les 8-9 €

 

Plein les mirettes : Une belle robe riche et lumineuse : jaune doré franc. Cristalline avec des larmes très abondantes et tenaces.

 

Bourre-pif : Expressif, élégant et de plus en plus complexe au gré de l'aération. Cire d'abeille dominante et même unique au début (courant sur ce vin), puis, plus discrets, des agrumes, leurs écorces, même de nettes notes d'orange, une impression de fruit mûrs, un peu de fleur de tilleul.

 

Pan ! dans la g’ : De petites et fines bulles à l'ouverture picotent la langue (lassnt cette manie des bulles). La bouche est trop ronde, peu tendue. Si tu ajoutes les arômes discrets, ce n'est pas top au début. Au début... parce que ça va s'améliorer nettement à l'aération. Et là, c’est Goldorak ce vin. Métamorphose ! Des agrumes, des fruits exotiques, un léger air de liquoreux, un peu de cailloux chauds. Une finale qui révèle enfin de la fraîcheur, magnifique, une fin un peu amère paradoxalement sur un fruité mûr sur plus de 20 secondes. La matière se révèle veloutée.

 

Le lendemain : Le vin gagne à être aéré, même si la cire domine le nez et la bouche, comme souvent avec les Mulhforst de Stoeffler. L'équilibre devient plus frais. Bref, comme beaucoup de ses vins, il faut savoir l’attendre. Il est pas pressé de donner ce qu’il a, mister Mulhforst 2005.

 

Impression généralissime : Ce n'est pas le meilleur Mulhforst que j'ai bu. Il est trop rond pour l’instant même après aération et même si la finale sauve un peu le tout. Cela reste un beau vin mais pas dans le top du producteur.

 

Un mot sur le lieu dit : C’est un terroir argilo-marneux recouvert de gneiss.

 

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 Anémones sylvie sur une souche entre le Crax et le Zotzenberg

 

 

 

Riesling "médaille d'or" 2005

 

Domaine Stoeffler

 

Médaille d’Or à Colmar je crois… pour ce que ça me fait… Bon et ça doit chercher dans les 6 € de mémoire.

 

Alors regarde, regarde un pneu : Couleur très pâle, presqu'argent. C’est Cristallin et très brillant. La viscosité est faible avec peu de larmes peu tenaces.

 

Renifle moi ça : Assez expressif sur l'écorce d'orange, une note de cailloux (genre pierre mouillée). Un peu d'abricot. C'est mûr, agréable. Il y a une fine note de cire.

 

Ca glisse dans le gosier : Bien que très tendue avec une finale fraîche voire un peu vive, la bouche est plutôt ronde avec une matière veloutée (impression tactile) . Les arômes sont modérés : notes citronnées qui augmentent en finale, amertume de sauge, finale qui pétrole un peu.

 

Le lendemain : Toujours pauvre en arômes, restent le pétroleum et le fruit mûr. La structure est encore plus fraiche, tendue, presque vive. La matière affiche une belle viscosité, presque du gras.

 

Et donc je dis : Un peu simple au niveau aromatique, le vin montre surtout un très bel équilibre, une belle matière et… Une grande VVB.

 

robinier faux acacia

 Robinier faux-acacia.

 

 

Voilà, voilà. Fier je suis car sobre dans mes propos je suis resté.

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 16:30

Thème photo : aucun, et puis quoi encore ?

 

Je vais aborder aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, un sujet grave. Grave ? Crucial, dramatique, oui. Un truc, qu’à côté de ça, le Fundroupshikstülgrötekeu là, la fournaise islandaise qui empêche nos beaux avions de voler, c’est aussi grave et malfaisant pour le développement de l’humanité et des tours operators que… Je ne sais pas moi… que Florent Pagny est indispensable à l’écriture de l’histoire du bon goût capillaire mondial.

Je voudrais en effet vous entretenir des daubes en cave. Non, ce n’est pas une nouvelle recette, idiots. Je vous parle des daubes, des nanards, des encombrantes, des crapuleuses. Dites moi que je ne suis pas le seul à en avoir ? Tout le monde en a (comme dirait ma cousine Georges).

Ces Bordeaux… ou Bordeaux supérieurs « grands vins » de France…

Je te dis pas le goût des petits… Mais y en a pu des p’tits Germaine : tout le fourbi est parti à Tchernobyl. On largue ça sur les forêts et dans les rivières pour faire muter les bestiaux à 5 pattes à l’envers.

 

 

P4260166 "La ruée sur Tchernobyl", esquisse au fusain de Jean-Anatole Legrain-Gallet, pongiste Lybien (1832-1965)

 

Ces bordeaux (ou bourgogne ou Loire ou Languedoc hein, soyons pas bornés) donc, que des amis, des connaissances bien intentionnées, des passants de passage qui passaient (faudra que j’installe une déviation) ont amené, charitables, à l’occasion d’un repas.

Mais pourquoi ? Ce n’était pas le dernier, celui du condamné… Et puis celui du con damné, il se doit d’être chouette,  non ? Un vrai moment festif et salutairement oublieux dans l’attente du moment fatal. Un moment de grâce emprunt de dernières volontés et de rêves jamais réalisés vite accomplis, avant de passer de vie à trépas, de se retrouver à la droite de Dieu le Père à te sustenter d’amour et d’eau fraiche (peu probable si tu es un vrai méchant criminel, plus si tu es  pauvre, noir et américain et que ton avocat, c’était un alcoolo qui gerbait dans le commissariat au moment de ton incarcération) ou de se retrouver assis à la gauche de Lucifer à se goinfrer de caviar à la louche, de cailles farcies à la morille, de Romanée Conti, d’Yquem et de Petrus et bien sûr, Lucifer oblige, de Meursaults de Coche-Dury (être diabolique n’empêche pas d’être raffiné et allocataire) ;

« Tu m’en diras des nouvelles, toi qui t’y connais en vins ». Hé ben ça oui, je vais t’en donner des nouvelles moi…

Ces cadeaux familiaux… Quelle famille ! Le panier du terroir qui vient de chez ce nouveau petit caviste/épicier fin, très fin même, aigrefin carrément, qui vient d’ouvrir et qui te vend des crus de petits propriétaires de derrière les fagots, sauf que des fois, le fagot, il est dans la bouteille... sans parler du petit caviste nature de derrière les fayots, à vue de nez.

Mais je serais injuste et lâche si je me contentais de m’en prendre aux autres…

Aaaaahhh, ces vins goûtés en fin de salon, si bons sur le moment ou achetés à un producteur pourtant plébiscité par Dussert-Gerber, ou pas, dans l’euphorie d’une dégustation aussi vacancière qu’estivale… 

Deux grandes règles de vie : n’acheter que ce qu’on a goûté au début du salon. Ne jamais faire confiance à un moustachu qui porte le béret. Un moustachu a toujours quelque chose à cacher.

Et puis il y a pire, moins avouable, honte à moi. Il y a le savagnin à 5 euros qui appelait, esseulé, sur le rayon de la supérette. Quoi ? Un savagnin ouillé en grande surface ? Je suis curieux de… La curiosité a du bon et puis des fois non.  Non non non. Aaaah malheureux non !

Je ne sais pas moi… si tu es curieux, que tu es jeune, que tu veux vivre des sensations fortes. Fais toi Arras-Boulogne en train, en été, aux heures de pointe, un vendredi quand les étudiants rentrent chez eux avec leurs grosses valises (mais qu’est-ce qu’ils peuvent bien foutre là-dedans après une semaine seulement de bahut loin de papa/maman ? Ils ont tous une guitare ou bien ?). Alors là oui, tu vivras une expérience transcendante qui te secoueras les amygdales du bas, satisfait ou éboursé avec la sncf. Avec un slipos chiffonné par une journée de turbin et ayant tendance à jouer à la liane amoureuse avec tes valseuses, un costard un peu trop petit (faut que je fasse régime), des sièges trop étroits et glissant… J’ai peur que mon prochain enfant soit plat et vrillé.

Bon, je me disperse. Pas étonnant après ce voyage. Tu veux apprendre la théorie du chaos gamin ? Prends le train Arras-Boulogne ! Dire qu’il y a des cons qui paient des cents et des milles pour aller se les faire secouer à Schtroumpfworld resort Walibi et que pour 18,90 euros, tu as Arras Boulogne. Et oui mon gars, avec la grande traversée du Noooord avec pleins de chetemis en plus, gratos, cadeau. Polis, sympas, et  charmant(e)s entre parenthèses. Bon en fait, c’était pas si terrible, mais pour écrire ce billet à la main, le calvaire.

Si tu veux sentir la vie passer par toi prends donc Arras-Boulogne, mais n’achète pas un savagnin à 5 €, même ouillé, en supérette.

Et puis un jour, parce qu’il pleut, qu’on est désespéré ou belge, voire les deux, ou qu’il faut faire de la place dans la cave, on ouvre une daube potentielle qui se révèle bien être une daube. On regrette alors (un peu, fugacement), d’être un passionné de vins, avec des goûts de luxe, un « difficile » qui trouve habituel de mettre plus de 10 € dans un vin blanc (d’Alsace en plus). On regrette parce que peut-être que ce cadeau, que ce maître achat potentiel on l’aurait trouvé pas si mauvais. Mais non, c’est dégueulasse, imbuvable, une VVB nulle, sauf à partager la bouteille avec l’évier. Mais le rustre, il aime pas gâcher, alors la quille s’en va encombrer le frigo en attendant une marinade éventuelle. Puis, las, c’est quand même l’évier parce que de la daube dans la daube : ça vous la daube, la daube. Vous suivez ?

Et alors tu te retrouves devant l’insondable précipice, le ravin vertigineux qui sépare "ces trucs qui pourtant se vendent" d’un riesling Kastelberg 2005 de chez Gresser et qui pourtant portent aussi le nom de vin et affichent le "label" de l’appellation d’origine contrôlée. Dans ta cervelle, ça fait des étincelles, ça s’illumine et ça fait pschuitt avant de s’étaler lamentablement dans le marasme de tes neurones noyés dans la vinasse digne d’un bidon de plastoc. Tu entrevois les chemins de traverse des rouages du monde, de l’économie de marché et de la typicité galvaudée. Tu te faufiles dans les entrelacs du mal-être du monde des artisans du terroir dans toute leur splendeur et leur misère. Tes pensées s’élèvent et s’échouent comme une poignée de confettis qui virevoltent dans le ciel de février avant de se vautrer dans la gadoue froide et le vomi figé des binchous en liesse, piétinés sous le sabot dur du patrimoine immatériel de l’humanité.

  P4260166

 

"C'est à Binche que la Terre s'arrêta ou travail ancestral de la vigne" Eau forte de Simon Lekeu, peintre officiel  des jeux olympiques d'hiver de Tombouctou (Lépante1421-Mont-de-Marsan 1488)

 

Mais pas pour longtemps, parce que ce n’est pas quatre daubes qui sont représentatives ni de la viticulture en général ni de la qualité moyenne de ce qui est vendu en supérette. Mais quand même, j’en témoigne, il était bien écrit « Côtes du Jura » sur le Savagnin !

 Il ne te reste plus qu’à pleurer sur l’infinie légèreté de l’existence et sur le nombre, infiniment lourd de significations, de nanards que du fond de ta cave tu devras encore remonter…

Et donc pour ne pas souffrir seul dans mon coin… petite compilation de moments inoubliables…

J’aime rigolé et faire de bons mots. Par contre, persuadé que tous les goûts se valent (enfin quoique), qu’un problème de bouteille ou qu’une bouteille passée et morte ça arrive, j’ai changé un peu beaucoup le nom de ces vins : le bon mot n’excuse pas la critique légère !

 

Bordeaux Château Lamottthe 2003

  

Le vin de rien. Au nez, du bois, un fantôme de cassis.

En bouche, ça se gâte : étriqué, rude, fade, inexistant hormis via ses tanins piquants, râpeux. Ca a le goût du chêne fraichement tronçonné mais du vieux alors, avec des champignons gluants dessus.

Impression générale : The Château Lamottthe is a beaver juice !

 

Cocotte du Jura

Savagnin ouille ouille ouille 2006

  Fruitière vinicole de tûûût

  

La jupette : Or pâle avec des reflets plus jaunes.

Le pif : Assez discret, confus. Je lui trouve quand même un air de famille avec d’autres savagnins ouillés et traminers alsaciens (klevener de Heiligenstein) que j’ai bu, mais de loin alors. On dirait Robert Redford, mais surtout Robert hein ! Du fruit mûr sans nom, une note beurrée et une désagréable note soufrée genre vent de gogues qui te coupe les oreilles si tu n’as pas mis ton cache-nez.

Bouche : velouté en attaque, plat au milieu, vif et citronné en finale. Et puis c’est tout. Tout ? Non ! Il y a aussi des arômes de bois et de dominantes effluves de réglisse. Une longueur de 5 secondes maximum.

Impression générale : Pas bon ! Décrit comme ça, ça peut paraître banal, pas de quoi hurler. Mais franchement, il se dégageait de l’ensemble une impression pinardesque peu agréable.

 

VDP de Maine et Loire 

Grolleau gris 2008

Domaine de Monbonplaisir

 

Chouette, un cépage méconnu ! Tout le monde ne gagne pas à être connu !

  

Le string : Couleur incroyablement claire, presqu'incolore.

Le nez : Expressif et net de … macédoine en boîte. Pour le reste assez, pinardesque.

La bouche : Ca se gâte. Toujours des arômes de macédoine avec nettement de la poire et du raisin… en boîte. Le déséquilibre se fait entre un côté citrique et un autre doucereux. Résultante, une "rondeur acidulée" écoeurante. Mon estomac ne la reçoit pas très bien. Longueur d'une bonne dizaine de secondes (il ne faut pas bouder son plaisir) sur de la macédoine (c’est Philippe qui est content) et des bonbons citriques.

Et ça dure : Reste pareil à lui-même sur 5 jours. Comme quoi, la durée, c'est pas toujours un gage de qualité. Après quoi, le vin entame une conversation musclée avec l'évier.

Impression générale : Beurk, écoeurant. C’est peut-être ton plaisir mais pas le mien !

 

 

Côtes du Rhône

Cuvée des vieux Molosses 2005

 

Uniforme : Rouge foncé, terne, sans larmes. Le salaud, il ne regrette même pas.

Truffe : plutôt discrète, assez flou et simple. Fruits rouges très mûrs, boisé, épicé, caramel.

Bouche (du Rhône) : Très Chaleureuse avec fruits confiturés en attaque. Milieu rond mais peu marquant. Finale inexistante écrasée par des tanins agressifs, poudreux, asséchants, au point de te faire prendre le Sahara pour une piscine. Je n’ai jamais ressenti ça avec des tanins. Ca te bouffe carrément les mâchoires. Tu le bois et tu pleures. Une boisson d’homme. Je ne sais pas si il y a de la pomme, mais c’est sûr, il n’y a pas de raisin.

Le lendemain : Mon évier ne s’en remet pas, mes gencives non plus.

Impression générale : Franchement celui-là, je lui en veux. J’ai eu mal au palais pendant deux jours après son absorption, même limitée. Devrait être classé arme bactériologique.

 

En voilà quatre, déjà, d’expiés. Il y en a d’autres mais le post devient long, la journée courte.

Il me reste à demander pardon à ceux et celles qui m’apportent des bouteilles quand ils sont invités chez moi. Je vous dois une confession : la plupart sont forts honnêtes et même agréables (et les vins et les invités). Les quatre là sont des exceptions et parmi ces exceptions, il y en a deux que j’ai acheté moi-même, c’est vous dire…

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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 04:47

 

P4280176 - Copie 

Vous connaissez les vendredis du vin ? Si pas allez ici. Si oui, restez-donc. Le thème choisi par un cousin méchant raisin pour ce vendredi 30 avril ? Les demi-secs.

Ce n’est pas un sujet facile parce que il faut déjà s’entendre sur ce qu’est un demi-sec. Mais, moi qui ne suis pas un demi-sel mais encore moins un démiurge (non ce n’est pas un mec à moitié pressé Jean-Claude), j’aime les demi-secs et Demi Moore mais c’est une autre histoire. Alors courageusement, ces deux dernières semaines, j’ai ouvert trois bouteilles de vins identifiés comme « demi-secs ». Je commente et j’essaie même de rester un peu sérieux !

 

Alors commençons avec deux Montlouis demi-secs, c’est facile, c’est écrit sur la bouteille !

 chenin Mt Louis

 Du ch'nin en septembre du côté de Saint-Martin-le-Beau.

 

Montlouis

Clos Habert Demi-sec 2006

 Domaine François Chidaine bien sûr

 

Ouverte il y a deux semaines, je suis surpris par le relatif manque d’évolution par rapport à ma première bouteille ouverte il y a plus d’un an.

 

Dans la boule de cristal : Une robe pâle à disque et reflets dorés. C’est joli à regarder face au soleil couchant, limpide et lumineux.

 

Dans le cap nasal : Ce n’est pas l’explosion aromatique, loin de là, c’est limite discret, mais c’est vachement gourmand, comme une invitation à gambader dans les vergers en fleurs, nus sous le soleil (oui enfin bon…) : la poire Williams, le miel, la pomme et le tout avec une dimension fraiche, florale.

 

Dans l’antre du dragon : Les arômes sont plus expressif qu’au nez. Toujours le verger : poire, pomme, avec un côté alcoolisé. Ca me rappelle décidément les vins doux que j’ai déjà tiré de ces fruits, du miel aussi. Il y a même une discrète mais élégante touche de pêche. La finale interminable est sur la poire, un peu amère ce qui ne gâche rien. Au niveau structure, si le vin est très rond et même velouté au début, la finale est agréablement fraîche.

 

Le lendemain : Le coing est très présent alors que je ne l’avais pas ressenti hier. Là aussi, c’est sous sa forme « vin de fruit que je le perçois

Impression générale : Il est complexe, frais, aromatique. La structure est plutôt ronde et séveuse mais la finale a gagné en vivacité depuis la première bouteille bue. Un beau vin à mon sens. Chez Chidaine et sur 2006, je continue à préférer les demi-secs aux secs.

 

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 Fleur de pommier : regardez les étamines, elles sont JAUNES

 

 

Montlouis

Demi-sec 2005

 Domaine Flamand-Delétang (Saint-Martin-Le-Beau)

 

(Faut aller à leur cave creusée dans le tuffeau, ça vaut le détour !)       

  

Dans les yeux d’Aurore (clique man) : Magnifique robe paille pâle à nuance dorée. Elle paraît visqueuse, étincelante, cristalline. Un plaisir.

Le pif : Assez expressif avec de l'orange, une nuance florale, un peu de miel, et même de cire après aération. Une discrète nuance de poire aussi.

Et dans la bouche : Oh là mes gens, pour un peu je serais conquis ! Pour un peu mes convives ne m’en laisseraient pas ! Bel équilibre entre une acidité rafraichissante, limite vive en fin de bouche et une matière suave et veloutée. Un beau demi-sec frais, alerte. Arômes modérés d'agrumes mais surtout une nette et élégante note de noisette qui se prolonge sur la finale vive et citronnée (dans les 10-12 secondes).

Après : le vin s'ouvre encore le lendemain, mais c’est un fond de bouteille qui a survécu ! Les arômes de poires se renforcent. L'équilibre reste intact.

Impression générale : Plutôt gourmand fruité, avec un superbe équilibre (oui, j’insiste). J'aime beaucoup (ça c’est du commentaire éclairé, non ?). L’âme humaine est un funambule. Ce vin-là aussi

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 Fleurs de poiriers, les étamines sont rouges ma mignonne...

 

Plus compliqué maintenant : l’Alsace. Entre les vraiment secs plébiscités par les minéralistes et les SGN, il y a de tout : des moelleux (VT), des mous, des quart de sec… J’ai remarqué que chez de bons vignerons, la mention « Vieilles vignes » désigne souvent un vin qui a les caractéristiques d’un demi-sec pour moi : richesse mais acidité bien équilibrante, fruité mûr et dominateur, relative absence d’arômes « rôtis ». Ici encore, deux bouteilles bues à environ 20 mois d’intervalle. Le vin a bien évolué, s’est complexifié.

 

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Riesling Vieilles Vignes 2004

Vincent Stoeffler à Barr    

 

Robe : La paille mûre aux reflets dorés. Comme pour les Montlouis, l’intensité colorante est assez faible.

Le Nez : Expressif voire aromatique. Assez riche : Le fruit de la passion (je vous remets le lien vers Francky Vincent… Naaaan, z’avez eu peur non ?) qui dominait complètement le nez il y a près de deux ans partage l’avant plan avec la cire et le miel, les écorces de citron. Est-il nécessaire de dire que je me régale !

La bouche : Rien à faire, l’équilibre c’est de la balle mes petits amis et là aussi, c’est le pied : Tant qu’il est dans la bouche et même bien après, richesse et acidité bien dosée rendent le vin aérien et drôlement buvable ! Du côté des arômes, on s’éloigne un peu de ce que j’ai écrit il y a quelques lignes, pas de chance pour mes « certitudes » : On ressent bien et bel un léger côté "rôti" avec des agrumes, des fruits exotiques sur lesquels je n’arrive pas à mettre un nom et un net côté raisin sec. La finale bien fraiche est interminable, dépassant la demi-minute.

Lendemain : Avec une bombe pareille comment imaginer un lendemain à la bouteille quand on est trois dessus ?

En résumé, je trouve ça gourmand, long, dense, équilibré buvable MAIS, je trouve que le vin perd en fraicheur avec le temps et glisse vers le moelleux.

 

Bon vendredi, bon week-end, bons amours !

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