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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 06:56

 

L'essaim des Saints

 

Saintes Félicité, Perpétue, Saints Saturus, Saturnin, Révocat et Secondin. Ouf. Outre le fait qu’ils ont des noms à coucher dehors, ils ont en commun d’avoir été emprisonnés et torturés à Carthage au temps de Septime Sévère vers 203. Massacrés dans l’arène par les lions, des sortes de mercenaires de l’époque. Ah bon, déjà en 203, tout petit déjà ?

 

La Belgitude du lundi : Lî gade a Magnî les boûkètes sô l’chinstrée podrî Neer Aubel

 

Je vous l’ai déjà dit, je proviens du Pays de Herve. Le titre de cet article mérite une explication et cette explication fera d’ailleurs l’essentiel de l’article.

Cela signifie ma chèvre a mangé les bouquettes sur la Chinstrée, derrière Neer Aubel. Vous n’avez toujours pas tout compris ? Bon Tonton Le Rustre va vous expliquer.

Mais d’abord, je vous rappelle les faits historiques, indéniables, inaliénables. La frontière linguistique en Belgique est d’essence divine. Au nord, il y a le Néerlandais, au sud le Français. Cette frontière suit la limite des implantations romaines et celle de l’avancée des farouches populations franques. Mais le Français, immonde et spoliateur, n’a eu de cesse de chasser les locuteurs du Néerlandais. Et corolairement, nous les Wallons sommes de beaux spécimens latins tout plein, t’as qu’à voir Frédéric François, et les Flamands, c’est des Germains hein. Ben oui des Germains, ça veut tout dire sur le plan intolérance, rigueur rigide et bizarreries diverses. Ne rigolez pas. Allumez d’abord votre télé, ouvrez des livres scolaires d’histoire…

Bon la Vérité étant établie, retournons dans mon beau bocage hervien, parfaitement francophone, latin, d’esprit totalement incompatible avec les germains et leurs langues si teutonnes que tu m’étonnes. Et à notre petite phrase.

Lî gade a magnî les boûkettes sô l’chinstrée podrî Neer Aubel .

Une gade (dites gatte), c’est de l’est Wallon, appelé un peu vite Wallon de Liège. Car nous les Herviens, fiers citoyens du Duché de Limbourg puis de celui de Bourgogne, n’avons jamais été, pour la plupart, inféodés à ces vils citoyens d’Empire que furent les Liégeois. Nous fûmes même de ceux, Limbourgeois, Brabançons et autres fidèles vassaux burgondes qui boutèrent le feu à la cité… ardente en 1468. N’empêche qu’une gatte en Wallon de Liège c’est une chèvre. Gade, qui se prononce gatte (d’où de nombreuses gattes recensées dans le folklore wallon) doit être évidemment rapprocher de l’anglais goat et du néerlandais geit… du Picard maguette. C’est un mot d’origine Germanique. Quoi de plus banal, en Français aussi il y a des mots d’origine Germanique.

Chinstrée est plus vicieux. Il y a pas mal de toponymes en strée ou en chin chez nous. Les deux veulent dire la même chose : le chemin. Chin est d’origine latine comme chemin. Strée est d’origine thioise, comme straat, street. Dans notre beau village de Dalhem (ancienne Comté), il y a un ancien chemin romain qui s’appelle Chinstrée. Il s’agit probablement d’un ancien toponyme latin désignant la route principale. Les Francs qui s’installèrent chez nous et créèrent Dalhem, gardèrent le nom et y accolèrent un strée qui voulait dire la même chose. On ne fait pas autre chose avec nos panneaux routiers bilingues. Y avait-il déjà des cons pour venir les taguer ?

Cela signifie aussi en passant que les "premiers" habitants du coin étaient Gallo-Romains, que des colons Francs se sont ensuite installés dans la région et qu'ensuite, Dalhem, fondation Franque en pays Gallo-Romain est devenue francophone.

Toujours à Dalhem, vous traverserez la Berwinne (la rivière des castors, un toponyme celtique) sur le Cromwez. Le gué (wez) dans la courbe (crom) avec un crom comme dans « Waarom zijn de bananen Krom ? »

Quand on remonte vers les Fourons, du côté d’Aubel notamment, les toponymes ne sont même plus tous francisés. Neer Aubel est un lieu-dit… près d’Aubel.

Quant aux bouquettes ou boûkètes en Wallon, ce sont des sortes de crêpes à pâte levée, garnies de pommes, raisins secs, cerises… On les fait de farine de sarasin ou simplement de farine de froment. En fait c’est l’équivalent du pancake anglo-saxon ou des pannekoeken… flamandes. Originellement, on mangeait ces bouquettes la veille de Noël. D’après ma Grand-Mère, les bouquettes existent depuis toujours. D’après wikipedia, elles furent importées depuis la Flandre au 18ème siècle via la Cour d’un Prince-Evêque de Liège qui provenait à cette époque de Looz, partie thioise de la Principauté. Il s’agirait alors de César-Constantin-François de Hoensbroeck, qui était originaire du Limbourg.

Parce que figurez vous que la principauté était bilingue, comme l’ancien Duché de Limbourg, et celui de Brabant. Quand je dis bilingue, cela signifie qu'on y parlait les langues thioises (Limbourgeois, Platt, Brabançon) et le (les Wallons). Et puis le Latin pour mettre tout le monde d'accord.

Et encore, je ne vous parle pas de l’amour des Liégeois pour la cannelle qui me semble bien Germain mon cousin.

Mais où le Rustre veut-il nous emmener ? A un constat simple. Les postures qui voudraient opposer deux communautés aux langues différentes sont ridicules et basées sur des préceptes historiques qui sont au mieux des raccourcis. Nous le verrons encore plus la semaine prochaine, depuis des temps immémoriaux, le Belge est le produit de la rencontre des cultures Latines et Germanique. Ce mélange donne une couleur particulière à notre peuple, à notre mentalité, à nos habitudes culinaires, à nos traditions. Ce mélange, je le reconnais lorsque je randonne en Lorraine ou en Alsace.

Cette culture qui nous est propre porte quelque chose de beaucoup plus profond que la langue que nous parlons qui au fond importe peu et est en perpétuelle évolution (une langue qui n'évolue plus est morte).

La langue d’un peuple n’est qu’une partie de sa culture et de sa personnalité. C’en est peut-être la partie la plus volatile, soumise qu’elle est aux modes, aux influences… Mais au fond, c’est le cas de la culture et de la personnalité d’un peuple. Ce ne sont pas des constantes, mais les produits d’une histoire, de rencontres, d’influences. Ceux qui voudraient opposés aujourd’hui les Flamands et les Wallons, avec les Bruxellois au milieu, sur base de la langue oublient cette histoire commune, mélangée, vieille de plusieurs siècles. Ces gens oublient qu’au-delà de la langue, nous avons des coutumes, des mentalités, des plaies et des cicatrices communes.

Mais dans une époque qui oublie ses racines et ses traditions à une vitesse ahurissante (il ne s’agit plus de rencontre mais de remplacement, et d’uniformisation), il est facile de faire oublier ce qui nous reste de commun à grands coups de médias et de raccourcis politiques.

 

 

 

 

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