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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 13:56

 

Ode à La Joie 2008

Vin de pays des Côtes de Gascogne

Domaine de Joÿ

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Vin de pays ! En voilà une dénomination qui fleure bon la belle campagne française, les terrasses, les vacances et les petites exploitations où tout est bon : vin, foie gras, confitures…

Mais bon, les Vins de Pays n’existent plus. Grâce à la "European Acronym sound system", célèbre groupe de RAP genre langage texto (c’est nouveau, ça vient de sortir), un technocratique "IGP" glace les étiquettes en lieu et place d'un "putaing de Ving de pays" ravigorant.

Peu importe, en 2008, c'était encore le bon temps des VDP. Revenons-en plutôt à cette bouteille, dont le nom seul devrait permettre le remboursement intégral par la sécu en ces temps d’incertitudes où nos cités recroquevillées dans la peur sont parcourues par les loups et nos campagnes sillonnées par ces féroces soldats qui viennent vagir dans nos compagnes. Les mufles !

Le pops du bouchon, synthétique et court, est bien triste de froide plasticité, n’étais-je d’une haute valeur morale, mes sens auraient vite fait de cataloguer le vin comme technologique et putassier au seul discrédit de ce bouchon de pacotille. Ce que c’est con un délit de sale gueule.

Dans le verre, cet assemblage de colombard, d’ugni blanc (c’est qu’on tâte de l’armagnac par ici) et de petit et gros-manseng brille et la métaphore serait facile pour le dédaigneux. Genre... ça brille comme une boule à facettes de soirée disco-toc pour nostalgiques à paillettes des années 80. Ca clinque d’or pâle dans le corps et ça te monte jusqu’à l’or bien doré, comme Julien, dans les reflets. Y a du gras et de la lubricité dans les jambes qui se croisent et se décroisent sur le verre.

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Mais moi je trouve ça beau cette pluie d'étoiles, surtout quand la poudre d’anthracite plombe les nuages depuis deux semaines.

Tu vas me dire que ça va péter l’ananas en boîte, pire la macédoine de fruits de supérette.

Mais que nenni, prends donc ton bâton ferré et sillonne la poussière des chemins de Gascogne qui montent vers les contreforts automnaux des Pyrénées.

Ce nez là ne te pète pas à la gueule. Il fait dans la fragrance fine, la modération raisonnable. Je vais même te dire que je suis emballé aussi sec : séduisant, mûr, presque liquoreux. Du fruit et presque que du fruit, et quels fruits : citron, mandarine, nèfle. Mais pas que. Du miel, un peu d’épices et même un soupçon de vanille. C’est que ce blanc a connu la barrique (une barrique de blanc, barrique white quoi…).

 

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En bouche, ce vin montre toute l’utilité de ne jamais commenter un vin sur l’impression fugace d’un seul verre. Alors un fond… Je me gausse pis qu'une courbe de starlette.

C’est que l’attaque grasse et sucrée te fait vite regretter de l’avoir ouverte sur une sole au beurre. En apéro, pourquoi pas. Cependant, une forte et savoureuse acidité de "chique sûre" (tartrique si vous voulez) s’impose lentement mais sûrement. Sur la finale de la première gorgée, sur le milieu de la seconde, puis sur le deuxième verre. C’est que cette acidité vive persiste bien au-delà du vin lui-même, comme un fond musical qui  s’imprime dans une conversation de potes. Du coup ça rachète un peu les "exercices au sole".

Et les arômes rivalisent d’élégance : de l’ananas, pas en boîte, frais et mûr, du citron, de la nèfle, de la réglisse un peu plus fatigante et triste sur la finale. Et ça te tire sur les 10 secondes. Honorable.

Si je n’ai pas fini la bouteille sur le champ, c’est pour vous, lecteurs. Pour que vous saisissiez son évolution dans le temps. Abnégation. Et on critiquera la belle âme des amateurs de vins sur internet !

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Pourtant, bien m’en a pris.

Le lendemain, ça pète de fruit mûr, toujours ceux de la veille. La structure est plus ronde, l’acidité moins présente et alors on sent que ce vin n’a pas la matière des cadors qui valent des pépettes mais qui réjouissent tant nos événements festifs. Je pense notamment au Clos Uroulat. Mais ok, c’est un liquoreux, un Jurançon. Ici, c'est un quart de sec si je puis me permettre l’invention. Et puis OK, c’est léger, facile, gourmand, festif. Ca donne du plaisir tout plein. Et c’est très mal. Mais bon, vous voulez connaître la meilleure ?

La bonne blague ? Et ben, c’est 6,80 €, prix caviste en Belgique. Ah ah, y en n'a plus un qui moufte là, hein mes croquants !

Sinon, pour la bequetance, avec un peu de foie gras sur un bout de brioche, c'était pas mal du tout. Je dirais même que c'était foutrement rapicolant si je laissais mon côté social-démocrate s'exprimer.

Avec une sole fristouillée dans du beurre de ferme avec un poil de poivre et du gros sel, c'était plus qu'acceptable moyennant une longue bavouille de citron sur le poisson plat.

Mais le meilleur accompagnement reste une poignée de sourires de potes autour d'une table.

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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 09:00

Dans le cadre desVendredis du Vin, orchestrés ce mois par Hub de l'Oenothèque... Merci à lui pour ce beau prétexte.

 

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Seul dans ma cave, j’attends. Un sourire vague aux lèvres. Le verre à la main. J’attends.

A portée de ma main, il y a une table. J’y pose mon verre quand l’inspiration me vient et que je reprends la rédaction de cette note, tapotant fébrilement un vieux clavier dont on ne distingue plus le e ni le r.

A portée de ma main, il y a une table. Et sur cette table, il y a un pistolet. Je sais m’en servir.  Je pense que je pourrais m’en servir. Mais il n’est pas encore temps. La bouteille n’est qu’à moitié vide.

Face à moi, il y a l’armoire vitrée et climatisée où sont cachés mes livres à l’abri de l’humidité relative de cette pièce. Je ne suis jamais arrivé à l’isoler totalement de la cave.

J’ai un peu froid ? Non, c’est un frisson qui me titille l’échine quand je pense qu’au fond, ce qui me manque le plus, ce sont de nouveaux  livres. J’ai encore des centaines de bouteilles et chacune est une révélation. Mais les livres de ma bibliothèque, je les ai lu des dizaines de fois et je n’en lirai jamais des nouveaux. Parce qu’on en n’écrit plus, pas de cette trempe là en tout cas. Picoler, c’est mal. Ecrire ce qu’on pense, c’est mal. Mais écrire qu’on pense à la picole alors…

Ecoutez Desproges parler des vins de Bourgueil : « C’est que les vins de Touraine sont anticancérigènes. Les vins de Bourgueil, notamment, légers, délicatement framboisés, rouge pivoine au soleil et clairs en bouche, ne se contentent pas de susciter au palais l’esprit léger des bords de Loire. Ce fin nectar constitue en outre un véritable repoussoir à métastases. Je sais de quoi je parle, ayant toujours en cave un roulement de 300 bouteilles de Bourgueil, je n’ai pratiquement jamais de cancer. »

Par cœur, j’les connais par cœur comme disais Jonasz. Jeux d’esprit. Jeux de mots. A lire verre en main.

« J’étais un pied de vigne. Nous étions tous trois voisins d’espalier, (...)

Par un beau matin ensoleillé, ma fleur s’est métamorphosée

en un beau grain de raisin. Un seul, oui ! Vermeille était sa couleur,

et ronde sa forme, juteuse sa substance ! Ah, l’imagination de la matière ! (...)

Il a sorti son sécateur et clac dans le vif du sujet.

On a beau être de bois, j’en ai eu le souffle coupé. (...)

Et c’est ainsi que je suis devenu vin.»

Raymond Devos 

 

Mes livres… Des parcelles du passé et de son Esprit. Et l’Esprit s’en est allé, ne laissant pour tout sillage morveux de limace agonisante que les bêlements d’une foule éteinte. Aujourd’hui, tout n’est que mesure et politesse. Correction et bienséance. Calme et volupté. Même les vers en prose si rabâchés et digérés de Baudelaire n’hantent plus aucun esprit.

L’ivresse n’est plus qu’un gros mot.

« Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!

Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise. »

Vous ne connaissez plus l’ivresse. Vous êtes morts et vous ne le savez pas. Car ce n’est plus l’horrible fardeau du temps qui brise nos épaules.

Mais je souris et je reprends une lampée de mon Gevrey.

Il y a trois jours, la grande digue s’est rompue. En trois endroits stratégiques : l’embouchure de la Seine, Calais, l’IJselmeer. Rien que ça. Tempête du siècle et marées exceptionnelles ou pas, on soupçonne évidemment des attentats. Le parti a beau vitupérer contre le terrorisme cynique des extrémistes de l’écologie tyrannique, visant par là, vous vous en doutez, les  USA, moi je soupçonne plutôt un ou des groupes de résistance internes à l’Union. Mais chut, officiellement bien sûr, il n’y a pas de mouvements de résistance internes à l’Union. Quand on vous dit que le parti du renouveau lave plus blanc que blanc. Pas de résistance. Il n’y a qu’à regarder ce qui se passe en ce moment non ? Délicieusement drôle.

Peu importe. Il y a trois jours la grande digue s’est rompue. Et l’eau a déferlé, remonté les fleuves, envahit les plaines. L’inondation est toujours en cours.

J’ai vu les images à la télé et sur le réseau. Elles sont édulcorées bien sûr. Le Service de Protection des Consciences veille. Mais même comme cela, c’est indescriptible. Toutes les zones côtières ouest Européennes situées sous les 100 m d’altitude ont été rayées de la carte par le tsunami. Et quand les eaux se retireront, toutes les zones situées sous les 40 m resteront noyées. Il doit y avoir des millions de morts à l’heure qu’il est.

Mais malgré cela ou à cause de cela, j’ai le sourire aux lèvres. Car le monde des tranquilles lobotomies aseptisées s’achève dans la douleur et le sang. La mort est de nouveau à nos portes. Et les gnous affolés s’en courent à la rivière au lieu de fuir sur le plateau. Et au revers, mes contemporains vont peut-être retrouver ce que la quiète certitude de leurs soirées éternelles leur avaient fait perdre : l’urgence de vivre.

Mais puis-je espérer ? Est-ce que cette soudaine bouffée de vitalité qui se répand comme du mercure sur une toile cirée ne va pas affoler l’essaim de moucherons, ne supportant pas cette idée de vie à haute dose, intolérable comme « est insupportable la vraie splendeur des roses qui poussent aux flancs des maisons blanches et basses, parce que les paix crépusculaires et la beauté des roses ne sont qu’éphémères agonies… ».

Bon les jeunes, l’auteur de cette citation là, vous cherchez vous-mêmes.

Mes livres… Mes vins. Mes parcelles dérisoires de subversion. Subversions.

Relisez un jour (quand l’édition de ses écrits subversifs sera permise) Bétourné. L’homme au cigare… Rien que sa bobine avec le barreau de chaise calé entre les dents, bien en clair sur son profil facebook… clac remise à niveau. Cinq ans au moins…

Brrr, Pépé… J’en frémis. J’ai correspondu avec lui vous savez quand j’étais jeune. Mais évidemment, comme Desproges, Bétourné a disparu de l’imaginaire collectif, des librairies, du net, de l’Histoire. Subversif.

Jugez –en  avec cet extrait de mémé Huguette : « L’étalon fringant, qui grattait à sa porte en son jeune temps, s’en était allé, emporté par une «fillette» de trop. Une belle mort quand même, pour Pépé Jean. Lui, qui sa vie durant, avait aimé les grands Bourgognes, était passé comme il avait vécu, accroché à son verre. Elle l’avait retrouvé, effondré au plus profond de son fauteuil verdâtre, gluant de crasse, de pisse et de vin. Dieu qu’il avait rapetissé d’un coup!!! Comme s’il avait fondu, comme si les hectolitres d’alcool en tous genres, sirotés élégamment et sans faiblesse, au long cours de ces interminables années, s’étaient évaporés, sous le fil gelé de la mort. La faucheuse l’avait vidé de ses humeurs, et il avait fallu des bidons de javel pure, pour que l’odeur tenace de la viande confite, longuement marinée, consente à baisser – un peu – pavillon. »

La mort dans toute sa crue nudité et le pinard dans le même texte. Insupportable pour le pouvoir ? Surtout pour vos consciences étriquées, veaux soumis.

Ecrire ça sur un réseau me vaudrait 5 ans de tôle. Au moins. Ah, zut… je l’ai écrit ! En ligne et tout. Bon, vous venez me choper ?

Subversive, la bouteille de Gevrey Chambertin Les Cazetiers de Philippe Nadeff que je viens de m’enfiler. Le millésime 2005, soit une parcelle d’éternité vieille de 60 ans. Je suis ivre. Qu’il est bon d’être ivre. Qu’il est doux de transgresser. Qu’il est sain de vous dire merde à tous, tas de gnous aseptisés.

Quand j’étais jeune, ce vin était un mur. D’une épaisseur folle, d’une densité telle qu’il ne daignait pas se faufiler entre vos papilles. Muet. Maintenant, il affole mes souvenirs de cerisiers et de buissons de framboises et de myrtille. Et le Père Dumas avait raison

« Rien ne fait voir l'avenir couleur de rose, comme de le contempler à travers un verre de chambertin.»

 Il m’enveloppe de parfums exotiques de résines et de sèves rares. Il embaume la cave de truffe, d’épices marocaines, d’un peu de pierre mouillée aussi. Ce pif là mes petits amis, c’est le catalogue du passé mort et enterré. Que dire de ce vin ? Je ne peux en hommage que lui offrir c’est paroles intemporelles du Grand P.D. comme il s’appelait lui-même et dire qu’il était

 « Sublime. Rouge et doré comme peu de couchers de Soleil. Profond comme un la mineur de contrebasse. Éclatant en orgasme au Soleil. Plus long en bouche qu'un final de Verdi. Un si grand vin que Dieu existe à sa seule vue. »

Digression : quand j’étais gosse, on allait chapardé des pommes goûteuses et odorantes dans les vergers. Dans les vergers, il y avait des vaches. Les vaches faisaient caca, sur les pommes parfois. Des pommes pleines de bosses, de griffes, de tavelure, de boue et de merde. Et nous les ramassions. Nous les mangions. Bouh…. Activiste ! Remise à niveau ! Section bonnes pratiques prophylactiques.

Et puis mes amis, ce nectar là, il fait son nid duveteux dans votre bouche et y reste pendant des heures. C’est une caresse, un baiser volé à la fin d’une nuit d’été. Un été d’il y a 60 ans, époque où il arrivait aux nuits d’été d’être tièdes après des journées torrides.

Ce vin né sur les coteaux de Gevrey, là où aujourd’hui s’étendent des Ha de terrains de golf luxueux réservés à l’élite du parti, ce jus de 2005, année de naissance de mon fils, je le gardais pour le boire le jour de ses 20 ans. Nous ne l’avons jamais partagée.

Mon fils est un militant de la première heure. Il ne boit pas d’alcool, ne mange pas de viande. Bien sûr, il ne fume pas. Et il a sa carte du parti. Et ses enfants sont de jolis robots tout propres qui croient tout ce qu’on leur débite sur le net. Ils regardent leur Grand Père comme une vieille chose malsaine abandonnée au fond d’un quelconque musée des horreurs. Pourtant, aucun de mes charmants rejetons ne sait pour mon « souterrain ». Ma femme non plus. Mais ma femme, il y a longtemps qu’elle est partie. Apparemment, je suis devenu un insupportable vieux con à la longue.

Il y a trente ans, quand tout a basculé, après la Grande Insécurité, j’ai eu une sorte d’éclair de lucidité (au moins un dans ma vie). J’ai construit mon abri dans le plus grand secret. Un salon avec une bibliothèque et une cave attenante. Et si mes rejetons savaient, ils me dénonceraient à une des ligues chères à notre bon président Sarko. Et je passerais quelques années dans un centre de remise à niveau. Je deviendrais un gentil légume. Un légume tout propre et sain, mais une adorable courge quand même.

Puis, je pense pour ne pas perdre complètement mon fils, je me suis inscrit au parti. Je suis devenu un de ses cadres régionaux. Je me suis fait pas mal d’argent. J’ai pu bénéficier, avec mon oseille et ma carte, des meilleurs égards de la médecine moderne. J’ai beau avoir 95 ans, j’ai le corps et la santé d’un gars de 40 ans. Les médecins m’ont annoncé que mon ravalement de façade et de plomberie tiendrait une bonne trentaine d’années.

D’ici là, m’a annoncé le grand échalas tout sec qui a supervisé les opérations, la technologie aurait évolué me faisant repartir pour 50 bonnes années.  Bref, je suis virtuellement immortel comme beaucoup de mes contemporains apathiques. Une immortalité extrêmement longue, surtout vers la fin. Une immortalité sans vin, sans barbecues, sans potes autres que virtuels, sans livres couillus (est-ce que la nième biographie du président à vie Jean Sarkozy peut être considérée comme enrichissante ?). Un immortalité très, très chiante. Je vais vous révéler un truc sur l’immortalité. Si on n’y prend garde, elle vous tue à l’intérieur, là où ça compte vraiment de vivre. Immortel, on se lève le matin sans urgence. On remet si facilement au lendemain, au mois prochain, à l’année prochaine, au reste de son long temps à vivre, jusqu’à ce que nos jours, tous nos jours soient vides et mornes.

Mais il y a pire. Immortel, nourri (mal, mais suffisamment), blanchi, bien calé devant un écran à recevoir des "nouvelles"  de tes potes virtuels, tu te retrouves dans une bulle douillette, assoupi, tout mou. Les rares moments où tu te surprends à gratter la pellicule du bonheur new style, tes rares moments de lucidité, quand tu te bourres la gueule en secret, quand tu lis des œuvres subversives du passé terne qui brille pourtant du vernis des souvenirs attendris, tu t’aperçois qu’il manque des choses à ta vie de rêve sans maladies : le rire, la folie et surtout l’espoir. Il y a longtemps que je n’espérais plus rien.

Comment en est-on arrivé là ? Je n’en sais rien. Sans coup d’état, sans violence, de notre plein gré semble-t-il. Le sarko, nous l’avons élu. On n’a rien vu venir.

Je pense que ça a commencé dès les années 1990 puis les 10 premières années après 2000 ont été cruciales. On fumait, on se saoulait, on mangeait des steaks grillés avec des sauces délicieuses pleines de lipides, les petits gars. Il n’y avait ni blogs, ni facebook, ni real friend. On rencontrait des gens, on les touchait, on les embrassait. Et des fois on se faisait même frotti-frotta sous la couette ou dans un bois, une grotte, du foin. Des tas d’endroits avec des germes.

On avait des potagers. Mon voisin faisait son miel. Hé, les jeunes, vous voulez que je vous achève ? On mangeait même des fromages au lait cru avec du lait qui sortait du pis d’une vache et on laissait les frometons dans des caves humides se couvrir de champignons pour que le goût et le bonheur s’invitent dans leur croûte.

Petit à petit, on nous a appris que vivre était dangereux. Les premiers à en avoir pris plein la gueule, ce sont les fumeurs. J’étais content, je n’ai jamais pu supporter la fumée de cigarette. J’aurais du me méfier… ils n’étaient que les premiers.

Bientôt, on nous a dit que toutes nos habitudes alimentaires étaient malsaines : boire de l’alcool, manger gras, manger de la viande, manger des choses sanitairement libres. Quand j’y pense, ça venait de partout : déclarations de ceci pour les apiculteurs, déclaration de cela pour les laitages crus. Interdiction n° untel pour les producteurs d’œufs. Interdiction de produire et échanger ses propres graines. Interdiction des préparation bio non homologuées (la fameuse croisade de l’ortie en 2015). Après, ils sont descendus dans nos potagers, nos caves, nos frigos. Pour contrôler. Pour interdire. Pour notre bien. Pour que nos vies soient longues et nos nuits douces et surtout qu’elles ne coûtent pas trop cher à la sécurité sociale.

Et nous petit à petit, absorbés par nos boulots, notre santé, des milliers d’émissions télé pour veaux et surtout le web et les nouvelles amitiés virtuelles (ah, les réunions de salon en 3D holo de real friend !), nous avons petit à petit perdu notre capacité à réfléchir, à nous indigner, à nous rassembler. Nous avons laisser faire. Surtout qu’il y avait les épidémies, l’islamisme, l’insécurité, le terrorisme, la pollution. Il fallait bien que quelqu’un nous protège non ?

Mais le pire évidemment, ça été le réchauffement. La fonte des calottes polaires. La montée lente mais inexorable et beaucoup plus conséquente que prévu des eaux. En 2012, les premiers travaux sérieux de protection de la côte ont été entrepris. Mais en 2018 déjà, de nombreux spécialistes s’alarmaient de l’insuffisance des travaux. Deux ou trois inondations catastrophiques plus tard, les autorités européennes ont décidé la construction de la Grand Digue de l’Atlantique. Une muraille colossale allant du cap nord à Istanbul. Chaine de digues, dunes, digues mobiles… Ces travaux monstrueux, un capitalisme de plus en plus sauvage, le vieillissement de la population ont vite eu raison des budgets européens.

Une grande période d’instabilité s’en est suivie entre 2022 et 2028. La Grande Insécurité. Si dans les classes aisées et moyennes, nous étions déjà lobotomisés et passifs, à la base, ça crevait de faim et de misère. Je pense que si nous les avions rejoint, le monde aurait basculé. Mais nous sommes restés le cul calé devant la télé à regarder le journal de 20 heures présenté par Zemmour. Et le parti du renouveau est arrivé. Conglomérat de partis très à droite, à droite et décomplexés, régionalistes, nationalistes divers et variés… Il est arrivé et nous a dit : laissez-nous faire, tout va s’arranger : l’eau qui monte, l’insécurité, la pauvreté. Fermez juste les yeux deux secondes et quand vous les rouvrirez, tout ne sera que calme et volupté. On a voté. Et on a fermé les yeux. Et quand nous les avons rouverts, la Grande Digue nous protégeait de la mer, les pauvres étaient rentrés dans leurs banlieues, Jean Sarkozy était notre Président et notre vie était réglée comme du papier à musique : de l’eau aromatisée, du pain sans gluten et des jeux télévisés. Le bonheur.

Je vide la dernière lampée de mon Cazetiers. Il va encore vivre deux ou trois minutes dans mon gosier et puis il aura disparu. Pour toujours. C’était peut-être le dernier exemplaire de cette œuvre d’art sur terre.

Mais je souris. La digue a lâché. Les autorités sont désemparées. Apparemment même si personne n’en parle plus, il y avait encore des banlieues avec des pauvres vindicatifs dedans. Apparemment le troupeau des immortels aisés a cessé de bêler.

Les gens n’étaient pas tous lobotomisés. Ils sont dans la rue. Ils dressent des barricades. Ils se battent. Et moi, j’ai un pistolet. Et moi, je ne veux plus être un spectateur. Un type terré dans sa discrétion. Et moi, je vais les rejoindre. Et lutter. Et mourir, peut-être. Et pour la première fois depuis longtemps, j’ai peur de mourir. J’espère continuer à vivre longtemps.

J’espère que le parti du renouveau va être renversé. J’espère que les insurgés ne me verront pas juste comme un membre du parti. J’espère que je saurai me servir du flingue. J’espère que je pourrai acheter un petit lopin de terre et y planter de la vigne.

J’espère.

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 11:52

 

 

Savennières Cuvée d'Avant 2005.

Château de Chamboureau

 

L’hiver était trop long, trop froid. J’ai eu envie de mettre de la lumière dans mon verre. Et puis, quand il flotte dans l’air comme un parfum bleu, j’ai envie de Savennières. Ne me demandez pas pourquoi. C’est comme ça. Rapport aux pommes peut-être. Et aux souvenirs qu’elles amènent.

J’ai remonté de la cave une Cuvée d’Avant 2005 du Château de Chamboureau. J’ai acheté cette bouteille en grande surface. Je ne suis jamais allé sur les bords du Layon. Je ne connais pas ce pays. Pas de délit de nostalgie donc.

Je suis seul ce soir et j’ai le temps et le silence pour moi.

Je regarde la pâle teinte de paille claire du liquide dans mon verre, les reflets dorés. Déjà, les moucherons dansent pour moi dans le soir naissant d’un été lointain. Mauvais signe. Je ferais mieux de laisser mon verre et d’allumer la télé. Mais cette lumière dans le verre m’attire, cette transparence parfaite m’invite à passer au travers.

 

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Pauvre de moi, je porte la chose au nez. De prime abord on se dit, "ça sent bon". Et on devrait en rester là. Ne jamais trop fouiller.

Puis subtiles mais nettes et bien détachées, les effluves se précisent. Quelque chose qui évoque un panier du verger bien mûr, des cailloux, du miel. Je devrais vraiment arrêter. Mais je secoue le verre et j’y replonge le pif. Personne pour m’observer ce soir. Je peux jouer sans complexe à la gorge profonde et au long nez averti.

Alors éclatent les oranges et les mandarines de la Saint Nicolas et surtout un parfum envoûtant de chèvrefeuille. Pas les chèvrefeuilles. Pas eux, qui poussaient si abondants sur le chemin…

Chèvrefeuilles embaumant mes vêtements lorsque je les frôlais à dessein en descendant la côte…

Et puis plus rien. Rien qui ait un rapport avec l’hiver et ce verre. Il apparait là dans ma tête, ce fichu parfum qui m’essore si bien le palpitant. Ce foutu parfum à la fois beau et malfaisant qui accompagne toujours les chèvrefeuilles dans mes regrets. On voudrait le suivre plus loin dans les marécages même si on sait que là-bas, au fond, il y a quelque chose de tapi. Peut-être.

Le monde était plus coloré. Le ciel était plus bleu.  L’herbe était plus verte. Le soleil était plus brillant et plus chaud. Les odeurs étaient plus suaves et les sons plus doux. Ma vie à son aube ne connaitrait pas de fin.

 

Wachnet 3

 

L’eau cristalline glaçait mes pieds nus.

Dans le vallon humide, la fraîcheur se superposait nettement à la chaleur de fond de l’air estival. Les deux sensations se chamaillaient la possession de ma peau. Des filets d’eau couraient partout dans l’herbe drue et grasse entre le ruisseau bruyant et les mares immobiles. Doucement, avec un calme et une patience presque déplacés chez un enfant de 10 ans, je m’approchais de l’amas grouillant de formes noires dans la mare, froissant des menthes aquatiques aux toupets bleus, des cressons luisants, des véroniques cireuses, des canches veloutées.

 

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L’odeur qui emplit mes narines est encore aujourd’hui imprimée dans mon cerveau, entêtante, divine, et en même temps sauvage, inquiétante, légèrement malsaine. Un mélange de Menthe poivrée, de Reine-des-Prés camphrée, d’herbe humide, de vase putride et de miel. 

Je suis maintenant au milieu de la mare. Fasciné, j’observe longuement les têtards de grenouille rousse qui grouillent sur les feuilles en décomposition. Je sais que ce sont des grenouilles rousses car quelques mois plus tôt je suis venu les observer au petit matin, s’accoupler et pondre. Le soleil atteint l’horizon et les hampes des canches, les dentelles arachnéennes et les milliers de moucherons frénétiques se fondent dans la lumière brûlante et  se teintent d’or et de feu. Bientôt, les odeurs de la nuit, chaudes et sensuelles, chèvrefeuille lascif, Eglantine délicate, blé natif, remplaceront celles du crépuscule. Et puis, les bruits feutrés dans les ombres, les étoiles et la tiédeur d’une nuit de juin.

Je m’entends encore respirer mais de loin. Soudain une bûche éclate dans le feu et je reviens à mon Savennières. C’est que j’ai des notes à prendre pour remplir mon blog moi.

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Et si on buvait un coup ? Comme je l’aime : perceptiblement gras mais avec une acidité qui grandit dès le vin installé en bouche et qui rend la finale vive. D’abord je ressens ce semblant d’oxydation des Savennières jeunes, oxydation qui n’en est pas, puisque ça disparait à l’aération. Et puis, alors que lentement, mais sûrement je replonge dans le passé, ça éclate : pommes, cire, miel, orange et mandarine, puis la poire même. Mon Pays de Herve. Et enfin de la réglisse de chez l’épicier du village, mort depuis longtemps. Et même le vin disparu, tout ça s’accroche à mon palais pendant…

 

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Un triton tacheté de jaune et strié de bleu passe sur mon pied nu. Je pourrais rester là des heures, happé par cette vie bruissante et par la lune qui se lève, mais il faut que je m’ébroue.

Je n’ai que 10 ans et même si 1996, est encore loin dans le futur, je ne peux pas traîner dehors la nuit. Dans deux ans oui, mais pas maintenant.

Alors je me hâte de retourner vers mes chaussures, sans oublier de cueillir un brin de menthe pour la route, de humer le parfum si spécial de ce vallon de Booze, d’écouter encore une fois le ru tintinnabuler. Puis je prends le sentier secret qui passe sous les deux ponts en longeant le Bolland, délicieux moments de terreur enfantine plongés dans l’obscurité grandissante, me faufilant entre les buissons de ronces et les orties.

Puis je rejoins la route et je reviens chez moi par le ponceau de fer de Burdocuisine, où il fait si bon s’asseoir et contempler l’onde des heures durant en été, protégé du cagnard par la tête chevelue des vieux troncs des saules têtards, et par la côte de Hergicourt à l’herbe si rase et aux entrelacs de chèvrefeuille si tentant.

 Enfin, j’emprunte le chemin creux et rocheux qui s’enfonce dans le Val du Bacsay, que je remonte parmi bosquets, prés et fourrés jusque chez moi, dans l’espoir de surprendre un lapin, un renard et de voir les premières lucioles divaguer dans la douceur de la nuit.

 

Wachnet Selys

 

Abîmes. Gouffres aux parois vertigineuses. Les yeux perdus, le regard vide, la tête ailleurs, je me tiens à même l’arête, les doigts de pieds au-dessus du précipice alors que des mottes de terre et des cailloux gris dévalent déjà.

Je suis là comme un con, mon verre de vin en main, prêt à tomber. Je crois bien que je sens une larme sur ma joue. Mais la chute ne me fais plus peur.

Je regarde le petit garçon traverser les prés, SES prés, dans son cœur au moins, en se glissant sous les fils barbelés. Là, ce sont les grands frênes têtards sur la plate-forme desquels le gamin tient sa base secrète. Ici, ce sont les immenses poiriers Saint-Remy qu’il regarde rougeoyer dans les soirées d’automne depuis son antre perché. Ces poires Saint-Remy immangeables crues, sauf au printemps quand un hiver dans le fruitier les a ratatinées et ramollies. Ces poires qu’on cuit doucement au four avec du beurre, de la cannelle, du sucre brun et parfois du sirop de Liège.

Mon verre est vide. Je le remplis à nouveau. Elle est grandiose cette cuvée d’Avant. Un vin très long, parfumé, équilibré. Pourtant, j’ai déjà bu, je crois, de meilleurs Savennières encore. Peut-être est-ce moi ? Peut-être est-ce la lune ? Le hasard d’une conjonction improbable.

Mise en abyme. Connerie de nostalgie. Imbéciles de soirées de novembre. Foutu vent qui cogne aux fenêtres. Feu débile qui crépite.

Putain, ce gosse, j’ai envie de le rejoindre, de le prendre par la main comme si c’était mon fils et d’aller aux grenouilles avec lui.

Mais le verre se brouille, le précipice recule. C’est passé.

Le lendemain, le vin reste délicieux mais ses parfums sont plus simples et plus brouillés. L’équilibre est peut-être un peu plus rond. On a quitté le fil de la perfection.

Quelque part entre ce temps des grenouilles, ourlé et flou à la David Hamilton et maintenant, le vallon de Booze a été remblayé, les poiriers ont été tronçonnés et les rares lucioles qui restent, c’est entre les villas cossues et moches qui ont tué les vergers qu’elles divaguent.

Mes parents déclinent trop tôt, mon fils grandit trop vite et moi je suis là comme un con au milieu, pas encore adulte mais loin de mon enfance. Perdu entre mon boulot, ma baraque à retaper, mes enfants, mes factures. Trop loin de mes sentes dérobées, de mes sylves songeuses et de mes ruisselets oisifs.

Un jour, je chausserai de nouveau mes bottines. Je reprendrai le sentier. Un jour, j’accompagnerai mes enfants sur les layons secrets, s’ils existent encore. Mais ils existent toujours quand on garde des yeux d’enfant. Ils les découvriront. Mais moi, saurais-je les retrouver ?

Elle tourne, on le sait. Mais elle avance aussi. Et quand la roue finit son tour, on ne revient pas vraiment au point de départ, n’est-ce pas ?

 

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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 17:41

 

2.       Le web du vin est un vaste monde tout petit : portrait à la louche

 

Une question, me taraude les synapses depuis le début de ma passion (20 ans ma bonne dame !).

 Le terroir… Cette fameuse gueule que doit avoir le produit authentique qui vient de là-bas ? C’est quoi comment qu’on le reconnait-on dis donc ? Bref, peut-on reconnaitre, infailliblement, invariablement, à l’aveugle, ce fameux terroir dans un vin ? Probablement ai-je trop regardé "l’aile ou la cuisse" étant petit.

  chenin Mt Louis

Et de ce côté-là, les livres et les guides que je connaissais par cœur à force de les lire aux chiottes, cet ultime rempart de la tranquillité bibliophile du jeune papa impliqué, me laissaient un peu sur ma faim. Alors comme tout trentenaire du 21 siècle qui se respecte, j’ai tenté un jour d’étancher ma curiosité sur le net. Et là, j’ai découvert tout un monde foisonnant de sites, blogs et autres forums. Un monde assez réjouissant de diversité. Et cela fait 5 ans que je traîne sur les sites webs vineux, les deux grands forums francophones continentaux d’abord, les blogs ensuite et depuis peu les profils de derrières caprins.

Si ma faim de réponses reste grande, j’ai découvert un monde étonnant d’amateurs éclairés ou non, rigolos ou non, sympas ou non. Et plus, j’ai découvert que dans le monde du vin comme dans tous les mondes, le génie de l’Homme avait érigé quantité de chapelles. Toutes sortes de chapelles, calvaires et autres potales.

Des hédonistes romantiques, des naturistes vindicatifs, des biodynamistes vibratoires, des minéralogistes de fond, des acidophiles acidulés, des épicuriens sinon le plaisir, des croisés du bannissement du sucre, des huns de la rondeur facile, des adversaires du maquillage forestier, des rationalistes convaincus, des archéodégustateurs libéraux amateurs de coquilles sur la tête… Bref de tout. Mais surtout, je rencontrai des points de vue et des approches du vin totalement différentes voire opposées à la mienne. Et ça c’est enrichissant, parce que cela nourrit l’essentiel de ce qui devrait faire un "honnête homme" : le doute !

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Cette foule bigarrée se donne pour autoethnonyme le générique "d’amateurs-hédonistes-humbles-passionnés-authentiques-qui-paient-eux-mêmes-les-bouteilles- qu’ils-commentent". Enfin en gros quoi.

Evidemment,  à côté de ces amateurs-hédonistes-etc, je découvrais également une faune plus ou moins assumée de professionnels, semi-professionnels ou gens qui touchaient sérieusement à la chose (et Dieu qu’ils avaient bon !).

Des critiques pointus, des vignerons ronds (et des vigneronnes girondes), des sommeliers anguleux, des cavistes carrés, des membres-très-connus-de-clubs-très-respectables, des vignerons-blogueurs issus du corps professoral, des journalistes bougons. Il y a même John Malkovich qui écrit sur le vin !

Faune plus ou moins assumée car il faut aussi mentionner dans notre bestiaire la gent moins glorieuse des cryptocavistes ambidextres qui écrivent à quatre mains (les lpviens verront de quoi je veux parler), des poètes incompris dont la prose ombrageuse noircit des propos obscurs, et mêmes des Docteurs "Horroris cauda" de l’esbroufe circonlocutionnelle.

Un petit monde avec la main sur le cœur, cultivant l’humilité et le respect, car le vin dans sa complexité apprend à rester simple, humble. Remets-moi donc une lichette de Haut-Brion que je taste sa minéralité, Roger.

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Cependant, pour que la lumière brille, il faut des ombres à faire reculer. Et au génie bâtisseur de chapelles de l’homme s’oppose l’imbécilité de vouloir les défendre à tout prix, même celui de la perfidie.

Et aux croix d’occis à défendre, il faut ajouter les copinages, les amitiés sincères et le sourire enjôleur de ceux qui ont quelque chose à vendre sans l'avouer. Parce qu’amateurs purs ou pas, il y a du grisbi qui circule dans le monde webo-vinesque. Il y a des enjeux mes preux et aussi des ego et aussi de la mauvaise foi, de l’humain quoi.

Et régulièrement d’une chapelle à l’autre on s’adresse petites phrases assassines, jugements à l’emporte-pièces, fatwas irrévocables… et le verre tremblote de plus belle (voir l’image du tyrannosaure avant -hier).

Picrocholin (qui, en terme d’expression passe-partout est au web vin ce que révolution copernicienne est à la politique belge) et bien mesquin. Banal.

Mais c’est un peu comme le caillou dans la chaussure : aussi insignifiant soit-il, au bout de 10 km, il agace.

En vrai, le vin a beau n’être que fête, humilité et partage, on s’oppose, on campe sur ses positions, comme pour n’importe quel autre sujet. On trace des limites et on se retranche loin dans son idéal. En  dichotomisant, on se place, on se distingue. Souvent, si vous n’êtes pas « pro » vous êtes forcément « anti ». Que les ventres mous qui expriment leurs doutes aillent en enfer.

 

Et c’est ainsi que vous vous devez d’être :

Un Naturophile vibratoire OU un infâme gargotier chimiste.

Un adorateur friqué d’étiquette OU un ignoble gauchiste iconoclaste.

Un mou du bulbe adorateur de coca OU un chantre lettré de la fine acidité minéralogique.

Un professionnel sage et docte OU un galeux amateur à grande gueule.

Un vigneron bidouilleur OU un pur apôtre naturiste.

Et la dernière en date, un pochtron sympathique et audiardisé (doit avoir des copyrights, mais bon) OU un ponte sérieux qui s’autorise des avis éclairés.

 

Avouez que dans ces conditions, il est difficile d’être juste un gars qui s’ouvre une bonne bouteille et se la descend. Avouez que dans ces conditions, le débat se transforme souvent en siège. Et le débat de siège, je laisse ça à Rika.

Et de voir les chapelains nous parler d’une main d’humilité, de joie et de partage tout en nous signifiant fermement de l’autre main, que leurs certitudes sont les bonnes, les vraies, que c’est pas pour nous, qu’on est des bouffons, qu’il n’y a qu’une vérité, la leur.

Que le bio c’est mieux que tout ou que le bio, c’est de la merde, que les ondes et la minéralité, il n’y a que ça de vrai, qu’hormis Bordeaux et la Bourgogne rien ne mérite la grandeur, enfin tout dépend de la chapelle.

Et de leur troisième main (la pire parce qu’on ne l’attend pas) certains chapelains nous inondent de leur prose sentencieuse, introduite, ampoulée, intimidante pour définitivement persuader les besogneux que le bon glouglou, c’est pas pour eux.

Car en vérité je vous le dis, moi ce que je trouve à chier dans cette vinosphère internet, ce sont  ceux qui se prennent au sérieux.

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En 2010, surfer sur le net, à de belles exceptions près heureusement, sur les blogs vineux et sur les forums, m’a parfois donné l’impression que le bien vivre, le bien boire, le bien manger, c’était pas pour moi. Pas pour les "pauvres", pas pour monsieur tout le monde, pas pour les rigolos.

Le bon vin, c’est compliqué, cher, compassé (même pour les idiots de demain), horriblement chichiteux et serré du cul . Que les petits cons laissent travailler les grandes personnes sérieuses.

Et donc, en 2010, il a été rappelé plusieurs fois aux jeunes décérébrés non introduits  et pas autorisés qui font frissonner le web en général et la blogosphère en particulier, que le vin était une chose très sérieuse, si possible réservée à des gens avec bagage et valises sous les yeux. Exit ces petits amateurs qui écrivent peut-être mal et sans recul mais qui font enfin sortir le vin et le bien boire en général de son carcan maniéré et poussiéreux réservé aux cadres, aux arrivés et aux introduits divers.

Ca me déprime. Et si je ne m’intéressais que de loin au vin, il est probable que toute cette docte prose m’en éloignât encore.

On peut râler contre l’indigence de certains écrits sur le vin. Moi ce qui me titille, c’est la masse de choses hallucinantes de sérieux ridicule, de savoir autoproclamé, de certitude définitivement hasardeuse, de hautaine suffisance qui sont souvent écrites sur les forums francophones et les blogs qui parlent de vin. Par des amateurs comme par des pro.

La floraison de rigolos et de zigotos parlant de vin sur la toile me réjouit : des mecs d’un âge certain qui fument le cigare, des nounours barbus, de jeunes et jolies filles, des informaticiens et même des pharmaciens suisses. Et cela aux côtés des increvables, jurassiens et naturellement pétillant  (Sûr que ça fera plaisir à l’intéressé) ou journalistes français soignant leur belgitude. Des mecs qui ont le vin festif, simple, décomplexé, parfois râleur. Une pétulance réjouissante qui montre que le bon vin n’est pas forcément cher, compliqué et réservé à des types très cultivés en costard cravate qui dissertent , la mine grave et entendue, pour savoir si dans la partie est du cru de machin truc, c’est la minéralité du sol vivant ou la race du cru de ma sœur qui domine.

Je ne suis pas sûr du tout que la catégorie des sérieux "élargisse le domaine du vin". Ils sont des sources inépuisables d’information, que je consulte et que je bénis mais quand on n’est pas passionné, qu’on débute… il faut autre chose. Les gugusses sont là pour ça.

De plus, le monde diversifié de la toile vineuse devrait se serrer les coudes et appliquer à la lettre les principes de partage et d’humilité revendiqués. Au lieu de se demander qui écrit bien, qui écrit mal ou s’il faut dire oenoblogs ou bloglouglou.

Parce que pendant ce temps-là, les salauds, les vrais, les annihilateurs, non pas de la liberté de penser mais de l’envie de penser, ils bossent. Tous dans la même direction. Ils sont nombreux. Il y a les prohibitionnistes, les hygiénistes, les végétaliens, les alicamentistes, les enragés climatiques. Pfiou, ça se bouscule au portillon.

Non pas que ces gens là oeuvrent forcément ensemble, ni qu’il s’agisse d’un complot organisé. Non. C’est bien là le pire. Tous ces gens-là reflètent juste notre époque. Ils dérivent sur l’air du temps. On ne peut même pas leur en vouloir.

C’est plutôt au ramassis de veaux qui écoutent qu’il faut en vouloir, nous en l’occurrence. Tas de gnous qui voulons être rassurés, qui voulons avoir des chiffres, des certitudes : le nombre de portions de légumes par jour, la quantité de polyphénols actifs dans un vin, le nombre de verres journaliers au-delà desquels on attrape un cancer du larynx ou une luxation du coude.

On veut des pourcentages de risques qu’on ne comprend pas.

On veut des degrés de réchauffement de la planète dont on ne sait que faire et qu’on oublie au moindre hiver frais.

On veut des volumes de gaz émis par les flatulences vaches des ruminants.

On veut des étiquettes, des traces, des papiers et des certitudes quant aux risques de boire du lait cru, d’acheter une maison en bord de rivière, de manger un fruit pas bio, de faire des enfants…

Une époque où on ne veut plus attendre, où on ne peut plus ne pas savoir, ne pas voir. Il faut des résultats, des chiffres, des assurances, du risque zéro et tout de suite encore… Alors faut que ça bouge, faut que ça interdise, faut que ça prohibe.

Un peu d’insécurité ? On expulse les Roms. Des illégaux en masse en Grèce ? On construit une clôture. Des risques avec la fièvre Q pour les enfants en Belgique ? On interdirait bien le lait cru. L’alcool est un poison, emmerdons tous ceux qui font un produit contenant de l’alcool d’Heineken et Martini au petit vigneron sur son terroir. Et bien d’autres encore… C’est tout de même plus facile de s’asseoir sur des certitudes simplistes que de se perdre dans l’océan du doute non ?

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Alors chaque fois que je vois les doux dingues qui osent encore aimer et crier leur amour pour une chose aussi maléfique que le pinard se vautrer dans l’acerbe, j’ai envie de crier Sarajevo !

C’est une image de nonchalance, de bien-vivre, d’humour, de douceur de vivre qui devrait crever l’écran. Chaque fois que les mesquineries, les rancoeurs, les idées préconçues prennent le dessus, les "autres" marquent des points.

J’exagère ? Hé les mecs, c’est la guerre là-dehors. La guerre contre l’air du temps, le temps qui court vite, la guerre contre les habitudes. La guerre d’un monde vineux, d’un monde du bien vivre qui s’écroule malgré les subsides, qui ne séduit plus ni les "masses" ni les jeunes. J’exagère ? Demandez-donc à ce vigneron qui a décidé d’arrêter, Olivier B. Et à tous les autres qui ne le disent pas.

Un de mes souhaits les plus fervents pour 2011, c’est que les gugusses festifs et les autres continuent dans la diversité de leurs goûts et de leurs plumes (du littéraire véritable au langage texto) à mettre le bon vin à la portée d’un peu plus de monde. A faire sortir le bon vin du monde du vin. Peu importe qu’ils écrivent bien ou mal, qu’ils vidéotent, qu’ils poétisent, qu’ils me plaisent ou me donnent de l’urticaire. La diversité des rédacteurs ne peut amener que la diversité des publics. et s'ils me cassent les pieds, qu'ils écrivent de plus belle. J'aurai la satisfaction de pouvoir râler dans mon coin.

Le bon vin, celui que les vignerons façonnent et que les amateurs dégustent, est fête, amour, tristesse, sueur, beauté, miracle, plaisir, émotion, larmes, déception… Mais le bon vin n’est pas sérieux.

En 2011, sérieux et imbéciles, vrais gourous et tigres de papier, pochtron et terroiristes pointus, donnons nous la main et comme de petites fourmis insignifiantes mais unies (et c’est un Belge qui vous le dit) distillons notre message si simple : Assieds-toi, goûte ça et arrête de courir deux secondes : la vie est belle !

Et de manière plus générale j’ai un souhait pour 2011 : que le bien vivre fasse un peu reculer la malbouffe, la merde à manger toute prête et faussement bon marché.

Mais j’oubliais, en 2011, on va travailler plus pour gagner moins, du coup on aura encore moins d’argent et de temps à consacrer à la nourriture, au plaisir de s’asseoir tous à table en famille et de parler pendant qu’il en est encore temps, de rire et de regarder le soleil se coucher, encore moins de temps pour s’arrêter et se dire que la vie est belle et qu’il faudrait qu'elle dure plutôt que de se durcir. Du coup, plutôt que d’acheter de bons produits de base sains et gouteux à moyennement cher, on prendra des trucs préparés avec un air de pas cher et facile. Et on entendra pleins de cadres sympas nous vanter les mérites de Daily traiteur à la radio. Et puis on boira de l’eau. L’eau c’est fort, ça porte les bateaux.

Bambi et les bisounours ? Peut-être. Je ne suis pas sûr qu’ils aiment le vin cependant. Et puis Bambi Bisounours, ça fait B.B. comme initiales. Même si vous n’êtes pas des ânes, je ferais gaffe à votre place…

Mais bon, de toute façon dans une heure l’internaute aura tout oublié…

PS : Aux chroniqueurs, journalistes, blogueurs, même jurassiens qui se seraient reconnus dans mes fines (???) allusions, surtout ne m'en veuillez pas : c'est ma façon de complimenter.

 

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 16:20

1.       Plantons le décor.

Rétrospective 2010 et bonnes résolutions pour 2011, première. Aujourd’hui, et demain et après, parce que je n’arrive plus à arrêter d’écrire, je m’étalerai lascivement sur le monde internet du vin en général, sur la blogosphère vinique en particulier, théâtres épiques d’escarmouches aujourd’hui comme de tout temps.

Un beau jour ensoleillé, sur les bords de la Seille, j’ai rencontré le vin. Le bon. Enfin, le bon… Celui qui a la gueule de l’endroit où il est né. C’était il y a 20 ans. C’était hier. Depuis, je suis resté un modeste amateur qui est pleinement conscient qu’il ne sait pas grand-chose. Pour en savoir plus et devenir un amateur éclairé, il me faudrait plus d’argent, plus de temps, moins d’autres passions.

Entretemps, mon parcours professionnel m’a amené à étudier la promotion des produits de terroir, surtout de production fermière. Je me suis rendu compte que ce secteur connaissait des problèmes similaires au secteur des vins de terroir. Le problème essentiel reste que le bien manger et le bien boire ne font absolument plus partie des priorités de la plupart des gens. Si on constate que le terroir a une bonne image, plus saine, plus goûteuse, il n’y a qu’une part du public qui est prête à investir un budget et du temps dans la démarche d’aller vers des produits de qualité qui expriment le lieu où ils sont nés. Le terroir garde une image élitiste, chère, précieuse. C’est particulièrement vrai dans le domaine du vin. Il n’y a qu’à voir en France LE pays du vin où l’essentiel des achats de vin se fait en grande surface avec des bouteilles à moins de 3 euros. Contraste saisissant avec le prix que les amateurs sont prêts à mettre dans une bouteille et qui paraissent ridicules pour les non passionnés.

Il est impensable de faire comprendre à des non passionnés comment on peut mettre plus de 10 euros dans une bouteille de vin, surtout si elle vient d’une région peu connue (pas la Bourgogne et Bordeaux quoi… et encore, la Bourgogne…). Cela dit, j’ai moi-même du mal à comprendre qu’on puisse mettre un mois de salaire dans un écran plat, mais bon…

Et on assiste impuissant à une dichotomisation de plus en plus grande entre les produits de masse (qu’ils soient immondes, bio, de qualité) et la vraie production artisanale, locale, de terroir. La première pour monsieur et madame tout le monde. La seconde pour un public restreint, argenté, passionné, impliqué. Peut-on inverser la machine ? Je me le demande. Tout ce qu’on peut espérer, c’est augmenter la part de marché du second type de produits, élargir ou préserver la gamme, les prix, la clientèle, les rendre accessibles à plus de gens. C’est une question de prix bien sûr, mais surtout de rencontre et de disponibilité et finalement d’éducation, simplement. C’est vrai pour les boucheries à la ferme, les légumes bio fermiers, le fromage au lait cru et… le vin. Pour cela les recettes ne sont pas multiples : qualité irréprochable des produits, sourire de la crémière et… une bonne image : saine, conviviale, vraie, proche. Et surtout un travail informatif et publicitaire de fourmi, long et ingrat. Parce que communiquer coûte cher, parce que dans le désert, il y a de l’écho, parce que 5 minutes après, vous aurez tout oublié.

Le rapport avec le web vin ? J’y viens.

Le domaine du vin est particulièrement privilégié d’un certain point de vue par rapport par exemple au fromage, à la viande… Le vin a son aura, ses gourous, ses guides et… un secteur internet bouillonnant. Un peu trop bouillonnant. Ou pas encore assez.

Trop, parce que les guéguerres entre chapelles, gourous, bio-pas bio ne font que brouiller l’image et rendre le secteur moins sympathique aux yeux des non convaincus prêts à faire le pas. Pas encore assez parce que tous ces jeunes blogueurs fous qui envahissent la toile pour le moment (tel Christian le Poète) ou depuis un moment (tel l’infatigable Olif) sont à mon sens pain béni pour rendre plus accessible à un public diversifié la mythique semence de Bacchus (mouais, le sang du Christ, c’est quand même plus soft comme image).

Si le monde internet du vin veut se borner à un monde de spécialistes pour les spécialistes, il est sur la bonne voie. S’il veut s’ouvrir à un public moins pointu, il s’améliore mais a encore de la marge.

Depuis quelques semaines, la blogosphère vinique marine dans une effervescence qui ferait pâlir d’envie le corega tabs de ma tata Germaine. Tout est parti d’un billet d’un journaliste dont j’aime plutôt bien la prose, Hervé Lalau (pas le dernier pour la potacherie quand il propose une année du Q). Fin décembre, dans un billet, il déclare que beaucoup de blogs vins ne disent pas grand-chose et en plus le disent mal. Bref, ils sont à chier. Et finement et en termes choisis, de décrire quelques catégories caricaturales de blogs vineux. Sans citer de noms. Ce qui permet évidemment à chacun et à tout le monde de se sentir morveux. Pas bien grave si comme moi vous avez un mouchoir dans la poche.

Depuis, les vaguelettes ne cessent d’agiter la surface du verre. Une agitation digne d’un verre d’eau posé sur le tableau de bord par l’approche du tyrannosaure.

C’est que, régulièrement en 2010 (et avant aussi) en plusieurs place-fortes du web, les p’tits cons qui se permettent de s’autoriser à causer du pinard sans avoir le bagage se sont faits un p’tit peu grondés par des cadors du web vineux. Soit qu’ils étaient perçus comme trop potaches pour la mode bourguignonne soit comme trop jeunes ou trop bio ou les deux par les Vrais Dégustateurs. Des noms ? Oh non alors ! C’est tellement plus joli la circonlocution allusive.

Maintenant, il faut comprendre des gens dont c’est le métier de déguster et qui voient débarquer sur le web des hordes de dégustateurs plus ou moins jeunes dégustant et racontant à peu près n’importe quoi y compris les pires banalités.

D’ailleurs, si je prends mon cas personnel, effectivement, je raconte souvent des banalités. Je regarde avec admiration la science, l’expérience et les qualités de dégustateurs comme Patrick Essa ou Michel Bettane.

Inévitablement, il y a moi aussi des blogs et des plumes que je goûte moins que le autres. Manquerait plus que ça : dire que tout m’est plaisant et égal sur la toile, c’est probablement la pire insulte à faire aux différents intervenants du web vin. Et moi aussi, dans mes moments de déprime, je me pose des questions.

Un monde trop neuneu où tout le monde il est beau ? Trop de trop mal foutu ? Trop varié ou trop avarié ? Pas assez sérieux ? Les jeunes ne devraient-ils pas se moucher un bon coup pour faire sortir le lait, les vieux se faire plus silencieux ? A quoi servent les blogs vins ? Et les forums ? Parler du vin est-il réservé à des pro qui savent ou bien y a-t-il un intérêt quelconque à laisser faire des agités d’amateurs, souvent jeunes en plus, berk ? Faut-il être sérieux comme des papes ou bien la potacherie crasse a-t-elle le droit de s’exprimer ?

Pour moi, la réponse est très simple et tient à se vieil adage tant décrié : tous les goûts sont dans la nature comme disait le bouledogue qui se léchait le derrière. Pour rencontrer une plus grande diversité de publics, notamment des jeunes, les Héraults du vins doivent présenter une saine diversité. Peu importe qu’ils s’expriment mal ou de façon approximative aux yeux de certains, que certains se filment ou que d’autres donnent un place prépondérante au contexte festif(c’est joli non pour dire pochetronade ?).  D’une part parce qu’émettre ce genre de jugement, c’est juger l’auteur mais aussi son public, d’autre part parce que je crois qu’on en n’est plus là : le monde du vin doit se sortir les doigts du cul (élégante aussi celle-là) ou regarder passer le train.

De toute façon, nous avons tous nos blogs « à chier ». Est-ce pour cela qu’il faut se répandre à longueur de post et caricaturer, peut-être même faire rire à bon marché ?

 Oui ? Oui !

Je suis conscient d’arriver un peu comme les cavaliers de l’offert bac (brrr mauvaise celle-là), mais j’avais piscine. Cependant,  depuis 5 ans, j’ai vu et lu des tas de choses qui m’ont énervé sur le web vin. Alors moi aussi, je voudrais faire mon petit caca nerveux contre un certain type d’écrits vineux que je trouve « à chier ». A demain pour la suite.

 

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 09:00

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Cheverny, ça sonne comme un jardin fleuri baigné d’une douce lumière d’été. C’est la poésie du jardin d’Eden croulant sous les fruits juteux d’une nature généreuse. Mais probablement est-ce parce que je confonds Cheverny avec Giverny et les jardins de Monet. Soit.

 

Mais non, au fond. En se promenant de Chambord à Cheverny en passant par Tour-en-Sologne on part à la rencontre d’une région sans doute plus âpre que les vallées proches et riantes de Loire et du Cher, une région plus forestière, plus rustique, certes pleine de joyaux de la Renaissance mais encore emprunte de sombres voûtes moyenâgeuses.  

 

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Cheverny est une appellation de la Sologne viticole. Et nous savons ce que Pierre Desproges pensait des Solognots. Mais en l’espèce, on s’en fout un pneu.

 

Cheverny est une appellation qui produit du blanc, du rosé et du rouge et qui se confond plus ou moins, géographiquement avec Cour-Cheverny qui ne produit que du blanc à partir du cépage Romorantin. Le Cheverny rouge est produit essentiellement sur des sables et des argiles, parfois du gravier quand on se trouve sur une terrasse de la Loire, voire sur un lambeau de calcaire de Beauce. Sur 24 communes du Loir-et-Cher, dont on sait ce que Michel Delpech pensait des habitants, mais on s’en fout aussi, enfin quoique, les vignerons cultivent le pinot noir, le gamay à jus blanc et un peu de côt et de cabernet franc. Cependant, l’essentiel du Cheverny de base est un mélange de Pinot et de Gamay.

 

C’est un vin parfumé, léger, qui ne connait pas souvent le bois. Certains producteurs proposent des cuvées plus "haut de gamme" en pinot pur, élevées sous bois. La Sologne viticole, avec Cheverny et la ville voisine de Cour-Cheverny, est un charmant pays où les parcelles de vignes se trouvent isolées parmi les massifs forestiers, les parcs des châteaux et les cultures diverses (fraises et asperges notamment). On notera évidemment la proximité du château et de la forêt de Chambord. On fera son petit tintinophile à houpette en racontant que le château de Cheverny a servi de modèle à Hergé pour créer Moulinsart. Quant au lecteur qui voudrait en savoir plus, il se reportera à cette page du site OENOS qui nous parle de Cheverny, sans raconter de fadaises destinées à faire sourire un public facile, comme moi (quoique je pense avoir mérité de la patrie tant sage je suis resté, non ? Allez, susucre le rustre).

 

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Trois vins Rock ‘N Wine dégustés en septembre 2010.

 

Par un pur hasard, ces trois vins proviennent de chez trois viticulteurs travaillant en bio ou en biodynamie. Alors pour de rire, je donne une indication sur l’état de la lune lors de la dégustation. Celle dans le ciel, pas celle dans mon pantalon, cela va de soi. Je suis chafouin quand même. Les renseignements viennent de www.biodynamie-services.fr. Il s’agit de trois cuvées "de base" de trois domaines. Ce sont des assemblages de Gamay et de pinot noir avec pour deux, un soupçon d’autre chose. Comme vous allez le constater ces trois vins présentent un sacré air de famille.

 

 

 

Domaine du Moulin, Cheverny 2009.

Hervé Villemade

 

Ouverture le 10 septembre au soir : Jour racine. Lune descendante et croissante

 

 

 

Un duo Gamay-Pinot noir à 50/50.

 

Le premier contact, l’œillade intime qui invite à la suite révèle un caractère fort sombre, presque opaque. Mais la dame, le sexe est indéniable, n’a pas le teint ni les idées limpides. Tout ça est rouge vif, avec une nuance pourpre.

 

Tout ça donne évidemment envie de renifler, bien que nous n’ayons pas de mœurs canines. Mais il faut attendre que madame s’installe : à l’ouverture, c’est un peu violent. Madame ne se lave pas tous les jours. Madame est de la campagne. Un élan très fruité mais accompagné d’une volatile aussi costaude que rustaude. Puis, madame prend ses aises et ça dépote avec fruit un peu crémeux de cerise et de fraise, expressif et sensuel. Ca appelle un deuxième verre, sur lequel se déploient de forts parfums de bête des bois, de la griotte, des épices fort sudistes, des fruits mûrs ou confits.

 

En bouche, au premier coup, madame est revêche. Elle dégage à l’ouverture un fort perlant, dérangeant qui s'estompe en picotement au deuxième verre. Là aussi, l’acescence laisse avec le temps la place aux fruits au yaourt (fraise, cassis), à la sauge, à la bête velue qui feule dans les fourrés. Le caractère fruité et aimable ne doit pas prêter à confusion : c’est relativement frais, léger, avec des tanins rustiques, un peu rêches mais pas trop puissants, structurant tout ce fruit débordant.

 

 La dame ne connait pas de lendemains.

 

Ce vin, je l’ai également servi à une assemblée de trolls dans mon genre (ma famille) au baptême de mon adorable petite fille. Ces bouteilles là semblaient moins marquées par l’acide acétique. Mais elles partagent toutes un air incontestable de famille : le même côté sauvage, pas très propre sur soi, un peu cracra et rustique. Mais sensuel et canaille. Pas fin, étrange et diablement séduisant.

 

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Cheverny 2009

de Philippe Tessier.

 

17 septembre 2010 : Lune : fleur matin /feuille le soir, lune décroissante et descendante

 

Des conditions un peu particulières pour ce vin issu de l’agriculture biologique non pas dégusté mais éclusé lors d’une soirée d’anniversaire. Pas de site internet non plus pour ce vigneron connu des amateurs, qui produit des vins "les plus naturels possibles". De ce que j’ai pu chouraver sur le net, cette cuvée domaine qui ne connait que la cuve est issue d’un assemblage Cot 6 %, Gamay 55 %, Pinot noir 39 %.

 

Ce vin m’a scié. Parce que sa ressemblance, à une semaine d’intervalle avec le précédent était frappante. Parce que ce vin est un pousse au crime. Tu le fais boire à un militant de l’ANPAA, il devient sympa, c’est dire.

 

Dans le verre c’est d’un rouge explosif et sensuel. Du genre à te rouler dans le velours en poussant de petits cris.

 

Il partage avec le vin précédent cet aspect pas très propre sur lui, fille de la campagne un soir de moisson, franchement canaille, galipettes à l’étage de l’étable, dans le foin.

 

Un goût terrible de reviens-y. Un fruité éclatant mêlant la griotte qui hurle et la framboise qui ulule. Redoutable. Un corps d’une rondeur alléchante mais pas alanguie (sous roche évidemment).

 

Comme le précédent, il y a une petite fumerole acétique qui transforme le nez autant que la bouche en lui donnant un côté presque dérangeant de sensualité pour qui, comme moi, reste attaché aux valeurs de droiture de l’Europe éternelle.

 

Des trois vins, il est incontestablement, le plus présentable à la famille, la petite sœur et les parents, mais il transpire, sous le fruit, le même côté sauvage et peu fréquentable à moins d’aimer ce qui est bon et les tablées de potes dans une clairière.

 

 

 

Cheverny 2006

Domaine des Huards

 

 

2 octobre 2010 : Jour fruit (ouf), lune croissante et ascendante

 

 

Une triplette, Gamay 55% – Pinot-Noir 30% – Cabernet-Franc 15%.  Le domaine des Huards, ce sont les époux Gendrier qui travaillent leurs vignes en biodynamie. En septembre 2008, au domaine, tous leurs vins m’avaient paru merveilleux, pleins de personnalité, très secs, droits, pas pour les demi-sels. Si je dis toujours que leur Crémant de Loire et leur rosé font partie de mes vins préférés, leurs blancs et leur rouge "de base" m’ont déçu depuis : entre franchement bizarres et totalement imbuvables. Mystères insondables des caves inconsolables. Reprenons le flambeau avec cette troisième bouteille de rouge dégustée depuis 2008

 

Pour ce qui est du plumage, on reste dans le velouté : Parfaitement rouge, foncé mais translucide, brillant.

 

A l'ouverture, c’est la pire de nos 3 muses champêtres encanaillées, avec des fumets, assez désagréables, dominés par un arôme faisandé et végétal peu noble. A l'aération par contre, le vin révèle d'expressives notes de groseilles fermentées (étonnante ressemblance avec le vin de groseilles rouges que je fais), de confiture de griotte (très net), de noyau, de caramel, d'épices. Etonnant, ce vin se montre plus civilisé et plus fin que les deux 2009. Cependant l’air de parenté est évident.

 

En bouche, on peut se réjouir sans s’esbaudir d’une jolie matière assez ample et ronde en entrée. Mais déchantez, amis des rondeurs généreuses et dansez amateurs d’acidité rapicolante : les facilités d’entrée de bouche sont vite remisées au placard par une acidité assez vive qui grandit pour assommer la finale, franchement aigue. Les tanins sont très fondus, très fins, mais ajoutés à la vivacité, ouch ! Il faut aimer. Les arômes expressifs font la part belle à la griotte, aux épices et toujours à ce côté animal/faisandé/pas propre qui ici persiste et marque trop le vin. La longueur de 10 secondes est finalement assez courte.

 

Dans les jours qui suivent, ça devient de plus en plus acide, jusqu'à devenir imbuvable. Le goût de griotte s'accentue à devenir caricatural. Et jamais l'aspect "pas propre" ne s'évapore. En résumé, intéressant au nez, trop vif à mon goût et vraiment bizarre. C’est quand même une progression puisque les deux bouteilles précédentes n’ont plu qu’à l’évier.

 

Conclusion pour les trois bouteilles, au cas où des distraits n’auraient pas suivi… Je dis moult fois que ces trois vins m’évoquent la campagne, la rusticité et le côté canaille et tête à poux. Ce n’est absolument pas un reproche. Disons que sur une échelle de la finesse ces Cheverny seraient à un bout et des chinons comme ceux d’Alliet à l’autre.

 

Et enfin pour ceux qui ont du mal à piger mon ressenti, lisez ce billet rock !

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 08:47

Comme d'hab, montez le son, cliquez les liens avec le bouton droit pour ouvrir dans un nouvel onglet et continuez à lire. Si vous cliquez sur les noms de vins, vous tombez sur l'article les décrivant.

Et pour suivre l'actualité de ce Vendredi du Vin number 31, proposé par Eva Robineau du site OENOS, c'est ici. 

 

Là. Déjà question titre, me voilà rhabillé pour l’hiver. Si je ne draine pas la foule hétéroclite, salace et néanmoins anglophone du web avec ça…

Hé messieurs les rostes bifs, vive Jeanne D’Arc !

J’aurais pu faire "Wine drinkers, hell raisers" aussi, comme ceci ou cela mais bon… les puristes et autres sous-catégoristes diptérophiles m’auraient rétorqué que j’étais doublement à côté de la plaque.

Bon. Je ne suis ni musicologue ni œnologue. Grand bien me fasse. Quand je bois du vin ou quand j’écoute de la musique, j’ai une attitude assez basique : je fais ça avec mes tripes. Non, non, pas avec mon cœur ou mon âme, avec mes tripes. C’est basique, bestial mais aussi jouissif : tu bois, tu écoutes (ou tu lis, tu regardes) et ça te percute ou pas, ça te touche ou pas. Ca te fait une espèce de vibration agréable et profonde d’ici à là. Et si t’adhères pas, Fuck you ! Passe ton chemin.

Tiens, c’est d’ailleurs le premier point commun que je vois entre le vin et le Rock : les critiques. Quand un vin, un air, un livre, un film te percute, c’est une question de vécu, d’histoire, de blessures profondes, d’aspirations secrètes. C’est la rencontre entre l’œuvre d’un ou de plusieurs humains et la singularité d’une personnalité, la tienne baby. Bref c’est un événement unique et non reproductible. Et comme tel, le moment où tu rencontres un accident de l’existence pareil, tu le savoures mon pote et le monde peut bien se ramasser une météorite sur le coin de la tronche, tu t’en fous.

On me rétorquera que, bref, tu aimes ou pas. Et c’est un peu simple. Ce à quoi je répondrai à mon tour que ce n’est pas tout à fait ça et puis que la simplicité peut être une vertu. Mais de toute façon, oui, c’est un peu simple de dire que c’est une question de goût ou que tous les goûts sont dans la nature comme disait le bouledogue qui se léchait le derrière.

Un vin, une chanson, un bouquin tu peux aimer ou pas. Tu ne dois pas perdre de vue pour autant deux grands principes.

A. L’empathie : derrière une œuvre humaine, tu as un humain, de la sueur de la joie et de la peine.

B. C’est beau d’avoir un avis mais pond un vin ou un tube et après, ouvre ton bec.

C’est la subtile frontière si facilement franchie entre le" j’aime pas" et le "c’est de la merde."

Vous me direz que je sors des lieux communs.

Mais alors, pouvez vous m’expliquer pourquoi on voit prospérer à longueur de web et de magasines spécialisés les avis plus ou moins autorisés des critiques et autres prescripteurs de tout poil, pros ou pas, porte-paroles autoproclamés d’un bon goût qui n’est jamais au mieux qu’un lieu commun facile à gober qui zonzille de ses petites ailes dans l’air du temps, au pire le signe grossier d’une suffisance à peine supportable ? Pouvez-vous me dire pourquoi une discussion peut déraper si facilement dans le péremptoire et la certitude arrogante ? Alors que vin comme Rock sont tellement subjectifs ? Alors que tout ça est si peu sérieux.

Plein de vie, de larmes, de travail, de génie et de souffrance, oui, mais vraiment pas sérieux. Voilà.

Et donc moi je bois et j’écoute ce que je kiffe. Les avis directifs qui me signifient avec autorité doctorale ce qu’il est correct de pouvoir apprécier, je les laisse glisser sur l’indifférence tranquille de mon mépris apaisé.

Dit autrement…

J’en ai rien à foutre des avis autorisés et des mecs qui ont raison sur tout. Des glandus qui ont toujours goûté mieux, moins cher, plus minéral, plus bio, moins commercial… Je les emmerde ! Plus civilisationnel ou moins bobo, je m’en cogne. Moins ceci, plus cela, bois avec tes tripes et tes burnes. Il n’y a que ce que tu sens qui compte man ! Yeah Rock’n roll !

Certes…

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Jimmy Hendricqsckxx avant son dernier concert. Il est un peu pâle.

 

Sinon, Rock et vin, je trouve ça difficile à acoquiner. Un question de rythmes pas trop en phase je pense.

Alors, me direz-vous, ce gros blaireau rustique va encore nous cracher une copie un peu décalée pour ne pas dire franchement un peu à côté de la plaque, en nous balançant quelques liens et en nous tapant des photos d’insectes qui jouent de l’air guitar. Que nenni !

Il faut bien choisir le vin et la chanson, c’est tout. Pour moi, le choix est vite fait. C’est le soir, c’est un truc classe qui se boit tout seul tout en recélant la capacité de te faire douter de l’inexistence de Dieu.

Là comme ça, à chaud, si je devais remonter un truc de ma cave, je dirais Montcalmès 2007, Seigneurie des Cambous 2004, Pinot noir XXC Stoeffler 2005 ou Savennières Roche aux Moines du domaine Laroche 2001. Bref de ces vins qui sont complexes mais harmonieux, denses mais légers à boire. Des trucs qui te vrillent l’âme dans le calcif.

C’est un bon feu de bois qui crépite, une lumière tamisée.

Puis, c’est Comfortably Numb de Pink Floyd mais la version live sur "Delicate Sounds of thunder", la version où pendant le solo final, les flamands roses s’envolent sur un lac lointain d’Afrique dans un crépuscule d’ombre, de feu et de fin du monde. Trois verres bien remplis de Montcalmès et quand Gilmour commence à faire pleurer les notes tu te retrouves aile contre aile avec tes congénères dans un chaos de plumes roses et une foule d’yeux froids. Les eaux étincelantes t’aveuglent. Tu y plonges. Tu coules. Tu es bien.

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Le dernier concert de Pink Floyd au Kings of Eghezée Stadium. Un moment inoubliable.

 

A côté de ça, tu as des vins qui ont de toute évidence la Wock ‘n Woll attitioude, comme on bave avec l’accent. C’est le cas de ces Cheverny que pour être un peu "rassemblé envers moi-même" je vous livre à part dans un deuxième billet (parce que comme ça vous cliquerez sur mon blog et ça fera du trafic). Hey, mother fucker ! T’en as beaucoup des blogueurs qui pondent DEUX billets pour UN VdV. Yeaaaaaahhhhhh Rough boy ‘s way of life !

Je décris ces trois vins comme ayant un aspect canaille mais en les buvant, j’entrevois aussi la dégaine molle et le regard torve d’un Mick Jagger ou encore j’entends le rythme un peu gras d’un blues électrifié bien boueux.

Ouais… le Cheverny 2009 de Tessier notamment. Il collait parfaitement avec la soirée où nous en avons éclusé des caisses. Une soirée de quarantenaires regardant courir leurs gamins emportant leurs souvenirs de liberté et de jeunesse. Une soirée délirante pleine de rires francs mais un peu effrayés aussi, du genre à bien maquiller un léger désespoir. Un rire entre la blague de pouilleux et la balle de revolver, tu vois ? Une soirée de mecs qui avaient 20 ans à la charnière des 80’s et des 90’s. Du coup, c’est à un regard ondoyant au gré du vin (enfin pas que) entre le génie et la folie crasse que je pense… un regard de cinglé hanté… parce qu’il avait compris.

 

Mais on ne va pas finir le billet comme ça. Parce que le Rock, c’est aussi les meufs qui tombent comme des mouches devant la bête de scène que je suis. Alors, les mecs, les gonzesses, préparez-vous à suer des gouttes de tendresse bien moite, on finit par un slow rustique, que dis-je l’hymne national skette braguette des Rough boys*…

Yeaaaahhhh Je veux rester seul dans le noir.

* Skette braguette : expression rustaude liégeoise. Désigne un slow particulièrement rapproché et collant de nature à exploser les fermetures éclairs des protagonistes.

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 16:47

 

 

Des vins rouges de Chinon...

 

Pour les comiques qui voudraient faire drôle passons tout de suite les prolégomènes mirlitontesques.

Et évoquons l’irremplaçable humoriste Chim qui disait à Chéchile de Franche "Et Chinon, la petite famille, cha va ?"

Voilà, comme ça c’est fait. Je me sens plus léger.

Je tenterai également pour échapper à la facilité qui si souvent m’éteint, m’étreint, pardon, de vous éviter les rabelaiseries pantagrueliques de rigueur.

Moi, je suis venu aux rouges de Loire par les vins de Bourgueil, raison de plus pour goûter quelques chinons.

Cerise 5

 

Bêtement, avant cet été, Je n’avais bu qu’épisodiquement de ces fiers vins issus du Cabernet Franc qui pousse avec fierté sur ce terroir diversifié. Terroir diversifié dont les sons résonnent gaiement d’atours aussi locaux qu’exotiques. Si le cruciverbiste qui sommeille en vous à envie de savoir ce que sont tuffeaux, perruches et perrons, je conseille ce site qui porte un nom original pour le sujet dont il traite. Pensez-vous ! "Chinon.com"

Et donc de Cabernet de supérette en Chinon d’opérette et néanmoins de supermarket, je n’avais qu’une vision assez poivronesque et stridente, crissante même de l’AOC.

J’en veux pour preuve ce vin dégusté en 2007 puis plus récemment en 2009.

 

Domaine des Hardonnières 2005.

Une bonne année pourtant. Et c’était âpre, triste, acide. Pas bon. Et pour le goût, c’était plutôt la messe du dimanche que les Folies Bergères :du poivron, du cassis et un truc amer qui aurait pu passer pour du bois. En 2009, ça avait été passable, assagi. Mais sans joie, sans soleil. Et totalement pinardier.

Voilà. Pas folichon. Mais ça existe, ça se vend. Il y a des gens à qui ça plait et ce serait crétin de leur en vouloir. Le vin c’est aussi ça. A prendre ou à laisser.

 

Mais laissons là ces déceptions d’étal mercantile et accrochons nous à nos parapluies.

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Car maintenant… tremblez amateurs de bon goût… voici un Vin NATURE.

Sentez-vous le sol immuable trembler sous nos pas ? Voyez vous les murs de nos certitudes qui se lézardent ? C’est le paradigme de l’occidentalité qui vacille sur ses bases.

Je remonte la bouteille de la cave. Les marches manquent de se dérober sous mes pas. Je prends le tire-bouchon. Les mânes de mes ancêtres depuis 100 générations tempêtent et pestent, manquant d’emporter dans leur bourrasque de colère ma chevelure épaisse et séduisante nourrie de pétrole Ahn à défaut de mon âme définitivement perdue pour le côté de lumière de la force. J’ouvre la bouteille.

"CIVILISATION !" feule l’âme de Michel Bettane derrière moi. Malgré les frissons que génèrent son souffle court et rauque dans ma nuque, je reste stoïque et je m’entête faisant fi de ses incantations.

"N’ouvre pas la boîte de Pandore malheureux", me dit le célèbre critique, que je sens fort en affaire là derrière, "car le vin nature continue-t-il, c’est le recul de la civilisation , la grande avancée du prout annihilateur, le retour de la bête, du caca à même les trottoirs, la pestilence de la fange bouillonnante d’animalcules aussi approximatifs que frustes qui s’épand en torrents de lisier dans nos rues. C’est l’animalité basique de nos tréfonds qui remonte à la surface de nos consciences. C’est…"

"Du calme Michel, lui dis-je, plus hiératique qu’un Moai pascuan. J’ai la chose en mains. Je sais ce que je fais. Enfin je l’espère…"

Et j’ouvre, tant pis pour le mauvais génie destructeur qui s’échappera, pour la civilisation du vin, la culture des ancêtres. Je rajuste mon fouet à la ceinture, redresse le chapeau d’aventurier qui coiffe mon crâne bouillant. Indiana Rustre ne recule devant aucune aventure. Je verse le liquide, m’attendant aux remugles méphistophéliques, aux effluves cloacaux, à la fin de l’homo sapiens, au pire, à tout, à entendre Dave chanter et…

 

 

Les terrasses 2009

Domaine les Chesnaies de Béatrice et Pascal Lambert à Cravant-les-Coteaux

Vin issu de la Biodynamie et "nature" en plus.

Ce vin a été mis en bouteille le 16 avril 2010, soit deux mois avant l’ouverture. Le site du viticulteur vous apprendra que ces vignes de cabernet de 8 à 30 ans ont donné 45 hl/ha de vin sur un sol d’alluvions de graviers siliceux. L’élevage se fait en cuve pendant 6 à 12 mois (là, forcément c’était dans les 7 mois) et c’est embouteillé sans soufre. Le viticulteur prévoit une garde de 1 à 2 ans, peu pour un chinon.

Bu le 25 juin 2010 au soir alors que la pleine lune s’effeuille en jour feuille, (26 jour fruit), et… nœud lunaire. Evitez les calembours.

Bon… ne nous affolons pas. Voyons d’abord la tronche de cette dangerosité révolutionnaire. Bon…Plutôt sombre mais encore translucide, d'un beau rouge de cerise noire.

Hum… c’est ici que les choses se corsent comme disait l’Empereur. Accroche toi à la civilisation, je mets le pif dedans

Et à l'ouverture, c’est simple mais mûr et miam : cassis en gelée. Puis après 2-3 heures, le nez devient aromatique, magnifique : gelée de cassis, cerise noire bien mûre, noyaux de cerise, framboise, grenadine très forte, une note florale, du poivron grillé. Oh oui ! recule encore civilisation !

En bouche, les arômes sont moins exubérants mais mêlant quand même cassis en gelée, cerise, framboise, violette et pointe de grenadine. La structure est définitivement très fraiche, vive en finale. Un peu fatigant seul, ça t’accompagne ton steack sur braise à merveille. A l'ouverture, une bulle picotante désagréable, totalement disparue après 3 heures rappelle sans doute la mise. Les tanins sont très fins, discrets mais structurants. La matière est fluide et la finale très citronnée s’étire sur 15 secondes.

Du coup, derrière moi, c’est le silence : les mânes et les poltergeist la ramènent moins.

Le lendemain pourtant, c’est moi qui la ramène moins : à une note métallique désagréable au début, succède un vin plus éteint, plus banal mais qui se comporte encore bien en bouche.

Bref, ouvrez, buvez, videz. C’est agréable, ça fédère une assemblée, ça fait glousser les jolies blondes. C’est du vin. Du bonheur.

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L'Huisserie 2006

Philippe Alliet.

Pas de site internet mais les amateurs connaissent bien le domaine réputé pour ses élevages en fût pas toujours neuf mais souvent. Des élevages à la bordelaise disent certains qui dénaturent le vin (les élevages, pas certains). Mouais. Mais c’est bon ? Je ne sais pas. Moi je trouve.

J’ai bu ce vin en juillet 2010 ; et en l’évoquant, en recopiant mes notes, son goût me revient en mémoire. Je suppute que c’est bon signe. D’ailleurs, j’avais tapé un article en le buvant dans le soleil couchant. C’était le bonheur.

Maintenant, effectivement, quand tu mires ton verre, le liquide opaque, rouge bordeaux justement, à reflets plus clairs et plus vifs, brillant et un peu visqueux, tu as un peu peur d’avoir du jus de barrique.

Et puis tu le portes au nez. Et plus personne ne crie "civilisation". C’est modéré et constant : ça ne bouge pas sur 5 heures d’ouverture. Sur le cassis et le poivron mûr. Un soupçon de framboise, des épices et un caractère animal, musqué. Très fin et très élégant, tout n’y est que subtilité et harmonie. Bref, pour un peu j’en érecterais.

Et en bouche… ben voilà, l’imperfection est plus facile à décrire que la perfection. Un de ces vins auquel un "Putain que c’est bon" suffirait. Enfin "tudieu" plutôt, c’est que l'huisserie à ses lettres. Tu as le velouté de la matière, la fraicheur tout le long et bien après. Tu continues avec des tanins ultra fins, presque crémeux. Et pourtant tout cela est d’une légèreté de ballerine virevoltante. Bref, tu te sers encore et encore, ce n’est que le début d’accord, d’accord. Et les arômes aussi font dans la distinction et la finesse avec cette gelée de cassis et cette framboise qui s’étirent sur 20 secondes bien tapées.

Le lendemain, si c’était possible, c’est encore mieux avec un vin plus épanoui avec framboise et violette de la partie, du poivron grillé, du cassis, des épices. La matière ne bouge pas. C'est du bonheur

Que dire sinon sérénité ?. Rien ne dépasse, tout n'est qu'harmonie et finesse. Très classieux. Vachement cossu.

Vous lirez vendredi la description canaille de quelques Cheverny. Ici, c’est l’opposé. Les deux me plaisent mais pas en même temps. Ici, c’est presque trop sérieux, mais tellement bon. A cheverny c’est Rock’n Roll et tellement bon aussi !

Et pour faire bonne mesure…

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Les Varennes du grand Clos Franc de pied 2004

Charles Joguet.

 

Lisez donc les notes sur le site du domaine. Que dire de plus ? Goûtons plutôt voir si le vin issu de ces jeunes vignes non greffées, du cabernet les pieds dans la terre donc, est bon.

Bu en septembre 2010

Des atours très sombres, à la limite de l'opaque. D'un rouge brillant et même étincelant. C'est vraiment une nuance particulière mais je manque de mots là…

Pour le nez, je sais quoi écrire : c’est aromatique et très bordelais, sans que ce soit une insulte, mûr aussi, ce qui n'est pas forcément bordelais.

Moi je craque quand il y a de la mûre bien mûre. Vous me direz facile, je vous répondrai zut car je sens un peu de vanille, crémeux ce nez. Et puis du grillé, du fumé, des épices et de l'eucalyptus. Bordelais vous dis-je. Oui, mais sans excès ! Et c’est bien ce qui caractérise le mieux ce nez : la juste mesure, la note subtile. C'est élevé mais bien élevé. Après 3 heures, le cassis domine. C'est plus simple mais toujours d’une élégance qui me fait frétiller de là à là.

Et enfin, que se passe-t-il quand on s’en asperge le gosier ? La fraicheur de bout en bout. A "tension", y a sa photo au dico des vins. Et toujours dans la justesse, la pondération à un point que ça doit fureter du côté du nombre d’or. Oh oui, je suis un peu trop enthousiaste et pas assez architecte. Mais j’ai franchement pris mon pied aussi ! Quelle fine allusion !

Il y a beaucoup d'arômes : mûre, vin de mûre, arômes fumés et même musqués. Là aussi, après quelques heures ça se simplifie sur le cassis. Les tanins restent secs mais fins et pas désagréables. Et ça t’envoie doucement sur 15 bonnes secondes. Je les ai comptées !

Et le lendemain : Apparemment l’ouverture du festival odorant, c’était pour le lendemain : subtilité et complexité avec : vanille, mûre, fumée, framboise, chocolat, épices. En bouche, fraicheur, tension et légère amertume portent le vin loin, au-delà des 20 secondes.

Si je devais résumer je parlerais d’élégance pure mais stricte. Disons que c’est plus Cate Blanchett que Lady Gaga.

 

Et Chinon, la petite famille cha va ?

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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 12:09

 

Vallée de la Loire : les vins rouges.

 

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Cette série d’articles reprend des dégustations réalisées depuis le mois de mai 2010 de vins ROUGES issus des rivages ligériens. Chaque article rassemblera les vins d’une appellation et sera complété dans le futur par toute nouvelle dégustation d’un vin de cette appellation. Ce n’est peut-être pas une pratique courante sur les blogs mais je m’en tape. C’est assez le bordel comme ça sur le mien, de blog. Un peu de classement ne peut pas faire de mal.

Cet article d’introduction, régulièrement mis à jour reprendra tous les liens vers les différents articles de comptes-rendus de dégustation.

Je ferai tout d’abord remarquer aux lecteurs la subtilité éléphantesque du calembour contenu dans le titre. Ce n’est pas que je doute de vos capacités intellectuelles chers lecteurs (enfin, en même temps, si vous lisez mes mièvreries…). Mais la complexité et la célérité sidérale autant que sidérante de mes rouages neuronaux a de quoi laisser perplexe le lecteur normal autant que l’anémone se languissant de la marée, comme un gros snot verdâtre de nez enrhumé, sur une grève Malouine.

Voulant marquer mon attachement à ces vins et aussi faire d’jeun, j’ai donc joué sur l’homophonie entre raide et red, comme la jolie Axelle. Et donc amis lecteurs à l’esprit aussi tortueux que mal placé, ne voyez aucune allusion turgescente ni aucune œillade à une prétendue rudesse des rouges de Loire, n’en déplaise aux inflexibles Girondins.

Les vins décrits ne sont donc pas issus d’une dégustation moins comparative que gargantuesque avec 56 vins dégustés en deux heures. Les vins ne sont pas non plus commentés sur un fond de verre mais au minimum sur un tiers de bouteille (ça dépend évidemment du nombre de rapaces agglutinés autour de la susdite bouteille), bue, si les ci-devant rapaces m’en laissent l’occasion, sur plusieurs jours. Cela nuit peut-être à l’exercice comparatif, mais personnellement, je bois plus pour passer un bon moment que pour m’exercer au saut à l’élastique.

Les vins décrits sont donc bus tranquillement, au coin du feu ou sur une terrasse, seuls puis accompagnés d’un repas. Jamais à l’aveugle non plus. Essentiellement parce que je suis un gros dégueulasse et que je m’en foutrais partout. Accessoirement parce que ma femme, si elle tolère ma passion, verrait par contre d’un œil réprobateur que je fasse la conversation à nos invités muni d’un bandeau sur les yeux, et pourquoi pas nu, juste muni d’une cape tant qu'on y est.

Question accords, je crains bien que la rustic way of life soit respectée à la lettre et que cela n’aille pas bien plus loin que "vin rouge/viande rouge", allez, quand même, des fois si. Donc, si par bonheur le repas et le vin se rencontrent heureusement et subtilement ou au contraire se mettent intempestivement sur la tronche avec véhémence, tant mieux ou tant pis, je le dis. Sinon, broquette, vous ne connaitrez rien de ma vie culinaire.

Et donc, entrons dans le vif du sujet les rouges de Loire.

Quel est mon but en écrivant ces articles ? Essentiellement, c’est de montrer à tout le monde mes jolies photos de poivrons et de baies de cassis. Si si je vous jure…

Pour les lecteurs qui ne seraient pas au courant de ces choses du vin, il faut savoir que le roi du rouge en Loire, c’est le Cabernet franc, au contraire de la hiérarchie épiscopale, encore appelé Breton (le Cabernet, pas la hiérarchie). C’est un cépage d’origine probablement girondine (c’est vous dire…), réputé pour sa propension à délivrer des notes variétales de poivron, de cassis voire du bourgeon de cette plante. Quand ces senteurs dominent, quand le poivron évoque le fruit vert sur l’étal de votre carrefour préféré, avec l’accueil qui appelle les parents du petit Kevin et ses parents qui répondent "gardez-le", quand ça odore comme ça donc, l’hédoniste autant que le fin connaisseur disent que ça fouette.

Quand ces senteurs sont totalement absentes, l’emmerdeur dit que ça manque de typicité.

Il faut donc rester dans un juste milieu comme dirait Silvio à propos de ses amis de Palerme. Quand le Breton, exhale de douces flaveurs de cassis mûr, des senteurs subtiles de poivron bien rouge et bien mûr, de fines effluves de framboise juteuse, je ne sais pas pour les hédonistes et les connaisseurs, mais moi, je dis que ça bretonne et que ça me fait des frissons tout partout de là… à là (voir figure 1).

Notez bien que quand je dis Breton, je parle du cépage même si selon une mauvaise habitude je lui mets une majuscule. Je ne parle pas de l’habitant de Bretagne qui, bien qu’il soit têtu et qu’il ait les burnes burinées par les embruns, ne sent ni le cassis ni le poivron. Enfin normalement.

Pour le poivron, j’arrête tout de suite vos élans végétaux. Reniflez (sans émettre de projections nasales svp) un poivron mûr et fraichement cueilli de mon potager. Vous vous mettrez vos insinuations végétalistes très loin : c’est fruité, floral avec de nets relents de grillé et de fumé, c’est épicé aussi. Bref, ça bretonne. De là à dire que quand tu presse les Bretonstu as du jus de poivron…

De plus c’est une injustice, de résumer les rouges de Loire au Cabernet franc, la région produisant également de petites merveilles avec des cépages plutôt variés :

Des régionaux presqu’ancestraux comme le Pineau d’Aunis, le Côt ou Malbec, le Grolleau même. Des moins casaniers comme le Gamay, le Pinot noir ou le Cabernet Sauvignon.

Mais vais-je ici passer mon temps à réinventer le pressoir à raisins ? Que nenni mes preux ! Vous vous reporterez donc avec profit aux sites suivants qui vous expliqueront tout mieux que moi !

  • Tout sur les vins de Loire et officiellement en plus mais aussi assez superficiellement (on n’y parle même pas de Cheverny).
  • Une belle série d’articles sur Wikipedia
  • Et surtout le site des fêlés de Loire et de Rock’n’Roll : Oenos 
  • Et bien sûr le blog ligérien et très nature de Laurent Lalouette alias Chinbourg.

 

Moi je préfère vous remettre en mémoire quelques phrases de Monsieur P.D., un auteur que j’aime assez bien quand il ne dit pas des horreurs (là j’adore). Bon c’est sur la Touraine et pas sur toute la Loire mais vous n’êtes jamais contents non plus.

"La Touraine fournit des asperges, des escargots non comestibles et des couchers de soleil sanguins de toute beauté. (…) La Touraine offre au visiteur à bicyclette des soirs de paix tranquille presqu’insupportables, comme est insupportable la vraie splendeur des roses qui poussent aux flancs des maisons blanches et basses, parce que les paix crépusculaires et la beauté des roses ne sont qu’éphémères agonies… (Pierre Desproges, Dictionnaire superflu…) "

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Les appellations dégustées 

(avec un lien quand l’article est déjà paru, et puis c'est écrit "nouveau" quand c’est remis à jour ou "bientôt" quand ça va changer et pour créer honteusement du trafic sur mon blog) :

Anjou

Bourgueil et Saint-Nicolas de Bourgueil

Cheverny Bientôt !

Chinon

Saumur

Touraine

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29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 05:00

 

Avertissement : ce billet parle d'un sujet que les moins de 20 ans ne devraient pas connaître. Enfin de mon temps... Il contient des illustrations audacieuses mettant en scène des animaux ! 

 

Là. Avec un titre comme ça, sûr que le nombre de visiteurs sur mon blog va exploser. Déjà que l’essentiel du lectorat est composé de travestis d’Aquitaine comme vous le savez…

Et tout ça pourquoi ? Parce qu’un duo de blogueurs un peu fêlés de la cafetière préside les trentièmes VDV de la toile. Parce que ces personnages répondant au patronyme suspect autant que possiblement salace de "Bicéphale buveur", une grosse paire de dégustateurs donc, a décidé de donner pour thème à ces VdV "Le sexe et le vin".

Boule de gras, rien que ça, caramba ! Le sexe et le vin… Oui mais attends… Non hein ! Je suis marié, amoureux, fidèle et ma femme… n’aime pas le vin ! Je fais comment moi ?

Je joue la chose virtuelle ? Je m’adjoints les sévices d’une spécialiste tarifée (et qui aimerait le clos d’icelle, la sorcière) ?

Là, vous voyez ? Je m’égare déjà sur les pistes tortueuses et fangeuses de pratiques contre-productives au plan de la procréation : sévices, clos, icelle de cheval… Y a Monseigneur Léonard qui va m’ex communiquer comme on parlait dans le temps ! Oh oui, vas-y fesse moi avec une pelle !

Non, non, non… point de cela gueux fougueux !

D’abord, je pense qu’il faut remercier les bicéphales, David et Stéphane (qui ne demandent à personne s'ils viennent pour les vacances), d’avoir proposé ce sujet. Parce que pour une fois, ce n’est pas un sujet qui fâche mais un sujet qui tache.

Difficile de dire à ses potes qu’on est amateur de vin sans passer pour un snobinard un peu collet monté et serré du cul. Mais non, le vin, ce n’est pas seulement un monde de connoisseurs qui tastent des nectars purs et minéraux avec sérieux et même gravité, morigénant l’amateur de leur doctes sentences.

Non non. Il y a aussi des loustics qui disent, si on parlait de sexe ! Alors évidemment, je ne sais si vous le sentez en ce vendredi, mais la terre tremble tant la civilisation recule ! Ce n’est peut-être pas aujourd’hui que les vineux amateurs de la blogosphère vont se faire remettre un badge "dégustateur patenté pouvant s’exprimer" par les critiques appointés.

Et on s’en fout ! Les dégustateurs amateurs se révèlent plutôt tentés que patentés.

Je crois même qu’avec un sujet pareil, on tient le bon bout (un gros) de ce que Jacques Berthomeau appelle "l’extension du domaine du vin". Je crois qu’on va te l’étendre là, le domaine du vin. Brutalement sur un canapé ou doucement au détour d’un bois moussu. Il suffit de voir comment ça t’a frétillé de la plume ces dernières semaines sur le site de socialisation bien connu "derrière caprin".

Bon, mettez le son. De celle de droite de votre souris, cliquez ce lien dans un "nouvel onglet". Et écoutez. C'est du bizarre, de l'étrange. J'adore. Puis continuez à lire.

Je les ai vu poindre les mâles surexcités, les vineux libidineux, les viniques lubriques des rubriques bachiques, les légionnaires de la vigne caprine, bien finie paraît-il. C’est que depuis deux semaines, ça se bouscule au portillon du phantasme humide et chaud, devant le pont-levis du bon mot juteux. Ca te calembourise à te débrider la mieux harnachée des libidos, ça frétille du côté du plan cul littéraire, ça se défrise la moustache des amygdales du bas, celles qu’on t’enlève pas à moins de vouloir t’entendre sur le mode Hélène s’égara, qui se retrouva fort dépourvue, la bise venue, toute nue quand elle est venue dans ma rue, inconnue.

Bref, tous les blogueurs viniques, depuis quelques semaines, se faisaient monter la mayo à la testo, à faire pâlir n’importe quel vainqueur du Tour de France en mal de transfusion sanguine.

 

Bourdon sur cirse 1

Que c'est triste Denise, quand l'amour est solitaire comme un ver.

 

Et ces dames n’étaient pas en reste sur la page fesse bouc (celle des suce dit légionnaires caprinophiles) des VdV. Ah, je vous jure, un peu de grivoiserie et l’homme qui sommeille en chaque femme et vice versa redevient bête et exulte tel le coq de Bruyère qui parade sur son arène (voir ici). Ca te régresse dans une fuite en avant incontrôlable tel l’amateur de vins nature qui avance pendant que la civilisation recule. Au point où elle en était la pauvre…

Bref, étant un jeune homme plein d’allant, de retenue et surtout de probité…

Non, non, les bicéphales : probité ce n’est pas un truc dégueulasse illustré à l’article 23 ter du Kamasoutra ! Il n’y a pas de verbe probiter, alors que petitbiter, ça existe et c’est foutrement dégueulasse si vous me passez l’expression, bien que réservé à de pauvres hommes (je n’ose dire mâles) bien moins pourvus que moi de ce point de vue (qui est très joli vu d’ici).

Etant, donc, disais-je avant de m’interrompre moi-même par des pensées qui, je dois le dire déclenchent quand même chez moi un léger début de vibration, de là à là (voir schéma 0a), étant, disais-je re-donc, un jeune homme de bonnes mœurs, je décidai crânement, en défenseur hardi autant que Laurel de notre belle culture pluri millénaire et pourtant séculaire, de ne pas tomber dans ce piège.

Mais quand même un peu. Mais alors un chouillas, tel cet éphèbe timide qui, ne connaissant pas encore le thé, boisson exotique que ne le laissait pas approcher sa prude maman, ne trempait qu’avec parcimonie son biscuit biscornu dans la ci-devant citée boisson chaude. J’ai donc décidé d’aborder ce sujet quand même dangereux avec la finesse qui m’est coutumière.

Dangereux, parce que de récents événements médiatiques en France on révélé qu’il valait mieux être vieux, grincheux et dire "fainéants de nègres" que d’être jeune et fringant et dire "fellation" aux heures de grande écoute. Ca coûte moins cher.

Dangereux, parce que déjà parler de vin c’est mal, mais alors de vin et de sexe. Non, non. C’est moins dangereux de dire "buvez de l’eau, bannissez le lait cru, votez FN". Et donc, étant d’un naturel lâche et peu batailleur, je me permets de dire que je suis contre, tout contre même, ce sujet. Le vin, c’est mal. L’alcool, c’est mal. Le sexe, c’est mal. La fête, c’est mal. Rire, c’est mal ! Dire des gros mots, c’est mal. Ne lisez donc pas la suite de ce texte. Ne regardez pas les photos hautement malfaisantes qui illustrent le sujet. Bref, cliquez sur la petite croix, en haut à droite de votre écran. Circulez, y a rien à voir.

Chrysomèle sur GaleopsysA deux, c'est quand même mieux... 

 

Et je commencerai par évoquer la poésie lunaire d’un crépuscule propice (mais lave toi les mains après) là-bas sur le port d’Heraklion, il y a si longtemps déjà.

Le brouhaha de la ville qui s’apaisait, la chaleur qui laissait la place à un vent tiède venu des flots bleu roi de l’Egée. J’appris que le vin n’était pas forcément sexualité mais certainement sensualité. Celle des peaux offertes aux éléments, des sourires qui se croisent, des sens qui se noient.

Il y avait l’éloignement douloureux de ma belle, ma lassitude, mes déambulations solitaires sur la jetée face au fort vénitien, me sustentant habituellement d’un frugal repas fait de maïs grillé, de grains de muscat dorés et de pistaches fraiches encore engoncées dans leur fruit. Et puis ce fut cette douce soirée et le pantagruelique mezze qui s’étalait devant mes papilles offertes : de petits rougets frits, des sépioles tendres et croustillantes à la fois, des feuilles de vignes savoureuses et mille autres mets régalant mes sens par la grâce d’une nature méditerranéenne généreuse dont on comprend qu’elle fut le berceau de la civilisation occidentale. Nonobstant (hé chou, y a nonobstant !), des sauces et des épices faisant la part belle à l’Orient : cardamome, cannelle, badiane… complétaient le festin !

Quelle douce soirée malgré ma solitude. Et avec ça il y eut des vins. J’ai oublié leurs noms mais pas leurs saveurs. Cette retsina si fruitée et puis surtout ce vin rouge… Une rondeur sensuelle dans un hammam de myrte, de thym, de cade et de laurier. Rhâââ… et ces jolies crétoises qui grouillaient partout autour de moi. Mon royaume pour un peu de Grèce (comme on ne dit jamais chez weight watchers). Je me vois encore rejoignant mon hôtel, seul mais heureux, repu, l’âme autant nourrie que le corps, rejoindre mon lit douillet et sombrer dans les bras de Morphée

Et là ça se complique, parce que Morphée… c’est un Dieu mâle (avec des ailes de papillon mais quand même) qui pour vous faire atteindre la félicité du sommeil peut prendre n’importe quelle forme, le vil scélérat ! Morphée, c’est le marchand de sable. Vous vous voyez vraiment sombrer dans les bras du marchand de sable avec Gros Nounours vous regardant avec des yeux gourmands et lubriques, vous ? Moi pas.

La Grèce antique, c’est dégueulasse ! Même en passant sous silence les frasques écoeurantes des Dieux grecs (quand ils ne copulent pas avec une jument, ils se tapent leur sœur, cornegridouille !), il faut quand même évoquer ce qu’étaient les bacchanales, primitives orgies orgiaques mêlant bouffe, sexe, mort et… vin. On retombe sur les pattes de Pan, le faune, qui à l’instar du célèbre flic du Far-West, Omar et de sa copine Félicie avait du poil aux pattes, et le feu à son derrière caprin.

Diable, tout ce tient, tout se rejoint !

Tenthrède commune 2

A deux c'est mieux... on peut tester des trucs. Tenthrèdes qui s'entraident.

 

Je vois que vous ne voyez pas où je veux en venir. Moi non plus à vrai dire !

Mais, tant il est vrai que c’est sur les plus belles croupes de la Gironde qu’on reconnait les plus jolis p’tits crus, il n’est néanmoins pas faux de dire que dans le Beaujolais, les mamelons de l’arrière pays où la main de l’homme ne se pose que trop rarement sont une invitation aux longues flâneries rêveuses.

Et là, mal me prit de cette évocation des rondeurs lascives de l’extrême-sud Burgonde qui éclipsa ipso facto les calanques grecques (t’as vu hein monsieur Bart, je parle latin, tu ne me feras rien hein, quand tu seras le grand chef ?).

Parce que s’il existe bien un vin apte à déchainer la fureur érotique animale la plus brute, c’est bien le Beaujolais. Et s’il existe bien un cru en Beaujolais capable de faire éructer de bestiale jouissance tout être à peu près humain, fut-il le plus janséniste des curetons scientistes de l’hygiénisme bon teint parisien, c’est le Morgon. Un verre de Morgon dans l’assemblée et la voilà qui se comporte de façon à faire passer la plus fébrile des bandes de bonobos fornicateurs pour une congrégation de moines copistes eunuques et tondus, pas seulement derrière le cou. Enfin, quoi que… par les temps qui courent.

Le Morgon, c’est LE vin sexuel.

Morgon, le fruit défendu du Beaujolais, le charme d’une dame qu’est payée pour ça, quitte à ce que tu bourres grognes !

Ah ben oui quand même… Mais laissez moi tousser, histoire de faire retomber la pression turgescente de plus en plus inflatoire autant qu’inflationniste qui gagne ma…

Hum hum hum.

Là, ça va mieux. Donc, je l’affirme haut et fort. Le Morgon, c’est sexuel. Ca te prend, ça te retourne, ça appelle le crime sauvage. Ca s’appelle Thérèse. Ca t’empapaoute la canne de soutirage. Ca va, ça vient, ça te secoue les reins et pourtant ce n’est pas la danse des canards mais du vin…

Et du coup, voilà que ça me reprend…

Hum hum hum.

Un vieux Morgon surtout…

Non, non, non, gueux lampistes. Je vous vois venir vous et vos calembours juteux et explosifs. Non, non, non, je ne vous parle pas là d’aventures de fond de gargote avec la vieille Huguette qui guette les marins en goguette qui… non non non. Vils bourrins poussifs de la jouissance facile. Homoncules amateurs de diptères, nains priapiques aux membres de bonobos, nanométriques mais frétillant qui vous permettent la défloration non consentie de ces insectes munis d’une seule paire, d’ailes.

Non, cessez vos suggestions, succubes sirupeux. Pour qui sont ces serpents qui sifflent sous son slip ?

Je vous parle du hasard d’un rencontre. De bouteilles portées par le destin. D’un choix qui n’en fut pas un. D’une explosion des sens qui ne dut la lumière a aucune chapelle subventionnée, aucun avis autorisé , aucun guide éclairé, aucune secte vineuse introduite mais bien d’une extase fortuite.

Et je me dédouane d’emblée de tout ce qu’on pourrait  me reprocher d’inculture, de manque de goût ou d’éthique pinardière. Ce Morgon-là, je ne connais rien sur son mode de production ni sur son pédigrée terroiristique ni sa plaque minéralogique. Hélas, je sais aussi que sur le beaujolais, nombre sont ceux dont les méthodes de vinification heurtent le bon goût des tasteurs-connoisseurs avisés. Alors je ne sais s’il est bio ou nature ou pas, s’il provient d’une vilaine thermo ou pas, et j’avoue qu’en l’espèce, je m’en tape un peu.

De plaisir je veux vous parler. Et d’émois orgasmiques il est question. Et en ce domaine, il serait bien catholique de vouloir édicter des préceptes.

Foutre baderne, c’est Bacchus et son pote Pan qu’on invoque ici ou bien est-ce Monseigneur Lustigier ? Et excusez-moi, mais quand on joue à pan pan pépette sur les Bacchusettes, on réfléchit pas, on calcule pas, on mesure pas.

J’en vois qui ne suivent plus… Pan…, oui Pan, pas Peter, l’autre, le poilu des pattes cité ci-dessus, celui qui avait son porte-manteau toujours avec lui, comme son poteau Priape, ce qui est pratique en soirée déshabillée pour éviter les mondanités inutiles avec des soubrettes trop empressées de vous débarrasser. Tout ce tient, je vous dis. Et dans l’atmosphère de la bacchanale pas bancale, deux Dieux d’équerre, ça vous soude une farandole !

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Mais à plusieurs, c'est meilleur...

 

Et donc voici. Vin de mon mariage ayant porté la populace swingueuse de commensaux, de pique-assiettes emperlousées et de faire-valoir habituels à ce genre de sauterie endimanchée, bref, ayant porté cette bande de buveurs invertébrés aux portes de l’émoi, re-dégusté en 2005, il me transporta tant d’aise que c’est l’après-midi au soleil, sans baignoire ni sèche-cheveux, que je passai à me délecter de ses milles et savoureuses facettes, autant que sur une boule illuminant une prestation audacieuse d’un amateur de Patrick Hernandez.

Caressé par le jeu de l’astre diurne jouant dans les branches à l’ombre avantageuse et déposant sur mes joues purpurines des perles de soleil d’un pays qui ne voit jamais la lumière du jour, je me revoyais là-bas, les doigts de pied dans l’Egée. Un déluge de saveurs renouvelées à chaque gorgée : violette, pivoine, fraise, cassis, boîte à cigares, laurier, une collection inouïe. Et en bouche cet incomparable mélange de joie primesautière bridée avec peine par le semblant de sérieux d’une structure toute cistercienne. Bref, une fille de joie déguisée en nonette !

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Légume trifide perfide mais innocent

 

Et c’est de nouveau il y a quelques jours que je retombai dans le vice d’ouvrir une bouteille de ce

 

Morgon 1997

Cave Jean-Ernest Descombes.

Nicole Savoye.

Comme toujours dans ces cas là, c’est la robe qui occupe les préliminaires. Une longue pièce de soie rouge foncé avec des reflets tuilés, transparente, à peine voilée peut-être.

Puis le nez effeuille la belle. Une nymphe qui hésite d’abord à donner tout ce qu’elle a. Elle a été enfermée loin du monde si longtemps la pauvre qu’elle se fait timide, discrète, un peu honteuse de ne pas être tout à fait propre sur elle et un peu accrochée à la bibine, exhalant des parfums d’eau de vie, de poussière et un soupçon de vieille pièce humide. Il faut laisser le temps aux taons, comme disent les marcheurs en été lorsqu’ils tombent dans les taons et qu’ils disent "les taons sont durs". Sur deux heures, apparaissent des arômes subtils d’eau-de-vie de fraise, de myrtille fraiche, de griotte, de fleurs, de champignon et une touche animale toute particulière entre sauge et transpiration. Si ça ne sent pas la fièvre des corps qui s’entremêlent tout ça !

Et c’est en bouche que l’affaire se développe. Là aussi, l’abord est diablement timide. Une liqueur de fruits monolithique, de la vivacité rebutante avec une pointe de CO2 te refroidissent les ardeurs au premier verre.

Comme au nez, il faut laisser à la belle le loisir de s’étaler avec lascivité. Voici la fraise sauvage qui évoque le sous-bois discret et moussu, appel à la galipette forestière sans langue de bois. Puis viennent la prune mûre, la cerise juteuse, le poivre émoustillant, avec toujours en filigrane une légère animalité qui, personnellement commence sérieusement à me faire onduler d’ici à là (voir schéma 0b) et à me donner envie de m’appeler Thérèse pour qu’on me retienne ou Aline pour… qu’elle revienne.

Que la bouche reste fraîche est une chose, qu’elle soit tendue de bout en bout est simplement obscène.

Je trouve la matière fluide, juteuse, ça touche à l’affaire de mœurs. Les tanins sont toujours là pour structurer sérieusement l'ensemble et me permettre de ne pas sombrer totalement, corps sinon âme, dans la luxure la plus torrentielle et de devoir ainsi rayer le nom de Benoît XVI et de Monseigneur Léonard de la liste de mes amis facebook. Très fins, très fondus, bien civilisés d’ailleurs, les tanins, pas les pontes épiscopaux, en totale contradiction avec la débauche sensuelle totalement licencieuse des arômes. En fin de bouche, ce morgon gagne en longueur (30 bonnes secondes) sur des arômes un peu confus de liqueur de vieux garçon, avec un léger déséquilibre alcooleux qui le rend un peu chaud et visqueux. Avouez que là, je dois arrêter la description car l’enfer me tend la perche.

Je préfère laisser s’écouler le liquide dans ma gorge et rester là, les bras ballants, heureux, assouvi, bien vivant.

Je vous le dis encore le Morgon, c’est sexuel !

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