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14 septembre 2010 2 14 /09 /septembre /2010 16:07

 

J’ai hésité avant d’écrire ce billet. Parce que c’est un sujet sale, triste… et très glissant.

Il parait qu’un scandale de pédophilie secoue l’Eglise belge. La belle affaire. Pauvre Eglise qui est toute secouée !

Disons plutôt que pendant des années, des gosses et des adolescents ont été scandaleusement victimes d’actes crasseux par des prêtres, pédophiles ou pas d’ailleurs. Abuser d’une gamine de 17 ans et continuer alors qu’elle est majeure, ce n’est plus de la pédophilie. Ca reste bien malodorant quand même, pas de doute. Des actes qu’on voit ailleurs dans la société, mais bon, ici, comme dans d'autres pays, il s’agissait de prêtres. Vous savez, des prêtres, des curés quoi, ces mecs en soutane qui sont censés inculquer la Sainte Foi, l’incommensurable légèreté du Bien face à la stupide lourdeur du Mal à nos gosses. Les gosses en question, secoués, ils l’ont été c’est sûr, alors les secousses et les frissons de l’Eglise catholique belge. Prrttttt !

Mais effectivement, j’ai hésité. Poujadisme hein monsieur. Anticléricalisme primaire, facile. Indignation facile aussi. Et certes, il est plus difficile de s’indigner sur les aventures humaines de Mère Thérésa, Sœur Emmanuelle ou du Père Damien que sur les pratiques gluantes de quelques saligauds en froc. Alors j’ai hésité, moi qui ai toujours eu un rapport compliqué avec le Seigneur et surtout les représentants de sa filiale romaine.

Longtemps, j’ai été fervent à la messe et volontiers enfant de chœur. Puis un jour, je me suis mis à réfléchir. Et donc j’ai délaissé l’Eglise. Je lisais et je découvrais Galilée, Copernic, Bruno (pas Coppens bande de nuls, Giordano Bruno), Darwin… et puis l’inquisition, les sorcières, et la colonisation, les pères blancs…

Et puis j’en voulais à mes parents : ils m’avaient tout avoué pour Saint-Nicolas, pourquoi pas pour Dieu ? De ce jour, je suis devenu un perturbateur du cours de religion, le genre qui faisait rire les copains en demandant si le diable existait, qui  à la question "qu’évoque l’église pour vous ?" répondait "les bûchers". Bref, révolte adolescente, un peu puérile, mais qu’est-ce qu’on a ri !

Un perturbateur que son cheminement amena au cours de morale laïque, où il lui fut donné d’apprendre que l’intolérance et la bêtise sectaire n’étaient pas un monopole religieux.

Aujourd’hui, j’ai un peu fait la paix avec tout ça. Vivre et laisser vivre. Croire et laisser croire. Et surtout, tenter d’appliquer un principe de base "Aimez-vous les uns les autres". J’en suis même venu à trouver des qualités à certains catholiques convaincus et même à des prêtres. Après la dévotion, la révolte, voici la paix. Il y a des gens de bien dans l’église catholique, des gens au dévouement, à l'humanité et à la foi admirables et aussi de sacrés pourris. Comme partout. Et puis il y a surtout beaucoup de chrétiens et de prêtres sincères et révoltés par les atermoiements de la hiérarchie épiscopale.

Mais…

Mais il y a l’institution, catholique, cathodique et apostolique. Et là j’ai un sérieux problème de digestion quand je pense à ces affaires de pédophilie en rafales, façon kalachnikov de la misère sexuelle.

Mon ennui, c’est la mémoire. La mémoire et son utilisation pour mettre les choses en perspective.

Bon, alors la bonne attitude, bien propre et réfléchie, c’est de dire, ouvrons les Guillemins, euh, les guillemets je veux dire :

"C’est trissssss tous ces pauv’ gosses hein m’sieur. Mais faut pas exagérer quand même, c’est trop facile de taper sur les curés. Des pédophiles, il y en a partout".

Etc, etc…

 

Oui ben non, je ne désire pas faire preuve d’une attitude réfléchie et bien propre.

Je me souviens d’une chanson des Snuls, sur le curé de Kinkempois… vers 1994 déjà. Je me souviens d'une partie du texte "enfilons les petits enfants, ça se pardonne au Vatican". Un peu trash, certes... mais... faux ?

Je me souviens de commentaires de ce sacré Monseigneur Léonard, en avril 2010 je crois. Interviewé à propos de l’augmentation de demandes pour "bris des sacrements du baptême" (ou demande de radiation de la Grande Famille, je ne sais pas comment on dit) suite aux scandales. Il s’offusquait sur la première de ce que les médias en faisaient vraiment trop et que "tout ce battage, c’est surtout la faute aux journalistes. Cela irait mieux si on en parlait moins". Ca c’est sûr que…

Puis un peu plus tard, le même ou un de ses sbires, toujours à la radio, d’expliquer : "je pense qu’une partie du problème vient de la formation des prêtres, notamment par rapport aux comportements adéquats à suivre avec des jeunes."

Celle-là, je la trouve pas mal. Il est donc impératif d’expliquer dans les séminaires que ce n’est pas bien du tout de violer des gosses. On croit rêver.

Et puis il y a la conférence de presse de lundi et les commentaires sur la première de l’Evêque de Tournai, Guy Harpigny, ce matin. Magnifique.

Beau comme un pardon du bout des lèvres arraché à la chignole à Guantanamo, de force, à regret, à reculons presque. Un pardon MAIS j’étais pas là, c’est pas moi et pour indemniser faut attendre la justice.

Je ne sais pas moi, des fois qu’il y aurait des menteurs parmi les plaignants, des fois qu’on estimerait que ce n’est pas d’une réparation pécuniaire dont ils ont besoin mais juste d’un bon dialogue de confessionnal, de trois pâtés et de deux averses.

Parce que zut à la fin… il faut de la prière, de l’écoute, de la réconciliation. On ne parle jamais que d’une grosse centaine de curés et de quelques centaines de vies pourries. Bon quelques suicides aussi. C’est mal le suicide, prions pour leur âme…

Attendons la justice. Après avoir essayé de garder ça en interne pendant 40 ans, attendons maintenant la justice. Enfin, attendons là sur les dossiers qu’on voudra bien lui transmettre. Mais finalement, oui tiens. Après avoir longuement hésité, Monseigneur envisage qu’on remette les dossiers d’abuseurs entre les mains de la justice. Comment on appelle ça ? Complicité de viol ou recel de malfaiteurs ?

Et l’évêque d’estimer que ce qui s’est passé n’est pas VRAIMENT conforme à l’évangile… Dju… Il a juste relu les évangiles canoniques pour tirer une conclusion aussi définitive ou il a aussi relu l’ancien testament et tous les évangiles apocryphes ?

Il y a les Grands ou les justes Honnêtes, ceux qui agissent avec classe, qui assument, qui en tant qu’institution ou personne morale, prennent sur eux, admettent, reconnaissent, font preuve de compassion et disons le, de courage pour assumer le comportement de membres de l’institution.

Et puis il y a les autres. Les petits, les tracassiers, les petites âmes, les couillons, les faux-derges, les maîtres du "c’est pas moi, c’est l’autre", du "c’est pas encore sûr", du "il ne faut pas généraliser". Ceux là ferment les yeux tant que c’est possible, cachent et dissimulent quand il devient temps, admettent du bout des lèvres quand ce n’est plus tenable, en essayant désespérément de rattraper l’opinion publique au galop en feignant les circonstances exténuantes. Et puis quand il est vraiment trop tard pour tout, l’honneur, les victimes, les procès, on expose un de ses sbires qui murmure, en vitesse, en catimini, une esquisse d’excuse, mais même pas au nom de l’institution, en son nom propre. Ceux-là se défendent encore alors qu'il est temps de regretter.

Alors certes, convenons-en, des pédophiles, des violeurs, des abuseurs du corps et des désabuseurs de l’âme, des dégueulasses et des salauds, il y en a partout dans les rues, dans les écoles, chez les musulmans, les juifs et les agnostiques, parmi les enseignants, les voisins, les amis et même les parents. En quoi cela dégage-t-il d’un fifrelin la responsabilité écrasante de l’Eglise avec un grand E dans ce gâchis abject ? En quoi cela excuse-t-il le nombre énorme, d’abuseurs et de victimes ou encore la durée incroyable et la répétition des faits ? En rien évidemment.

En quoi cette universalité de la grande confrérie des malades et des détraqués annule-t-elle la loi du silence, les déplacements de prêtres plutôt que leur dénonciation, la confiscation en interne réalisée "in the finest catho’s tradition" ? Toujours en aucune façon.

En quoi cette position de vrai faux-cul (certains diraient de Jésuite…) allège-t-elle la souffrance des victimes ? Même conclusion.

En quoi l’Eglise Catholique serait-elle différente de toute autre institution politique, étatique, morale ou même privée quand ça dérape ? Cacher de vilains petits secrets tout dégoulinant de bassesse humaine, est-ce l’apanage des curetons ou bien pourrait-on trouver pareil comportement dans… je ne sais pas moi un parti politique au pouvoir depuis longtemps en Wallonie, les armées du monde entier, les tenants de la "raison d’état" voire le conseil d’administration de BP ? Il y a beaucoup de monde avec des choses sales à cacher et qui les cache, je le suppose du moins. Donc en quoi l’attitude de l’Eglise est-elle particulièrement choquante ? Ce n’est jamais qu’une institution comme une autre, non ?

Et bien là, justement, je dis non. Et particulièrement par rapport à la nature des crimes commis, excusés et cachés pendant des années, particulièrement par rapport au statut des victimes niées, rabrouées, enfumées pendant des années, l’Eglise n’est pas une institution comme une autre.

Parce que l’Eglise, même en perte de vitesse, en chute vertigineuse même, est "civilisationnelle" en nos contrées. Depuis deux mille ans elle a moulé, dicté, régenté notre code moral, notre façon de penser et particulièrement en matière de sexualité.

Parce qu’elle est encore une référence, que dis-je, un modèle moral pour beaucoup de gens, écrasant, culpabilisant, intimidant. 

Parce que des parents confient à des prêtres leurs enfants en toute confiance et avec toute la déférence et le cautionnement moral dus à MONSIEUR le Curé, détenteur et prescripteur de LA "Vérité". Ces détenteurs de Vérité qui de leur voix posée et un peu mielleuse, genre Ka dans le livre de la jungle, vous disent "Aie confiance". Vous avez remarqué le timbre de voix et le ton doux et calme des envoyés de Dieu ? Toujours le même.

Parce que cette Eglise Catholique et ses hauts représentants officiels sont encore les chantres assassins et prétentieux d’une morale à deux balles, neuneu et hors du temps, culpabilisante à souhait et si facile à dicter, apparemment moins facile à suivre. Des conneries du genre "pas de sexe en dehors du mariage", "la capote, c’est mal", "le sida ? Punition pour les homo", "la solution ? l’abstinence bien sûr". Cette même église dont les prêtres qui ne sont ni mariés ni parents se permettent encore, parfois de fort haut en nos campagnes reculées, de distiller leurs bons conseils aux paroissiens, de réprimander leurs écarts inadmissibles à la belle ligne de conduite de Jésus.

Parce que je me souviens encore du cours de religion à l’école primaire où on nous emmenait, petits gosses de 7-8 ans "à confesse" une fois par trimestre pour avouer nos péchés à M’sieur le Curé. Et il fallait s’en trouver des péchés, même si on ne comprenait pas trop ce que c’était, sinon on ne méritait pas l’absolution parce que nous sommes des pécheurs, tous, même à 8 ans, alors si on n’avait rien à dire, on était des orgueilleux. Lamentable bouffonnerie.

Parce qu’on le veuille ou non, le fin fonds de commerce de ces gens là, c’est soi-disant, l’amour du prochain. Aimez-vous les uns, les autres. Oui mais pas avec les doigts ! Un beau message pourtant qui mériterait d’être un peu plus partagé et surtout porté par des gens un peu crédibles.

Parce qu’on a un peu l’impression que le message pourtant simple de Jésus Christ, c’est un peu comme le code de la route pour cette hiérarchie ecclésiastique : on l’apprend quand on passe le permis puis on l’oublie.

Bref, parce que ces crimes commis par des prêtres sont en eux-mêmes dégueulasses mais aussi parce que la réaction de l’institution Eglise est sale et sordide alors même qu’elle se veut détentrice et prescriptrice de droiture morale.

Oui, ce sont ces Docteurs de l’Amour envers le prochain là qui se cachent derrière les mots et les phrases au lieu de faire la seule chose qui serait décente, chose qui parfois arrive même parmi les pires méchantes industries pétrochimiques du monde (rarement quand même), même à la SNCB quand elle crashe la vie de ses usagers : reconnaître les fautes de ses agents, les livrer sans réserve à la justice des hommes, la seule valable dans un état de droit (libre à cette justice de trier le vrai et le faux).

Et puis l’église si elle méritait son grand E de bonté divine et de sagesse christique elle ne chipoterait pas pour de sordides histoires de pognon, elle reconnaîtrait les victimes dans leur souffrance et les indemniserait, sans attendre aucune décision de justice, parce que de toute façon, rien ne pourra jamais totalement réparer la vie de ces gens là. Parce que le temps, contrairement aux criminels, n’est pas rattrapable. Elle ne ferait pas de la mauvaise communication bruyante et maladroite. Elle agirait discrètement, encaisserait les coups et laisserait s’arranger justice, victimes et bourreaux, dans le calme, pas trop près des projecteurs.

Ca, ce serait la Classe. Se borner à ne plus être que l’ombre d’un chien, l’ombre de la corde qui servit à pendre le canal. Faire profil bas. Admettre enfin l’inadmissible. Pour la discrétion et l’honneur des victimes.

Mais bon, il ne faut pas rêver. Les curés ne sont que des hommes dans une société humaine. Rien de plus. Point. Comme n’importe quelle bonne multinationale dans un film d’Oliver Stone…

Et Dieu dans tout ça ? Fort éloigné à mon avis…

 

 

J'ajoute le café serré de Thomas Gunzig...

 

 

Et puis, générique.

 

 

 

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Published by le rustre - dans Chroniques rustiques
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commentaires

Yentl 10/11/2010 22:51



Je suis bien en retard pour la lecture de cet article mais je me permets de dire BRAVO et à deux mains d'ailleurs...


Bye


Yentl



le rustre 12/11/2010 15:11



C'est moi qui me suit inscrit en retard sur la communauté made in Belgium !



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