Du pinard dans les veines

Jeudi 25 février 4 25 /02 /Fév 09:29

Qu’il s’agisse de liquoreux, de moelleux, de demi-sec, je dois le confesser, j’ai un penchant pour les vins doux. J’attends d’un bon vin doux trois choses : qu’il soit aromatique, bien équilibré et long, très long… et une quatrième plus futile : que sa couleur en jette !

Un vin doux, c’est un vin de soleil (quand il n’est pas trop trafiqué), c’est même un peu de soleil dans un verre. C’est un vin que j’aime siroter en petit comité, voire seul, sur une terrasse estivale en regardant le soleil se coucher. Le fin du fin étant de le déguster à la toute toute fin d’une soirée, quand le jour… se lève.

crépusculeUn vin doux, c’est de l’or dans un verre. C’est une pépite rare qu’on remonte de la cave pour la partager avec des gens qu’on aime.

En voici cinq qui m’ont trituré le palpitant ces derniers mois. C’est bon de se rappeler ces moments alors que la crapouasse règne sur février…


P2250039.JPGCoteaux du Layon

Château des Rochettes

Cuvée Vieilles Vignes 2001

13 euros chez le Caviste « Aux sens larges » à Hannut





La Robe (de bal)
:
Que c’est beau ! Intense, la couleur est franchement or avec des reflets plutôt oranges. Les larmes sont plutôt de joie, abondantes, très épaisses et persistantes, on dirait que le verre suinte de l’huile. Tu le mets à la lumière et tu as les lustres de Versailles camarade. C’est que ça brille les carats !

Le Nez 
:
C'est un nez expressif de « rôti » (pas celui du dimanche chez ma Grand-mère mais celui du Botrytis) avec de l'abricot sec, du miel et un soupçon de coing, des agrumes mais aussi un évident parfum floral que je n'arrive pourtant pas à nommer. Après 24 heures, un peu de cire s'ajoute à l'ensemble. Après deux jours, il y a même de la nèfle et du chocolat             

La bouche
 :
Moelleuse, onctueuse, grasse, mais pas lourde avec une finale assez fraîche même. Le vin est plein, il y a de la matière mais ça reste assez fluide (quand il n’y a pas de matière, je ne dis pas fluide, je dis pisseux). Bref, c’est un vin assez riche qui conserve un bel équilibre. Le vin est aromatique, sur un "rôti" puissant et franc avec miel, raisins secs, pâte de coing. Et cette finale légère de 20 secondes et plus avec du fruit confit, mes petits amis, si ça ne t’étire pas la journée et la vie ça… ! Et puis quand la finale est finie; ce n'est pas encore fini car viennent le poivre et l'amertume.  

chenin Mt Louis

Et après
 :
Pendant une semaine, ce délice reste délicieux mon cher Pierre… Et le fait que la bouteille survive une semaine montre que je suis quand même un garçon fort raisonnable.

Impression générale
 :
Excellent. Aromatique, bien équilibré, concentré, réellement liquoreux. Et tout ce bonheur coûte 13 euros !

Quelques renseignements sur le site du domaine, ici


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Uroulat-1.JPGJurançon (moelleux)

Charles & Marie Hours

Clos Uroulat 2006

17 euros et des poussières à la cave « Au gré du vin» à Flémalle

               


La robe : Contrairement au précédent, l’intensité colorante est assez faible mais cette belle jupette  dorée, lumineuse, cristalline me tourne la tête. Et là encore, ca s’accroche, épais et tenace, au verre.       

Le nez : Assez expressif, vraiment très agréable sur du fruit mûr, du vin de nèfles, un peu de rôti (toujours aucun rapport avec ma Grand-mère), des épices. Une sorte de touche subtile de vanille aussi et une nette note de fruit de la passion. Bref, un pif pareil, tu rajoutes la chemise à fleur et le CD de Francky Vincent et te voilà parti pour les îles. Allez, puisque vous en redemandez...

La bouche
 :
Equilibre d'anthologie à mon sens. Parfait. Que dire ? Une vraie vivacité couplée à la rondeur, à la douceur. C'est léger, léger ! Aromatique, sur les mêmes fruits murs qu'au nez mais en moins net. De très légères notes cacaotées, une finale citron, agrumes, amertume sur un bon 20 secondes.

Et après : Et le vin tient comme ça une semaine avec bien sûr les arômes qui se fondent et deviennent moins net, mais toujours plaisants.         

Impression générale : Du tout bon moelleux assurément. J'aime cet équilibre qui fait une place à la fraîcheur, ces arômes fruités exceptionnels.  

 

Le site de ce domaine bien connu des amateurs : Hours

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chau exindre 2005Muscat de Mireval        

Château d'Exindre

Cuvée Vent d'Anges 2005

Environ 10 euros à la cave « Au gré du vin » à Flémalle


Robe 
:
Ambrée, cristalline et assez brillante, et toujours ces belles larmes. Les liquoreux, des vins inconsolables ?

Le pif 
:
Un puits. Aromatique et magnifique. Hic ! J’arrête mon trafic. Un pur nez de muscat mûr et croquant, tendance jus frais. Simple, oui, mais puissant et réjouissant. Y a de l’été la dedans ! Allume ton briquet et chantes : « On dirait le suuuud… »

La bouche 
:
Equilibre vraiment plaisant entre moelleux et alcool avec un certain avantage au côté moelleux (souvent avec le muscat VDN, y en a toujours un qui gagne… un peu trop, ici le gagnant est élégant). Un moelleux quand même relatif d'ailleurs, puisque léger, pas pâteux, avec une matière fluide et une légère trame tannique. Les arômes sont expressifs. A côté du muscat, on retrouve le poivre et la muscade. Une longueur de 25 secondes pour une finale légère, avec une pointe d'amertume. 

Et après
 :
Même délice sur 5 jours, bien que les arômes de muscat se calment un peu pour aller vers un liquoreux plus "classique"

Impression générale
 :
Franc, fruité et charmeur, ce vin est surtout très équilibré sans lourdeur, ni charge alcoolique. Un vin qui m'a séduit.

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Mansengou 2006 1Jurançon moelleux       

Domaine Larroudé

Lou Mansengou 2006

Un vin 100 % petit manseng. 12 euros chez le caviste « aux sens larges » à Hannut.



Robe 
:
Très vive, dorée, tirant sur le bouton d'or, brillante, cristalline. Les reflets jaunes sont un peu surnaturels. Ca pète !  Les larmes ne sont pas très abondantes mais très tenaces, figées même.          

Le nez 
:
Très expressif et même aromatique : notes de rôti, de cire, de miel, de fruits confits. Je détecte aussi le vin de nèfle (vous me direz, faut connaître, mais comme j’en fais), le melon très mûr (vous voyez, comme un peu de térébenthine),des épices, aussi,  mais lesquelles…       

La bouche 
:
Si le vin garde une certaine fraîcheur, elle est moindre que chez Hours. C'est riche, liquoreux, très fruité, aromatique. Le melon mûr, la réglisse, le caramel, le miel, le citron confit, ça n’arrête pas. La finale, marquée par la sensation tactile du sucre, est pourtant très fraîche et même vive, et très longue, dans les 25 secondes, oh ! Au moins….                

Et après
 :
Sur une semaine, ce vin ne prend pas une ride. Il s'assagit, s'harmonise en équilibre mais ne devient pas plus complexe (bon, il était déjà pas mal).         

Impression générale
 :
Très aromatique. Inoxydable aussi. Moins aérien et touché par la grâce que celui d'Hours mais plus exubérant. C’est même un peu dérangeant par moment… Pour ceux qui se poseraient des questions (rapport à la couleur, à l’aspect inox …) non je n’ai pas eu mal à la tête après, mais je dois dire que je suis très résistant…



Le site du
 domaine 


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Pas d’accords pour ces quatre vins, si ce n’est celui, très réussi, avec la lumière rougeoyante du soleil… Hein ? oui je sais, j’en fais un peu trop. Ils ont été bu pour eux-mêmes. Pour le vin suivant par contre, le foie gras ne pouvait pas ne pas être de la partie…

 

P2250034Alsace (Vendanges Tardives)

René Meyer

Riesling VT Croix du Pfoeller 2006

C’est dans les 14-15 euros au domaine, mais je ne sais pas s’il en reste…

Le site de ce producteur

Robe de nuit
:
Paresseuse !, On y va mollo sur la couleur, alors on reste dans l’or pâle. On fait sa belle dans le cristallin, le lumineux et on se vautre dans le verre avec des larmes très paresseuses mais peu nombreuses. 

Le nez 
:
Il est expressif avec de la cire, du naphte (c’est quand même plus écolo que « pétrole »), des  fruits mûrs et confits, du pamplemousse rose, une belle note de rôti, du miel. Ca pourrait faire beaucoup si ce n’était très élégant et bien dosé.   

La bouche 
:
En voilà un équilibre remarquable de fraîcheur avec une finale vive, un peu acidulée. La sensation de sucre est présente mais légère. Une légèreté aérienne d’ailleurs. Pour les arômes mes amis, c’est une apothéose façon Remy Bricka (mets le son et clique, man) :  très fruité, expressif, nette note de figue sèche, du moka, une belle note de pêche, de l'abricot au sirop, du rôti ( fichez moi tranquille avec ma grand-mère !). Et comme si ça ne suffisait pas, la finale est longue sur les agrumes, le citron confit sur un bon quart de minute, une éternité.

Et après
 :
Comme il n’y a que 50 cl dans la bouteille, je ne peux assurer du maintient de la puissance et de l'équilibre sur plus de trois jours. Après, la bouteille est vide…

Impression générale
 :
Un très beau vin, tout simplement.


Photo13 (2)


Et avec ça, vous prendrez
 : Ben, une bonne terrine de foie gras pardi. Moi j’aime celle de canard, sans artifice, torchon au Sauternes ou Armagnac. Du foie avec le goût du foie, simplement. En belles tranches avec du pain brioché, quelques feuilles de mâche et des fruits confits au vinaigre. Quand j’étais gosse, on gardait les « prunes de curé », des petites mauves, pour ça. On les plongeait dans une bouillasse chaude qui était constituée de vinaigre, de sucre si je me souviens bien et d’aromates (genièvre, laurier, clous de girofle, cannelle parfois…) et on te bouffait ça pendant des mois. En Alsace, j’ai goûté des bleuets (grosse myrtille américaine) préparés comme ça.
  

 

 

 

Ce jour là, j’ai eu aussi envie d‘un confit d’oignon. Rien de plus simple. Des oignons, un liquide quelconque pour déglacer après suage au vrai beurre de ferme (là, c’était un Pinot gris) et des épices : comme pour les prunes ci-dessus en gros, mais libre cours à l’imagination… J’ai aussi ajouté quelques gros morceaux de coing (la gelée, ça va aussi), et du sucre naturellement. On laisse cuire à gros bouillons puis très lentement…

Et comme j’avais faim, je me suis coupé une patate « vitelotte » violette et après cuisson, je l’ai fait doré longuement, toujours au vrai beurre de ferme. Un soupçon de gros sel et c’est le bonheur. Tu te retrouves avec une avalanche (pas trop criarde en fait) de saveurs et de couleurs dans ton assiette et ton verre.

Pour citer mon grand ami Baloo « Aaaaahhh, ce que c’est bon de vivre ! »

 

 

Voilà, voilà. Je dédie ce post aux hygiénistes de tout poil, aux partisans de gaïa, aux pourfendeurs de cholestérol, aux gens qui n’aiment pas les couchers de soleil et à ma grand-mère…

 

Par lerustre.over-blog.com - Publié dans : Du pinard dans les veines
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Mardi 23 février 2 23 /02 /Fév 10:45

grappe chasselas chez moi 1Au milieu du fatras que constitue cette chose appelée blog, je voudrais écrire, un peu, modestement, discrètement sur le vin. Pas que j’en sois un grand spécialiste ni que je sois un dégustateur hors pair. Au contraire, ça m’impressionne plutôt. En plus, il faut avoir un point de départ. Je ne vois pas bien l’intérêt de partager mes émotions sur les vins que je rencontre si le lecteur ne nous connait pas moi et mes goûts. Si vous en avez le courage, vous allez donc pouvoir vous farcir quelques textes introductifs un peu longs.

Bon, je sais ce que vous allez médire. Encore un blog pinardier de plus, encore un de ces téteurs de goulot qui va essayer de nous faire croire que son penchant pour la bibine est très esthétique et que l’aboutissement de la civilisation avec un grand C, c’est un verre de rouge. Oui mais pas n’importe lequel, un rouge à 70 euros la boutanche, euh le flacon (ça fait plus homme du monde), issu du labeur d’un vigneron artiste qui travaille en biodynamie dans le respect de l’équilibre de la vibration astrale et produit des nectars tendus qui puisent dans les profondeurs intimes du terroir, une minéralité juteuse et digeste. Ouf ! Bon, OK, je caricature un peu, juste un peu. Beaucoup ? Allez donc lire un ou deux numéros de la rvf.  Trouvez par exemple le numéro de janvier 2010 avec l’interview d’Anne-Claude Leflaive (page 8). Revenez ensuite me dire que le monde des amateurs pointus de vins n’est PAS DU TOUT comme ça. Allez… Bon, vous êtes revenu ? C’est quand même un peu comme ça non ? Que Dieu me tartalutte et qu’il me garde de ça. Je fréquente pas mal les fora vins et j’y côtoie des gens charmants, intelligents, drôles, passionnés et passionnants et pourtant… Je me sens étranger à ce monde là. Un monde de verticales et d’horizontales à n’en plus finir, de listes de vins prestigieux de repas épiques dans des restos étoilés, de coupage de cheveux en quatre, non, en huit, pour savoir si le vin de truc muche est juste tendu ou alors franchement minéral, à moins qu’il soit juteux et digeste. En fait, je n’ose même pas dire à ma femme, à ma famille, à mes amis que je fréquente ce milieu passionné. Je ne sais pas, c’est comme si je trahissais mes origines.

Il faut bien comprendre d’où je viens : d’une famille de bons vivants aimant les produits goûteux mais pas friquée pour un sou et dépourvue de la moindre once de distinction. Mon père a eu la chance de parcourir l’Europe et même le monde : Bretagne, Corse, Provence, Italie, Congo, Papouasie… Fait aggravant, il était plongeur (pas dans un resto, dans la mer hé banane !), ce qui n’incite pas à l’ascétisme. Il a parcouru la France dans ses moindres recoins à une époque où le terroir n’avait pas encore la même valeur qu’à présent et où on trouvait encore des restos, des gargotes, et des vins merveilleux mais à petit prix et sans prise de tête (je vous rassure de telles merveilles existent encore).

Et puis issu d’un milieu modeste, il n’était pas difficile. La bonne affaire c’était le vin de Bergerac en vrac à 2 euros le litre, et encore aujourd’hui, il s’en contente comme vin de tous les jours. Pour lui, un vin à 10 euros (genre Mouton-cadet, un must du vin qui a un «  nom », sans le goût qui devrait aller avec) c’est un vin de nanti qui ne se refuse rien, la preuve c’est que le Docteur en a en cave.

J’ai donc été élevé et formé dans un savant mélange d’amour des bonnes choses qui venaient de la terre et de refus de ce qui était trop cher, trop complexe, trop ampoulé. Le vin à table ne devait pas être exceptionnel, il devait se contenter d’être bon (et la notion de bon est relative, aujourd’hui je dirais juste buvable) et de couler à flot. D’ailleurs chez nous, on préférait la bière : tout en étant (mais moins que le vin) un produit de « terroir », elle n’était pas chère, abondante, festive et sans chichis. Je me souviens d’agapes à l’Orval, mes petits amis…

Les enfants grandissent et ont parfois plus de moyens pécuniaires que leurs parents, même s’ils restent modestes… mais il reste toujours une grosse trace d’enfance collée aux santiags pas vrai ? Si j’ai évolué, découvert les entrées de caves de vignerons, quitté les grandes surfaces pour pousser la porte des cavistes, et encavé des vins dont le prix ferait frémir mon père s’il savait ; si je me suis mis, non plus seulement à boire, mais aussi à déguster le vin, comme un de ces « grandiveux » qu’abhorre mon père, en fourrant mon pif dans des verres plus grand que lui (mon pif, pas mon père), et en émettant des slrrp et des frchhht en buvant, j’ai un peu honte de cette passion et de son folklore parfois un peu péteux.

Mon monde de la gastronomie et du vin reste en partie celui de mon père. Je suis marqué à jamais par ces fermes du sud-ouest où on mangeait le foie gras pour trois francs six sous (dans une assiette ébréchée et avec des poules courant dans vos pattes, certes), par un repas de tripes à la Corse sur une terrasse dans le maquis, au pied d’un torrent de montagne avec les charcuteries et le vin qui fleurait bon la garrigue à flots, par la soupe de poissons « frais pêchés » dans la baie de Calvi, mangée en racontant des cracs jusqu’à pas d’heure sur la jetée de la station de Stareso, par des omelettes au lard au signal de Botrange après une équipée fagnarde au jour pointant… Vous voyez le genre ?

Ensuite, je me suis mis à randonner le long du GR 5. Les premiers vrais vins de terroir que j’ai croisé, c’était les gris de Vic-sur-Seilles et de Toul accompagnés de potée Lorraine. Ensuite ça a été les fermes-auberges vosgiennes… Comment voulez-vous que je m’en sorte ?

Alors bon, quand je feuillette un numéro de la RVF, quand je lis les comptes-rendus de François Audouze sur le net, les diners ou les dégustations emplis de bouteilles que je ne pourrais jamais me payer…  Pire, en parcourant le web vinique, j’ai découvert que le « sommet » du monde du vin, ses crus classés, ses cuvées d’auteur impayables et rares étaient peut-être le point ultime du goût et du raffinement, que les restos étoilés étaient probablement les lieux ultimes de la complexité culinaire, mais qu’ils étaient en dehors de la portée de ma bourse et que surtout, je m’en passe très bien. Ma devise n’est pas « mes goûts sont simples, je me contente du meilleur » mais « mes goûts sont simples, je me contente de ce qui me plaît ».   




 

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