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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 12:15

 

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Ce matin, 6h35…

Prendre les chemins de traverse. Voler le temps de les prendre.

L’autre soir, je revenais d’une réunion à Gembloux. Minuit approchait. L’air me berçait de cette douceur si rare et délicieuse des mois de juin, quand les crépuscules sont longs et que la nature bruisse de vie à six pattes. Je ne suis pas rentré par l’autoroute. J’ai traversé les campagnes hesbignonnes par de grandes voies rectilignes et faîtières. Ce qui n’est pas compliqué dans cette grande platitude culturale.

A l’ouest, il restait les vagues traces gris-orange d’un jour qui se vautrait derrière l’horizon. A l’opposé, éclairant la plaine sans fin d’une lumière indiscrète, une pleine lune rose me regardait. Je dépassais Thorembais-les Béguines, Ramillies, Eghezée…

Je trouvais que la vie était belle. Mon esprit vagabondait et même, miracle, distinguait des bouteilles à moitié pleines. Et j’ai su ce que je devais faire. Parfois, la nuit et les plaines font ça. Vous apporter des réponses. Chez moi, les grands espaces et les pleines lunes roses aident beaucoup. Ca a toujours été comme ça.

Je devais faire quelque chose que j'avais repoussé durant 23 ans au moins. 

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Depuis l’âge de 16 ans environ, j’écris. Peut-être plus tôt. J’ai de brumeuses bribes de souvenirs. Mais depuis 16 ans, oui, j’écris. Enfin… je noircis des feuilles. J’ai noirci des feuilles en tout cas.

Des histoires dans des jungles où il pleut tout le temps, dans des déserts où il y a toujours du vent, dans des bois où le soleil ne perce jamais. Je n’ai jamais su pourquoi. Pas précisément. Je sais que des trucs me trottent dans la tête, apparaissent et disparaissent ou bien restent et cognent. De idées qui tournent, reviennent, se battent, enflent. Je sais que quand je me mets devant une feuille ou un clavier, ces idées se transforment en mots et que ça me fait du bien. Ca me donne du plaisir mes petits amis. Quand j’écris des foutaises, je suis parfois mort de rire en les écrivant.

Quand j’écrivais mes histoires dans le désert ou la jungle, il y a eu des après-midi d’écriture pluvieuse ou des après-midi pluvieuses d’écriture, je ne sais plus, durant lesquelles je plongeais dans mes histoires. Je ne suis pas certain que quelqu’un entrant dans ma chambre aurait vu qui que ce soit. Cet indiscret aurait peut-être entendu l’écho des gouttes s’échappant de la corolle de quelque fleur tropicale pour rejoindre une flaque dans la boue, là-bas dans cette jungle sans fin où se débattaient mes héros. Mais pas d'ado... perdu loin, loin dans ses mondes imaginaires.

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Je ne l’ai jamais dit à personne. Les tas de feuilles griffonnées sont restées dans des caisses et se sont perdues au fil de mes déménagements. Je ne saurai jamais si ce que j’écrivais était bon ou pas parce que personne ne les a jamais lues ces feuilles et personne ne peut donner un avis.

Puis la vie est passée par là et je me suis consacré à des choses sérieuses ou rémunératrices. Aux oubliettes les scribouillages vains. Mais les idées me trottaient toujours dans la tête. Et un jour de 2010, j’ai craqué. Une idée plus insistante que les autres. Une idée qui voulait vraiment finir sur papier. C’était le texte avec le dingue qui flinguait des chats en écoutant les Walkyries. Vous savez, le fêlé qui massacre les chats des voisins à la sarbacane puis les flanque dans son congel pour les bouffer. J’ai écrit ce truc et comme d’habitude, j’ai flanqué les feuillets dans un bureau pour les oublier. Sauf que je n’ai pas oublié. Que ce texte-là en a appelé d’autres. Et ce personnage-là a rejoint les autres qui vivent dans leur jungle ou leur désert. Il est là quelque part à vivre en moi. Je pense qu’il aura bientôt un nom et qu’il a de plus en plus envie de savoir quel goût ça a... un voisin.

Mais sincèrement, comment pouvais-je parler ouvertement de ces trucs à quelqu’un ? A mes amis ? A ma femme ? A ma famille ? A ceux que j’aime et qui, je l’espère, m’aiment quand même un peu aussi ?

Sans rire. Vous l’avez lu ce texte avec des chats ? Et celui avec l’oryctérope ? Comment voulez-vous présenter ça à quelqu’un que vous aimez, qui peut-être a un minimum de respect pour vous ? En lui disant…

"Oui je sais, mais c’est venu tout seul et sur le moment, ça me paraissait une bonne idée. Quand j’aligne les mots c’est pas que ça me paraisse beau mais je me sens bien. Quand c’est sorti, que ça me semble fini, j’éprouve un sentiment de plénitude rare chez moi : celui du travail terminé et rondement mené".

Et d’ajouter quoi ? Que si un jour je pouvais en vivre, même un peu, petitement, de ces idées qui se bousculent, je friserais le bonheur ? Qu’au milieu de tous ces trucs que je fais depuis 20 ans (une licence, un doctorat, de la recherche, des métiers divers et variés), j’ai toujours ressenti comme un flou, comme un espace brumeux au-delà des 5 prochains jours de ma vision intérieure. Mais pas quand j’écris. Là tout est clair. Tout est simple. Je sais ce que pense l’homme aux chats. Je sais ce qu'il va faire bientôt. Je me souviens de deux jeunes filles auxquelles il est arrivé des histoires dans les Fagnes. Je sais qu’il y en a une dans sa cuisine qui s’inquiète. C’est qu’elle commence à voir des choses peu agréables la pauvre.

S’asseoir, se promener, conduire, et laisser venir tout le bordel. De toute façon ça tourne tout le temps là-dedans. Jusqu’à la nausée. Comment on dit ça aux gens ?

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Il y a dans le plaisir solitaire de l’écriture une joie honteuse et secrète, une impudeur difficile à assumer, une légèreté et une inutilité dont l’acceptation ne doit être facile qu’aux nantis et aux oisifs. Et encore…

Vous avez lu mes divagations sur l’eurovision ? Il faut quand même pouvoir assumer ce genre de trucs. Surtout si on s’avoue que mauvais, moyen ou bon, ce n’est jamais qu’une soupape de sécurité pour un esprit torturé de mauvais mots et de tourneboulures fantasques. L’important, c’est que ça sorte comme me disait un ami amateur de fayots et peu rompu aux mondanités les plus basiques. Que des gens aiment est important et gratifiant, mais finalement, c’est secondaire.

Alors un jour, je me suis dit que si je n’osais pas me livrer à ceux que j’aimais, j’allais le faire avec des inconnus. C'est que depuis mes 16 ans étaient apparus le web et son neveu Bruno 2.0.

Je ne sais pas ce qui m’a pris mais en catimini, honteusement, discrètement, j’ai ouvert un blog. Probablement en me disant que ça ne durerait que quelques temps. Deux ou trois textes. Et puis, personne ne le lirait. En plus, j’allais prendre un pseudo, comme ça aucun de mes proches ne saurait. Personne ne lirait mes nullités.

Mais des gens ont lu. Il s’en est même trouvé pour apprécier. J’ai découvert que j’étais capable d’écrire sur autre chose que des jungles où il pleut tout le temps.

Je peux vous dire que ça fait un drôle d’effet. Un jour, j’ai regardé mon compteur et j’ai constaté que je dépassais les 300 textes. Et les 10 000 visites, les 20000 pages vues (quant à dire qu’elles ont été lues jusqu’au bout…)

Là aussi, l’effet est rude. Interpelant. Bon… je préférerais 100 000 hein, je ne vais pas mentir. Surtout qu’au début, on croit au mirage du web 2.0. Ca semble si facile. On publie des articles et puis on publie sur une page facebook et sur twitter, même si profondément on n’aime ni FB ni twitter et qu'on n’y capte pas grand-chose.

Et hop, les gens voient, viennent lire… Sauf que vos infos à vous sont noyées au milieu de tant d’autres infos, qu’à la fin, elles deviennent invisibles. Ce qui est tout à fait humain. Moi-même je suis loin de lire quotidiennement les sites que j’aime si ce sont des sites avec des textes. Le web 2.0, c’est efficace si on fait court et interpelant.

Et moi, avec mon mode de production "tu t’assieds et tu lâches les vannes", faire court n’est pas dans mes cordes.

Etre sur facebook, a également eu un effet pervers sur mon petit ego. J’ai vu passé des noms d’amis et de vieilles connaissances… Qu’il était diaphane le voile qui me séparait de la révélation avant que les roses ne se fanent (n’importe quoi).

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Et puis un beau matin (enfin, il pleuvait mais ce n’est pas grave), Fesse bouc l’a fait pour moi. Il a découvert que je ne m’appelais pas Ferdinand Lerustre, mais bien Marc Houbart.

Voilà.

Je m’appelle Maaaarc, Marc Houbaaaaart. Vas-y Marc cours, cours !

Laissez votre Rubick’s con cube et allez jacter à l’est comme disait Jules. Pour le meilleur et pour le pire, le Rustre se dévoile.

Je gribouille. C’est comme ça. C’est plus fort que moi. Rassurez-vous employeurs et familiers, ça me mange plus de temps de sommeil et de repas que de temps de travail ou avec les enfants. Vu que la tranche horaire 5-7heures du mat m’est propice aux idées farfelues mais aussi aux valises sous-oculaires. C’est ainsi.

Et pour vous inconnus, amis FB, mes amis, ma famille, mes voisins je continuerai sans vous en rabâcher les oreilles. Sachant que Monsieur Houbart restera lui-même et que le Rustre restera le Rustre. Deux personnes qui se ressemblent sans être tout à fait les mêmes. Deux personnages principaux et une foule de personnages secondaires : Nico le Tich, l’homme aux chats, Francis Ballast, Pascal Mouton, Anatole Legrain-Gallet… et bien sûr les petites mésanges qui zinzinulent dans les fourrés et mes amis les pics qui pleupleutent le soir dans le lointain, les salauds.

Libre à vous d’aimer ou pas. Mais là aussi, c’est comme ça.

Et toi, surtout toi ma belle et tendre. Toi à qui j’ai du mal à parler parce que parler c’est pas mon truc sauf quand il s’agit d’ouvrir ma grande gueule pour dire n’importe quoi. Toi qui pourtant, malgré mes bougonneries et ma mauvaise foi crasse reste la balise sur mon chemin, j’espère qu’un jour tu comprendras, tu accepteras et peut-être même… que tu aimeras un peu. Ce jour-là je serai un "écrivain", même à mes yeux.  

Jeudi, 7h15… juste le temps de prendre une douche, de conduire les enfants à l’école et d'aller bosser.

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Published by le rustre - dans Chroniques rustiques
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commentaires

MDubit'chou 23/06/2011 14:58



J'en avais comme un pressentiment, que tu ne t'appelais pas Ferdinand. Mais is ça peut te consoler, moi aussi je m'appelle Marc. Et ça fait 41 ans que ça dure.


Ceci dit, chapeau bas pour les veillées hyper-matinales. Ca doit être ça, le truc des bloggeurs pas-au-boulot. 


(Au fait, pas la peine de tracker mon IP, je commente depuis le travail, moi ;-)



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