Jeudi 31 mars 2011 4 31 /03 /Mars /2011 11:27

« Quand le paon regarde son cul, il défait sa roue ».

Prof. Choron.

 

Bon écrire un texte sérieux et argumenté, je dois le dire, me défrise de plus en plus le chicon. Mais quand on écrit des approximations, il faut les assumer. Assumons.

Il y a quelques jours, suite à la reprise de mes activités jardinières et à une Xième discussion avec un quidam qui se dépêchait de traiter ses plates bandes avec du round up, avant que ça ne pousse, ce qui est quand même fort pour un herbicide qui pénètre dans l’indésirable à zigouiller par les feuilles, j'ai pondu un petit billet rapide et court. La conversation avec un type qui me connaissait un peu (mais pas trop), le petit sourire en coin s’affichait et les sous-entendus « bobo », citadin à la campagne qui fusaient m'ont gonflé grave.

 

Parce que les bobos, ce sont les autres, certainement.

Parce que j’ai vécu toute ma vie à la campagne, les pieds dans la gadoue et que j’aime l’odeur de la merde de vache, sans aucun doute.

J’ai donc pondu un petit texte exutoire, dont je ne veux rien renier ou presque.

Mais le Mystérieux Vengeur Masqué de la Science et Grand Pourfendeur de l’Idée Reçue du net, « l’agitateur », me fait remarquer, assez peu courtoisement comme à son habitude, que je m’a trompu.

A propos de mon texte : « Lui dire qu’entre une molécule d’origine végétale et une molécule de synthèse, il y a une grande différence, essentielle : la rémanence dans l’environnement et la toxicité des métabolites. Différence qui fait que la première est dégradée assez rapidement et que dans certains cas pour la seconde, ses enfants en boufferont encore dans 20 ans… ».

 

Il répond : « Ca, c'est une affirmation gratuite, généraliste, (trop) rapide, et fausse.

La toxico et la rémance d'un produit doivent être étudiées pour lui même et lui seul. Rien ne dit que la molécule "naturelle" X sera moins toxique ou moins longtemps que la molécule de synthèse Y. Et rien ne dit ne dit le contraire non plus, si on en reste à ces 2 "familles" là de produits, qui en réalité ne classent et ne différencient rien du tout.

Désolé, mais ce paragraphe reste donc pleinement associé à la lettre B du dictionnaire. Quand à la lettre C, elle est suffisememnt universelle pour ignorer les frontière des villes et des campagnes......

 

Damned. A me relire, Il a raison sur le fond. Sur la forme et notamment, sur l’association du paragraphe avec les lettres b et c du dico (bobo et citadin), il confirme pleinement cependant mon agacement.

A propos de cette habitude de beaucoup « d’adversaires » du bio ou simplement du durable ou de l’alternatif, parce que je ne me reconnais pas dans cette étiquette bio, de « nous » cataloguer dans le camp des doux rêveurs, des bobos. En gros l’idée générale est que toutes ces idées généreuses et farfelues et bien sûr complètement fausses sur les pesticides, les solutions alternatives, le jardinage ou l’agriculture durable, ne peuvent venir que de cerveaux citadins, qui ne connaissent rien à la terre et à son goût, de dilettantes gauchistes et altermondialistes. Certains voisins, pout tout vous dire s’étonnent que je ne sois pas barbu. C'est du moins ce que je me prends dans la tronche par moments et que je voulais faire passer dans le texte.

Et donc, le jardinier, l’agriculteur, le viticulteur qui est « bio » ou qui est dans une approche comparable garde encore pour beaucoup cette image de foldingue qui fiche rien avec un poil dans la main, même si la tendance s’inverse, que le bio fait recette de plus en plus (au propre comme au figuré).

N’en déplaise à Agitateur, cette image qui perdure est une grosse connerie, pour paraphraser sa rhétorique panzerienne. Des gens qui ont une réflexion environnementale, j’en connais pas mal. Dont des ingénieurs agronomes, des agriculteurs, jeunes ou en fin de carrière. Des gens avec la tête sur les épaules et qui regardent les chiffres en fin de mois. Mais qui en même temps se demandent ce qu’ils vont transmettre à leurs enfants et qui ont parfois encore connu des représentants en « produits phytopharmaceutiques » qui buvaient une rasade de leur produit pour montrer comme c’était inoffensif.  Prout à l’image du bobo citadin. Même s’il y en a bien sûr, des ceusses qui n’ont jamais mis le pied dans un sillon et qui bien à l’aise et ayant les moyens de boire et manger cher ne veulent que du naturel vibrant et vivant et tout pur.

Par contre, c’est vrai, ce n’est pas parce qu’un produit phytosanitaire est issu directement d’un végétal ou extrait dans le milieu naturel qu’il est inoffensif ou non rémanent. Il a raison l’agitateur, il faut dans tous les cas, des mesures de toxicité, des mesures de présence de la substance et de ses métabolites dans le sol, les eaux de surface, la chaîne alimentaire…

Le clivage entre substances naturelles et « de synthèse » n’est pas net ni simple. Et dans mon élan, j’ai trahi ma pensée, en partie. Pour prendre les cas du pyrèthre et de la roténone par exemple, c’est vrai que pendant des années, on a entendu que comme c’était issu de plantes, c’était inoffensif. Bon si ça flingue efficacement les insectes, moi je me méfie… Et effectivement, des études montrent maintenant que l’exposition à la roténone jouerait un rôle dans l’apparition de syndromes Parkinsoniens (mais la demi vie de la roténone et de son métabolite principal doit tourner autour de 150 jours maximum je crois) . Les pyrèthres peuvent aussi montrer une bioaccumulation.

Le point de vue du biologiste que je suis a toujours été que ces produits n’étant pas sélectifs, ils étaient de toute façon à minimiser dans leur emploi, tuant tout sur leur passage.

Mais il ne faudrait pas que l’intervention d’Agitateur ne soit comprise de la façon suivante : Vous voyez, bio ou pas, naturel ou pas, les dangers sont les mêmes, donc il y a danger de toute façon. Cessez vos fumisteries soi-disant naturelles.

C’est là où je m’en veux d’avoir utilisé un raccourci qui apporte de l’eau à son moulin.

Un moulin qui a beau jeu évidemment… Pour ne prendre que l’exemple du glyphosate, toujours abondamment utilisé, on nous a bassiné pendant des années avec son innocuité et sa rapide disparition dans l’environnement. Certes. Evidemment en furetant un peu, on peut se poser la question du devenir et des incidences de l’AMPA, métabolite du glyphosate. Apparemment, l’AMPA ne serait ni toxique pour les animaux de ferme, ni tératogène, ni cancérigène. Vous me direz, qu’au début de leur utilisation, les organochlorés et leurs résidus n’étaient pas considérés comme bien dangereux. C’est malheureusement, le propre de la recherche scientifique : elle avance. Et donc peut-être qu’un jour l’AMPA… En attendant, il est là, partout… Et puis on pourrait aussi s’interroger sur les interactions de cet AMPA avec d’autres polluants présents dans l’environnement.

Le malathion, insecticide lui aussi biodégradable, notamment par des bactéries marines et qui était encore dans le commerce il y a quelques années… maintenant, j’avoue que je ne sais pas si ça se vend encore. Je fréquente peu ces rayons là. Par contre son métabolite le desméthyl malathion… reste toxique et est lui relativement rémanent, si je me souviens bien.

Bon, des exemples, on peut en mettre des tas. Mais ça prend du temps, que je n’ai pas. Et puis on peut toujours une étude plus récente, contradictoire. Je ne suis plus chercheur, je ne suis plus in the move. Je suis juste un rigolo mais je ne voudrais pas que le glaçon de mes approximations cache l’iceberg du flou des autres.

Bref, les chercheurs cherchent avec raison, se contredisent, se renforcent, sortent des chiffres. C’est le jeu et c’est très bien comme ça. Petit problème, c’est ce qu’on fait avec les chiffres après. Et puis les raccourcis et approximations évidemment. J’en ai fait ma part. mea culpa, maxima mea culpa.

Mon voisin, malgré la remarque d’agitateur, peut donc continuer à utiliser ses produits achetés en jardinerie sans état d’âme. Je préfère mon purin d’ortie. Ah mais où sont les études sur la toxicité du produit me direz-vous ? Je les attends. Heureusement, le fait que l’ortie soit comestible (dans une certaine mesure je le reconnais), que sa réalisation au jardin et les concentrations utilisées soient dérisoires me rassure un peu. Mais peut-être va-t-on me montrer que j’ai tort et que les lectines racinaires qui auraient un effet « fongicide » s’accumulent dans le sol de façon alarmante !

Mon point de vue est bien sûr attaquable et je devrais vous fournir des liens, des références, des citations, des chiffres. Mais pas aujourd’hui. L’encyclopédie du jeudi m’attend. Par contre, j'ai maintenant le fil de mes sujets "jardinage" sérieux pour 2011. des dossiers et des chiffres vous en aurez.

Par le rustre - Publié dans : Le jardin au naturel - Communauté : Le Vin Dans Tous ses États...
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  • angélique mars 2010
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